JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 331
successif de la nouvelle armée nécessitera l'emploi de 240 de
ces navires au moins. Il occasionnera ainsi d'abord pour le
fret une dépense qui, au cours modéré de 150 fr. par ton-
neau, ne peut être estimée à moins de 43,000,000 fr.
» A cette première somme s'ajoutera le surcroît de dépense
résultant du séjour en mer d'une armée de 100,000 soldats,
se rendant des côtes d'Angleterre sur celles du Bengale par le
cap de Bonne-Espérance. Au minimum, le séjour sera de quatre
mois.
» La dépense du soldat français, naturellement sobre, re-
vient à peu près à 1,000 fr. par année. Le soldat anglais
exige des soins particuliers, une nourriture plus riche et plus
abondante ; ordinairement il coûte un tiers de plus que le
nôtre, et il n'est pas douteux qu'en mer la différence ne s'élève
au moins à 50 pour 100. Ce serait donc sur le pied d'environ
1,500 fr. par tête qu'il faudrait calculer la dépense entière
pour une année. A raison de quatre mois de navigation, c'est
une somme de 500 fr. par tête qu'il faut ajouter à la dépense
normale. Ainsi la dépense totale des 100,000 hommes à trans-
porter, s'élèvera pour trois mois de mer, à 50,000,000 de fr.
« Ce qui, joint au fret de navires, ne fera pas moins de
93,000,000 de fr.
» Quatre-vingt-treize millions, tel sera, non l'entretien des
100,000 hommes de renfort, mais la dépense de leur seul
transport par la route actuelle du cap de Bonne-Espérance.
» Si, au lieu de s'acharner obstinément à empêcher la
réunion de la Méditerranée à la mer Rouge, pour des raisons
que tous les hommes de sens condamnent, en Angleterre
comme ailleurs, le cabinet de Londres avait accordé son con-
cours à cette œuvre éminemment économique, l'Angleterre en
profiterait aujourd'hui plus que personne. Ses navires trans-
porteraient en moins de six semaines les 100,000 hommes de
renfort que ses généraux attendront pendant trois mois au
moins, en supposant que le voyage ne soit retardé par aucun
accident particulier. L'insurrection en serait plus prompte-
ment, plus facilement étouffée, et elle le serait à moindres
frais.
» L'opération, réduite de 3,000 lieues de navigation, c'est-
à-dire à un trajet moitié plus court, économiserait :
r 1° Sur le fret, 21,500,000 fr.
» 2° Sur le coût des hommes en mer, 25,000,000 de fr.
» Ce serait sur l'ensemble une économie de 46,500,000 fr.
» Auprès des grandes questions de puissance politique et
d'honneur qui s'agitent en ce moment pour l'Angleterre sur le
continent des Indes orientales, une telle économie peut sem-
bler d'un intérêt secondaire. Mais qui peut prévoir à quelle
somme de sacrifices entraînera cette malheureuse affaire des
Indes? Qui pourrait dire ce que les maladies et le seul effet
d'un climat dévorant exigeront de recrues annuelles pour cette
armée de 100 ou de 150,000 hommes qu'il faudra entretenir
dans l'Hindoustan, et par suite, ce qu'il en coûtera dans
l'avenir ?
» Nous croyons, quant à nous, que tout Anglais, même au
point de vue restreint des dépenses, doit déplorer amèrement
aujourd'hui la faute immense que son gouvernement a com-
mise au sujet du canal de l'isthme de Suez. NOBLET. »
Le Constitutionnel du 8 août 1857 traitait la question
du même point de vue à peu près, mais d'une manière
plus générale, et non moins frappante :
Il Si l'on n'est pas d'accord sur les causes véritables de la
révolte des cipayes, on est du moins unanimemen t d'avis que
ce soulèvement révèle un vice dans l'administratic n de l'Inde,
et qu'il entraîne l'obligation de réformer l'organisation de
l'armée.
» De, quelque manière qu'on s'y prenne, on n'évitera pas
la nécessité d'augmenter beaucoup l'effectif des troupes euro-
péennes employées dans l'Inde. Il faudra donc y transporter
et en ramener régulièrement un nombre considérable de
soldats anglais, et dans l'état actuel de la navigation, ce ser-
vice causera des dépenses et des pertes énormes.
» On sait déjà que le prix du passage d'un soldat, par le
Cap de Bonne-Espérance, est de 1,250 francs pour l'Inde, et
de 3,000 francs pour la Chine. Mais ce n'est là qu'une partie
des frais de la traversée.
» En effet, on perd généralement 20 pour 100 du nombre
des chevaux embarqués et qui succombent à la fatigue du
voyage; en outre 10 pour 100 du nombre de ceux qui dé-
barquent et doivent être réformés comme n'étant plus propres
au service militaire.
» Quant aux hommes, les longues souffrances d'un voyage
par le Cap ne les éprouvent pas moins. Les officiers de l'armée
anglo-indienne s'accordent à dire qu'à la suite d'une telle tra-
versée, il faut laisser reposer le soldat pendant trois mois
avant de le faire entrer en campagne. Il ne faut pas moins
d'un trimestre de repos et d'acclimatement pour qu'il soit en
état de faire un service actif, surtout dans un empire dont
l'étendue est immense, et où les marches se font par quarante
ou cinquante degrés de chaleur. Cependant, malgré toutes
les précautions qu'on emploie, et que l'expérience indique,
l'armée européenne de l'Inde perd chaque année le cinquième
de son effectif.
» D'après ces données, il est facile d'apprécier l'énormité
de la dépense d'envoi, d'entretien et de rapatriement pério-
diques d'une armée anglaise tant soit peu considérable dans
l'Inde. Si l'on y ajoute le mouvement des chevaux, le transport
des vivres et objets d'équipement, celui de l'artillerie et des
munitions, si l'on calcule enfin l'accroissement de dépense
occasionné par les pertes de toute nature, on voit que les com-
munications avec l'Inde par le Cap exigent d'effrayants sacri-
fices d'argent. Or, on sait que les recettes du budget de l'Inde
ne suffisent pas à payer ses dépenses. Chaque année ce budget
est en déficit. Ce déficit est déjà très-considérable. Que sera-
ce lorsque les comptes seront chargés du surcroit de frais
résultant de l'entretien d'un nombre de soldats européens
beaucoup plus considérable qu'aujourd'hui?
» On accuse en Angleterre l'administration d'imprévoyance,
parce qu'elle n'a pas prévenu la révolte et la désorganisation
de l'armée. Nous ne savons ce qu'il en faut penser; mais en
nous rappelant la violente opposition que le ministère anglais
a faite tout récemment au projet de percement de l'isthme de
Suez, nous sommes obligés de constater qu'au moins, sous
ce rapport, il a fait fausse route et méconnu l'un des premiers
éléments de toute bonne administration des affaires de l'em-
pire anglo-indien.
n Par un bonheur inespéré, l'Angleterre, au moment
même où sa souveraineté dans l'Inde est attaquée, voit surgir
un projet de canal qui abrégera de moitié la distance à par-
courir pour aller dans cet empire, et le chef du gouvernement,
loin d'applaudir à cette entreprise et d'en presser l'exécution,
fulmine contre le projet et déclare que depuis quinze ans le
gouvernement britannique n'a pas cessé d'y faire obstacle !
Depuis quinze ans! Quel aveu! Certes, le gouvernement an-
glais doit s'estimer bien heureux que les plans présentés pen-
dant ces quinze années n'aient pas été suffisamment mûris,
et que ce soit seulement depuis deux ans qu'un plan complet
ait été préparé ; car si les projets antérieurs avaient été appli-
cables, si aujourd'hui l'œuvre avait pu être achevée et servir
au prompt transport de troupes sur le lieu de l'insurrection,
successif de la nouvelle armée nécessitera l'emploi de 240 de
ces navires au moins. Il occasionnera ainsi d'abord pour le
fret une dépense qui, au cours modéré de 150 fr. par ton-
neau, ne peut être estimée à moins de 43,000,000 fr.
» A cette première somme s'ajoutera le surcroît de dépense
résultant du séjour en mer d'une armée de 100,000 soldats,
se rendant des côtes d'Angleterre sur celles du Bengale par le
cap de Bonne-Espérance. Au minimum, le séjour sera de quatre
mois.
» La dépense du soldat français, naturellement sobre, re-
vient à peu près à 1,000 fr. par année. Le soldat anglais
exige des soins particuliers, une nourriture plus riche et plus
abondante ; ordinairement il coûte un tiers de plus que le
nôtre, et il n'est pas douteux qu'en mer la différence ne s'élève
au moins à 50 pour 100. Ce serait donc sur le pied d'environ
1,500 fr. par tête qu'il faudrait calculer la dépense entière
pour une année. A raison de quatre mois de navigation, c'est
une somme de 500 fr. par tête qu'il faut ajouter à la dépense
normale. Ainsi la dépense totale des 100,000 hommes à trans-
porter, s'élèvera pour trois mois de mer, à 50,000,000 de fr.
« Ce qui, joint au fret de navires, ne fera pas moins de
93,000,000 de fr.
» Quatre-vingt-treize millions, tel sera, non l'entretien des
100,000 hommes de renfort, mais la dépense de leur seul
transport par la route actuelle du cap de Bonne-Espérance.
» Si, au lieu de s'acharner obstinément à empêcher la
réunion de la Méditerranée à la mer Rouge, pour des raisons
que tous les hommes de sens condamnent, en Angleterre
comme ailleurs, le cabinet de Londres avait accordé son con-
cours à cette œuvre éminemment économique, l'Angleterre en
profiterait aujourd'hui plus que personne. Ses navires trans-
porteraient en moins de six semaines les 100,000 hommes de
renfort que ses généraux attendront pendant trois mois au
moins, en supposant que le voyage ne soit retardé par aucun
accident particulier. L'insurrection en serait plus prompte-
ment, plus facilement étouffée, et elle le serait à moindres
frais.
» L'opération, réduite de 3,000 lieues de navigation, c'est-
à-dire à un trajet moitié plus court, économiserait :
r 1° Sur le fret, 21,500,000 fr.
» 2° Sur le coût des hommes en mer, 25,000,000 de fr.
» Ce serait sur l'ensemble une économie de 46,500,000 fr.
» Auprès des grandes questions de puissance politique et
d'honneur qui s'agitent en ce moment pour l'Angleterre sur le
continent des Indes orientales, une telle économie peut sem-
bler d'un intérêt secondaire. Mais qui peut prévoir à quelle
somme de sacrifices entraînera cette malheureuse affaire des
Indes? Qui pourrait dire ce que les maladies et le seul effet
d'un climat dévorant exigeront de recrues annuelles pour cette
armée de 100 ou de 150,000 hommes qu'il faudra entretenir
dans l'Hindoustan, et par suite, ce qu'il en coûtera dans
l'avenir ?
» Nous croyons, quant à nous, que tout Anglais, même au
point de vue restreint des dépenses, doit déplorer amèrement
aujourd'hui la faute immense que son gouvernement a com-
mise au sujet du canal de l'isthme de Suez. NOBLET. »
Le Constitutionnel du 8 août 1857 traitait la question
du même point de vue à peu près, mais d'une manière
plus générale, et non moins frappante :
Il Si l'on n'est pas d'accord sur les causes véritables de la
révolte des cipayes, on est du moins unanimemen t d'avis que
ce soulèvement révèle un vice dans l'administratic n de l'Inde,
et qu'il entraîne l'obligation de réformer l'organisation de
l'armée.
» De, quelque manière qu'on s'y prenne, on n'évitera pas
la nécessité d'augmenter beaucoup l'effectif des troupes euro-
péennes employées dans l'Inde. Il faudra donc y transporter
et en ramener régulièrement un nombre considérable de
soldats anglais, et dans l'état actuel de la navigation, ce ser-
vice causera des dépenses et des pertes énormes.
» On sait déjà que le prix du passage d'un soldat, par le
Cap de Bonne-Espérance, est de 1,250 francs pour l'Inde, et
de 3,000 francs pour la Chine. Mais ce n'est là qu'une partie
des frais de la traversée.
» En effet, on perd généralement 20 pour 100 du nombre
des chevaux embarqués et qui succombent à la fatigue du
voyage; en outre 10 pour 100 du nombre de ceux qui dé-
barquent et doivent être réformés comme n'étant plus propres
au service militaire.
» Quant aux hommes, les longues souffrances d'un voyage
par le Cap ne les éprouvent pas moins. Les officiers de l'armée
anglo-indienne s'accordent à dire qu'à la suite d'une telle tra-
versée, il faut laisser reposer le soldat pendant trois mois
avant de le faire entrer en campagne. Il ne faut pas moins
d'un trimestre de repos et d'acclimatement pour qu'il soit en
état de faire un service actif, surtout dans un empire dont
l'étendue est immense, et où les marches se font par quarante
ou cinquante degrés de chaleur. Cependant, malgré toutes
les précautions qu'on emploie, et que l'expérience indique,
l'armée européenne de l'Inde perd chaque année le cinquième
de son effectif.
» D'après ces données, il est facile d'apprécier l'énormité
de la dépense d'envoi, d'entretien et de rapatriement pério-
diques d'une armée anglaise tant soit peu considérable dans
l'Inde. Si l'on y ajoute le mouvement des chevaux, le transport
des vivres et objets d'équipement, celui de l'artillerie et des
munitions, si l'on calcule enfin l'accroissement de dépense
occasionné par les pertes de toute nature, on voit que les com-
munications avec l'Inde par le Cap exigent d'effrayants sacri-
fices d'argent. Or, on sait que les recettes du budget de l'Inde
ne suffisent pas à payer ses dépenses. Chaque année ce budget
est en déficit. Ce déficit est déjà très-considérable. Que sera-
ce lorsque les comptes seront chargés du surcroit de frais
résultant de l'entretien d'un nombre de soldats européens
beaucoup plus considérable qu'aujourd'hui?
» On accuse en Angleterre l'administration d'imprévoyance,
parce qu'elle n'a pas prévenu la révolte et la désorganisation
de l'armée. Nous ne savons ce qu'il en faut penser; mais en
nous rappelant la violente opposition que le ministère anglais
a faite tout récemment au projet de percement de l'isthme de
Suez, nous sommes obligés de constater qu'au moins, sous
ce rapport, il a fait fausse route et méconnu l'un des premiers
éléments de toute bonne administration des affaires de l'em-
pire anglo-indien.
n Par un bonheur inespéré, l'Angleterre, au moment
même où sa souveraineté dans l'Inde est attaquée, voit surgir
un projet de canal qui abrégera de moitié la distance à par-
courir pour aller dans cet empire, et le chef du gouvernement,
loin d'applaudir à cette entreprise et d'en presser l'exécution,
fulmine contre le projet et déclare que depuis quinze ans le
gouvernement britannique n'a pas cessé d'y faire obstacle !
Depuis quinze ans! Quel aveu! Certes, le gouvernement an-
glais doit s'estimer bien heureux que les plans présentés pen-
dant ces quinze années n'aient pas été suffisamment mûris,
et que ce soit seulement depuis deux ans qu'un plan complet
ait été préparé ; car si les projets antérieurs avaient été appli-
cables, si aujourd'hui l'œuvre avait pu être achevée et servir
au prompt transport de troupes sur le lieu de l'insurrection,
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