Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1860-10-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 01 octobre 1860 01 octobre 1860
Description : 1860/10/01 (A5,N103). 1860/10/01 (A5,N103).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6529969v
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/07/2013
320 L'ISTHME DE SUEZ.
menuiserie, viennent de l'Inde ainsi que de Java, et on
leur laisse leur couleur naturelle qui rappelle celle du
noyer. Quelques-unes des maisons de Djeddah ont
des façades vraiment jolies ; les portes d'entrée sont à
ogive, bien que les battants soient carrés ; souvent
même l'ogive se répète et se superpose deux et trois
fois, et le plâtre en est gracieusement fouillé de capri-
(ieuses arabesques. Il en est de même des battants de
portes de certaines grandes maisons qui sont très-ar-
tistement travaillés, et ornés avec goût de gros clous en
cuivre à têtes exubérantes. Plusieurs d'entre ces der-
nières, appartenant à de riches notables L:e la ville, sont
surmontées d'élégants belvédères en forme de kiosques
chinois du plus original effet. Quant à la classe in-
digente, elle habite dans de misérables maisons ou
masures n'ayant qu'un rez-de-chaussée, ou bien encore
dans des cabanes en chaume. Il n'est pas rare non plus
de voir des malheureux mendiants n'avoir d'autre asile
que le pavé des rues, d'autre abri que l'auvent d'une
boutique.
Outre les ouvrages de défense de la ville, les bâti-
ments appartenant a l'Etat sont : 1° un pâté de cons-
truction immense ayant servi autrefois de palais aux
pachas, mais tombé aujourd'hui presque complétement
en ruines. Cet amas informe de voûtes crevassées, de
chambres aux plafonds effondrés, de murailles écrou-
lées ou prêtes à s'affaisser, se trouve à l'extrémité
sud de la ville, au bord de la mer et est inoccupé, sauf
un grand kiosque, où se tient le kaïmakam ou gou-
verneur de la ville et où il rend la justice; 2° la kaleat
ou château de Toussoum-Pacha, dont j'ai déjà parlé ;
3° deux ou trois affreuses prisons ; 4° une caserne d'in-
fanterie située en dehors de la porte de Médine, à une
distance de 5 à 600 mètres environ; elle peut contenir
de 12 à 1,500 hommes de troupe ; 5° une caserne d'ar-
tillerie située en ville et tout auprès de l'ancien et du
nouveau consulat de France; elle peut contenir 2 à 300
hommes de troupe, et renferme un hôpital militaire
d'une trentaine de lits, ainsi que tout le matériel de
l'artillerie de campagne ; 6° une poudrière renfermant
plusieurs milliers de poudre : c'est un bâtiment isolé,
tombant en ruines, dépourvu de paratonnerres, et que
l'on est étonné de n'avoir pas vu sauter depuis long-
temps, tant sont grandes l'imprudence et l'incurie des
soldats préposés à sa garde ; enfin les magasins for-
mant l'établissement de la douane.
J'estime que la ville peut avoir 5,000 maisons envi-
ron, grandes ou petites, y compris les oukelas ou ca-
ravansérails et les cahutes en chaume ; 550 boutiques
ou magasins ; 80 écoles publiques pour les enfants de
cinq à huit ans; 150 cafés bâtis en pierre ou formés sim-
plement d'une tente en natte ou d'un toit de chaume
reposant sur des pièces de bois verticales ; 40 moulins
publics à moudre le grain, y compris 6 moulins à
vent, aujourd'hui abandonnés, qui sont en dehors de la
ville, à peu de distance de la porte de Médine; 40 fours
banaux pour la cuisson du pain, et 3 ou 4 bains pu-
blics.
Une des plus grandes calamités de Djeddah, c'est
l'absence d'eau. La ville n'a aucune fontaine, aucun ré-
servoir public, et chaque habitant est obligé d'acheter
au jour le jour, et souvent très-cher, surtout à l'époque
de l'affluence des pèlerins, la provision quotidienne
d'eau nécessaire à sa famille. On l'apporte à dos de cha-
meau dans des outres en cuir goudronnées et huilées en
dehors, afin qu'elles résistent à l'action du soleil; cir-
constance heureuse, qui donne souvent au contenu un
goût des plus nauséabonds. Les citernes d'où l'on
apporte l'eau à Djcddah sont situées à plusieurs cen-
taines de mètres à l'est de la ville; ce sont tantôt de
larges et profondes excavations faites de mains d'hom-
mes dans le sol, tantôt de véritables citernes solidement
bâties et recouvertes d'une voûte en maçonnerie, tan-
tôt enfin des puits d'un mètre de diamètre et de six à
huit de profondeur, creusés dans la roche madré-
porique. En hiver, tous ces réservoirs, qui appartien-
nent à des particuliers, se remplissent des eaux plu-
viales par suite de la déclivité préparée ou naturelle
des terrains environnants, et au moyen de rigoles
habilement ménagées et soigneusement entretenues.
Quelques heures seulement de forte et abondante pluie,
telles que celles qui tombent, rarement il est vrai, dans
ces contrées tropicales, suffisent pour en remplir ces
réservoirs ; et cette quantité d'eau, ainsi recueillie, est
si considérable, qu'elle assure pendant plus d'une an-
née l'approvisionnement de la ville. Indépendam-
ment de ces citernes, qui sont. je le répète, à proximité
de Djeddah, il se forme en hiver de grands amas d'eau
pluviale, à deux ou trois heures de là, derrière les
premières collines qui bornent l'horizon de la plaine, et
lorsque les citernes sont à sec, on va chercher l'eau à ces
grands réservoirs naturels. Autrefois, une conduite
amenait jusqu'à Djeddah les eaux du Ouadi-Fathma,
vallée qui en est éloignée de près de neuf lieues; lors-
que les Wahabis envahirent le Hedjaz au commence-
ment de ce siècle et qu'ils vinrent, après s'être emparés
de la Mecque, mettre le siège devant Djeddah, où le
grand chérif Ghaleb s'était réfugié, ils détruisirent
complètement ce canal, et l'insouciance et l'incurie de
l'administration turque sont telles dans ce pays, qu'elle
n'a jamais songé à réparer et rétablir cette conduite
d'eau, dont on voit encore de nombreuses et fréquentes
traces, travail qui ne serait pas très-coûteux et qui don-
nerait cependant de si grands et de si utiles avan-
tages. Certaines grandes maisons ont des citernes
particulières que l'on remplit en hiver en y faisant
transporter, à dos de chameau, de l'eau des citernes
extérieures, et, en outre, la ville possède quelques puits
publics, dont l'eau saumâtre ou salée ne sert qu'à arro-
ser le devant des habitations aisées, et, en abattant la
poussière, à rafraîchir quelque peu les rues.
Par ma prochaine lettre, je vous parlerai des habi-
tants de Djeddah, de leurs habitudes, de leur esprit,
do leurs mœurs, et j'entrerai dans le détail de la sta-
tistique commerciale de ce port principal de la mer
Rouge.
A. Rocs.
Le Gérant : ERNEST DtiSFLACES. ,1
PAlUS. IMPRIMERIE CENTRALE DE NAPOLÉON CHAIX £! C*, BIjE BEBGÈllE, 20.
menuiserie, viennent de l'Inde ainsi que de Java, et on
leur laisse leur couleur naturelle qui rappelle celle du
noyer. Quelques-unes des maisons de Djeddah ont
des façades vraiment jolies ; les portes d'entrée sont à
ogive, bien que les battants soient carrés ; souvent
même l'ogive se répète et se superpose deux et trois
fois, et le plâtre en est gracieusement fouillé de capri-
(ieuses arabesques. Il en est de même des battants de
portes de certaines grandes maisons qui sont très-ar-
tistement travaillés, et ornés avec goût de gros clous en
cuivre à têtes exubérantes. Plusieurs d'entre ces der-
nières, appartenant à de riches notables L:e la ville, sont
surmontées d'élégants belvédères en forme de kiosques
chinois du plus original effet. Quant à la classe in-
digente, elle habite dans de misérables maisons ou
masures n'ayant qu'un rez-de-chaussée, ou bien encore
dans des cabanes en chaume. Il n'est pas rare non plus
de voir des malheureux mendiants n'avoir d'autre asile
que le pavé des rues, d'autre abri que l'auvent d'une
boutique.
Outre les ouvrages de défense de la ville, les bâti-
ments appartenant a l'Etat sont : 1° un pâté de cons-
truction immense ayant servi autrefois de palais aux
pachas, mais tombé aujourd'hui presque complétement
en ruines. Cet amas informe de voûtes crevassées, de
chambres aux plafonds effondrés, de murailles écrou-
lées ou prêtes à s'affaisser, se trouve à l'extrémité
sud de la ville, au bord de la mer et est inoccupé, sauf
un grand kiosque, où se tient le kaïmakam ou gou-
verneur de la ville et où il rend la justice; 2° la kaleat
ou château de Toussoum-Pacha, dont j'ai déjà parlé ;
3° deux ou trois affreuses prisons ; 4° une caserne d'in-
fanterie située en dehors de la porte de Médine, à une
distance de 5 à 600 mètres environ; elle peut contenir
de 12 à 1,500 hommes de troupe ; 5° une caserne d'ar-
tillerie située en ville et tout auprès de l'ancien et du
nouveau consulat de France; elle peut contenir 2 à 300
hommes de troupe, et renferme un hôpital militaire
d'une trentaine de lits, ainsi que tout le matériel de
l'artillerie de campagne ; 6° une poudrière renfermant
plusieurs milliers de poudre : c'est un bâtiment isolé,
tombant en ruines, dépourvu de paratonnerres, et que
l'on est étonné de n'avoir pas vu sauter depuis long-
temps, tant sont grandes l'imprudence et l'incurie des
soldats préposés à sa garde ; enfin les magasins for-
mant l'établissement de la douane.
J'estime que la ville peut avoir 5,000 maisons envi-
ron, grandes ou petites, y compris les oukelas ou ca-
ravansérails et les cahutes en chaume ; 550 boutiques
ou magasins ; 80 écoles publiques pour les enfants de
cinq à huit ans; 150 cafés bâtis en pierre ou formés sim-
plement d'une tente en natte ou d'un toit de chaume
reposant sur des pièces de bois verticales ; 40 moulins
publics à moudre le grain, y compris 6 moulins à
vent, aujourd'hui abandonnés, qui sont en dehors de la
ville, à peu de distance de la porte de Médine; 40 fours
banaux pour la cuisson du pain, et 3 ou 4 bains pu-
blics.
Une des plus grandes calamités de Djeddah, c'est
l'absence d'eau. La ville n'a aucune fontaine, aucun ré-
servoir public, et chaque habitant est obligé d'acheter
au jour le jour, et souvent très-cher, surtout à l'époque
de l'affluence des pèlerins, la provision quotidienne
d'eau nécessaire à sa famille. On l'apporte à dos de cha-
meau dans des outres en cuir goudronnées et huilées en
dehors, afin qu'elles résistent à l'action du soleil; cir-
constance heureuse, qui donne souvent au contenu un
goût des plus nauséabonds. Les citernes d'où l'on
apporte l'eau à Djcddah sont situées à plusieurs cen-
taines de mètres à l'est de la ville; ce sont tantôt de
larges et profondes excavations faites de mains d'hom-
mes dans le sol, tantôt de véritables citernes solidement
bâties et recouvertes d'une voûte en maçonnerie, tan-
tôt enfin des puits d'un mètre de diamètre et de six à
huit de profondeur, creusés dans la roche madré-
porique. En hiver, tous ces réservoirs, qui appartien-
nent à des particuliers, se remplissent des eaux plu-
viales par suite de la déclivité préparée ou naturelle
des terrains environnants, et au moyen de rigoles
habilement ménagées et soigneusement entretenues.
Quelques heures seulement de forte et abondante pluie,
telles que celles qui tombent, rarement il est vrai, dans
ces contrées tropicales, suffisent pour en remplir ces
réservoirs ; et cette quantité d'eau, ainsi recueillie, est
si considérable, qu'elle assure pendant plus d'une an-
née l'approvisionnement de la ville. Indépendam-
ment de ces citernes, qui sont. je le répète, à proximité
de Djeddah, il se forme en hiver de grands amas d'eau
pluviale, à deux ou trois heures de là, derrière les
premières collines qui bornent l'horizon de la plaine, et
lorsque les citernes sont à sec, on va chercher l'eau à ces
grands réservoirs naturels. Autrefois, une conduite
amenait jusqu'à Djeddah les eaux du Ouadi-Fathma,
vallée qui en est éloignée de près de neuf lieues; lors-
que les Wahabis envahirent le Hedjaz au commence-
ment de ce siècle et qu'ils vinrent, après s'être emparés
de la Mecque, mettre le siège devant Djeddah, où le
grand chérif Ghaleb s'était réfugié, ils détruisirent
complètement ce canal, et l'insouciance et l'incurie de
l'administration turque sont telles dans ce pays, qu'elle
n'a jamais songé à réparer et rétablir cette conduite
d'eau, dont on voit encore de nombreuses et fréquentes
traces, travail qui ne serait pas très-coûteux et qui don-
nerait cependant de si grands et de si utiles avan-
tages. Certaines grandes maisons ont des citernes
particulières que l'on remplit en hiver en y faisant
transporter, à dos de chameau, de l'eau des citernes
extérieures, et, en outre, la ville possède quelques puits
publics, dont l'eau saumâtre ou salée ne sert qu'à arro-
ser le devant des habitations aisées, et, en abattant la
poussière, à rafraîchir quelque peu les rues.
Par ma prochaine lettre, je vous parlerai des habi-
tants de Djeddah, de leurs habitudes, de leur esprit,
do leurs mœurs, et j'entrerai dans le détail de la sta-
tistique commerciale de ce port principal de la mer
Rouge.
A. Rocs.
Le Gérant : ERNEST DtiSFLACES. ,1
PAlUS. IMPRIMERIE CENTRALE DE NAPOLÉON CHAIX £! C*, BIjE BEBGÈllE, 20.
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.96%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.96%.
- Collections numériques similaires Thématique : ingénierie, génie civil Thématique : ingénierie, génie civil /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPCthèm02"Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPCcorp11" Corpus : ports et travaux maritimes Corpus : ports et travaux maritimes /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPCcorp16"
- Auteurs similaires Desplaces Ernest Desplaces Ernest /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Desplaces Ernest" or dc.contributor adj "Desplaces Ernest")
-
-
Page
chiffre de pagination vue 16/16
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k6529969v/f16.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k6529969v/f16.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k6529969v/f16.image
- Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k6529969v
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k6529969v
Facebook
Twitter