Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1860-08-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 août 1860 15 août 1860
Description : 1860/08/15 (A5,N100). 1860/08/15 (A5,N100).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6529966m
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/07/2013
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 267
pecte les vivants : il ne les enterre pas comme chez
nous ; les cercueils sont déposés en plein air, au milieu
des champs et sur les bords des chemins, exposés à la
profanation du premier venu, ce qui choque singulière-
ment nos idées. Si les Chinois ont peu de respect pour
Lurs propres morts, ils en ont encore moins pour les
nôtres.
» Il y a quelques jours, nous avons enterré sur e
rivage un officier du 101e de ligne qui s'était noyé; le
lendemain, on trouvait son cadavre déterré : les Chinois,
avides et rapaces à un degré inqualifiable, croyant
qu'il avait été inhumé avec ses insignes, avaient violé
sa sépulture. Nos troupiers indignés en ont un peu as-
sommé quelques-uns.
» Depuis lors, ils ne descendent plus à terre : aussi
leur exaspération est grande, et ils se promettent bien
de nous faire une gigantesque déconfiture lorsque le
moment en sera venu. Mais, d'après la tournure que
prennent les choses, je crains bien que le méticuleux
gouvernement anglais ne leur fournisse pas cette oc-
casion.
» Il est constant pour nous qu'ils nous voient ici avec
un extrême déplaisir, et qu'ils feront tout au monde
pour arranger les affaires pacifiquement, afin de n'avoir
pas à partager avec nous les bénéfices des avantages
que nous pourrons remporter sur les Chinois.
» A trois lieues de notre mouillag-e et à une heure
de route par eau, se trouve la ville de Shang-Haï, qui
ne compte pas moins de trois millions d'habitants, ce
qui n'est pas rare du tout dans ce pays; car à quel-
ques heures de nous, se trouvent aussi trois autres
villes non moins considérables. Shang-Haï, malgré son
importance, est tout aussi laid que Woo-Sung.
» Les villes chinoises se ressemblent extraordinaire-
ment : qui en a vu une, les a vues toutes. A part les
mandarins lettrés, qui forment la classe des employés
du gouvernement et qui sont vêtus des plus riches
étoffes de soie, les habitants n'en sont pas moins misé-
rables. La ville européenne vaut seule la peine d'être
visitée.
« Les Français, Anglais et Américains ont leurs quar-
tiers séparés; tout ce monde-là ne vit que de commerce :
aussi au bout de cinq ans, dix au plus, tous ces né-
gociants reviennent en Europe avec des fortunes de
nabab.
» fnutile de dire qu'ici, comme partout à l'étranger,
les Français sont en très-petite minorité ; nous avons
pu constater du reste dans toutes nos relâches jusqu'à
quel point notre commerce est déconsidéré, ce qui
heureusement ne nuit en rien à l'influence du nom
français, qui jouit dans l'extrême Orient d'un prestige
que n'obtient pas toujours l'Angleterre avec son or et
sa puissance.
» C'est à Shang-Haï que se fabrique la plus belle por-
celaine de Chine. Elle coûte aussi cher que le Sèvres
chez nous. Si je veux vous en rapporter, il me faudra
compter un peu sur les hasards de la guerre pour m'en
procurer d'une manière plus économique.
» Ces jours derniers nous avons eu une alerte : ordre
de distribuer les armes et les munitions, et de se tenir
prêts à débarquer au premier moment. Vous savez que
l'empire chinois est divisé en deux camps: le parti de
la conquête, représenté par l'empereur et ses Tartares,
et le parti national et des rebelles, qui, plusieurs fois
déjà, a mis le premier à deux doigts de sa perte. Mal-
heureusement il a gâté sa cause par des exactions, des
vio'ences et des meurtres sans nombre, rançonnant
tout le monde, amis et ennemis. Lors de notre arri-
vée, les rebelles se portaient sur Shang-Haï pour le
mettre au pillage.
» Le gouverneur de la ville, incapable de résister à
12,000 pillards, est venu réclamer notre appui auprès
du général Montauban, promettant un million à parta-
ger entre les défenseurs. Nous étions prêts, lorsque les
rebelles, ayant appris notre présence, se retirèrent en
toute hâte, se rappelant que, lors du premier sac de la
ville, il y a quatre ans, les équipages de trois de nos
vaisseaux les mirent en fuite après leur avoir fait subir
des pertes énormes.
» Ainsi nous a été refusée l'occasion bien singulière
de défendre contre ses sujets un souverain auquel nous
venons faire la guerre. C'eût été une des curieuses
choses que nous sommes appelés à voir dans ce curieux
pays.
» Du reste, il passe par la tête de Sa Majesté chinoise
des idées par trop saugrenues. Connaissant le goût des
Anglais pour le brandy, n'ignorant pas non plus que le
troupier français est né galant, il a fait transporter dans
les ports où le corps expéditionnaire doit relâcher, des
tonnes de brandy qu'on distribue presque pour rien, et
un millier de filles des plus jolies, mais non des moins
dangereuses.
» Cette idée ne pouvait naître que dans le cerveau
d'un Chinois ; mais le fils du Ciel en a été pour ses
frais. Les ordres les plus sévères ont été donnés à ce
suj et.
» Cet ordre a porté ses fruits, et puis il faut aussi
avouer que l'empereur a trop compté sur l'empire que
les charmes de ses odalisques devaient avoir sur nos
hommes. Rien ne ressemble moins à l'idée que nous
avons sur la beauté, que les femmes du Céleste-Empire.
Figurez-vous une pleine lune ornée d'un soupçon de
nefc des plus camards, des lèvres grosses, des dents
jaunes, une chevelure graissée d'huile rance, le tout
recouvert de cette lèpre qui ronge presque tous les ha-
bitants de la Chine. Jl ne faut donc pas s'étonner que
cette mesure n'ait pas produit les résultats qu'on en at-
tendait.
» Le transport de l'acre, qui portait des officiers d'ad.
ministration, des infirmiers et des munitions, s'est per-
du, il y a douze jours. Parti de Hong-Kong vingt-quatre
heures avant nous, il donnait de sérieuses inquiétudes
qui, malheureusement, se sont réalisées ; la tempête
l'a poussé sur un rocher où il s'est ouvert, à deux jours
d'ici. Lorsque ce malheureux accident a eu lieu, nous
étions à peine à dix lieues de l'Isère; mais le Rhône,
avec ce bonheur qui l'accompagne depuis Brest, ne
s'est pas même aperçu de l'ouragan.
pecte les vivants : il ne les enterre pas comme chez
nous ; les cercueils sont déposés en plein air, au milieu
des champs et sur les bords des chemins, exposés à la
profanation du premier venu, ce qui choque singulière-
ment nos idées. Si les Chinois ont peu de respect pour
Lurs propres morts, ils en ont encore moins pour les
nôtres.
» Il y a quelques jours, nous avons enterré sur e
rivage un officier du 101e de ligne qui s'était noyé; le
lendemain, on trouvait son cadavre déterré : les Chinois,
avides et rapaces à un degré inqualifiable, croyant
qu'il avait été inhumé avec ses insignes, avaient violé
sa sépulture. Nos troupiers indignés en ont un peu as-
sommé quelques-uns.
» Depuis lors, ils ne descendent plus à terre : aussi
leur exaspération est grande, et ils se promettent bien
de nous faire une gigantesque déconfiture lorsque le
moment en sera venu. Mais, d'après la tournure que
prennent les choses, je crains bien que le méticuleux
gouvernement anglais ne leur fournisse pas cette oc-
casion.
» Il est constant pour nous qu'ils nous voient ici avec
un extrême déplaisir, et qu'ils feront tout au monde
pour arranger les affaires pacifiquement, afin de n'avoir
pas à partager avec nous les bénéfices des avantages
que nous pourrons remporter sur les Chinois.
» A trois lieues de notre mouillag-e et à une heure
de route par eau, se trouve la ville de Shang-Haï, qui
ne compte pas moins de trois millions d'habitants, ce
qui n'est pas rare du tout dans ce pays; car à quel-
ques heures de nous, se trouvent aussi trois autres
villes non moins considérables. Shang-Haï, malgré son
importance, est tout aussi laid que Woo-Sung.
» Les villes chinoises se ressemblent extraordinaire-
ment : qui en a vu une, les a vues toutes. A part les
mandarins lettrés, qui forment la classe des employés
du gouvernement et qui sont vêtus des plus riches
étoffes de soie, les habitants n'en sont pas moins misé-
rables. La ville européenne vaut seule la peine d'être
visitée.
« Les Français, Anglais et Américains ont leurs quar-
tiers séparés; tout ce monde-là ne vit que de commerce :
aussi au bout de cinq ans, dix au plus, tous ces né-
gociants reviennent en Europe avec des fortunes de
nabab.
» fnutile de dire qu'ici, comme partout à l'étranger,
les Français sont en très-petite minorité ; nous avons
pu constater du reste dans toutes nos relâches jusqu'à
quel point notre commerce est déconsidéré, ce qui
heureusement ne nuit en rien à l'influence du nom
français, qui jouit dans l'extrême Orient d'un prestige
que n'obtient pas toujours l'Angleterre avec son or et
sa puissance.
» C'est à Shang-Haï que se fabrique la plus belle por-
celaine de Chine. Elle coûte aussi cher que le Sèvres
chez nous. Si je veux vous en rapporter, il me faudra
compter un peu sur les hasards de la guerre pour m'en
procurer d'une manière plus économique.
» Ces jours derniers nous avons eu une alerte : ordre
de distribuer les armes et les munitions, et de se tenir
prêts à débarquer au premier moment. Vous savez que
l'empire chinois est divisé en deux camps: le parti de
la conquête, représenté par l'empereur et ses Tartares,
et le parti national et des rebelles, qui, plusieurs fois
déjà, a mis le premier à deux doigts de sa perte. Mal-
heureusement il a gâté sa cause par des exactions, des
vio'ences et des meurtres sans nombre, rançonnant
tout le monde, amis et ennemis. Lors de notre arri-
vée, les rebelles se portaient sur Shang-Haï pour le
mettre au pillage.
» Le gouverneur de la ville, incapable de résister à
12,000 pillards, est venu réclamer notre appui auprès
du général Montauban, promettant un million à parta-
ger entre les défenseurs. Nous étions prêts, lorsque les
rebelles, ayant appris notre présence, se retirèrent en
toute hâte, se rappelant que, lors du premier sac de la
ville, il y a quatre ans, les équipages de trois de nos
vaisseaux les mirent en fuite après leur avoir fait subir
des pertes énormes.
» Ainsi nous a été refusée l'occasion bien singulière
de défendre contre ses sujets un souverain auquel nous
venons faire la guerre. C'eût été une des curieuses
choses que nous sommes appelés à voir dans ce curieux
pays.
» Du reste, il passe par la tête de Sa Majesté chinoise
des idées par trop saugrenues. Connaissant le goût des
Anglais pour le brandy, n'ignorant pas non plus que le
troupier français est né galant, il a fait transporter dans
les ports où le corps expéditionnaire doit relâcher, des
tonnes de brandy qu'on distribue presque pour rien, et
un millier de filles des plus jolies, mais non des moins
dangereuses.
» Cette idée ne pouvait naître que dans le cerveau
d'un Chinois ; mais le fils du Ciel en a été pour ses
frais. Les ordres les plus sévères ont été donnés à ce
suj et.
» Cet ordre a porté ses fruits, et puis il faut aussi
avouer que l'empereur a trop compté sur l'empire que
les charmes de ses odalisques devaient avoir sur nos
hommes. Rien ne ressemble moins à l'idée que nous
avons sur la beauté, que les femmes du Céleste-Empire.
Figurez-vous une pleine lune ornée d'un soupçon de
nefc des plus camards, des lèvres grosses, des dents
jaunes, une chevelure graissée d'huile rance, le tout
recouvert de cette lèpre qui ronge presque tous les ha-
bitants de la Chine. Jl ne faut donc pas s'étonner que
cette mesure n'ait pas produit les résultats qu'on en at-
tendait.
» Le transport de l'acre, qui portait des officiers d'ad.
ministration, des infirmiers et des munitions, s'est per-
du, il y a douze jours. Parti de Hong-Kong vingt-quatre
heures avant nous, il donnait de sérieuses inquiétudes
qui, malheureusement, se sont réalisées ; la tempête
l'a poussé sur un rocher où il s'est ouvert, à deux jours
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étions à peine à dix lieues de l'Isère; mais le Rhône,
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