Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1860-07-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 01 juillet 1860 01 juillet 1860
Description : 1860/07/01 (A5,N97). 1860/07/01 (A5,N97).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6529963c
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/07/2013
224 L'ISTHME DE SUEZ.
d'existence? Je vous répondrai à cela que la sobriété
de ces populations est passée à l'état de proverbe, que
le lait et la datte sont le fond normal et principal de leur
nourriture ; que le poil de leurs chameaux et la laine de
leurs moutons servent à les habiller ; que l'élève de leurs
maigres troupeaux leur offre quelques faibles avantages;
que plusieurs d'entre ces tribus retirent un certain profit
de la location de leurs bêtes de somme, non moins que
de la vente de leur beurre et de leur miel ; que les be-
soins de la tente sont d'une simplicité primitive et en
quelque sorte encore biblique; que de temps immémo-
rial l'autorité supérieure distribue à un certain nom-
bre de tribus et de sous-tribus des donations annuelles
en grains et céréales, sortes de redevances au moyen
desquelles cette autorité, d'une faiblesse désolante,
achète la tranquillité et la neutralité de ses turbulents
administrés ; et qu'enfin, à défaut de ces ressources ou
bien nonobstant ces ressources, le plus grand nom-
bre de ces Arabes se font coupeurs de route par néces-
sité ou par instinct et habitude, arrêtent les caravanes
qui traversent leurs territoires, et rançonnent impuné-
ment et chèrement les voyageurs. L'époque du pèleri-
nage, qui fait affluer dans le Hedjaz un nombre consi-
dérable de leurs coreligionnaires de tous les pays,
leur fournit de fréquentes occasions de mettre à exé-
cution leurs prouesses, dont ils se vantent, et leurs ac-
tes hardis de brigandage qui, à leurs yeux, n'ont au-
cun caractère de criminalité. « Nous sommes chez
» nous, disent-ils ; ces terres sont le patrimoine que
» nous ont laissé nos pères ; il est juste et raisonnable,
» dès lors, que l'étranger qui y vient soit tenu envers
» nous à une sorte de contribution. D Au moyen de cet
aphorisme, leur conscience de musulmans, si tant est
qu'ils en aient une, se trouve parfaitement à l'abri de
tout reproche.
Comment donc, me direz-vous encore, l'autorité laisse-
t-elle subsister un tel état de choses et ne cherche t-elle
pas à le détruire ? Cette question se rattache à celle de
la politique et de l'administration du pays, qui ne sau-
rait trouver ici sa place et qui fera l'objet d'une lettre
spéciale. J'ai tenu seulement, dans celle-si, à jeter un
très-rapide coup d'oeil sur la province du Hedjaz avant
de vous parler de Djeddah. Ceci me rappelle au but
principal de mon travail et je m'empresse d'y arriver.
Un mot encore et j'en ai fini avec cet aperçu préli-
minaire.
Le mot Hedjaz, qui est le nom de la province qui
m'occupe, signifie en arabe, intervenir entre, séparer, di-
gue ; il a aussi le sens de pays rocailleux et montagneux.
Appliqué à cette contrée il signifie qu'elle sépare le
pays de Nedjed du littoral au Tehama. Le mot Ne lied
a le sens de terrain plus élevé que les alentours, haut plateau ;
de là l'appellation donnée à la contrée de ce nom dont
le sol est, en effet, de beaucoup élevé au dessus du
littoral de la mer Rouge. Quant au mot Tehama, il
signifie pays bas, chaud et voisin de ta mer ; il sert à dé-
signer, en Arabie, les terres qui s'étendent du littoral
à la chaîne des hautes montagnes (Nedjaz) qui les sé-
parent des hauts plateaux (Nedjed). C'est ainsi que l'on
compte le Teliama du Hedjaz, celui de l'Assyr et celui
du Yemen.
La ville de Djeddah est située sur la côte arabique
de la mer Rouge par 21" 30 latitude N. et 36" 23 de
longitude E. Vue de la mer, elle préseute un aspect
assez pittoresque ; ses cinq minarets ainsi que ses mai-
sons élevées, blanchies à la chaux, se détachent vive-
ment sur le fond azuré du ciel et les teintes fauves et
grisâtres des montagnes de la Mecque qui bornent
l'horizon.
Avant de vous parler de la ville actuelle, je vais re-
monter à quelques siècles en arrière pour vous dire ce
que j'ai pu apprendre de sa fondation et de son origine.
Je serai d'ailleurs fort bref, et pour cause, car rien
n'est plus confus et incertain que l'histoire de Djeddah
dans l'esprit de ses habitants, et les historiens et géo-
graphes indigènes et européens dont il m'a été donné
de consulter les ouvrages, en ont fait à peine mention.
Cependant, à l'aide d'un manuscrit arabe que je me
suis procuré et des questions pressantes adressées à
droite et à gauche, j'ai pu réunir les éléments de la
très-succinte notice suivante.
Le manuscrit dont je viens de parler a pour titre :
El silah oua el êddah fi larikh Bender Djeddah. Les armes et
les armures ou histoire de la ville de Djeddah, et les
traditions locales que j'ai recueillies sont d'accord pour
attribuer aux Perses la fondation de cette ville du lit-
toral arabique. C'est également l'opinion d'un savant
historien arabe du ixe siècle de l'hégire, Djar Allah Ibn
Fahdan el Seïd el Fassi, originaire du Maroc, qui fut
cadi de la Mecque et qui a laissé une curieuse histoire
de cette ville sous le titre de Chefâ el Gheram, manus-
crit dont je possède également un exemplaire. C'est le
même ouvrage que celui dont parle Burckhardt dans
l'introduction à ses voyages en Arabie. Il en est éga-
lement fait mention dans la bibliothèque orientale de
D'Herbelot.
L'indication qui précède est précieuse en ce qu'elle
nous permet d'assigner une date à peu près exacte à la
fondation de Djeddah.
Ici je suis obligé de reprendre d'un peu plus haut
encore et de jeter un rapide coup d'œii rétrospectif sur
l'histoire anté-islamique d'une partie de l'Arabie. Je
vous demande pardon pour tous ces détails historiques,
mais ils sont nécessaires au but que je me propose.
Quant à leur exactitude, il me suffira de dire, pour que
vous ne conceviez aucun doute à cet égard, que je les
ai empruntés à l'Essai sur l'histoire des Arabes avant
Vislamisme, remarquable et précieux ouvrage d'un de
nos plus savants orientalistes, M. Caussin de Perceval.
A. Roux.
(La fin au prochain numéro.)
Le Gérant : EKNEST DESFLACBS.
PARIS. IMPRIMERIE CENTRALE DE NAPOLÉON CRAIX El C., RUE JlERG, 20.
d'existence? Je vous répondrai à cela que la sobriété
de ces populations est passée à l'état de proverbe, que
le lait et la datte sont le fond normal et principal de leur
nourriture ; que le poil de leurs chameaux et la laine de
leurs moutons servent à les habiller ; que l'élève de leurs
maigres troupeaux leur offre quelques faibles avantages;
que plusieurs d'entre ces tribus retirent un certain profit
de la location de leurs bêtes de somme, non moins que
de la vente de leur beurre et de leur miel ; que les be-
soins de la tente sont d'une simplicité primitive et en
quelque sorte encore biblique; que de temps immémo-
rial l'autorité supérieure distribue à un certain nom-
bre de tribus et de sous-tribus des donations annuelles
en grains et céréales, sortes de redevances au moyen
desquelles cette autorité, d'une faiblesse désolante,
achète la tranquillité et la neutralité de ses turbulents
administrés ; et qu'enfin, à défaut de ces ressources ou
bien nonobstant ces ressources, le plus grand nom-
bre de ces Arabes se font coupeurs de route par néces-
sité ou par instinct et habitude, arrêtent les caravanes
qui traversent leurs territoires, et rançonnent impuné-
ment et chèrement les voyageurs. L'époque du pèleri-
nage, qui fait affluer dans le Hedjaz un nombre consi-
dérable de leurs coreligionnaires de tous les pays,
leur fournit de fréquentes occasions de mettre à exé-
cution leurs prouesses, dont ils se vantent, et leurs ac-
tes hardis de brigandage qui, à leurs yeux, n'ont au-
cun caractère de criminalité. « Nous sommes chez
» nous, disent-ils ; ces terres sont le patrimoine que
» nous ont laissé nos pères ; il est juste et raisonnable,
» dès lors, que l'étranger qui y vient soit tenu envers
» nous à une sorte de contribution. D Au moyen de cet
aphorisme, leur conscience de musulmans, si tant est
qu'ils en aient une, se trouve parfaitement à l'abri de
tout reproche.
Comment donc, me direz-vous encore, l'autorité laisse-
t-elle subsister un tel état de choses et ne cherche t-elle
pas à le détruire ? Cette question se rattache à celle de
la politique et de l'administration du pays, qui ne sau-
rait trouver ici sa place et qui fera l'objet d'une lettre
spéciale. J'ai tenu seulement, dans celle-si, à jeter un
très-rapide coup d'oeil sur la province du Hedjaz avant
de vous parler de Djeddah. Ceci me rappelle au but
principal de mon travail et je m'empresse d'y arriver.
Un mot encore et j'en ai fini avec cet aperçu préli-
minaire.
Le mot Hedjaz, qui est le nom de la province qui
m'occupe, signifie en arabe, intervenir entre, séparer, di-
gue ; il a aussi le sens de pays rocailleux et montagneux.
Appliqué à cette contrée il signifie qu'elle sépare le
pays de Nedjed du littoral au Tehama. Le mot Ne lied
a le sens de terrain plus élevé que les alentours, haut plateau ;
de là l'appellation donnée à la contrée de ce nom dont
le sol est, en effet, de beaucoup élevé au dessus du
littoral de la mer Rouge. Quant au mot Tehama, il
signifie pays bas, chaud et voisin de ta mer ; il sert à dé-
signer, en Arabie, les terres qui s'étendent du littoral
à la chaîne des hautes montagnes (Nedjaz) qui les sé-
parent des hauts plateaux (Nedjed). C'est ainsi que l'on
compte le Teliama du Hedjaz, celui de l'Assyr et celui
du Yemen.
La ville de Djeddah est située sur la côte arabique
de la mer Rouge par 21" 30 latitude N. et 36" 23 de
longitude E. Vue de la mer, elle préseute un aspect
assez pittoresque ; ses cinq minarets ainsi que ses mai-
sons élevées, blanchies à la chaux, se détachent vive-
ment sur le fond azuré du ciel et les teintes fauves et
grisâtres des montagnes de la Mecque qui bornent
l'horizon.
Avant de vous parler de la ville actuelle, je vais re-
monter à quelques siècles en arrière pour vous dire ce
que j'ai pu apprendre de sa fondation et de son origine.
Je serai d'ailleurs fort bref, et pour cause, car rien
n'est plus confus et incertain que l'histoire de Djeddah
dans l'esprit de ses habitants, et les historiens et géo-
graphes indigènes et européens dont il m'a été donné
de consulter les ouvrages, en ont fait à peine mention.
Cependant, à l'aide d'un manuscrit arabe que je me
suis procuré et des questions pressantes adressées à
droite et à gauche, j'ai pu réunir les éléments de la
très-succinte notice suivante.
Le manuscrit dont je viens de parler a pour titre :
El silah oua el êddah fi larikh Bender Djeddah. Les armes et
les armures ou histoire de la ville de Djeddah, et les
traditions locales que j'ai recueillies sont d'accord pour
attribuer aux Perses la fondation de cette ville du lit-
toral arabique. C'est également l'opinion d'un savant
historien arabe du ixe siècle de l'hégire, Djar Allah Ibn
Fahdan el Seïd el Fassi, originaire du Maroc, qui fut
cadi de la Mecque et qui a laissé une curieuse histoire
de cette ville sous le titre de Chefâ el Gheram, manus-
crit dont je possède également un exemplaire. C'est le
même ouvrage que celui dont parle Burckhardt dans
l'introduction à ses voyages en Arabie. Il en est éga-
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D'Herbelot.
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nous permet d'assigner une date à peu près exacte à la
fondation de Djeddah.
Ici je suis obligé de reprendre d'un peu plus haut
encore et de jeter un rapide coup d'œii rétrospectif sur
l'histoire anté-islamique d'une partie de l'Arabie. Je
vous demande pardon pour tous ces détails historiques,
mais ils sont nécessaires au but que je me propose.
Quant à leur exactitude, il me suffira de dire, pour que
vous ne conceviez aucun doute à cet égard, que je les
ai empruntés à l'Essai sur l'histoire des Arabes avant
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