Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1860-06-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 juin 1860 15 juin 1860
Description : 1860/06/15 (A5,N96). 1860/06/15 (A5,N96).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6529962z
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/07/2013
208 L'ISTHME DE SUEZ.
» A huit heures, la sanglante nouvelle était répandue
dans tout Yoku-Hama, et la place où le crime venait
d'être commis se couvrait de Japonais et d'étrangers.
Les meurtriers avaient dû y être encore quelques mi-
nutes plus tôt; néanmoins la police se trouvait déjà
incapable de les découvrir. Le gouverneur prit au p!us
vite toutes sortes de "mesures; mais elles restèrent
sans effet. Le lendemain, M. Hutherford-Alcock, le mi-
nistre plénipotentiaire d'Angleterre à Yeddo, auprès de
qui je m'étais rendu en toute hâte pour lui communi-
quer les détails dont j'avais été le témoin, s'est pré-
senté chez les ministres du Japon pour renouveler les
plaintes amères qu'il avait dû faire, quatre semaines
auparavant, à l'occasion du meurtre de son interprète
Den-Kouchki. En même temps MM. Harris et de Belle-
court, représentants des États-Unis et de la France, ort
adressé des notes énergiques à la cour de Yeddo. Mais
toutes ces réclamations auront-elles quelque effet? J'en
doute, et je crois qu'il n'y a pas ici une seule personne
qui n'en doute comme moi. Il devient d'une évidence
inquiétante que la seule protection sur laquelle nous
pourrons compter ici ne viendra que de notre force et de
notre prudence. La police japonaise est impuissante, on
ne peut plus le nier. Six meurtres ont été commis en
six mois, dont quatre dans le quartier le plus fréquenté
de Yoku-Hama, et un dans la grande rue de Yeddo.
Les témoins oculaires doivent abonder, et cependant
pas un des assassins n'a été saisi. Le gouvcrnemeLt
japonais est-il complice ou réellement impuissant? Dans
le premier cas, la guerre semble inévitable ; dans le
second, on désire avoir une police européenne.
» Je ne puis apporter que de faibles lumières pour
résoudre cette grave question ; mais je vous les donne
parce que c'est à peu près le résumé de tout ce que
nous avons pu apprendre ici en six mois touchant la
politique japonaise. Il y a un puissant seigneur,
frère de l'empereur, le prince de Mito, qui est en prison
pour avoir essayé d'écarter son frère du trône. Il paraît
que les nombreux partisans du prince désireraient sus-
citer une guerre entre le Japon et l'Occident, dans l'es-
poir que cette guerre aurait pour résultat de chasser le
tycoun actuel du trône et de rendre la liberté au prince
de Mito. Pour arriver à cette fin, tout moyen semble-
rait bon, et celui qui viendrait d'être adopté serait
l'assassinat des étrangers. Est-ce vrai? N'est-ce qu'une
histoire inventée à plaisir ? Je ne sais, et personne ne
pourrait le savoir. Tout est ici énigmatique et mysté-
rieux, et on ne peut faire que des hypothèses. Mon
opinion est que le gouvernement n'est coupable que de
faiblesse et qu'il voit avec terreur naître des compli-
cations qui causeront sa perte. Qu'il ne nous aime pas,
c'est parfaitement concevable ; nous avons apporté l'in-
quiétude dans ce tranquille pays, et nous y avons créé
des embarras redoutables. Mais que le gouvernement
japonais ose nous attaquer, je ne puis le croire; il ne
peut être aveugle à ce point. Ce qu'il y a d'implacable au
Japon contre les étrangers, c'est un parti que le pa-
triotisme, l'orgueil et le sentiment de la dignité bles-
sés ont rendu fou. Si vous vous le rappelez, je vous
écrivais il y a plus de trois mois : « Pauvre Japon, ton
» avenir me semble peu assuré. Il se trouvera un Japo-
» nais dont le sang bouillonnera sous l'insulte des
» étrangers; il frappera, il tuera, il fuira, et il trouvera
» des amis impatients comme lui de rendre à la patrie
Il son ancienne indépendance. Une guerre s'ensuivra,
» et puis qui sait ce qui arrivera? » Nous avons mar-
ché à grands pas vers ce terme fatal ; encore quelques
mois, et nous y toucherons peut-être. A qui la faute?
Peut-on reprocher aux ministres étrangers de protéger
par tous les moyens la vie de leurs nationaux? Certai-
nement non; mais ne doit-on pas plaindre aussi cet
empire infortuné que l'on voit périr parce qu'il a ouvert
ses portes à la civilisation et au commerce de l'Occi-
dent ? Je ne puis me défendre d'une profonde tristesse
en le voyant se débattre contre un destin qui l'acca-
blera. D'anciens souvenirs passent devant mon esprit, et
il me semble voir les fiers Espagnols débarquer au
Mexique et tuer un peuple d'enfants, qui ne sait que
leur opposer la force du faible, le pouvoir d'apitoyer.
Mais rien ne peut nous toucher de ce qui lèse nos in-
térêts.
» L'enterrement de Vos et de Decker a eu lieu le
mercredi 29 février. Toutes les autorités de Yoku-Hama,
japonaises et étrangères, y ont assisté. Deux bâtiments
de guerre anglais et russe ont mis des hommes à terre
pour servir d'escorte aux cercueils ; un missionnaire
américain, le docteur Brown, a prononcé quelques mots
sur la tombe des deux victimes, et M. Polsbroeck, le
consul hollandais, a remercié les assistants de la sym-
pathie qu'ils avaient montrée pour ses infortunés com-
patriotes.
» Depuis lors, rien de nouveau ; mais tous les habi-
tants de Yoku-Hama ont adopté le port du revolver.
Les consuls ont fait des circulaires pour recommander
de ne sortir le soir que le moins possible, et jamais
sans se faire précéder et suivre de domestiques portant
des lanternes. Le bâtiment russe Iaponga a mis vingt
hommes à la disposition de la commune de Yoku-Hama
pour faire toutes les nuits des patrouilles. J'espère que,
grâce à ces précautions, il n'y a pas peur le moment
de nouveau malheur à craindre. Toutes les transactions
commerciales ont été interrompues pendant quatre
jours.
» Pour extrait : F. CAMUS. la
Le Gérant : ERNEST DESPLACES.
AVIS
MAI. les Abonnés dont l'abonnement expire
a la fin de ce mois, sont priés de le renou-
veler pour éviter toute Interruption dans
l'envol de leur journal.
PAlUS, — IMPRIMERIE CENTRALE DE NAPOLÉON CHAIX El C', RUE BERGÈRE, 20.
» A huit heures, la sanglante nouvelle était répandue
dans tout Yoku-Hama, et la place où le crime venait
d'être commis se couvrait de Japonais et d'étrangers.
Les meurtriers avaient dû y être encore quelques mi-
nutes plus tôt; néanmoins la police se trouvait déjà
incapable de les découvrir. Le gouverneur prit au p!us
vite toutes sortes de "mesures; mais elles restèrent
sans effet. Le lendemain, M. Hutherford-Alcock, le mi-
nistre plénipotentiaire d'Angleterre à Yeddo, auprès de
qui je m'étais rendu en toute hâte pour lui communi-
quer les détails dont j'avais été le témoin, s'est pré-
senté chez les ministres du Japon pour renouveler les
plaintes amères qu'il avait dû faire, quatre semaines
auparavant, à l'occasion du meurtre de son interprète
Den-Kouchki. En même temps MM. Harris et de Belle-
court, représentants des États-Unis et de la France, ort
adressé des notes énergiques à la cour de Yeddo. Mais
toutes ces réclamations auront-elles quelque effet? J'en
doute, et je crois qu'il n'y a pas ici une seule personne
qui n'en doute comme moi. Il devient d'une évidence
inquiétante que la seule protection sur laquelle nous
pourrons compter ici ne viendra que de notre force et de
notre prudence. La police japonaise est impuissante, on
ne peut plus le nier. Six meurtres ont été commis en
six mois, dont quatre dans le quartier le plus fréquenté
de Yoku-Hama, et un dans la grande rue de Yeddo.
Les témoins oculaires doivent abonder, et cependant
pas un des assassins n'a été saisi. Le gouvcrnemeLt
japonais est-il complice ou réellement impuissant? Dans
le premier cas, la guerre semble inévitable ; dans le
second, on désire avoir une police européenne.
» Je ne puis apporter que de faibles lumières pour
résoudre cette grave question ; mais je vous les donne
parce que c'est à peu près le résumé de tout ce que
nous avons pu apprendre ici en six mois touchant la
politique japonaise. Il y a un puissant seigneur,
frère de l'empereur, le prince de Mito, qui est en prison
pour avoir essayé d'écarter son frère du trône. Il paraît
que les nombreux partisans du prince désireraient sus-
citer une guerre entre le Japon et l'Occident, dans l'es-
poir que cette guerre aurait pour résultat de chasser le
tycoun actuel du trône et de rendre la liberté au prince
de Mito. Pour arriver à cette fin, tout moyen semble-
rait bon, et celui qui viendrait d'être adopté serait
l'assassinat des étrangers. Est-ce vrai? N'est-ce qu'une
histoire inventée à plaisir ? Je ne sais, et personne ne
pourrait le savoir. Tout est ici énigmatique et mysté-
rieux, et on ne peut faire que des hypothèses. Mon
opinion est que le gouvernement n'est coupable que de
faiblesse et qu'il voit avec terreur naître des compli-
cations qui causeront sa perte. Qu'il ne nous aime pas,
c'est parfaitement concevable ; nous avons apporté l'in-
quiétude dans ce tranquille pays, et nous y avons créé
des embarras redoutables. Mais que le gouvernement
japonais ose nous attaquer, je ne puis le croire; il ne
peut être aveugle à ce point. Ce qu'il y a d'implacable au
Japon contre les étrangers, c'est un parti que le pa-
triotisme, l'orgueil et le sentiment de la dignité bles-
sés ont rendu fou. Si vous vous le rappelez, je vous
écrivais il y a plus de trois mois : « Pauvre Japon, ton
» avenir me semble peu assuré. Il se trouvera un Japo-
» nais dont le sang bouillonnera sous l'insulte des
» étrangers; il frappera, il tuera, il fuira, et il trouvera
» des amis impatients comme lui de rendre à la patrie
Il son ancienne indépendance. Une guerre s'ensuivra,
» et puis qui sait ce qui arrivera? » Nous avons mar-
ché à grands pas vers ce terme fatal ; encore quelques
mois, et nous y toucherons peut-être. A qui la faute?
Peut-on reprocher aux ministres étrangers de protéger
par tous les moyens la vie de leurs nationaux? Certai-
nement non; mais ne doit-on pas plaindre aussi cet
empire infortuné que l'on voit périr parce qu'il a ouvert
ses portes à la civilisation et au commerce de l'Occi-
dent ? Je ne puis me défendre d'une profonde tristesse
en le voyant se débattre contre un destin qui l'acca-
blera. D'anciens souvenirs passent devant mon esprit, et
il me semble voir les fiers Espagnols débarquer au
Mexique et tuer un peuple d'enfants, qui ne sait que
leur opposer la force du faible, le pouvoir d'apitoyer.
Mais rien ne peut nous toucher de ce qui lèse nos in-
térêts.
» L'enterrement de Vos et de Decker a eu lieu le
mercredi 29 février. Toutes les autorités de Yoku-Hama,
japonaises et étrangères, y ont assisté. Deux bâtiments
de guerre anglais et russe ont mis des hommes à terre
pour servir d'escorte aux cercueils ; un missionnaire
américain, le docteur Brown, a prononcé quelques mots
sur la tombe des deux victimes, et M. Polsbroeck, le
consul hollandais, a remercié les assistants de la sym-
pathie qu'ils avaient montrée pour ses infortunés com-
patriotes.
» Depuis lors, rien de nouveau ; mais tous les habi-
tants de Yoku-Hama ont adopté le port du revolver.
Les consuls ont fait des circulaires pour recommander
de ne sortir le soir que le moins possible, et jamais
sans se faire précéder et suivre de domestiques portant
des lanternes. Le bâtiment russe Iaponga a mis vingt
hommes à la disposition de la commune de Yoku-Hama
pour faire toutes les nuits des patrouilles. J'espère que,
grâce à ces précautions, il n'y a pas peur le moment
de nouveau malheur à craindre. Toutes les transactions
commerciales ont été interrompues pendant quatre
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