Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1860-04-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 avril 1860 15 avril 1860
Description : 1860/04/15 (A5,N92). 1860/04/15 (A5,N92).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k65299582
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/07/2013
122 L'ISTHME DE SUEZ.
existe des réclamations contre son arrêt, on ne peut
qu'en appeler à l'expérience. Or, cette expérience se
fail tous les jours à ciel ouvert, et il est évident, dès
ce moment, que la nature, au moins, n'opposera aucun
obstacle à ce grand travail.
» Par le fait, il est devenu très-difficile à la politique
de se montrer à cet égard moins clément que la na-
ture. Les négociations suivies à Constantinople, en dé-
cembre dernier, ont amené le seul pouvoir compétent,
celui du sultan, à décliner tout sentiment d'opposition
et à manifester au contraire une haute bienveillance à
l'égard de l'entreprise. Or, comme il n'est pas permis
d'être « plus royaliste que le roi, » aucune puissance
étrangère ne peut désormais motiver des obstacles à
l'œuvre du canal de Suez sur l'intérêt de l'empire otto-
man.
» C'est ce qui ressort de la brochure que nous avons
sous les yeux. Certes, ce n'est pas sans réflexion et
sans maturité que le gouvernement turc s'est prononcé
en faveur du percement de l'isthme de Suez. Il a con-
sacré seize séances à l'examen de cette grande opéra-
tion ; il l'a étudiée dans toutes ses conséquences, et il
est resté convaincu que, loin d'avoir aucun inconvé-
nient pour la sécurité de l'empire, elle développerait
ses ressources et affermirait son autorité.
» Cette décision du gouvernement turc avait été pré-
cédée, on le sait, d'une lettre par laquelle un grand-
vizir, Rechid-Pacha, avait exprimé, au nom de son sou-
verain, des vues entièrement favorables au percement
de l'isthme. Ainsi se trouvent accomplies les formalités
prévues dans l'acte de concession au sujet de l'assen-
timent de de la Porte-Ottomane.
» La Porte a donné son adhésion; cette adhésion est-
elle sans conditions? oui, en ce qui concerne l'empire
ottoman. Il est complètement dégagé, complétement
favorable à l'entreprise. Mais le divan a cru devoir ré-
server aux Etats étrangers le règlement de leurs rap-
ports internationaux qui pourront être modifiés par le
percement de l'isthme de Suez.
» Cette réserve posée par le divan ne peut être con-
sidérée comme autorisant aucune opposition à l'exécu-
tion du canal de Suez. A cet égard, la seule puissance
apte à prononcer, la puissance souveraine a rendu son
arrêt. Le principe de l'exécution du canal est hors de
cause.
» Mais nous comprenons parfaitement, au contraire,
que les divers gouvernements se consultent sur l'u-
sage qui sera fait du canal une fois terminé. Nous
comprenons qu'on en proclame la neutralité, et que
les divers intérêts politiques mis en jeu demandent et
obtiennent certaines garanties. Tel doit être l'objet de
l'entente entre les nations étrangères, à laquelle le
gouvernement ottoman s'est référé. Cette entente, le
fondateur de l'entreprise du canal de Suez la réclame
tout le premier, et il a pris soin d'en poser les bases
qu'il a déterminées dans cinq articles :
» Il propose, en premier lieu, de proclamer la neu-
tralité du canal maritime et d'en assurer le libre par-
cours à la navigation sans autre condition que le paie-
ment des droits.
» Il propose d'interdire aux bâtiments de guerre de
passer par le canal, sans une autorisation spéciale du
gouvernement local; d'interdire à la Compagnie d'éri-
ger aucun ouvrage de défense, ni aucune fortification,
soit à l'entrée, soit le long des rives du canal, soit sur
les terrains dont elle possède la jouissance dans l'is-
thme.
» Il pose en principe que les navires passant par le
canal ne pourront débarquer de troupes dans l'isthme,
si ce n'est en cas de maladies, d'avaries, de sinistres;
et, dans cette hypothèse, il sera nécessaire d'obtenir
l'autorisation du vice-roi.
9 Enfin, il limite l'usage que la Compagnie pourra
faire des terres qui lui sont concédées, à des exploita-
tions agricoles, et il lui prescrit de ne les aliéner, s'il y
a lieu, que sans distinction de personnes et de natio-
nalités.
» Le but de ces dispositions est parfaitement clair ;
elles tendent à dissiper les inquiétudes qui ont été ex-
primées de l'autre côté du détroit; elles répondent à la
fois aux objections reposant sur la nécessité de garantir
l'intégrité de l'empire ottoman et aux craintes qu'on a
pu éprouver, fort à tort, sur la sécurité des possessions
britanniques dans l'Inde; elles prouvent l'entière bonne
foi de la Compagnie; elles définissent nettement son
caractère purement industriel et commercial qui se
concilie avec la portée encore plus élevée de son œu-
vre civilisatrice.
» Pourrait-on dire encore, avec sincérité, que l'indé-
pendance de l'Egypte est menacée par le canal de Suez?
Pourrait-on dire que ce grand travail affaiblit la sécu-
rité des possessions indiennes, lorsque tant de précau-
tions sont accumulées pour garantir l'usage pacifique
du canal, sa neutralité et son universalité?
» Pas de navires de guerre, pas de débarquement de
troupes, pas de fortifications, pas de colonie exclusive ;
un large et libre passage ouvert à toutes les nations,
paisible même pendant la guerre, une œuvre de con-
corde, de progrès et de civilisation 1
» La brochure contient, à ce point de vue, quelques
considérations ingénieuses que nous indiquerons en
passant. Elle compare le canal de Suez aux Darda-
nelles; elle voit dans la réunion des deux mers la
formation d'un détroit qui garantira comme celui des
Dardanelles l'indépendance et l'intégrité de l'empire
turc; elle fait remarquer que la sécurité du territoire
ottoman sera garanti contre la prépondérance d'aucune
puissance par la communauté même des intérêts qu'il
aura créés.
» Ce prétexte d'oppositions, puisé dans la nécessité
de garantir l'intégrité de l'empire turc, ne soutient
réellement pas l'examen. Nous pouvons affirmer, en
toute sécurité de conscience, que la France, qui s'est si
vivement intéressée au percement de l'isthme de Suez,
n'a donné son concours à cette grande entreprise que
dans des vues généreuses et complétement désintéres-
sées au point de vue politique. M. Ferd. de Lesseps
l'affirme dans la brochure que nous analysons. Cette
affirmation d'un homme de son caractère suffirait seule :
à plus forte raison quand il offre spontanément des
garanties aussi complètes, aussi positives du caractère
inoffensif de son œuvre.
existe des réclamations contre son arrêt, on ne peut
qu'en appeler à l'expérience. Or, cette expérience se
fail tous les jours à ciel ouvert, et il est évident, dès
ce moment, que la nature, au moins, n'opposera aucun
obstacle à ce grand travail.
» Par le fait, il est devenu très-difficile à la politique
de se montrer à cet égard moins clément que la na-
ture. Les négociations suivies à Constantinople, en dé-
cembre dernier, ont amené le seul pouvoir compétent,
celui du sultan, à décliner tout sentiment d'opposition
et à manifester au contraire une haute bienveillance à
l'égard de l'entreprise. Or, comme il n'est pas permis
d'être « plus royaliste que le roi, » aucune puissance
étrangère ne peut désormais motiver des obstacles à
l'œuvre du canal de Suez sur l'intérêt de l'empire otto-
man.
» C'est ce qui ressort de la brochure que nous avons
sous les yeux. Certes, ce n'est pas sans réflexion et
sans maturité que le gouvernement turc s'est prononcé
en faveur du percement de l'isthme de Suez. Il a con-
sacré seize séances à l'examen de cette grande opéra-
tion ; il l'a étudiée dans toutes ses conséquences, et il
est resté convaincu que, loin d'avoir aucun inconvé-
nient pour la sécurité de l'empire, elle développerait
ses ressources et affermirait son autorité.
» Cette décision du gouvernement turc avait été pré-
cédée, on le sait, d'une lettre par laquelle un grand-
vizir, Rechid-Pacha, avait exprimé, au nom de son sou-
verain, des vues entièrement favorables au percement
de l'isthme. Ainsi se trouvent accomplies les formalités
prévues dans l'acte de concession au sujet de l'assen-
timent de de la Porte-Ottomane.
» La Porte a donné son adhésion; cette adhésion est-
elle sans conditions? oui, en ce qui concerne l'empire
ottoman. Il est complètement dégagé, complétement
favorable à l'entreprise. Mais le divan a cru devoir ré-
server aux Etats étrangers le règlement de leurs rap-
ports internationaux qui pourront être modifiés par le
percement de l'isthme de Suez.
» Cette réserve posée par le divan ne peut être con-
sidérée comme autorisant aucune opposition à l'exécu-
tion du canal de Suez. A cet égard, la seule puissance
apte à prononcer, la puissance souveraine a rendu son
arrêt. Le principe de l'exécution du canal est hors de
cause.
» Mais nous comprenons parfaitement, au contraire,
que les divers gouvernements se consultent sur l'u-
sage qui sera fait du canal une fois terminé. Nous
comprenons qu'on en proclame la neutralité, et que
les divers intérêts politiques mis en jeu demandent et
obtiennent certaines garanties. Tel doit être l'objet de
l'entente entre les nations étrangères, à laquelle le
gouvernement ottoman s'est référé. Cette entente, le
fondateur de l'entreprise du canal de Suez la réclame
tout le premier, et il a pris soin d'en poser les bases
qu'il a déterminées dans cinq articles :
» Il propose, en premier lieu, de proclamer la neu-
tralité du canal maritime et d'en assurer le libre par-
cours à la navigation sans autre condition que le paie-
ment des droits.
» Il propose d'interdire aux bâtiments de guerre de
passer par le canal, sans une autorisation spéciale du
gouvernement local; d'interdire à la Compagnie d'éri-
ger aucun ouvrage de défense, ni aucune fortification,
soit à l'entrée, soit le long des rives du canal, soit sur
les terrains dont elle possède la jouissance dans l'is-
thme.
» Il pose en principe que les navires passant par le
canal ne pourront débarquer de troupes dans l'isthme,
si ce n'est en cas de maladies, d'avaries, de sinistres;
et, dans cette hypothèse, il sera nécessaire d'obtenir
l'autorisation du vice-roi.
9 Enfin, il limite l'usage que la Compagnie pourra
faire des terres qui lui sont concédées, à des exploita-
tions agricoles, et il lui prescrit de ne les aliéner, s'il y
a lieu, que sans distinction de personnes et de natio-
nalités.
» Le but de ces dispositions est parfaitement clair ;
elles tendent à dissiper les inquiétudes qui ont été ex-
primées de l'autre côté du détroit; elles répondent à la
fois aux objections reposant sur la nécessité de garantir
l'intégrité de l'empire ottoman et aux craintes qu'on a
pu éprouver, fort à tort, sur la sécurité des possessions
britanniques dans l'Inde; elles prouvent l'entière bonne
foi de la Compagnie; elles définissent nettement son
caractère purement industriel et commercial qui se
concilie avec la portée encore plus élevée de son œu-
vre civilisatrice.
» Pourrait-on dire encore, avec sincérité, que l'indé-
pendance de l'Egypte est menacée par le canal de Suez?
Pourrait-on dire que ce grand travail affaiblit la sécu-
rité des possessions indiennes, lorsque tant de précau-
tions sont accumulées pour garantir l'usage pacifique
du canal, sa neutralité et son universalité?
» Pas de navires de guerre, pas de débarquement de
troupes, pas de fortifications, pas de colonie exclusive ;
un large et libre passage ouvert à toutes les nations,
paisible même pendant la guerre, une œuvre de con-
corde, de progrès et de civilisation 1
» La brochure contient, à ce point de vue, quelques
considérations ingénieuses que nous indiquerons en
passant. Elle compare le canal de Suez aux Darda-
nelles; elle voit dans la réunion des deux mers la
formation d'un détroit qui garantira comme celui des
Dardanelles l'indépendance et l'intégrité de l'empire
turc; elle fait remarquer que la sécurité du territoire
ottoman sera garanti contre la prépondérance d'aucune
puissance par la communauté même des intérêts qu'il
aura créés.
» Ce prétexte d'oppositions, puisé dans la nécessité
de garantir l'intégrité de l'empire turc, ne soutient
réellement pas l'examen. Nous pouvons affirmer, en
toute sécurité de conscience, que la France, qui s'est si
vivement intéressée au percement de l'isthme de Suez,
n'a donné son concours à cette grande entreprise que
dans des vues généreuses et complétement désintéres-
sées au point de vue politique. M. Ferd. de Lesseps
l'affirme dans la brochure que nous analysons. Cette
affirmation d'un homme de son caractère suffirait seule :
à plus forte raison quand il offre spontanément des
garanties aussi complètes, aussi positives du caractère
inoffensif de son œuvre.
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.96%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.96%.
- Collections numériques similaires Thématique : ingénierie, génie civil Thématique : ingénierie, génie civil /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPCthèm02"Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPCcorp11" Corpus : ports et travaux maritimes Corpus : ports et travaux maritimes /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPCcorp16"
- Auteurs similaires Desplaces Ernest Desplaces Ernest /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Desplaces Ernest" or dc.contributor adj "Desplaces Ernest")
-
-
Page
chiffre de pagination vue 10/16
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k65299582/f10.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k65299582/f10.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k65299582/f10.image
- Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k65299582
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k65299582
Facebook
Twitter