Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1859-10-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 01 octobre 1859 01 octobre 1859
Description : 1859/10/01 (A4,N79). 1859/10/01 (A4,N79).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6529514h
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/07/2013
304 L'ISTHME DE SUEZ.
» sur la côte méridionale de l'Afrique, et aurait-elle
» encore le droit d'interposer son contrôle quand la
» France aurait à soutenir une guerre sur la côte
» septentrionale du même continent ? L'idée d'un
» agrandissement de la France en Afrique déplaît à la
» cour de Londres. Mais s'est-elle informée si cette
» extension dans les Indes a été agréable à l'Eu-
» rope ? »
C'est là, comme dit très-bien l'historien, une de ces
répliques qu'on ne fait à une puissance rivale que la
main sur la garde de son épée.
Il est vrai que le roi de France se sentait double-
ment fort, après s'être entouré des vœux de tous les
autres souverains. C'était donc l'Europe elle-même qui,
par sa bouche, répondait aux injustes conquérants des
Indes et leur renvoyait, à bon droit, le reproche immé-
rité d'ambition.
D'autres explications, bien autrement violentes,
avaient été échangées entre l'ambassadeur d'Angle-
terre, lord Stuart de Rothsay, et le baron d'ilaussez,
alors ministre de la marine. C'est ici le cas de citer ce
récit historique, d'après les Mémoires publiés, en 1832,
par l'ex-ministre lui-même. Ayant épuisé son réper-
toire de questions et d'objections auprès du président
du conseil, le représentant britannique voulut entre-
prendre celui des membres du cabinet qu'il supposait
le moins diplomate :
Laissons parler M. d'Haussez :
« Un jour qu'il m'avait pressé fortement et sans plus
« de succès que de coutume, il ajouta que ces questions
« n'avaient pour objet que la confirmation de ce qu'il
« savait ; qu'il avait découvert que nous ne songions
« pas sérieusement à l'expédition, et que nos prépara-
« tifs ne tendaient qu'à effrayer le dey et à l'amener à
« composition. Ce serait peine perdue, lui répondis-
« je : dans son insouciance turque, le dey ignore peut-
« être que nous nous proposons de l'attaquer, et, s'il le
« sait, il s'en remet à Dieu du soin de le défendre ; au
o reste, je puis vous déclarer, parce que nous n'en fai-
« sons pas mystère, que c'est très-sérieusement que
« notts faisons des préparatifs ; le roi veut que l'expé-
a dition se fasse, et elle se fera. Vous croyez donc
« qu'on ne s'y opposera pas?
« - Sans doute, qui l'oserait? Qui?. nous les
« premiers !.
« Milord, lui dis-je avec une émotion qui approchait
et fort de la colère, je n'ai jamais souffert que, vis-à-vis
« de moi, simple individu, on prît un ton de menace ;
a je ne souffrirai pas davantage qu'on se le permette à
» l'égard du gouvernement dont j'ai l'honneur de faire
« partie. Je vous ai déjà dit que je ne voulais pas trai-
« ter la question diplomatiquement ; vous en trouverez
« la preuve dans les termes que je vais employer : la
« France ne redoute pas l'Angleterre (1) ; elle fera, dans
(1) Le mot réel fut plus expressif et tout irilitaire. M. d'Haussez
qui adressa de Naples dans la Gazelle du Midi le premier récit de
cet entretien, avait indiqué le mot dans toute sa nudité.
« la circonstance dont il s'agit, ce qu'elle voudra, sans
» souffrir de contrôle ni d'opposition. Vous ne compro-
« mettrez pas ce qui vous reste d'influence en Europe,
« en allant au delà de la menace. Si vous voulez le fai-
Ire, je vais vous en donner les moyens ; notre flotte,
« déjà réunie à Toulon, sera 'prête à mettre à la voile
« dans les derniers jours de mai: elle s'arrêtera, pour
« se rallier, aux îles Baléares; elle opèrera le débar-
« quement à l'ouest d'Alger. Vous voilà informé de
« sa marche, vous saurez où la rencontrer ; mais vous
« ne le tenterez pas, et vous n'accepterez pas le défi que
« je vous porte. Ce langage, je n'ai pas besoin de vous
» le répéter, n'a rien de diplomatique, c'est uneconver-
< sation entre lord Stuart et le baron d'Haussez, et non
« une conférence entre l'ambassadeur d'Angleterre et
« le ministre de la marine de France. Je vous prie, ce-
» pendant, de réfléchir sur le fond de cette conversation,
« que le ministre des affaires étrangères pourra traduire
« en d'autres termes; mais, j'en suis certain, sans rien
« changer au fond.
« Lord Stuart ne me parla plus de cette affaire. »
Et l'expédition s'accomplit sans que la flotte anglaise
essayât seulement de se montrer à l'un des trois r, n lez-
vous assignés par le ministre français, vraiment digne
de ce nom.
C'est ainsi que la pensée de la France triompha avec
l'appui moral de l'Europe.
Eh bien ! ce même concours nous est acquis dans
l'affaire de Suez. C'est l'Europe entière qui veut avec
nous cette conquête pacifique sur les éléments, cette
victoire de la civilisation, pour laquelle il n'est pas
besoin de verser une seule goutte de sang. Compre-
nons bien notre force : le ministère anglais seul contre
tous, désavoué même par le commerce de son pays,
condamné par les paroles de quatre de ses principaux
membres qui ont reconnu la haute utilité du canal de
Suez, peut-il bien s'y opposer par la force et faire pré-
valoir son obstination puérile sur la volonté de tous les
gouvernements ?
Non, l'exemple de la restauration a montré comment
on pouvait déjouer les menaces d'un cabinet Wellington
et passer outre; le cabinet Palmerston ne doit pas être
plus fort contre le vainqueur de Solferino ; car s'il exis-
tait une différence entre les deux situations, elle serait
toute au profit de l'empire qui dispose aujourd'hui de
plus grandes forces militaires et navales au service
d'une-idée essentiellement européenne.
E. Roux.
(Gazette du Midi, 1er septembre 1859.)
Le Gérant : ERNEST DESPLACES.
PARIS. IMPRIMERIE CENTRALE DE NAPOLÉON CBAIX El C', RUE BERGÈRE, 20.
» sur la côte méridionale de l'Afrique, et aurait-elle
» encore le droit d'interposer son contrôle quand la
» France aurait à soutenir une guerre sur la côte
» septentrionale du même continent ? L'idée d'un
» agrandissement de la France en Afrique déplaît à la
» cour de Londres. Mais s'est-elle informée si cette
» extension dans les Indes a été agréable à l'Eu-
» rope ? »
C'est là, comme dit très-bien l'historien, une de ces
répliques qu'on ne fait à une puissance rivale que la
main sur la garde de son épée.
Il est vrai que le roi de France se sentait double-
ment fort, après s'être entouré des vœux de tous les
autres souverains. C'était donc l'Europe elle-même qui,
par sa bouche, répondait aux injustes conquérants des
Indes et leur renvoyait, à bon droit, le reproche immé-
rité d'ambition.
D'autres explications, bien autrement violentes,
avaient été échangées entre l'ambassadeur d'Angle-
terre, lord Stuart de Rothsay, et le baron d'ilaussez,
alors ministre de la marine. C'est ici le cas de citer ce
récit historique, d'après les Mémoires publiés, en 1832,
par l'ex-ministre lui-même. Ayant épuisé son réper-
toire de questions et d'objections auprès du président
du conseil, le représentant britannique voulut entre-
prendre celui des membres du cabinet qu'il supposait
le moins diplomate :
Laissons parler M. d'Haussez :
« Un jour qu'il m'avait pressé fortement et sans plus
« de succès que de coutume, il ajouta que ces questions
« n'avaient pour objet que la confirmation de ce qu'il
« savait ; qu'il avait découvert que nous ne songions
« pas sérieusement à l'expédition, et que nos prépara-
« tifs ne tendaient qu'à effrayer le dey et à l'amener à
« composition. Ce serait peine perdue, lui répondis-
« je : dans son insouciance turque, le dey ignore peut-
« être que nous nous proposons de l'attaquer, et, s'il le
« sait, il s'en remet à Dieu du soin de le défendre ; au
o reste, je puis vous déclarer, parce que nous n'en fai-
« sons pas mystère, que c'est très-sérieusement que
« notts faisons des préparatifs ; le roi veut que l'expé-
a dition se fasse, et elle se fera. Vous croyez donc
« qu'on ne s'y opposera pas?
« - Sans doute, qui l'oserait? Qui?. nous les
« premiers !.
« Milord, lui dis-je avec une émotion qui approchait
et fort de la colère, je n'ai jamais souffert que, vis-à-vis
« de moi, simple individu, on prît un ton de menace ;
a je ne souffrirai pas davantage qu'on se le permette à
» l'égard du gouvernement dont j'ai l'honneur de faire
« partie. Je vous ai déjà dit que je ne voulais pas trai-
« ter la question diplomatiquement ; vous en trouverez
« la preuve dans les termes que je vais employer : la
« France ne redoute pas l'Angleterre (1) ; elle fera, dans
(1) Le mot réel fut plus expressif et tout irilitaire. M. d'Haussez
qui adressa de Naples dans la Gazelle du Midi le premier récit de
cet entretien, avait indiqué le mot dans toute sa nudité.
« la circonstance dont il s'agit, ce qu'elle voudra, sans
» souffrir de contrôle ni d'opposition. Vous ne compro-
« mettrez pas ce qui vous reste d'influence en Europe,
« en allant au delà de la menace. Si vous voulez le fai-
Ire, je vais vous en donner les moyens ; notre flotte,
« déjà réunie à Toulon, sera 'prête à mettre à la voile
« dans les derniers jours de mai: elle s'arrêtera, pour
« se rallier, aux îles Baléares; elle opèrera le débar-
« quement à l'ouest d'Alger. Vous voilà informé de
« sa marche, vous saurez où la rencontrer ; mais vous
« ne le tenterez pas, et vous n'accepterez pas le défi que
« je vous porte. Ce langage, je n'ai pas besoin de vous
» le répéter, n'a rien de diplomatique, c'est uneconver-
< sation entre lord Stuart et le baron d'Haussez, et non
« une conférence entre l'ambassadeur d'Angleterre et
« le ministre de la marine de France. Je vous prie, ce-
» pendant, de réfléchir sur le fond de cette conversation,
« que le ministre des affaires étrangères pourra traduire
« en d'autres termes; mais, j'en suis certain, sans rien
« changer au fond.
« Lord Stuart ne me parla plus de cette affaire. »
Et l'expédition s'accomplit sans que la flotte anglaise
essayât seulement de se montrer à l'un des trois r, n lez-
vous assignés par le ministre français, vraiment digne
de ce nom.
C'est ainsi que la pensée de la France triompha avec
l'appui moral de l'Europe.
Eh bien ! ce même concours nous est acquis dans
l'affaire de Suez. C'est l'Europe entière qui veut avec
nous cette conquête pacifique sur les éléments, cette
victoire de la civilisation, pour laquelle il n'est pas
besoin de verser une seule goutte de sang. Compre-
nons bien notre force : le ministère anglais seul contre
tous, désavoué même par le commerce de son pays,
condamné par les paroles de quatre de ses principaux
membres qui ont reconnu la haute utilité du canal de
Suez, peut-il bien s'y opposer par la force et faire pré-
valoir son obstination puérile sur la volonté de tous les
gouvernements ?
Non, l'exemple de la restauration a montré comment
on pouvait déjouer les menaces d'un cabinet Wellington
et passer outre; le cabinet Palmerston ne doit pas être
plus fort contre le vainqueur de Solferino ; car s'il exis-
tait une différence entre les deux situations, elle serait
toute au profit de l'empire qui dispose aujourd'hui de
plus grandes forces militaires et navales au service
d'une-idée essentiellement européenne.
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