Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1859-10-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 01 octobre 1859 01 octobre 1859
Description : 1859/10/01 (A4,N79). 1859/10/01 (A4,N79).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6529514h
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/07/2013
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 303
du genre humain que le cliquetis des armes, si brillante
d'ailleurs que soit la valeur des combattants; qui estime
que les principes de liberté ne sont pas bons seulement
en paroles, et ne doivent pas être le privilége exclusif
d'un peuple, d'une classe, mais qu'ils appartiennent à
tous comme le bienfait même de la lumière.
C'est avec celle-ci, représentée par ses marins et ses
soldats, que la France a fraternisé en Crimée, et na-
guère encore sur les rivages de la Chine. C'est avec
celle-ci qu'elle s'est mise en communication pour la
belle entreprise internationale du canal de Suez. Il est
vrai que l.i même jalousie gouvernementale qui s'étu-
die à diviser la France et l'Autriche et à faire avorter
les conséquences légitimes de la paix, s'efforce égale-
ment de désunir les commerçants anglais et les nôtres,
pour empêcher l'accomplissement d'une œuvre de con-
ciliation et de progrès pacifique. Mais si l'on voulait
bien examiner à fond la situation de l'Angleterre offi-
cielle, envisager froidement son opposition sans base
au dehors comme au dedans, sans appui dans la masse
des populations anglaises comme dans l'opinion des
gouvernements étrangers, on arriverait bientôt à la
braver sans hésitation, sans péril, et aux applaudisse-
ments de l'Europe entière, délivrée de ce vieux cau-
chemar.
En 1830, l'épreuve en fut faite, et réussit pleinement
au dernier roi de France.
Souvenez-vous des débuts de cette affaire d'Alger, à
laquelle nous devons la plus vaste et la plus belle de
nos colonies.
Depuis des siècles, l'Europe était tributaire d'un nid
de forbans ; les matelots de notre Provence, comme
ceux de tous les navires de la Méditerranée, étaient
régulièrement décimés par ces audacieux enlèvements,
qui les jetaient dans les bagnes du dey et les livraient
aux plus atroces tortures du corps et de l'âme. Nous
n'essaierons pas ici de refaire, après l'éloquent évêque
d'Alger (1), l'histoire de ces tourments inouïs, des efforts
surhumains de la charité chrétienne pour le rachat des
captifs, et des indignes terreurs de ces puissances qui,
désespérant de faire jamais tomber Alger la guerrière,
avaient humblement consenti à payer tribut aux écu-
meurs de mer. Toute l'Italie payait ; la Hollande, la
Suède, le Danemarck, les Etats-Unis payaient; la France,
après avoir bombardé Alger sous le règne de Louis XIV,
s'était découragée de ne trouver aucun concours dans
les flottes anglaises, et de se voir en butte aux hostili-
tés de celles-ci, en même temps qu'aux déprédations et
aux barbaries des pirates.
La France, sans acquitter le tribut proprement dit,
se soumettait à la nécessité de nombreux et énormes
cadeaux, dont le partage descendait du dey jusqu'aux
balayeurs de la Kasbah.
L'Angleterre suivait elle-même cet usage, préférant
par système l'abaissement moral de la première marine
du monde à la liberté complète de la navigation sur la
Méditerranée. Un jour, heureux par la vengeance qu'il
devait provoquer, le consul du roi Charles X reçut du
dey d'Alger le fameux coup d'éventail. Il en demande
(1) Brochure intitulée: Notre-Dame d'Afrique. En vente chez
Chauffard, libraire à Marseille.
réparation, ne peut rien obtenir et se retire ; le blocus
d'Alger commence alors et se prolonge pendant de longs
mois sans autre résultat que de faire murmurer à Paris
l'opposition parlementaire.
Enfin, une grande résolution se mûrit dans l'âme du
souverain, et voulant assurer d'avance la liberté de ses
mouvements, il commence par pressentir ses alliés en
Europe. Une circulaire diplomatique est adressée le 4
février 1830 à toutes les cours sans exception. Le prince
de Polignac y résume en ces termes le programme de
l'expédition projetée :
« Le but de l'entreprise est la destruction de l'escla-
) vage, de la piratrie et des tributs sur toute la côte
» d'Afrique; la sécurité de la navigation de la Méditer-
» ranée à rétablir; le besoin de rendre le rivage méri-
» dional de cette mer à la production, à la civilisation,
D au commerce, à la libre fréquentation de toutes les
» nations. Heureuse et fière d'avoir à accomplir cette
» noble tâche et de pouvoir contribuer ainsi au progrès
» de la civilisation et au bien-être de tous les peuples,
a la France recevra avec plaisir l'expression des senti-
» ments que son entreprise fera éprouver aux autres
» nations. »
L'Europe fut, à son tour, heureuse et fière de se voir
ainsi consultée, et bientôt tous les Etats, même de se-
cond et troisième ordre, se faisaient un devoir d'envoyer
leurs adhésions. C'était par le fait un véritable congrès,
délibérant par écrit et donnant un avis librement mo-
tivé ; l'Italie surtout se distinguait par l'expression de
sa reconnaissance; la Sardaigne ne péchait que par
excès de zèle, demandant avec l'Espagne, une part ac-
tive à l'expédition, et sans doute aussi à ses profits.
Seule entre toutes, l'Angleterre eut le triste courage de
faire une réponse évasive et de demander de plus am-
ples explications. Le roi se fit rendre compte en conseil
de toutes ces réponses, déclara inadmissible les préten-
tions des cabinets de Turin et de Madrid, et termina
la délibération par ces mots, dignes de devenir histo-
riques :
« La France insultée n'a besoin de l'aide de personne
» pour se venger. Quant aux Anglais, nous ne nous
» mêlons pas de leurs affaires ; qu'ils ne se mêlent pas des
» nôtres. »
(Journal des séances du Conseil, par M. de Guernon-
Ranville, ministre de l'instruction publique.)
Cependant, l'Angleterre, de plus en plus défiante et
jalouse, insiste, multiplie les questions, les chicanes, et
va jusqu'à laisser entrevoir des menaces.
La Restauration qui se contenait, dit M. Nettement,
depuis le commencement de cette affaire , se sentit
prise d'une colère généreuse, et fit à l'insolence britan-
nique cette fière réponse, dans une dépêche datée du
18 mai 1830 :
« Depuis 1815, l'Angleterre a conquis la moitié de la
» presqu'île orientale des Indes, acquis trente millions
» de sujets nouveaux, étendu au loin ses établisse-
ments sur la côte méridionale de l'Afrique, sans que
» l'Europe ait pu avoir le droit d'examiner la cause et
» l'effet de ces conquêtes. Par quel rare privilège la
« Grande-Bretagne pourrait-elle ainsi, sans autre règle
» que sa convenance, s'étendre et conquérir en Asie et
du genre humain que le cliquetis des armes, si brillante
d'ailleurs que soit la valeur des combattants; qui estime
que les principes de liberté ne sont pas bons seulement
en paroles, et ne doivent pas être le privilége exclusif
d'un peuple, d'une classe, mais qu'ils appartiennent à
tous comme le bienfait même de la lumière.
C'est avec celle-ci, représentée par ses marins et ses
soldats, que la France a fraternisé en Crimée, et na-
guère encore sur les rivages de la Chine. C'est avec
celle-ci qu'elle s'est mise en communication pour la
belle entreprise internationale du canal de Suez. Il est
vrai que l.i même jalousie gouvernementale qui s'étu-
die à diviser la France et l'Autriche et à faire avorter
les conséquences légitimes de la paix, s'efforce égale-
ment de désunir les commerçants anglais et les nôtres,
pour empêcher l'accomplissement d'une œuvre de con-
ciliation et de progrès pacifique. Mais si l'on voulait
bien examiner à fond la situation de l'Angleterre offi-
cielle, envisager froidement son opposition sans base
au dehors comme au dedans, sans appui dans la masse
des populations anglaises comme dans l'opinion des
gouvernements étrangers, on arriverait bientôt à la
braver sans hésitation, sans péril, et aux applaudisse-
ments de l'Europe entière, délivrée de ce vieux cau-
chemar.
En 1830, l'épreuve en fut faite, et réussit pleinement
au dernier roi de France.
Souvenez-vous des débuts de cette affaire d'Alger, à
laquelle nous devons la plus vaste et la plus belle de
nos colonies.
Depuis des siècles, l'Europe était tributaire d'un nid
de forbans ; les matelots de notre Provence, comme
ceux de tous les navires de la Méditerranée, étaient
régulièrement décimés par ces audacieux enlèvements,
qui les jetaient dans les bagnes du dey et les livraient
aux plus atroces tortures du corps et de l'âme. Nous
n'essaierons pas ici de refaire, après l'éloquent évêque
d'Alger (1), l'histoire de ces tourments inouïs, des efforts
surhumains de la charité chrétienne pour le rachat des
captifs, et des indignes terreurs de ces puissances qui,
désespérant de faire jamais tomber Alger la guerrière,
avaient humblement consenti à payer tribut aux écu-
meurs de mer. Toute l'Italie payait ; la Hollande, la
Suède, le Danemarck, les Etats-Unis payaient; la France,
après avoir bombardé Alger sous le règne de Louis XIV,
s'était découragée de ne trouver aucun concours dans
les flottes anglaises, et de se voir en butte aux hostili-
tés de celles-ci, en même temps qu'aux déprédations et
aux barbaries des pirates.
La France, sans acquitter le tribut proprement dit,
se soumettait à la nécessité de nombreux et énormes
cadeaux, dont le partage descendait du dey jusqu'aux
balayeurs de la Kasbah.
L'Angleterre suivait elle-même cet usage, préférant
par système l'abaissement moral de la première marine
du monde à la liberté complète de la navigation sur la
Méditerranée. Un jour, heureux par la vengeance qu'il
devait provoquer, le consul du roi Charles X reçut du
dey d'Alger le fameux coup d'éventail. Il en demande
(1) Brochure intitulée: Notre-Dame d'Afrique. En vente chez
Chauffard, libraire à Marseille.
réparation, ne peut rien obtenir et se retire ; le blocus
d'Alger commence alors et se prolonge pendant de longs
mois sans autre résultat que de faire murmurer à Paris
l'opposition parlementaire.
Enfin, une grande résolution se mûrit dans l'âme du
souverain, et voulant assurer d'avance la liberté de ses
mouvements, il commence par pressentir ses alliés en
Europe. Une circulaire diplomatique est adressée le 4
février 1830 à toutes les cours sans exception. Le prince
de Polignac y résume en ces termes le programme de
l'expédition projetée :
« Le but de l'entreprise est la destruction de l'escla-
) vage, de la piratrie et des tributs sur toute la côte
» d'Afrique; la sécurité de la navigation de la Méditer-
» ranée à rétablir; le besoin de rendre le rivage méri-
» dional de cette mer à la production, à la civilisation,
D au commerce, à la libre fréquentation de toutes les
» nations. Heureuse et fière d'avoir à accomplir cette
» noble tâche et de pouvoir contribuer ainsi au progrès
» de la civilisation et au bien-être de tous les peuples,
a la France recevra avec plaisir l'expression des senti-
» ments que son entreprise fera éprouver aux autres
» nations. »
L'Europe fut, à son tour, heureuse et fière de se voir
ainsi consultée, et bientôt tous les Etats, même de se-
cond et troisième ordre, se faisaient un devoir d'envoyer
leurs adhésions. C'était par le fait un véritable congrès,
délibérant par écrit et donnant un avis librement mo-
tivé ; l'Italie surtout se distinguait par l'expression de
sa reconnaissance; la Sardaigne ne péchait que par
excès de zèle, demandant avec l'Espagne, une part ac-
tive à l'expédition, et sans doute aussi à ses profits.
Seule entre toutes, l'Angleterre eut le triste courage de
faire une réponse évasive et de demander de plus am-
ples explications. Le roi se fit rendre compte en conseil
de toutes ces réponses, déclara inadmissible les préten-
tions des cabinets de Turin et de Madrid, et termina
la délibération par ces mots, dignes de devenir histo-
riques :
« La France insultée n'a besoin de l'aide de personne
» pour se venger. Quant aux Anglais, nous ne nous
» mêlons pas de leurs affaires ; qu'ils ne se mêlent pas des
» nôtres. »
(Journal des séances du Conseil, par M. de Guernon-
Ranville, ministre de l'instruction publique.)
Cependant, l'Angleterre, de plus en plus défiante et
jalouse, insiste, multiplie les questions, les chicanes, et
va jusqu'à laisser entrevoir des menaces.
La Restauration qui se contenait, dit M. Nettement,
depuis le commencement de cette affaire , se sentit
prise d'une colère généreuse, et fit à l'insolence britan-
nique cette fière réponse, dans une dépêche datée du
18 mai 1830 :
« Depuis 1815, l'Angleterre a conquis la moitié de la
» presqu'île orientale des Indes, acquis trente millions
» de sujets nouveaux, étendu au loin ses établisse-
ments sur la côte méridionale de l'Afrique, sans que
» l'Europe ait pu avoir le droit d'examiner la cause et
» l'effet de ces conquêtes. Par quel rare privilège la
« Grande-Bretagne pourrait-elle ainsi, sans autre règle
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