Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1859-07-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 juillet 1859 15 juillet 1859
Description : 1859/07/15 (A4,N74). 1859/07/15 (A4,N74).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k65295096
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/07/2013
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 221
leuses de son empereur ! et ce que l'histoire ne dit pas,
c'est qu'à cent cinquante ans de distance les fortifi-
cations de Cronstadt (1), devant lesquelles se sont ar-
rêtées les flottes les plus imposantes du monde au
xixe siècle, étaient faites sur les plans que, dans une
nuit, Pierre avait dessinés à Dunkerque, d'après les for-
tifications de cette ville, alors rivale de Londres ! mais
qu'une faiblesse bien coupable devait sacrifier et qui
sautaient quelques jours après.
Depuis Pierre, le peuple russe a suivi avec assiduité
et intelligence l'exemple donné par ce grand prince
de la famille Romanoff. Chaque Russe travaille à la
grandeur de son pays et recueille à l'étranger ce qui
peut être utile à sa patrie. Chaque catastrophe de
l'Europe est mise à profit par la puissance russe, et
si celle-ci compte à présent dans les conseils de l'Eu-
rope par sa diplomatie et pèse dans la guerre par le
nombre de ses soldats, on va la voir grandir à l'orient
du monde par le nombre de ses vaisseaux et la gran
deur de ses établissements maritimes.
Un hasard, il y a dix ans, amena une foule d'aven-
turiers vers les côtes américaines qui regardent l'Asie.
Jusqu'ici, les peuples américains du Nord s'étaient
établis en regard de l'Europe; les côtes de l'océan
Pacifique n'offraient qu'un immense développement
de plages désertes ou abandonnées au premier occu-
pant. Aujourd'hui, la soif de l'or a attiré des popula-
tions vers les terres de la Californie. De toutes les
parties du globe, des familles y sont venues s'asseoir
à l'ombre du pavillon des Provinces-Unies. Des villes
se sont élevées, un commeree immense s'est établi, et
les eaux de cet océan auquel on avait donné le sur-
nom de Pacifique, sont aujourd'hui traversées par les
navires de toutes les nations. D'un autre côté, le Ja-
pon, si riche en industrie et en population, la Chine,
qui a fécondé tous les continents asiatiques, même
l'Amérique dans les temps anciens, comme elle la
peuple encore de nos jours, éprouvent le besoin de
fraterniser avec les autres peuples de la terre. La Rus-
sie, qui avait senti la grande importance de toutes
les évolutions qui renouvellent les peuples et causent,
dans un avenir prochain, un déplacement considé-
rable dans les marchés du monde, donna du déve-
loppement à ses établissements du Kamchatka, où l'on
vit dans la dernière guerre Pétropavlosk soutenir les
assauts de la marine alliée.
Ce n'était pas assez pour la Russie d'avoir un pied
à terre pour sa marine, il lui fallait un port militaire
qui pût contenir des forces imposantes en rapport avec
son empire et la gravité des intérêts qu'elle peut avoir
un jour à débattre dans les mers de l'Inde et de
l'océan Pacifique.
Une mer intérieure garnie de récifs, entourée par
(1) Ces fortifications ont été renouvelées en partie, mais le fort de
Krouslot existe encore comme sous Pierre Ier.
les îles Kourilles, dans laquelle débouche un des plus
grands fleuves de la terre, fixa son attention : c'est
là qu'au moment où nous écrivons se développe une
- flotte russe commandée par l'amiral Popoff, qui va
déterminer le lieu où se creuseront les bassins et où
s'élèveront les établissements de la première capitale
maritime de l'empire.
Déjà la navigation marchande a pris dans ces pa-
rages une importance inconnue. Dès 1857, Nikolaïew,
qui restera la ville marchande et industrielle, avait
reçu un grand nombre de navires de Hong-Kong, de
San-Francisco, de Hambourg avec des cargaisons éva-
luées quatre millions. Un grand nombre de bâtiments
japonais et de jonques chinoises avec du thé y étaieLt
venus jeter l'ancre. Toutes les marchandises étaient
devenues à cette époque trois fois moins chères qu'à
Irkoursk, et les importateurs, en les dirigeant aussitôt
sur la Sibérie orientale par l'Amur, avaient réalisé
des bénéfices considérables. Les bateaux à vapeur
avaient rapporté à la descente de riches cargaisons
de fourrures. C'est ainsi que la première campagne
du commerce sur l'Amur, avait présagé pour l'avenir
une ère de prospérité et de grandeur.
Une compagnie puissante s'est formée à St-Péters-
bourg, avec l'autorisation du gouvernement, pour
exploiter la navigation de l'Amur, et déjà un grand
nombre de vapeurs sillonnent dans toutes les direc-
tions le courant du fleuve, dont la navigation va
donner un grand élan aux fabriques et aux diverses
industries de la Sibérie et fera de Nerschinsk un des
principaux bazars de l'Orient.
La compagnie, pleine de foi dans la réalisation d'im-
menses bénéfices, a demandé l'autorisation d'établir
à ses frais une ligne de télégraphie électrique de
St-Pétersbourg à Nicolaiew (3,000 lieues), pouvant
se relier avec les lignes de télégraphie américaines,
selon le plan qu'en avait conçu M. Babinet.
Mais l'indiscrétion de la télégraphie, non moins
grande que celle de la langue, n'aurait pas compensé
par son utilité les effets qui auraient été les consé-
quences et de son établissement et de son caractère
d'indiscrétion. On aurait jalousé le mouvement as-
censionnel de la Russie, avant qu'elle ait réalisé les
grands projets qu'elle a formés ; il n'était pas naturel
d'ailleurs d'établir l'accessoire avant le principal, ét
les gouvernements ne commencent pas par regarder
le côté scientifique des choses.
Le gouvernement russe a remis à d'autres temps
l'établissement de cette ligne télégraphique de 3 à
4 mille lieues, et a refusé à la compagnie l'autorisa-
tion qu'elle demandait, d'après une lettre que son
gérant vient de m'adresser.
Si cette ligne eût existé , elle aurait annoncé à
l'Europe à cette heure, « l'arrivée de l'amiral Popoff
» avec son escadre dans le golfe de Tartarie ! »
Elle aurait dit : « Des établissements considérables
leuses de son empereur ! et ce que l'histoire ne dit pas,
c'est qu'à cent cinquante ans de distance les fortifi-
cations de Cronstadt (1), devant lesquelles se sont ar-
rêtées les flottes les plus imposantes du monde au
xixe siècle, étaient faites sur les plans que, dans une
nuit, Pierre avait dessinés à Dunkerque, d'après les for-
tifications de cette ville, alors rivale de Londres ! mais
qu'une faiblesse bien coupable devait sacrifier et qui
sautaient quelques jours après.
Depuis Pierre, le peuple russe a suivi avec assiduité
et intelligence l'exemple donné par ce grand prince
de la famille Romanoff. Chaque Russe travaille à la
grandeur de son pays et recueille à l'étranger ce qui
peut être utile à sa patrie. Chaque catastrophe de
l'Europe est mise à profit par la puissance russe, et
si celle-ci compte à présent dans les conseils de l'Eu-
rope par sa diplomatie et pèse dans la guerre par le
nombre de ses soldats, on va la voir grandir à l'orient
du monde par le nombre de ses vaisseaux et la gran
deur de ses établissements maritimes.
Un hasard, il y a dix ans, amena une foule d'aven-
turiers vers les côtes américaines qui regardent l'Asie.
Jusqu'ici, les peuples américains du Nord s'étaient
établis en regard de l'Europe; les côtes de l'océan
Pacifique n'offraient qu'un immense développement
de plages désertes ou abandonnées au premier occu-
pant. Aujourd'hui, la soif de l'or a attiré des popula-
tions vers les terres de la Californie. De toutes les
parties du globe, des familles y sont venues s'asseoir
à l'ombre du pavillon des Provinces-Unies. Des villes
se sont élevées, un commeree immense s'est établi, et
les eaux de cet océan auquel on avait donné le sur-
nom de Pacifique, sont aujourd'hui traversées par les
navires de toutes les nations. D'un autre côté, le Ja-
pon, si riche en industrie et en population, la Chine,
qui a fécondé tous les continents asiatiques, même
l'Amérique dans les temps anciens, comme elle la
peuple encore de nos jours, éprouvent le besoin de
fraterniser avec les autres peuples de la terre. La Rus-
sie, qui avait senti la grande importance de toutes
les évolutions qui renouvellent les peuples et causent,
dans un avenir prochain, un déplacement considé-
rable dans les marchés du monde, donna du déve-
loppement à ses établissements du Kamchatka, où l'on
vit dans la dernière guerre Pétropavlosk soutenir les
assauts de la marine alliée.
Ce n'était pas assez pour la Russie d'avoir un pied
à terre pour sa marine, il lui fallait un port militaire
qui pût contenir des forces imposantes en rapport avec
son empire et la gravité des intérêts qu'elle peut avoir
un jour à débattre dans les mers de l'Inde et de
l'océan Pacifique.
Une mer intérieure garnie de récifs, entourée par
(1) Ces fortifications ont été renouvelées en partie, mais le fort de
Krouslot existe encore comme sous Pierre Ier.
les îles Kourilles, dans laquelle débouche un des plus
grands fleuves de la terre, fixa son attention : c'est
là qu'au moment où nous écrivons se développe une
- flotte russe commandée par l'amiral Popoff, qui va
déterminer le lieu où se creuseront les bassins et où
s'élèveront les établissements de la première capitale
maritime de l'empire.
Déjà la navigation marchande a pris dans ces pa-
rages une importance inconnue. Dès 1857, Nikolaïew,
qui restera la ville marchande et industrielle, avait
reçu un grand nombre de navires de Hong-Kong, de
San-Francisco, de Hambourg avec des cargaisons éva-
luées quatre millions. Un grand nombre de bâtiments
japonais et de jonques chinoises avec du thé y étaieLt
venus jeter l'ancre. Toutes les marchandises étaient
devenues à cette époque trois fois moins chères qu'à
Irkoursk, et les importateurs, en les dirigeant aussitôt
sur la Sibérie orientale par l'Amur, avaient réalisé
des bénéfices considérables. Les bateaux à vapeur
avaient rapporté à la descente de riches cargaisons
de fourrures. C'est ainsi que la première campagne
du commerce sur l'Amur, avait présagé pour l'avenir
une ère de prospérité et de grandeur.
Une compagnie puissante s'est formée à St-Péters-
bourg, avec l'autorisation du gouvernement, pour
exploiter la navigation de l'Amur, et déjà un grand
nombre de vapeurs sillonnent dans toutes les direc-
tions le courant du fleuve, dont la navigation va
donner un grand élan aux fabriques et aux diverses
industries de la Sibérie et fera de Nerschinsk un des
principaux bazars de l'Orient.
La compagnie, pleine de foi dans la réalisation d'im-
menses bénéfices, a demandé l'autorisation d'établir
à ses frais une ligne de télégraphie électrique de
St-Pétersbourg à Nicolaiew (3,000 lieues), pouvant
se relier avec les lignes de télégraphie américaines,
selon le plan qu'en avait conçu M. Babinet.
Mais l'indiscrétion de la télégraphie, non moins
grande que celle de la langue, n'aurait pas compensé
par son utilité les effets qui auraient été les consé-
quences et de son établissement et de son caractère
d'indiscrétion. On aurait jalousé le mouvement as-
censionnel de la Russie, avant qu'elle ait réalisé les
grands projets qu'elle a formés ; il n'était pas naturel
d'ailleurs d'établir l'accessoire avant le principal, ét
les gouvernements ne commencent pas par regarder
le côté scientifique des choses.
Le gouvernement russe a remis à d'autres temps
l'établissement de cette ligne télégraphique de 3 à
4 mille lieues, et a refusé à la compagnie l'autorisa-
tion qu'elle demandait, d'après une lettre que son
gérant vient de m'adresser.
Si cette ligne eût existé , elle aurait annoncé à
l'Europe à cette heure, « l'arrivée de l'amiral Popoff
» avec son escadre dans le golfe de Tartarie ! »
Elle aurait dit : « Des établissements considérables
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.96%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.96%.
- Collections numériques similaires Thématique : ingénierie, génie civil Thématique : ingénierie, génie civil /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPCthèm02"Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPCcorp11" Corpus : ports et travaux maritimes Corpus : ports et travaux maritimes /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPCcorp16"
- Auteurs similaires Desplaces Ernest Desplaces Ernest /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Desplaces Ernest" or dc.contributor adj "Desplaces Ernest")
-
-
Page
chiffre de pagination vue 13/16
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k65295096/f13.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k65295096/f13.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k65295096/f13.image
- Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k65295096
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k65295096
Facebook
Twitter