Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1859-06-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 juin 1859 15 juin 1859
Description : 1859/06/15 (A4,N72). 1859/06/15 (A4,N72).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6529507c
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/07/2013
i82 L'ISTHME DE SUEZ,
sion de l'Inde par les flottes européennes. Ne pour-
rait-on pas dire tout aussi bien que le passage de
Gibraltar favorise les agressions des flottes anglaises
contre la sécurité des peuples de la Méditerranée. On
a dit que la mer Rouge devait être un lac anglais,
parce qu'elle conduit par le plus court chemin aux
possessions anglaises dans l'Asie. Ne pourrait-on pas
dire aussi bien que la Méditerranée doit être un lac
purement européen puisqu'il conduit les flottes en-
nemies sur les rivages de l'Espagne, de la France, de
l'Italie, de la Grèce, de la Turquie et même de la
Russie ?
Pourquoi, si l'Angleterre a le droit de prendre tant
de précautions au détriment du commerce des nations
qui bordent la Méditerranée, ces nations n'auraient-
elles pas le même privilége au détriment du com-
merce d'un peuple qui est relégué loin d'elles dans
l'Océan ? Si la mer doit appartenir à celui qui a l'in-
térêt le plus immédiat à l'occuper, et si, en vertu de
ce principe, la mer Rouge et les mers d'Asie doivent
être livrées au monopole anglais , nous ne pourrions
concevoir comment il serait injuste ou illégitime que
les nations riveraines de la Méditerranée prétendis-
sent rester les maîtresses exclusives de cette mer.
Si, d'un autre côté, les Anglais avaient pour politi-
que d'exclure en fait les nations méditerranéennes du
commerce oriental, nous ne voyons pas pourquoi les
nations méditerranéennes n'auraient point, de leur
côté, le désir très-légitime d'exclure le commerce
anglais de la Méditerranée.
Mais de ces prétentions injustes que résulterait-il ?
La ruine, la haine, la guerre. Pourtant, qui en aurait
donné l'exemple -et le signal ? Ne serait-ce point l'An-
gleterre elle-même en s'efforçant d'empêcher une
communication, malgré les avantages qu'elle y
trouve, uniquement parce qu'elle serait en même
temps avantageuse au reste du monde.
La France, nous en sommes convaincu, repousse
entièrement ce rêve de domination exclusive dans la
Méditerranée. Mais l'Angleterre doit, de son côté, re-
pousser avec non moins de loyauté l'aspiration de
toute domination exclusive dans la mer Rouge et
dans le vaste Océan asiatique. 11 y a dans ces im-
menses espaces place pour tous les peuples, et cha-
cun d'eux peut y trouver sa part au soleil, sans nuire
à ce qu'il y a de légitime dans les besoins de l'Angle-
terre. L'Angleterre est puissante, il est vrai, mais
toute cette puissance ne lui suffira pas si sa cause
n'e;t pas juste," et nous ne connaissons pas de plus
grande injustice que celle par laquelle quelques-uns
de ses hommes d'Etat s'efforcent de fermer à la
civilisation et à l'humanité entière l'une des plus
belles routes du commerce et des relations entre les
deux hémisphères.
Au surplusa. nous croyons que cette politique su-
rannée et dangereue est dhaqtle jour-plus abandon
"'1
née et plus impopulaire dans l'opinion publique de la
Grande-Bretagne. Nous rappelions, il y a peu de jours,
notre prévision que la répugnance du cabinet de
Derby, pour le percement de l'isthme, n'était point
destinée à lui porter bonheur. Notre prédiction est
déjà réalisée. Le ministère Derby est tombé. Il est
tombé principalement sous le poids des fautes de sa
politique étrangère, sous l'appréhension des embarras
que ces fautes pouvaient amener pour son pays. et
nous n'hésitons pas à déclarer que son attitude dans
la question de Suez a été un des points par lesquels il
s'est rendu le plus antipathique à l'opinion conti-
nentale.
Il ne faut pas s'y tromper : derrière cette affaire de
Suez, il y a en Angleterre la lutte de deux politi-
ques différentes; d'un côté, la politique torye, la poli-
tique d'hostilité et de discorde entretenue- sur le con-
tinent, et un mot, cette politique d'accaparement qui
n'est plus de notre siècle ; de l'autre côté, la politique
nouvelle, la politique qui s'est inaugurée par l'entente
et l'alliance avec la France, la politique de la réci-
procité, du respect et de la bienveillance pour le
progrès partout où il se montre.
Il est remarquable que l'alliance avec la France-
est contemporaine de ce premier acte de réforme de
1832, qui fut un échec irréparable à l'influence des
tories, et nous sommes parfaitement convaincus que
le second bill de réforme dont le nouveau ministère
va se faire certainement l'éditeur, sera l'aurore d'une
alliance encore plus intime entre la France et l'An-
gleterre, parce que le gouvernement de ce dernier
pays tend à se dégager de plus en plus des idées qui
ont amené les collisions effroyables de 1792 à 1815.
Nous ne doutons point que le parti libéral au pouvoir
ne ressente profondément l'iniquité de l'espèce de
coërcition oppressive qui pèse depuis trop longtemps
sur la question de Suez. Il a, d'ailleurs, exprimé par
toutes ses voix prépondérantes son opinion à ce sujet.
Lord John Russell, M. Milner Gibson, sir Sidney
Herbert, sir James Graham, sir Benjamin Hall,
M. Rœbuck, M. Bright, M. Gladstone ont de leur voix
et de leur vote proclamé l'indignité des manœuvres
souterraines qui ont voulu tenir en échec la réalisa-
tion de ce grand travail.
Des hommes influents du libéralisme anglais, lord
Palmerston est le seul opposé au projet, et en cet
avis il va rester isolé dans leurs rangs. Le noble lord
lui-même a placé le bon accord avec la France en
tête du programme ministériel et conciliateur pro-
posé à la majorité qui vient de renverser le cabinet
Derby. Or la France, comme l'ont dit M. Gladstone,
lord John Russell, etc., ne croira pas à la sincérité de
cet accord tant qu'elle sera combat tue dans une ques-
tion aussi juste que celle du canal de Suez. Cette
question est la pierre de touche de cette sincérité. On
le sent, - on le dit de l'-autre côi<$du détroit, et en
sion de l'Inde par les flottes européennes. Ne pour-
rait-on pas dire tout aussi bien que le passage de
Gibraltar favorise les agressions des flottes anglaises
contre la sécurité des peuples de la Méditerranée. On
a dit que la mer Rouge devait être un lac anglais,
parce qu'elle conduit par le plus court chemin aux
possessions anglaises dans l'Asie. Ne pourrait-on pas
dire aussi bien que la Méditerranée doit être un lac
purement européen puisqu'il conduit les flottes en-
nemies sur les rivages de l'Espagne, de la France, de
l'Italie, de la Grèce, de la Turquie et même de la
Russie ?
Pourquoi, si l'Angleterre a le droit de prendre tant
de précautions au détriment du commerce des nations
qui bordent la Méditerranée, ces nations n'auraient-
elles pas le même privilége au détriment du com-
merce d'un peuple qui est relégué loin d'elles dans
l'Océan ? Si la mer doit appartenir à celui qui a l'in-
térêt le plus immédiat à l'occuper, et si, en vertu de
ce principe, la mer Rouge et les mers d'Asie doivent
être livrées au monopole anglais , nous ne pourrions
concevoir comment il serait injuste ou illégitime que
les nations riveraines de la Méditerranée prétendis-
sent rester les maîtresses exclusives de cette mer.
Si, d'un autre côté, les Anglais avaient pour politi-
que d'exclure en fait les nations méditerranéennes du
commerce oriental, nous ne voyons pas pourquoi les
nations méditerranéennes n'auraient point, de leur
côté, le désir très-légitime d'exclure le commerce
anglais de la Méditerranée.
Mais de ces prétentions injustes que résulterait-il ?
La ruine, la haine, la guerre. Pourtant, qui en aurait
donné l'exemple -et le signal ? Ne serait-ce point l'An-
gleterre elle-même en s'efforçant d'empêcher une
communication, malgré les avantages qu'elle y
trouve, uniquement parce qu'elle serait en même
temps avantageuse au reste du monde.
La France, nous en sommes convaincu, repousse
entièrement ce rêve de domination exclusive dans la
Méditerranée. Mais l'Angleterre doit, de son côté, re-
pousser avec non moins de loyauté l'aspiration de
toute domination exclusive dans la mer Rouge et
dans le vaste Océan asiatique. 11 y a dans ces im-
menses espaces place pour tous les peuples, et cha-
cun d'eux peut y trouver sa part au soleil, sans nuire
à ce qu'il y a de légitime dans les besoins de l'Angle-
terre. L'Angleterre est puissante, il est vrai, mais
toute cette puissance ne lui suffira pas si sa cause
n'e;t pas juste," et nous ne connaissons pas de plus
grande injustice que celle par laquelle quelques-uns
de ses hommes d'Etat s'efforcent de fermer à la
civilisation et à l'humanité entière l'une des plus
belles routes du commerce et des relations entre les
deux hémisphères.
Au surplusa. nous croyons que cette politique su-
rannée et dangereue est dhaqtle jour-plus abandon
"'1
née et plus impopulaire dans l'opinion publique de la
Grande-Bretagne. Nous rappelions, il y a peu de jours,
notre prévision que la répugnance du cabinet de
Derby, pour le percement de l'isthme, n'était point
destinée à lui porter bonheur. Notre prédiction est
déjà réalisée. Le ministère Derby est tombé. Il est
tombé principalement sous le poids des fautes de sa
politique étrangère, sous l'appréhension des embarras
que ces fautes pouvaient amener pour son pays. et
nous n'hésitons pas à déclarer que son attitude dans
la question de Suez a été un des points par lesquels il
s'est rendu le plus antipathique à l'opinion conti-
nentale.
Il ne faut pas s'y tromper : derrière cette affaire de
Suez, il y a en Angleterre la lutte de deux politi-
ques différentes; d'un côté, la politique torye, la poli-
tique d'hostilité et de discorde entretenue- sur le con-
tinent, et un mot, cette politique d'accaparement qui
n'est plus de notre siècle ; de l'autre côté, la politique
nouvelle, la politique qui s'est inaugurée par l'entente
et l'alliance avec la France, la politique de la réci-
procité, du respect et de la bienveillance pour le
progrès partout où il se montre.
Il est remarquable que l'alliance avec la France-
est contemporaine de ce premier acte de réforme de
1832, qui fut un échec irréparable à l'influence des
tories, et nous sommes parfaitement convaincus que
le second bill de réforme dont le nouveau ministère
va se faire certainement l'éditeur, sera l'aurore d'une
alliance encore plus intime entre la France et l'An-
gleterre, parce que le gouvernement de ce dernier
pays tend à se dégager de plus en plus des idées qui
ont amené les collisions effroyables de 1792 à 1815.
Nous ne doutons point que le parti libéral au pouvoir
ne ressente profondément l'iniquité de l'espèce de
coërcition oppressive qui pèse depuis trop longtemps
sur la question de Suez. Il a, d'ailleurs, exprimé par
toutes ses voix prépondérantes son opinion à ce sujet.
Lord John Russell, M. Milner Gibson, sir Sidney
Herbert, sir James Graham, sir Benjamin Hall,
M. Rœbuck, M. Bright, M. Gladstone ont de leur voix
et de leur vote proclamé l'indignité des manœuvres
souterraines qui ont voulu tenir en échec la réalisa-
tion de ce grand travail.
Des hommes influents du libéralisme anglais, lord
Palmerston est le seul opposé au projet, et en cet
avis il va rester isolé dans leurs rangs. Le noble lord
lui-même a placé le bon accord avec la France en
tête du programme ministériel et conciliateur pro-
posé à la majorité qui vient de renverser le cabinet
Derby. Or la France, comme l'ont dit M. Gladstone,
lord John Russell, etc., ne croira pas à la sincérité de
cet accord tant qu'elle sera combat tue dans une ques-
tion aussi juste que celle du canal de Suez. Cette
question est la pierre de touche de cette sincérité. On
le sent, - on le dit de l'-autre côi<$du détroit, et en
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