Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1859-04-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 avril 1859 15 avril 1859
Description : 1859/04/15 (A4,N68). 1859/04/15 (A4,N68).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6529503q
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/07/2013
15 AVRIL. JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 127
de Damiette et de l'Egypte, on ne peut nier que cette vue
n'ait été l'unique objet de la seconde croisade d'Inno-
cent III et de la malheureuse expédition de saint Louis.
» L'échec reçu dans ces deux tentatives n'en fit pas
oublier le but. Un siècle plus tard, le Vénitien Sanuto
cherchait à ranimer dans les cœurs le feu qu'y avait al-
lumé l'ermite Pierre. Sanuto avait parcouru cinq fois
l'Orient, il avait étudié les lieux, les hommes, les forces
actuelles, les événements antérieurs; il avait scruté les
causes des revers; il apportait des plans nouveaux
où tout, jusqu'aux moindres détails, était marqué pour
la victoire. On fut froid pour Sanuto comme on le fut
d'abord pour Colomb. Il est probable, du reste, que ce
fut du travail de Sanuto que le cardinal Ximenès em-
prunta toute l'économie du sien.
» Dans le temps, en effet, que les Vénitiens songeaient
à s'ouvrir l'Égypte pour aller combattre les Portugais
dans la mer des Indes, ce grand ministre formait entre
les trois rois d'Aragon, de Portugal et d'Angleterre, une
ligue contre lesinfidèles, et spécialement contre l'Egypte.
L'ample instruction qu'il avait dressée pour assurer l'en-
treprise était telle que l'eût écrite un grand géographe,
un grand capitaine, un grand navigateur. La mort de
Ferdinand rompit ce magnifique projet; mais au milieu
des folles rivalités des princes, l'idée principale, comme
un germe précieux, subsista pleine de vie. Dans les
premières années de Louis XIV, au moment où ce jeune
roi, déjà victorieux, menaçait la Hollande, et avec elle
une foule de jeunes princes voisins, un jeune philosophe,
Leibnitz, reprit le dessein d'Alexandre, de Sanuto, de
Ximénès; et, soit de son propre mouvement, soit h l'in-
stigation de ces princes effrayés, et pour emporter Ion
d'eux l'activité de leur ennemi, il fit de la conquête de
l'Egypte le texte d'une lettre qu'il adressait à Louis XIV,
comme au seul monarque en état de comprendre et d'exé-
cuter une si belle entreprise. Il faut l'avouer, la lettre
de Leibnitz était un chef. d'oeuvre : quelle puissance d'es_
prit! quelle profondeur ! quelle étendue! quelle con-
naissance de l'histoire et du caractère des peuples ! quelle
intelligence des affaires et des intérêts des rois! Jamais
art plus délicat n'exposa mieux les motifs, ne choisit
mieux les moyens, ne flatta plus sensiblement les secrets
penchants d'un roi jaloux de sa puissance, et passionné
pour la gloire. Il persuade à ce roi qu'une fois l'Égypte
dans ses mains, il portera aux Hollandais, qu'il veut pu-
nir, des coups plus cruels en Asie qu'en Europe ; et qu'en
Europe, son ascendant le rendra l'idole des rois et l'ar-
bitre des nations.
» De ces deux résultats, le dernier seul était digne de
Louis XIV, et Louis XIV était aussi le seul roi qui pût
l'obtenir, le seul qui pût réaliser le rêve d'Alexandre.
L'occasion pressait, elle s'échappa; elle n'est revenue
depuis qu'une seule fois, mais dans des conditions moins
heureuses, ainsi que vous le verrez tout à l'heure, et
peut-être aujourd'hui s'est-elle évanouie sans retour, non
seulement pour la France, mais encore pour toute puis-
sance européenne. Tel est en effet aujourd'hui l'état des
esprits et des intérêts, que le maître de l'Inde, qui le
serait en même temps de l'Egypte, serait le maître du
monde. Le monde serait aux fers : situation violente,
qui tôt ou tard porterait à la révolte, soulèverait le genre
humain indigné, et précipiterait dans des gouffres de
sang, et les peuples, et le maître insolent qui les aurait
armés. L'Egypte possédée par une puissance européenne
qui ne posséderait pas l'Inde? Eternel objet d'ombrage
et de jalousie, source intarissable de discordes, de guer-
res, de calamités! l'Egypte, déjà couverte de ruines,
l'Egypte qui peut s'embellir encore des œuvres de l'hom-
me, s'anéantirait pour jamais, ne portant plus de l'homme
que les tristes marques de son aveuglement et de sa fé-
rocité. Ah! qu'elle n'appartienne plus qu'à elle-même 1
qu'elle soit indépendante et libre ; qu'étrangère aux ani-
mosités des nations, elle soit neutre comme l'était Pal-
myre : Palmyre, dont la poussière est encore l'orgueil
de l'Asie. Si l'Egypte a instruit les nations, et si elle
avait fait de la reconnaissance la première des vertus
sociales, que cette vertu parle aujourd'hui dans le cœur
des nations en faveur de l'Egypte, pour la protéger contre
le fer des conquérants, pour la protéger contre elle-même;
que personne ne lève le glaive contre elle ; qu'elle ne
lève le glaive contre personne ; terre douce et amie,
trop féconde pour être guerrière; inhabile à détruire,
comme son climat qui ne détruit rien; habile seulement
à produire, à conserver, à nourrir, et faite pour donner
l'hospitalité à toutes les nations. Qu'elle les appelle dans
son sein, avec les rares et précieuses productions de
toutes les parties du monde, et qu'elle devienne ainsi
le plus riche marché de l'univers; que le prince qui la
gouverne, armé pour maintenir au dedans et au dehors
une exacte discipline, fasse respecter partout la justice
et la paix, comme le fait de nos jours Méhémet-Ali, ce
génie si admirable et si calomnié. A l'ombre de cette
autorité tutélaire, l'Egypte, si longtemps abattue par
la servitude, sortira tout à coup de la poudre de ses
monuments et de sa misère, pour reprendre son antique
esprit. Elle entendra cette grande voix et de la terre,
et du fleuve et du ciel qui lui crie de prendre soin d'elle-
même, et de participer, par un peu de travail, aux lar-
gesses de la nature et des hommes. On la verra grossir
de ses propres richesses les richesses des peuples, les
étonner et les charmer des merveilles de ses prospé-
rités »
Nous avons publié plusieurs écrits intéressants sur
la salubrité de l'Egypte, destinés à combattre les préju-
gés auxquels est quelquefois en butte ce climat pour-
tant favorisé. Nous allons trouver dans le discours de
M. Pariset un témoig-nag-e, certes, bien impartial et
bien considérable de la vérité des observations que
nous ont transmises à ce sujet MM. les docteurs Au-
bert-Roche et Funel. Ces deux honorables médecins
n'ont probablement pas lu le travail de M. Pariset,
ils seront donc heureux certainement d'y trouver avec
le public la confirmation de leurs propres observa-
tions, quelquefois presque dans les mêmes termes et
appuyées sur l'autorité de Desg-enettes. Voici encore ce
passag-e :
« Une remarque singulière de Desgenettes, c'est que
malgré les fléaux dont l'Égypte est désolée, malgré
l'effrayante mortalité qui moissonne les enfants, comme
en font foi les tables dressées par Desgenettes lui-même,
de Damiette et de l'Egypte, on ne peut nier que cette vue
n'ait été l'unique objet de la seconde croisade d'Inno-
cent III et de la malheureuse expédition de saint Louis.
» L'échec reçu dans ces deux tentatives n'en fit pas
oublier le but. Un siècle plus tard, le Vénitien Sanuto
cherchait à ranimer dans les cœurs le feu qu'y avait al-
lumé l'ermite Pierre. Sanuto avait parcouru cinq fois
l'Orient, il avait étudié les lieux, les hommes, les forces
actuelles, les événements antérieurs; il avait scruté les
causes des revers; il apportait des plans nouveaux
où tout, jusqu'aux moindres détails, était marqué pour
la victoire. On fut froid pour Sanuto comme on le fut
d'abord pour Colomb. Il est probable, du reste, que ce
fut du travail de Sanuto que le cardinal Ximenès em-
prunta toute l'économie du sien.
» Dans le temps, en effet, que les Vénitiens songeaient
à s'ouvrir l'Égypte pour aller combattre les Portugais
dans la mer des Indes, ce grand ministre formait entre
les trois rois d'Aragon, de Portugal et d'Angleterre, une
ligue contre lesinfidèles, et spécialement contre l'Egypte.
L'ample instruction qu'il avait dressée pour assurer l'en-
treprise était telle que l'eût écrite un grand géographe,
un grand capitaine, un grand navigateur. La mort de
Ferdinand rompit ce magnifique projet; mais au milieu
des folles rivalités des princes, l'idée principale, comme
un germe précieux, subsista pleine de vie. Dans les
premières années de Louis XIV, au moment où ce jeune
roi, déjà victorieux, menaçait la Hollande, et avec elle
une foule de jeunes princes voisins, un jeune philosophe,
Leibnitz, reprit le dessein d'Alexandre, de Sanuto, de
Ximénès; et, soit de son propre mouvement, soit h l'in-
stigation de ces princes effrayés, et pour emporter Ion
d'eux l'activité de leur ennemi, il fit de la conquête de
l'Egypte le texte d'une lettre qu'il adressait à Louis XIV,
comme au seul monarque en état de comprendre et d'exé-
cuter une si belle entreprise. Il faut l'avouer, la lettre
de Leibnitz était un chef. d'oeuvre : quelle puissance d'es_
prit! quelle profondeur ! quelle étendue! quelle con-
naissance de l'histoire et du caractère des peuples ! quelle
intelligence des affaires et des intérêts des rois! Jamais
art plus délicat n'exposa mieux les motifs, ne choisit
mieux les moyens, ne flatta plus sensiblement les secrets
penchants d'un roi jaloux de sa puissance, et passionné
pour la gloire. Il persuade à ce roi qu'une fois l'Égypte
dans ses mains, il portera aux Hollandais, qu'il veut pu-
nir, des coups plus cruels en Asie qu'en Europe ; et qu'en
Europe, son ascendant le rendra l'idole des rois et l'ar-
bitre des nations.
» De ces deux résultats, le dernier seul était digne de
Louis XIV, et Louis XIV était aussi le seul roi qui pût
l'obtenir, le seul qui pût réaliser le rêve d'Alexandre.
L'occasion pressait, elle s'échappa; elle n'est revenue
depuis qu'une seule fois, mais dans des conditions moins
heureuses, ainsi que vous le verrez tout à l'heure, et
peut-être aujourd'hui s'est-elle évanouie sans retour, non
seulement pour la France, mais encore pour toute puis-
sance européenne. Tel est en effet aujourd'hui l'état des
esprits et des intérêts, que le maître de l'Inde, qui le
serait en même temps de l'Egypte, serait le maître du
monde. Le monde serait aux fers : situation violente,
qui tôt ou tard porterait à la révolte, soulèverait le genre
humain indigné, et précipiterait dans des gouffres de
sang, et les peuples, et le maître insolent qui les aurait
armés. L'Egypte possédée par une puissance européenne
qui ne posséderait pas l'Inde? Eternel objet d'ombrage
et de jalousie, source intarissable de discordes, de guer-
res, de calamités! l'Egypte, déjà couverte de ruines,
l'Egypte qui peut s'embellir encore des œuvres de l'hom-
me, s'anéantirait pour jamais, ne portant plus de l'homme
que les tristes marques de son aveuglement et de sa fé-
rocité. Ah! qu'elle n'appartienne plus qu'à elle-même 1
qu'elle soit indépendante et libre ; qu'étrangère aux ani-
mosités des nations, elle soit neutre comme l'était Pal-
myre : Palmyre, dont la poussière est encore l'orgueil
de l'Asie. Si l'Egypte a instruit les nations, et si elle
avait fait de la reconnaissance la première des vertus
sociales, que cette vertu parle aujourd'hui dans le cœur
des nations en faveur de l'Egypte, pour la protéger contre
le fer des conquérants, pour la protéger contre elle-même;
que personne ne lève le glaive contre elle ; qu'elle ne
lève le glaive contre personne ; terre douce et amie,
trop féconde pour être guerrière; inhabile à détruire,
comme son climat qui ne détruit rien; habile seulement
à produire, à conserver, à nourrir, et faite pour donner
l'hospitalité à toutes les nations. Qu'elle les appelle dans
son sein, avec les rares et précieuses productions de
toutes les parties du monde, et qu'elle devienne ainsi
le plus riche marché de l'univers; que le prince qui la
gouverne, armé pour maintenir au dedans et au dehors
une exacte discipline, fasse respecter partout la justice
et la paix, comme le fait de nos jours Méhémet-Ali, ce
génie si admirable et si calomnié. A l'ombre de cette
autorité tutélaire, l'Egypte, si longtemps abattue par
la servitude, sortira tout à coup de la poudre de ses
monuments et de sa misère, pour reprendre son antique
esprit. Elle entendra cette grande voix et de la terre,
et du fleuve et du ciel qui lui crie de prendre soin d'elle-
même, et de participer, par un peu de travail, aux lar-
gesses de la nature et des hommes. On la verra grossir
de ses propres richesses les richesses des peuples, les
étonner et les charmer des merveilles de ses prospé-
rités »
Nous avons publié plusieurs écrits intéressants sur
la salubrité de l'Egypte, destinés à combattre les préju-
gés auxquels est quelquefois en butte ce climat pour-
tant favorisé. Nous allons trouver dans le discours de
M. Pariset un témoig-nag-e, certes, bien impartial et
bien considérable de la vérité des observations que
nous ont transmises à ce sujet MM. les docteurs Au-
bert-Roche et Funel. Ces deux honorables médecins
n'ont probablement pas lu le travail de M. Pariset,
ils seront donc heureux certainement d'y trouver avec
le public la confirmation de leurs propres observa-
tions, quelquefois presque dans les mêmes termes et
appuyées sur l'autorité de Desg-enettes. Voici encore ce
passag-e :
« Une remarque singulière de Desgenettes, c'est que
malgré les fléaux dont l'Égypte est désolée, malgré
l'effrayante mortalité qui moissonne les enfants, comme
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