Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1859-03-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 mars 1859 15 mars 1859
Description : 1859/03/15 (A4,N66). 1859/03/15 (A4,N66).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6529501w
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/07/2013
88 L'ISTHME DE SUEZ, MARDI 15 MARS.
teurs au traité de Vienne, en 1815. L'Inde alors était
anglaise; mais cela ne suffisait pas. L'Angleterre
exigea de la Hollande le sacrifice de sa colonie du
Cap ; de la France, celui de sa vieille possession de l'île
Maurice, et, déjà maîtresse de Sainte-Hélène, sur la
mer africaine, elle put compter qu'elle régnerait dé-
sormais en souveraine sur ce passage, port unique
de la route de l'Inde.
C'est en conformité de cette politique que le projet
du lieutenant Waghorn, créant par terre, à travers
l'Egypte, une route de transit, a été si longtemps
l'objet de la réprobation des hommes d'état de l'An-
gleterre. C'est encore en vue de cette même politique
que quelques vieux esprits arriérés combattent, de
l'autre côté du détroit, l'établissement d'un canal ma-
ritime à travers l'isthme de Suez.
Mais l'aspect général de la situation asiatique s'est
bien modifié depuis 1815. Nous avons déjà exposé
les progrès elTectués par la Russie vers l'Asie cen-
trale et les pays que baigne le cours supérieur de
l'Indus. Indépendamment de ce premier changement,
qui est une menace pour la future sécurité des pos-
sessions anglaises dans les Indes, le cap de Bonne-
Espérance a été tourné par deux grandes puissances
et aujourd'hui les pavillons maritimes des Etats-Unis
et de la Russie flottent sur l'océan Pacifique, qui com-
munique,par les détroits de la Sonde et deMalacca,avec
l'océan Indien. L'Angleterre a donc désormais deux
positions à garder pour préserver son empire indous-
tanique : l'une contre la Russie et les Etats-Unis fai-
sant face à l'orient, l'autre du côté du cap de Bonne-
Espérance faisant face à l'occident. De quel côté, ce-
pendant, se trouve le plus grand péril, nous devrions
dire le seul péril ?
Suivant l'école surannée de 1808, suivant celle de
lord Palmerston, le plus grand péril se trouve du côté
de l'occident, c'est-à-dire du côté de la France. Ce ne
sont point, en effet, les marines de l'Autriche, de la
Prusse, de l'Espagne, ni celle de la Russie dans la
Baltique, qui peuvent causer la moindre inquiétude
au léopard britannique pour la sécurité de son em-
pire indien. La France seule peut, à raison ou à tort,
susciter des appréhensions de cette nature. Mais, en
vérité, ont-elles le moindre sérieux ou le moindre fon-
dement ? Le rôle de la France est principalement
- - l'océan
A ni u~ ans la Méditerranée. L'Angleterre,
|tecEè.'2i q'ue i kilomètres de nos rivages, peut
pjciléme-ûts ^^ei^r tous nos mouvements. Elle saura
~j r~ce~ s uasse en France. Elle aura le temps
d Midre iprecautions. Et, d'ailleurs, comprend-
on mfefcJaâ^Jfmité et les dépenses d'une expédition
qui aurait pour objet de partir de nos ports pour
aller assaillir avec une armée de débarquement suffi-
sante les forces de terre et de mer que l'Angleterre
avertie saurait accumuler et sur les côtes et sur le
territoire de l'Inde ?
Pour nous donc, et, nous le croyons, pour tous les
hommes sensés, il n'y a dans ces appréhensions que
fantômes et chimères. Mais il est loin d'en être de
même si l'on considère la question dans ses rapports
avec les événements et les faits qui grandissent à
l'autre extrémité des mers orientales.
Nous voulons bien accepter comme certaine la ré-
pression complète de l'insurrection indienne ; mais il
est impossible de contester qu'elle laissera pour long-
temps dans ces contrées de vastes semences d'agita-
tion, et parmi ces populations une haine qu'un siècle
peut-être ne suffira pas à éteindre. C'est là l'un des
points les plus vulnérables de la domination britan-
nique dans l'Indoustan et, le cas échéant, la Russie
ne manquera pas d'en profiter. D'un autre côté, les
collisions sont permanentes entre les deux diplomaties
en Perse et dans l'Asie centrale où elles se disputent
la prépondérance. L'Asie centrale est pour les Russes
le chemin naturel de l'Inde que l'Angleterre ne leur
abandonnera point sans lutte et sans effort. Mais le
théâtre de la compétition s'est singulièrement étendu.
L'Angleterre dans l'appréhension et peut-être dans la
prévision de voir les Indes lui échapper, a voulu
s'ouvrir les portes de la Chine. Elle espérait y conqué-
rir un immense marché, qui par son éloignement même,
serait à l'abri de toute autre concurrence occidentale.
Encore ici, elle avait compté sans la Russie. Pendant
qu'à coups de canons, l'Angleterre forçait l'entrée
de Canton et de Nankin, la Russie avec habileté pro-
fitait des terreurs du gouvernement chinois pour se
faire accorder ou reconnaître la possession du vaste
territoire que baigne l'Amour jusqu'à la mer. Elle en-
veloppait ainsi, comme nous l'avons dit, la Chine
dans un immense contour de sa frontière territo-
riale, et en même temps elle se faisait jour vers ces
mers où le pavillon britannique espérait pouvoir
figurer à peu près exclusivement.
La Russie a exploité ces avantages avec une mer-
veilleuse activité ; une flotte russe parcourt aussi
les côtes de la Chine. Il y a quelques mois nous ap-
prenions qu'un corps considérable de ses troupes était
concentré vers l'Amour, et sur ce fleuve elle a cons-
truit des arsenaux, des chantiers et des établissements
maritimes d'une grande importance. Pour résumer
en un mot cette situation : dans leur rivalité actuelle
en Chine, la Russie est près, l'Angleterre est loin.
En même temps l'Angleterre est tournée du côté
de l'Indoustan, et, à l'heure d'une guerre, cette armée
qu'on nous a signalée comme formée sur les bords de
l'Amour, cette flotte qui s'y fortifie et s'y complète,
peuvent, dans la saison favorable, et en quelques
journées de bon vent, être presque inopinément por-
tées sur les côtes de l'Inde. Bien plus, de l'autre côté
du Pacifique, les Américains de la Californie n'ont pas
teurs au traité de Vienne, en 1815. L'Inde alors était
anglaise; mais cela ne suffisait pas. L'Angleterre
exigea de la Hollande le sacrifice de sa colonie du
Cap ; de la France, celui de sa vieille possession de l'île
Maurice, et, déjà maîtresse de Sainte-Hélène, sur la
mer africaine, elle put compter qu'elle régnerait dé-
sormais en souveraine sur ce passage, port unique
de la route de l'Inde.
C'est en conformité de cette politique que le projet
du lieutenant Waghorn, créant par terre, à travers
l'Egypte, une route de transit, a été si longtemps
l'objet de la réprobation des hommes d'état de l'An-
gleterre. C'est encore en vue de cette même politique
que quelques vieux esprits arriérés combattent, de
l'autre côté du détroit, l'établissement d'un canal ma-
ritime à travers l'isthme de Suez.
Mais l'aspect général de la situation asiatique s'est
bien modifié depuis 1815. Nous avons déjà exposé
les progrès elTectués par la Russie vers l'Asie cen-
trale et les pays que baigne le cours supérieur de
l'Indus. Indépendamment de ce premier changement,
qui est une menace pour la future sécurité des pos-
sessions anglaises dans les Indes, le cap de Bonne-
Espérance a été tourné par deux grandes puissances
et aujourd'hui les pavillons maritimes des Etats-Unis
et de la Russie flottent sur l'océan Pacifique, qui com-
munique,par les détroits de la Sonde et deMalacca,avec
l'océan Indien. L'Angleterre a donc désormais deux
positions à garder pour préserver son empire indous-
tanique : l'une contre la Russie et les Etats-Unis fai-
sant face à l'orient, l'autre du côté du cap de Bonne-
Espérance faisant face à l'occident. De quel côté, ce-
pendant, se trouve le plus grand péril, nous devrions
dire le seul péril ?
Suivant l'école surannée de 1808, suivant celle de
lord Palmerston, le plus grand péril se trouve du côté
de l'occident, c'est-à-dire du côté de la France. Ce ne
sont point, en effet, les marines de l'Autriche, de la
Prusse, de l'Espagne, ni celle de la Russie dans la
Baltique, qui peuvent causer la moindre inquiétude
au léopard britannique pour la sécurité de son em-
pire indien. La France seule peut, à raison ou à tort,
susciter des appréhensions de cette nature. Mais, en
vérité, ont-elles le moindre sérieux ou le moindre fon-
dement ? Le rôle de la France est principalement
- - l'océan
A ni u~ ans la Méditerranée. L'Angleterre,
|tecEè.'2i q'ue i kilomètres de nos rivages, peut
pjciléme-ûts ^^ei^r tous nos mouvements. Elle saura
~j r~ce~ s uasse en France. Elle aura le temps
d Midre iprecautions. Et, d'ailleurs, comprend-
on mfefcJaâ^Jfmité et les dépenses d'une expédition
qui aurait pour objet de partir de nos ports pour
aller assaillir avec une armée de débarquement suffi-
sante les forces de terre et de mer que l'Angleterre
avertie saurait accumuler et sur les côtes et sur le
territoire de l'Inde ?
Pour nous donc, et, nous le croyons, pour tous les
hommes sensés, il n'y a dans ces appréhensions que
fantômes et chimères. Mais il est loin d'en être de
même si l'on considère la question dans ses rapports
avec les événements et les faits qui grandissent à
l'autre extrémité des mers orientales.
Nous voulons bien accepter comme certaine la ré-
pression complète de l'insurrection indienne ; mais il
est impossible de contester qu'elle laissera pour long-
temps dans ces contrées de vastes semences d'agita-
tion, et parmi ces populations une haine qu'un siècle
peut-être ne suffira pas à éteindre. C'est là l'un des
points les plus vulnérables de la domination britan-
nique dans l'Indoustan et, le cas échéant, la Russie
ne manquera pas d'en profiter. D'un autre côté, les
collisions sont permanentes entre les deux diplomaties
en Perse et dans l'Asie centrale où elles se disputent
la prépondérance. L'Asie centrale est pour les Russes
le chemin naturel de l'Inde que l'Angleterre ne leur
abandonnera point sans lutte et sans effort. Mais le
théâtre de la compétition s'est singulièrement étendu.
L'Angleterre dans l'appréhension et peut-être dans la
prévision de voir les Indes lui échapper, a voulu
s'ouvrir les portes de la Chine. Elle espérait y conqué-
rir un immense marché, qui par son éloignement même,
serait à l'abri de toute autre concurrence occidentale.
Encore ici, elle avait compté sans la Russie. Pendant
qu'à coups de canons, l'Angleterre forçait l'entrée
de Canton et de Nankin, la Russie avec habileté pro-
fitait des terreurs du gouvernement chinois pour se
faire accorder ou reconnaître la possession du vaste
territoire que baigne l'Amour jusqu'à la mer. Elle en-
veloppait ainsi, comme nous l'avons dit, la Chine
dans un immense contour de sa frontière territo-
riale, et en même temps elle se faisait jour vers ces
mers où le pavillon britannique espérait pouvoir
figurer à peu près exclusivement.
La Russie a exploité ces avantages avec une mer-
veilleuse activité ; une flotte russe parcourt aussi
les côtes de la Chine. Il y a quelques mois nous ap-
prenions qu'un corps considérable de ses troupes était
concentré vers l'Amour, et sur ce fleuve elle a cons-
truit des arsenaux, des chantiers et des établissements
maritimes d'une grande importance. Pour résumer
en un mot cette situation : dans leur rivalité actuelle
en Chine, la Russie est près, l'Angleterre est loin.
En même temps l'Angleterre est tournée du côté
de l'Indoustan, et, à l'heure d'une guerre, cette armée
qu'on nous a signalée comme formée sur les bords de
l'Amour, cette flotte qui s'y fortifie et s'y complète,
peuvent, dans la saison favorable, et en quelques
journées de bon vent, être presque inopinément por-
tées sur les côtes de l'Inde. Bien plus, de l'autre côté
du Pacifique, les Américains de la Californie n'ont pas
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