Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1859-02-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 01 février 1859 01 février 1859
Description : 1859/02/01 (A4,N63). 1859/02/01 (A4,N63).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6529498v
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/07/2013
46 L'ISTHME DE SUEZ, MARDI 1ER FÉVRIER.
percement de l'isthme de Suez et de les mettre d'accord
entre eux. M. Stephenson et lord Palmerston affirment
que ce travail n'est pas possible. M. de Coninck est
d'un avis diamétralement opposé, et nous avons sous
les yeux la brochure d'un nouveau contradicteur dont
voici l'aveu : et Tout le monde reconnaît que cette
œuvre est praticable. »
Nous recueillons ces paroles dans un écrit que vient
de publier M. de Simencourt, capitaine au long cours
et qui, à ce qu'on nous dit, est attaché au port du
Havre. La discussion en est grave, décente et modérée.
M. de Simencourt, à le juger par le ton de son œuvre,
est un de ces hommes qui savent se respecter en res-
pectant le caractère et les actes de ceux dont ils ne par-
tagent pas les opinions.
L'honorable marin envisage la question du canal de
Suez à un point de vue très-différent de ceux sous les-
quels elle a déjà été considérée, et nous ne pouvons
donner une plus juste idée de sa façon de voir qu'en lui
empruntant l'expression de sa pensée :
«Notre seul désir, dit-il, est d'examiner les effets que,
selon nous, devra produire pour l'Europe en général et
pour l'Europe occidentale en particulier, cette grande
voie nouvelle, ouverte au commerce du monde.
» Le seul avantage que présente l'ouverture de l'isthme
de Suez, et sur lequel ont été basés tous les autres, est
de réduire la distance qui sépare l'Europe des contrées
situées dans l'océan Indien.
» Diminuer la distance est un fait acquis, et si cet
avantage n'avait pas pour effet de changer les courants
commerciaux cosmopolites, qui existent aujourd'hui
au grand profit de l'Europe occidentale et des Améri-
ques, nous l'appellerions de tous nos vœux.
55 Malbeureusement il n'en sera pas ainsi.
» Détruire l'obstacle que la Providence a placé sur ce
point du globe pour empêcher les produits indiens
chinois, Qpphincljinqia, japonais, australiens, etc., etc.,
d'entrer en Europe par lest, cJestf selon nous, enlever
à f Europe occidentale, aux Amériques, en un mot au
monde maritime, industriel, commerçant d'aujourd'hui,
tous -les avantages quHl retire de l'approvisionnement
de l'Europe entière. - ,
Il Voilà ce que nous voplons démontrer. »
Ce n'est pas ainsi que l'a compris l'Europe occiden-
tale. Elle n'a pas comprit qu'une coupure qui la rap-
prochait tout entière de deux à trois mille lieues des
foyers riches et populeux de la production de l'Orient
fût pour elle la -préparation d'un grand désastre com-
mercial. Nous ne pouvons concevoir comment elle
pourrait- découvrir un tel désastre à trouver une consi-
dérable économie de temps, de fatigue, de périls et
d'argent, pour le transport des denrées qu'elle va cher-
cher dans les mers asiatiques, et de celles qu'elle leur
envoihange.
Nous entendons bien que le percement de l'isthme
mettra les ports de la Méditerranée plus proches - de
l'Inde que les mers de l'Océan,-et c'est là sans doute la
rÿop- - ¡..iL,ppr.çhGns qu'on nous exprime. Mais
pourquoi les pays méditerranéens n'auraient-ils pas,
aussi bien que les pays océaniques, le droit de profiter
des avantages de leur position géographique? Quelle est
cette jalousie affligeante qui voudrait refuser pour le
Havre une amélioration de 2,976 lieues dans le trajet de
ses vaisseaux jusqu'à Bombay, parce que les vaisseaux
de Marseille, par exemple, y gagneraient de leur côté
quelques centaines de lieues sur ceux du Havre?
Que dirait M. de Simencourt si Marseille s'était op -
posée à la construction du chemin de fer de Rouen jus-
qu'à ce que celui du Midi fût achevé?
Nous ne pensons certes point que la Providence ait
pensé à mettre l'isthme de Suez entre la mer Rouge et
la Méditerranée dans le but préconçu de rendre le tra-
jet plus long de Bombay à Marseille que de Bombay au
Havre. Nous ne croyons point que l'entreprise de former
entre les deux mers une route plus directe et plus ex'pé-
ditive, aux avantages de laquelle participeront toutes les
navigations de l'Europe depuis Saint-Pétersbourg jus-
qu'à Constantinople, soit un blasphème ou un acte de
révolte contre les décrets de la Divinité. C'est pousser un
peu loin-4'intervention céleste, et l'argument tombera le
jour où le canal sera achevé; car si Dieu, a voulu que la
barrière de l'isthme fût placée entre ces mers, il aura
voulu aussi qu'elle soit supprimée, et nous avons quel-
que peine à nous figurer que l'isthme de Suez ait été
créé tout exprès par la sagesse suprême pour mettre le
Havre plus près de l'Inde que Marseille.
Mais ces digressions accessoires ne sont point le
but principal des constatations que nous voulons faire.
Jusqu'à présent, on a objecté contre le canal qu'il serait
une mauvaise affaire parce que rien n'y passera. Voici
maintenant qu'il devient un véritable danger pour l'Eu-
rope, parce qu'il accaparera toute la navigation du
monde. Puisque MM. de Coninck et de Simencourt sont
tous les deux du Havre, nous les prions de s'expliquer
ensemble et de se concilier. Ou l'un a tort, ou l'autre
n'a pas raison, ou plutôt la vérité n'est elle pas entre
leurs deux opinions? Oui sans doute, le canal de Suez
est destiné à opérer une grande et magnifique révolu-
tion dans le commerce du globe, mais cette révolution
aura les mêmes résultats que toutes celles qui ont rac-
courci les routes et multiplié les relations, soit entre les
habitants du même pays, soit entre les peuples, soit
entre les hémisphères. On disait que les chemins de fer
supprimeraient les chevaux, et les chemins de fer en
ont triplé la demande. On disait qu'ils ruineraient les
pays intermédiaires au profit de leurs deux points ex-
trêmes , et ils ont répandu l'aisance et le bien-être sur
toute leur ligne. Les mêmes causes partout produisent
les mêmes effets. Marseille a prospéré et fleuri pendant
lopgtemps quoique plus éloignée de Bombay que le
Havre, le Havre continuera à prospérer et à fleurir
même moins rapproché de Bombay que Marseille.
ERNEST DESPLACE&.
percement de l'isthme de Suez et de les mettre d'accord
entre eux. M. Stephenson et lord Palmerston affirment
que ce travail n'est pas possible. M. de Coninck est
d'un avis diamétralement opposé, et nous avons sous
les yeux la brochure d'un nouveau contradicteur dont
voici l'aveu : et Tout le monde reconnaît que cette
œuvre est praticable. »
Nous recueillons ces paroles dans un écrit que vient
de publier M. de Simencourt, capitaine au long cours
et qui, à ce qu'on nous dit, est attaché au port du
Havre. La discussion en est grave, décente et modérée.
M. de Simencourt, à le juger par le ton de son œuvre,
est un de ces hommes qui savent se respecter en res-
pectant le caractère et les actes de ceux dont ils ne par-
tagent pas les opinions.
L'honorable marin envisage la question du canal de
Suez à un point de vue très-différent de ceux sous les-
quels elle a déjà été considérée, et nous ne pouvons
donner une plus juste idée de sa façon de voir qu'en lui
empruntant l'expression de sa pensée :
«Notre seul désir, dit-il, est d'examiner les effets que,
selon nous, devra produire pour l'Europe en général et
pour l'Europe occidentale en particulier, cette grande
voie nouvelle, ouverte au commerce du monde.
» Le seul avantage que présente l'ouverture de l'isthme
de Suez, et sur lequel ont été basés tous les autres, est
de réduire la distance qui sépare l'Europe des contrées
situées dans l'océan Indien.
» Diminuer la distance est un fait acquis, et si cet
avantage n'avait pas pour effet de changer les courants
commerciaux cosmopolites, qui existent aujourd'hui
au grand profit de l'Europe occidentale et des Améri-
ques, nous l'appellerions de tous nos vœux.
55 Malbeureusement il n'en sera pas ainsi.
» Détruire l'obstacle que la Providence a placé sur ce
point du globe pour empêcher les produits indiens
chinois, Qpphincljinqia, japonais, australiens, etc., etc.,
d'entrer en Europe par lest, cJestf selon nous, enlever
à f Europe occidentale, aux Amériques, en un mot au
monde maritime, industriel, commerçant d'aujourd'hui,
tous -les avantages quHl retire de l'approvisionnement
de l'Europe entière. - ,
Il Voilà ce que nous voplons démontrer. »
Ce n'est pas ainsi que l'a compris l'Europe occiden-
tale. Elle n'a pas comprit qu'une coupure qui la rap-
prochait tout entière de deux à trois mille lieues des
foyers riches et populeux de la production de l'Orient
fût pour elle la -préparation d'un grand désastre com-
mercial. Nous ne pouvons concevoir comment elle
pourrait- découvrir un tel désastre à trouver une consi-
dérable économie de temps, de fatigue, de périls et
d'argent, pour le transport des denrées qu'elle va cher-
cher dans les mers asiatiques, et de celles qu'elle leur
envoihange.
Nous entendons bien que le percement de l'isthme
mettra les ports de la Méditerranée plus proches - de
l'Inde que les mers de l'Océan,-et c'est là sans doute la
rÿop- - ¡..iL,ppr.çhGns qu'on nous exprime. Mais
pourquoi les pays méditerranéens n'auraient-ils pas,
aussi bien que les pays océaniques, le droit de profiter
des avantages de leur position géographique? Quelle est
cette jalousie affligeante qui voudrait refuser pour le
Havre une amélioration de 2,976 lieues dans le trajet de
ses vaisseaux jusqu'à Bombay, parce que les vaisseaux
de Marseille, par exemple, y gagneraient de leur côté
quelques centaines de lieues sur ceux du Havre?
Que dirait M. de Simencourt si Marseille s'était op -
posée à la construction du chemin de fer de Rouen jus-
qu'à ce que celui du Midi fût achevé?
Nous ne pensons certes point que la Providence ait
pensé à mettre l'isthme de Suez entre la mer Rouge et
la Méditerranée dans le but préconçu de rendre le tra-
jet plus long de Bombay à Marseille que de Bombay au
Havre. Nous ne croyons point que l'entreprise de former
entre les deux mers une route plus directe et plus ex'pé-
ditive, aux avantages de laquelle participeront toutes les
navigations de l'Europe depuis Saint-Pétersbourg jus-
qu'à Constantinople, soit un blasphème ou un acte de
révolte contre les décrets de la Divinité. C'est pousser un
peu loin-4'intervention céleste, et l'argument tombera le
jour où le canal sera achevé; car si Dieu, a voulu que la
barrière de l'isthme fût placée entre ces mers, il aura
voulu aussi qu'elle soit supprimée, et nous avons quel-
que peine à nous figurer que l'isthme de Suez ait été
créé tout exprès par la sagesse suprême pour mettre le
Havre plus près de l'Inde que Marseille.
Mais ces digressions accessoires ne sont point le
but principal des constatations que nous voulons faire.
Jusqu'à présent, on a objecté contre le canal qu'il serait
une mauvaise affaire parce que rien n'y passera. Voici
maintenant qu'il devient un véritable danger pour l'Eu-
rope, parce qu'il accaparera toute la navigation du
monde. Puisque MM. de Coninck et de Simencourt sont
tous les deux du Havre, nous les prions de s'expliquer
ensemble et de se concilier. Ou l'un a tort, ou l'autre
n'a pas raison, ou plutôt la vérité n'est elle pas entre
leurs deux opinions? Oui sans doute, le canal de Suez
est destiné à opérer une grande et magnifique révolu-
tion dans le commerce du globe, mais cette révolution
aura les mêmes résultats que toutes celles qui ont rac-
courci les routes et multiplié les relations, soit entre les
habitants du même pays, soit entre les peuples, soit
entre les hémisphères. On disait que les chemins de fer
supprimeraient les chevaux, et les chemins de fer en
ont triplé la demande. On disait qu'ils ruineraient les
pays intermédiaires au profit de leurs deux points ex-
trêmes , et ils ont répandu l'aisance et le bien-être sur
toute leur ligne. Les mêmes causes partout produisent
les mêmes effets. Marseille a prospéré et fleuri pendant
lopgtemps quoique plus éloignée de Bombay que le
Havre, le Havre continuera à prospérer et à fleurir
même moins rapproché de Bombay que Marseille.
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