Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1864-07-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 01 juillet 1864 01 juillet 1864
Description : 1864/07/01 (A9,N193). 1864/07/01 (A9,N193).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k62033242
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 21/05/2012
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 291
vous dira que l'Angleterre vous engage ou vous
charge de faire telle chose, demandez qu'on mette -
par écrit ce que l'on propose, et comme vous n'êtes
pas de force à lutter contre l'Angleterre, vous ferez
part à la France et aux autres puissances de ce qu'on
vous aura ainsi communiqué. » Le vice-roi voulut bien
adopter cette idée, mais on se garda bien de mettre
par écrit ce que l'on avait avancé en paroles, car le
cabinet anglais savait parfaitement que son abs-
tention était chose convenue avec le cabinet fran-
çais.
En effet, au commencement de 1855 le gouvernement
anglais s'était adressé au gouvernement français
pour l'engager à s'opposer à l'entreprise, d'accord
avec lui, ou tout au moins à ne pas la laisser se régler
entre le vice-roi et le sultan, mais à la régler ensem-
ble. — Faire décider une chose par deux personnes,
dont l'une dira oui et l'autre non, c'est le moyen
qu'on ne s'arrange jamais, et c'était là le plan de
l'Angleterre. — Le gouvernement français le comprit
et répondit par une note très-nette. Il dit que l'af-
faire du canal de Suez était une entreprise particu- -
lière dont il n'avait pas à se mêler, et que puis-
qu'elle s'était créée en dehors de lui et qu'elle ne de-
mandait pas l'appui du gouvernement, il fallait la
laisser marcher comme on laisse marcher en Angle-
terre toutes les entreprises particulières. — Il fut
donc convenu entre les deux gouvernements que leurs
agents s'abstiendraient.
Cependant le gouvernement anglais, profitant de
l'abstention de l'agent français, continua à tourmenter
le vice-roi et à lui représenter la réserve de la France
comme étant un indice de mauvaises dispositions vis-
à-vis de la Compagnie. Le vice-roi était fort embar-
rassé ; il voulait rester fidèle à ses promesses. Mais
dans le moment où les intrigues contre nous avaient
trouvé d'assez nombreux auxiliaires à Alexandrie et
au Caire, il dut se rendre dans la haute Egypte, où
l'appelait d'ailleurs une révolte de Bédouins.
C'est alors que la commission administrative de-
vait aller prendre possession des terrains concédés
et livraison du matériel dont le gouvernement égyp-
tien avait avancé la valeur.
Comme nos adversaires ne manquaient pas d'in-
fluence, ils cherchaient à agiter les populations du
désert sur le passage de la commission. Nous nous
mîmes en marche cependant. Nous eûmes beaucoup
de peine à partir du Caire : on ne trouvait pas de
chameaux, il nous en fallait quatre-vingts pour vingt
personnes; il fallait emporter l'eau, les vivres, toute
une installation. Connaissant le pays, je fis appeler
le chef des chameliers. En Egypte, le système des
corporations existe encore, il y a des chefs pour tous
les métiers. Cet homme fut effrayé par mes menaces ;
l'ayant conduit devant le gouverneur de la ville, je
le forçai à nous livrer les chameaux qui nous étaient
nécessaires. Nous partîmes. Pendant trois jours nous
suivîmes la lisière des terres cultivées, et nous arri-
vâmes dans la propriété du Ouady, qui était alors
administrée par des Anglais pour le compte du fils
d'Abbas-Pacha, et qui est aujourd'hui notre pro-
priété.
Pendant que mes compagnons étaient absents, je
fus averti qu'une escouade de trente à quarante ba-
chi-bouzouks avait arrêté plusieurs de nos hommes
chargés de prendre des échantillons du terrain où
nous nous trouvions, dans le désert, pour servir aux
études du canal d'eau douce. On me dit que nos ou-
vriers avaient été conduits dans le village. Je pris un
cheval et je me rendis seul au lieu indiqué; seul
afin d'éviter un conflit qui pouvait être malheureux,
car mes compagnons étaient armés. J'entrai dans un
carrefour où le peuple était réuni, et où se trouvait
un chef de bataillon du Caire, qu'on disait attaché à
la police, et qui nous avait suivis depuis cette ville
en campant toujours à quelques heures de nous. Je
l'interpellai, et lui demandai d'exhiber ses ordres, ce
qu'il ne put pas faire. Je lui reprochai sa violence
vis-à-vis d'une caravane, lui rappelant que l'usage
en Orient était de s'adresser d'abord au chef de la
caravane. En même temps, je fis un geste qui me
donna tout aussitôt, aux yeux de la foule groupée
autour de nous, une incontestable supériorité sur ce
personnage. Puis, je lui annonçai que j'allais expé-
dier un courrier au vice-roi pour me plaindre de lui,
et je le prévins que s'il ne me rendait pas les gens
qu'il détenait sans mandat, nous les enlèverions à
main armée.
Cet incident indique assez les manœuvres qu'on
avait pratiquées contre nous en l'absence du vice-
roi.
Les prisonniers nous furent rendus. Lorsqu'ils
avaient été arrêtés, on leur avait mis la chaîne au
cou et on les avait menacés, s'ils voulaient nous
suivre, de les envoyer aux galères. Je leur fis don-
ner une indemnité ; ils nous suivirent avec enthou-
siasme.
Pendant ce temps , on faisait courir le bruit, à
Alexandrie, que nous avions été abandonnés par nos
chameliers, que nous errions dans le désert, et même
que nous avions été assassinés.
Nous poursuivîmes notre exploration. Le désert
de Suez était alors quelque chose d'affreux, on n'y
rencontrait aucune habitation, aucun être vivant, il
fallait porter tout avec soi. Les animaux eux-mêmes
sont tellement épouvantés de la solitude du désert,
que les moutons, les volailles destinés à la nourriture
de la caravane et qui sont mis en liberté lorsque
l'on forme le campement, viennent d'eux-mêmes au
point du jour se grouper autour des voyageurs pour
vous dira que l'Angleterre vous engage ou vous
charge de faire telle chose, demandez qu'on mette -
par écrit ce que l'on propose, et comme vous n'êtes
pas de force à lutter contre l'Angleterre, vous ferez
part à la France et aux autres puissances de ce qu'on
vous aura ainsi communiqué. » Le vice-roi voulut bien
adopter cette idée, mais on se garda bien de mettre
par écrit ce que l'on avait avancé en paroles, car le
cabinet anglais savait parfaitement que son abs-
tention était chose convenue avec le cabinet fran-
çais.
En effet, au commencement de 1855 le gouvernement
anglais s'était adressé au gouvernement français
pour l'engager à s'opposer à l'entreprise, d'accord
avec lui, ou tout au moins à ne pas la laisser se régler
entre le vice-roi et le sultan, mais à la régler ensem-
ble. — Faire décider une chose par deux personnes,
dont l'une dira oui et l'autre non, c'est le moyen
qu'on ne s'arrange jamais, et c'était là le plan de
l'Angleterre. — Le gouvernement français le comprit
et répondit par une note très-nette. Il dit que l'af-
faire du canal de Suez était une entreprise particu- -
lière dont il n'avait pas à se mêler, et que puis-
qu'elle s'était créée en dehors de lui et qu'elle ne de-
mandait pas l'appui du gouvernement, il fallait la
laisser marcher comme on laisse marcher en Angle-
terre toutes les entreprises particulières. — Il fut
donc convenu entre les deux gouvernements que leurs
agents s'abstiendraient.
Cependant le gouvernement anglais, profitant de
l'abstention de l'agent français, continua à tourmenter
le vice-roi et à lui représenter la réserve de la France
comme étant un indice de mauvaises dispositions vis-
à-vis de la Compagnie. Le vice-roi était fort embar-
rassé ; il voulait rester fidèle à ses promesses. Mais
dans le moment où les intrigues contre nous avaient
trouvé d'assez nombreux auxiliaires à Alexandrie et
au Caire, il dut se rendre dans la haute Egypte, où
l'appelait d'ailleurs une révolte de Bédouins.
C'est alors que la commission administrative de-
vait aller prendre possession des terrains concédés
et livraison du matériel dont le gouvernement égyp-
tien avait avancé la valeur.
Comme nos adversaires ne manquaient pas d'in-
fluence, ils cherchaient à agiter les populations du
désert sur le passage de la commission. Nous nous
mîmes en marche cependant. Nous eûmes beaucoup
de peine à partir du Caire : on ne trouvait pas de
chameaux, il nous en fallait quatre-vingts pour vingt
personnes; il fallait emporter l'eau, les vivres, toute
une installation. Connaissant le pays, je fis appeler
le chef des chameliers. En Egypte, le système des
corporations existe encore, il y a des chefs pour tous
les métiers. Cet homme fut effrayé par mes menaces ;
l'ayant conduit devant le gouverneur de la ville, je
le forçai à nous livrer les chameaux qui nous étaient
nécessaires. Nous partîmes. Pendant trois jours nous
suivîmes la lisière des terres cultivées, et nous arri-
vâmes dans la propriété du Ouady, qui était alors
administrée par des Anglais pour le compte du fils
d'Abbas-Pacha, et qui est aujourd'hui notre pro-
priété.
Pendant que mes compagnons étaient absents, je
fus averti qu'une escouade de trente à quarante ba-
chi-bouzouks avait arrêté plusieurs de nos hommes
chargés de prendre des échantillons du terrain où
nous nous trouvions, dans le désert, pour servir aux
études du canal d'eau douce. On me dit que nos ou-
vriers avaient été conduits dans le village. Je pris un
cheval et je me rendis seul au lieu indiqué; seul
afin d'éviter un conflit qui pouvait être malheureux,
car mes compagnons étaient armés. J'entrai dans un
carrefour où le peuple était réuni, et où se trouvait
un chef de bataillon du Caire, qu'on disait attaché à
la police, et qui nous avait suivis depuis cette ville
en campant toujours à quelques heures de nous. Je
l'interpellai, et lui demandai d'exhiber ses ordres, ce
qu'il ne put pas faire. Je lui reprochai sa violence
vis-à-vis d'une caravane, lui rappelant que l'usage
en Orient était de s'adresser d'abord au chef de la
caravane. En même temps, je fis un geste qui me
donna tout aussitôt, aux yeux de la foule groupée
autour de nous, une incontestable supériorité sur ce
personnage. Puis, je lui annonçai que j'allais expé-
dier un courrier au vice-roi pour me plaindre de lui,
et je le prévins que s'il ne me rendait pas les gens
qu'il détenait sans mandat, nous les enlèverions à
main armée.
Cet incident indique assez les manœuvres qu'on
avait pratiquées contre nous en l'absence du vice-
roi.
Les prisonniers nous furent rendus. Lorsqu'ils
avaient été arrêtés, on leur avait mis la chaîne au
cou et on les avait menacés, s'ils voulaient nous
suivre, de les envoyer aux galères. Je leur fis don-
ner une indemnité ; ils nous suivirent avec enthou-
siasme.
Pendant ce temps , on faisait courir le bruit, à
Alexandrie, que nous avions été abandonnés par nos
chameliers, que nous errions dans le désert, et même
que nous avions été assassinés.
Nous poursuivîmes notre exploration. Le désert
de Suez était alors quelque chose d'affreux, on n'y
rencontrait aucune habitation, aucun être vivant, il
fallait porter tout avec soi. Les animaux eux-mêmes
sont tellement épouvantés de la solitude du désert,
que les moutons, les volailles destinés à la nourriture
de la caravane et qui sont mis en liberté lorsque
l'on forme le campement, viennent d'eux-mêmes au
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