Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1864-04-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 01 avril 1864 01 avril 1864
Description : 1864/04/01 (A9,N187). 1864/04/01 (A9,N187).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203318b
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 21/05/2012
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 19o
excentricités tumultueuses. Nous avons les licences
de notre carnaval; les Hollandais ont leurs kermess,
pendant lesquelles j'ai vu les hommes les plus gra-
ves entrer, en pleine rue, dans des rondes populaires
très animées.
C'est à Zagazig que l'on s'embarque sur le canal
d'eau douce pour se rendre dans l'isthme. Vous
voyez sur la carte une vallée (en arabe Ouady) qui
se prolonge au milieu du désert. La Compagnie de
Suez a acquis, dans cette vallée, une propriété de
10,000 hectares. Le canal se poursuit le long de
cette propriété, sur une longueur de 30 kilomètres.
Là se trouvait une population de4,000 habitants, en
1861, époque de l'achat par la Compagnie; il y en
a 11,000 aujourd'hui. La terre y était très-peu cul-
tivée, et le système qu'on y suivait en général était
celui d'une véritable oppression.
Quelques chefs s'étaient partagé les terres. Ils
payaient une redevance au propriétaire et faisaient
travailler les populations pour leur compte. Lorsque
je me rendis, pour la première fois dans cette contrée,
après l'acquisition de la propriété, je réunis auprès de
moi tous les chefs indigènes. J'avais fait publier que
ceux qui voudraient demander des locations n'avaient
qu'à se présenter; mais je rencontrai de la résistance.
Les chefs auraient voulu continuer à exploiter les
cultivateurs. Ils me dirent : « Nous sommes les chefs
du pays ; nous voulons bien vous louer directement,
mais nous ne voulons pas que d'autres viennent nous
faire concurrence. » Ils avaient juré entre eux qu'ils
ne permettraient pas-à des étrangers de venir changer
leurs habitudes. Je leur donnai quelques jours pour ré-
fléchir, et, à mon retour, je réunis toute la popula-
tion sur la grande place. Je déclarai que la Compa-
gnie était décidée à louer les terres à tous ceux qui en
demanderaient, et que si les anciens chefs n'en vou-
laient pas, ils pourraient se retirer et seraient rem-
placés par ceux-là même dont ils avaient jusque-là
exploité le travail.
Dès que les simples cultivateurs virent qu'on les
appelait à profiter eux-mêmes du produit de leurs
cultures, ils se tournèrent vers leurs chefs, et s'é-
crièrent publiquement : « Vous voyez bien que ces
chrétiens ne sont pas ce que vous nous avez dit; ils
ne veulent pas nous opprimer, puisqu'ils nous offrent
de travailler pour notre compte. » Les chefs finirent
par comprendre qu'il leur convenait de irai ter avec
nous : chacun fit ses offres suivant ses moyens. Les
terres furent divisées par lots, et distribuées parmi les
petits comme parmi les grands cultivateurs.
Nous laissons nos colons entièrement libres de leur
travail, moyennant un bail de plusieurs années con-
venu à l'avance. Nous nous contentons d'un faible
revenu; mais au moins nous affirmons en pays
oriental le respect du travailleur, et nous y gardons
les usages des peuples civilisés, sans profiter des
privilége sarbitraires que nous voyons appliquer
autour de nous
Il en est résulté pour la Compagnie, sur une culture
de 6,000 hectares, par exemple, un revenu net de
150,000 francs par an; pour les cultivateurs,, une vente
de coton dépassant. 3 millions de francs ; pour le gou-
vernement égyptien, un impôt de 51,000 francs. Que
font les propriétaires voisins, pachas et autres ? ils
profitent autrement du travail des habitants. Ils
abandonnent bien une petite part de terre aux fel-
lahs, à condition que leur réserve sera gratuitement
cultivée et récoltée, mais soyez certains que les bras
sont souvent requis pour les irrigations, pour les la-
bours, pour tous les soins à donner à la grosse part
du maître, et que celle des fellahs n'a pas régulière-
ment son tour.
La Compagnie ne s'écartera jamais des principes
d'humanité et de justice qu'elle suit vis-à-vis des po-
pulations agricoles aussi bien que vis-à-vis des po-
pulations ouvrières, principes qu'aucun Français ne
doit jamais oublier, sur quelque point du globe qu'il
se trouve. (Bravo ! bravo ! Applaudissements redou-
blés.)
Le canal qui existait sur le parcours du domaine
du Ouady a été élargi et continué par la Compagnie
jusqu'à Ismaïlia, sur les bords du lac Timsah. Il a,
dans cette section, 40 kilomètres de longueur et 20
mètres de largeur, sur 1 mètre et demi à 2 mètres
de profondeur; il amène l'eau jusqu'au centre de
l'isthme pour les travaux du canal maritime.
Avant de parcourir la ligne des travaux du canal
maritime qui commence à Port-Saïd, faisons une
excursion à travers les plaines du désert, aujourd'hui
désolées, mais qui ont été et qui peuvent encore être
fécondées. Nous nous dirigeons du côté de Salahieh,
entre Kantara et les ruines de Taphnès (Daph-
né). Salahieh est le dernier village de l'Egypte.
Nous y avons eu une garnison française, sous le
commandement du général Rohault de Fleury, qui
était alors un jeune lieutenant du génie. Il y a en-
core au-dessous de la porte d'entrée du village, for-
mant le seuil, un vieux canon de l'armée française.
Tout autour, et dans la direction du canal maritime,
s'étendent de vastes territoires qui étaient dans l'an-
tiquité les plus fertiles et les plus peuplés de la basse
Egypte. Nous avions le projet de faire des travaux
pour leur rendre cette fertilité. Il est question au-
jourd'hui de nous les racheter.
Dans l'excursion que je vous fais faire, nous tra-
versons l'ancienne branche Pélusiaque, nous arrivons
à l'ancienne branche Tanitique qui, au lieu de se-
rendre à la mer comme autrefois, va se perdre^
dans le lac Menzaleh après avoir passé au pied
des vieilles murailles de Tsan (Avaris). Là est
excentricités tumultueuses. Nous avons les licences
de notre carnaval; les Hollandais ont leurs kermess,
pendant lesquelles j'ai vu les hommes les plus gra-
ves entrer, en pleine rue, dans des rondes populaires
très animées.
C'est à Zagazig que l'on s'embarque sur le canal
d'eau douce pour se rendre dans l'isthme. Vous
voyez sur la carte une vallée (en arabe Ouady) qui
se prolonge au milieu du désert. La Compagnie de
Suez a acquis, dans cette vallée, une propriété de
10,000 hectares. Le canal se poursuit le long de
cette propriété, sur une longueur de 30 kilomètres.
Là se trouvait une population de4,000 habitants, en
1861, époque de l'achat par la Compagnie; il y en
a 11,000 aujourd'hui. La terre y était très-peu cul-
tivée, et le système qu'on y suivait en général était
celui d'une véritable oppression.
Quelques chefs s'étaient partagé les terres. Ils
payaient une redevance au propriétaire et faisaient
travailler les populations pour leur compte. Lorsque
je me rendis, pour la première fois dans cette contrée,
après l'acquisition de la propriété, je réunis auprès de
moi tous les chefs indigènes. J'avais fait publier que
ceux qui voudraient demander des locations n'avaient
qu'à se présenter; mais je rencontrai de la résistance.
Les chefs auraient voulu continuer à exploiter les
cultivateurs. Ils me dirent : « Nous sommes les chefs
du pays ; nous voulons bien vous louer directement,
mais nous ne voulons pas que d'autres viennent nous
faire concurrence. » Ils avaient juré entre eux qu'ils
ne permettraient pas-à des étrangers de venir changer
leurs habitudes. Je leur donnai quelques jours pour ré-
fléchir, et, à mon retour, je réunis toute la popula-
tion sur la grande place. Je déclarai que la Compa-
gnie était décidée à louer les terres à tous ceux qui en
demanderaient, et que si les anciens chefs n'en vou-
laient pas, ils pourraient se retirer et seraient rem-
placés par ceux-là même dont ils avaient jusque-là
exploité le travail.
Dès que les simples cultivateurs virent qu'on les
appelait à profiter eux-mêmes du produit de leurs
cultures, ils se tournèrent vers leurs chefs, et s'é-
crièrent publiquement : « Vous voyez bien que ces
chrétiens ne sont pas ce que vous nous avez dit; ils
ne veulent pas nous opprimer, puisqu'ils nous offrent
de travailler pour notre compte. » Les chefs finirent
par comprendre qu'il leur convenait de irai ter avec
nous : chacun fit ses offres suivant ses moyens. Les
terres furent divisées par lots, et distribuées parmi les
petits comme parmi les grands cultivateurs.
Nous laissons nos colons entièrement libres de leur
travail, moyennant un bail de plusieurs années con-
venu à l'avance. Nous nous contentons d'un faible
revenu; mais au moins nous affirmons en pays
oriental le respect du travailleur, et nous y gardons
les usages des peuples civilisés, sans profiter des
privilége sarbitraires que nous voyons appliquer
autour de nous
Il en est résulté pour la Compagnie, sur une culture
de 6,000 hectares, par exemple, un revenu net de
150,000 francs par an; pour les cultivateurs,, une vente
de coton dépassant. 3 millions de francs ; pour le gou-
vernement égyptien, un impôt de 51,000 francs. Que
font les propriétaires voisins, pachas et autres ? ils
profitent autrement du travail des habitants. Ils
abandonnent bien une petite part de terre aux fel-
lahs, à condition que leur réserve sera gratuitement
cultivée et récoltée, mais soyez certains que les bras
sont souvent requis pour les irrigations, pour les la-
bours, pour tous les soins à donner à la grosse part
du maître, et que celle des fellahs n'a pas régulière-
ment son tour.
La Compagnie ne s'écartera jamais des principes
d'humanité et de justice qu'elle suit vis-à-vis des po-
pulations agricoles aussi bien que vis-à-vis des po-
pulations ouvrières, principes qu'aucun Français ne
doit jamais oublier, sur quelque point du globe qu'il
se trouve. (Bravo ! bravo ! Applaudissements redou-
blés.)
Le canal qui existait sur le parcours du domaine
du Ouady a été élargi et continué par la Compagnie
jusqu'à Ismaïlia, sur les bords du lac Timsah. Il a,
dans cette section, 40 kilomètres de longueur et 20
mètres de largeur, sur 1 mètre et demi à 2 mètres
de profondeur; il amène l'eau jusqu'au centre de
l'isthme pour les travaux du canal maritime.
Avant de parcourir la ligne des travaux du canal
maritime qui commence à Port-Saïd, faisons une
excursion à travers les plaines du désert, aujourd'hui
désolées, mais qui ont été et qui peuvent encore être
fécondées. Nous nous dirigeons du côté de Salahieh,
entre Kantara et les ruines de Taphnès (Daph-
né). Salahieh est le dernier village de l'Egypte.
Nous y avons eu une garnison française, sous le
commandement du général Rohault de Fleury, qui
était alors un jeune lieutenant du génie. Il y a en-
core au-dessous de la porte d'entrée du village, for-
mant le seuil, un vieux canon de l'armée française.
Tout autour, et dans la direction du canal maritime,
s'étendent de vastes territoires qui étaient dans l'an-
tiquité les plus fertiles et les plus peuplés de la basse
Egypte. Nous avions le projet de faire des travaux
pour leur rendre cette fertilité. Il est question au-
jourd'hui de nous les racheter.
Dans l'excursion que je vous fais faire, nous tra-
versons l'ancienne branche Pélusiaque, nous arrivons
à l'ancienne branche Tanitique qui, au lieu de se-
rendre à la mer comme autrefois, va se perdre^
dans le lac Menzaleh après avoir passé au pied
des vieilles murailles de Tsan (Avaris). Là est
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