Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1864-02-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 15 février 1864 15 février 1864
Description : 1864/02/15 (A9,N184). 1864/02/15 (A9,N184).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k62033153
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 21/05/2012
106 L'ISTHME DE SUEZ,
Je me trompe, dans dix, quinze, vingt ans, quelque
chose se fera, parce que, croyez-moi, dans l'époque où
nous sommes, avec l'idée de progrès qui domine au-
jourd'hui le monde, on n'arrête pas le mouvement des es-
prits; le canal de Suez sera creusé. Dans quinze ou vingt
ans, lorsque le vice-roi aura montré son impuissance, il y
aura là quelqu'un qui sera tout prêt, qui constituera une
nouvelle Compagnie, et qui fera le canal. Savez-vous qui
ce sera? Ce sera l'influence, les capitaux et les ouvriers
anglais, voilà ma prédiction. (Très-bien! très-bien!)
Ainsi, lorsque votre Compagnie aura été ruinée sous les
auspices du gouvernement égyptien, votre héritage futur ar-
rivera dans un temps plus ou moins éloigné à une Com-
pagnie rivale, qui profitera de votre argent, de vos études,
de tout ce que vous avez fait. Devez-vous supporter cela?
Non! à aucun prix. (Bravos prolongés.)
Et qu'est-ce qu'on ne nous a pas dit de ce canal, car on
a essayé de tout pour l'entraver. On vous a d'abord dit,
sous l'influence de ces messieurs, qui voulaient en savoir
plus que vous, qui voulaient vous donner des conseils
comme ils vous en donnent aujourd'hui, que le canal était
impossible, que vous ne trouveriez pas d'argent. La possi-
bilité a été démontrée par les hommes compétents; l'argent
est venu, l'argent a été trouvé, grâce au patriotisme qui,
Dieu merci ! ne fait jamais défaut en France. (Applaudisse-
ments.) Courage donc! ne vous préoccupez pas des em-
barras d'un jour, et votre grande œuvre se finira ; et dans
l'avenir on ne verra que votre immense succès, les diffi-
cultés de détail auront disparu, et la postérité verra, ac-
complie par les enfants de la France, appuyés sur leur
gouvernement, une des plus grandes et des plus glorieuses
œuvres du monde. Voilà ce que vous ferez avec du courage
et de la persévérance. (Applaudissements.)
J'ai à vous parler de la corvée que j'ai signalée en com-
mençant. La corvée ! voilà le gros canon rayé avec lequel
on veut battre en brèche la Compagnie. Moi, j'ai beaucoup
de préjugés libéraux, je l'avoue ; j'ai l'amour-propre de
croire comprendre et aimer la liberté, c'est un des côtés de
mon caractère très-libéral. Eh bien ! je vous l'avouerai fran-
chement : je déplore la corvée plus que personne, et plus
que le gouvernement égyptien lui-même, ne lui en déplaise.
(Sourires.)
Voulez-vous que je vous dise ce que c'est que la corvée?
C'est une détestable institution qui date des Pharaons, qui
vient de très-loin, comme vous voyez, qui est peut-être
inhérente à la configuration de l'Egypte. Vous savez ce que
c'est que l'Egypte, c'est un long boyau, un long canal, avec
un fleuve très-riche et en même temps très-dangereux,
coulant au milieu, et qui porte en même temps dans ses
ondes la richesse, si on sait le contenir; la ruine, s'il dé-
borde trop; et il faut, à chaque instant de l'inondation, avoir
une motte de terre à la main pour arrêter l'eau.
Cette constitution physique du pays a certainement exercé
une grande influence sur sa constitution morale : de là,
l'origine de ta corvée,
Moi, avec mes sentiments d'enfant de SU, avec mes aspi-
rations de liberté, de travail libre, je ne veux la corvée à
aucun prix ; je me sentais gêné, je l'avoue, par cette espèce
d'argument qui était mis en avant par le gouvernement
égyptien : d'une compagnie française n'ayant pas fait naître
la corvée, mais en profitant. Cela me tourmentait; cela
pesait sur ma conscience et mon esprit : je me retournais
de tous les côtés pour voir comment je me débarrasserais
de ce poids.
Rappelez-vous que la corvée, la Compagnie l'a trouvée,
elle l'a un peu améliorée, je tiens à le constater; car, jus-
qu'à présent, ces malheureux ouvriers n'étaient pas payés
du tout. On vous dit que vous les payez peu; mais, avant
la Compagnie, on ne les payait pas du tout, si ce n'est à
coups de bâton et en mauvais traitements. C'est ainsi, mes-
sieurs, on ne peut le nier, que les choses se sont passées
en Egypte lors de la construction du chemin de fer d'A-
lexandrie au Caire, et du Caire à Suez surtout. Mais j'avais
oublié quelque chose qui me vient à l'esprit, permettez-moi
de le dire, c'est qu'au point de vue du droit, et je suis bien
informé, le gouvernement égyptien a demandé et obtenu, je
ne dis pas un firman, mais une lettré vizirielle pour le
chemin de fer d'Alexandrie au Caire.
Quant à celui du Caire à Suez, il n'y a eu ni firman, ni
lettre vizirielle, ni autorisation même après l'achèvement
des travaux. Ainsi, cette mise en demeure de la Porte se-
trouve combattue par les antécédents du gouvernement
égyptien, qui a fait exécuter ce chemin par une compagnie
anglaise sans autorisation de la Porte. Ceux qui l'ont exé-
cuté devraient se rappeler quelles sont les horreurs dont
ces travaux ont été la cause quand ils ne sont pas dirigés
par un Français et par un esprit humanitaire et bienfaisant.
Qu'ils se souviennent et qu'ils comptent, s'ils l'osent, les
cadavres qui encombraient le chemin du Caire à Suez, un
jour que l'eau a manqué aux travailleurs !
Ah! ce n'étaient pas des Français qui dirigeaient ces
corvées! (non! non!) Qu'ils comparent ces corvées con-
duites avec inhumanité, avec brutalité, qu'ils les comparent
avec celles que conduisent les ingénieurs français. Qu'ils
interrogent les fellahs, et les fellahs répondront que jamais
ils n'ont été mieux traités, ni avec plus de bienveillance
qu'aujourd'hui.
Ceci est bien constaté. Que la Compagnie de l'isthme de
Suez ait profité de ce que j'appelle hautement un mal,
c'est vrai, car je n'en veux pas de la corvée. (Bruyants
applaudissements.) Elle en a profité en rendant supportable
ce qui avant elle était bien plus mauvais, détestable, into-
lérable.
Eh bien, si les propositions qu'on vous a faites avaient
été acceptées, croyez-vous que la corvée serait abolie ? Non,
messieurs. Je m'expliquerai franchement, comme j'ai pro-
mis de le faire; c'est chose souvent dangereuse pour un
homme qui parle en public, d'oser prédire l'avenir qui
peut lui donner un démenti; mais je suis si convaincu, que
j'aime à vous ouvrir tout mon cœur. (Bravo! bravo!) Non,
Je me trompe, dans dix, quinze, vingt ans, quelque
chose se fera, parce que, croyez-moi, dans l'époque où
nous sommes, avec l'idée de progrès qui domine au-
jourd'hui le monde, on n'arrête pas le mouvement des es-
prits; le canal de Suez sera creusé. Dans quinze ou vingt
ans, lorsque le vice-roi aura montré son impuissance, il y
aura là quelqu'un qui sera tout prêt, qui constituera une
nouvelle Compagnie, et qui fera le canal. Savez-vous qui
ce sera? Ce sera l'influence, les capitaux et les ouvriers
anglais, voilà ma prédiction. (Très-bien! très-bien!)
Ainsi, lorsque votre Compagnie aura été ruinée sous les
auspices du gouvernement égyptien, votre héritage futur ar-
rivera dans un temps plus ou moins éloigné à une Com-
pagnie rivale, qui profitera de votre argent, de vos études,
de tout ce que vous avez fait. Devez-vous supporter cela?
Non! à aucun prix. (Bravos prolongés.)
Et qu'est-ce qu'on ne nous a pas dit de ce canal, car on
a essayé de tout pour l'entraver. On vous a d'abord dit,
sous l'influence de ces messieurs, qui voulaient en savoir
plus que vous, qui voulaient vous donner des conseils
comme ils vous en donnent aujourd'hui, que le canal était
impossible, que vous ne trouveriez pas d'argent. La possi-
bilité a été démontrée par les hommes compétents; l'argent
est venu, l'argent a été trouvé, grâce au patriotisme qui,
Dieu merci ! ne fait jamais défaut en France. (Applaudisse-
ments.) Courage donc! ne vous préoccupez pas des em-
barras d'un jour, et votre grande œuvre se finira ; et dans
l'avenir on ne verra que votre immense succès, les diffi-
cultés de détail auront disparu, et la postérité verra, ac-
complie par les enfants de la France, appuyés sur leur
gouvernement, une des plus grandes et des plus glorieuses
œuvres du monde. Voilà ce que vous ferez avec du courage
et de la persévérance. (Applaudissements.)
J'ai à vous parler de la corvée que j'ai signalée en com-
mençant. La corvée ! voilà le gros canon rayé avec lequel
on veut battre en brèche la Compagnie. Moi, j'ai beaucoup
de préjugés libéraux, je l'avoue ; j'ai l'amour-propre de
croire comprendre et aimer la liberté, c'est un des côtés de
mon caractère très-libéral. Eh bien ! je vous l'avouerai fran-
chement : je déplore la corvée plus que personne, et plus
que le gouvernement égyptien lui-même, ne lui en déplaise.
(Sourires.)
Voulez-vous que je vous dise ce que c'est que la corvée?
C'est une détestable institution qui date des Pharaons, qui
vient de très-loin, comme vous voyez, qui est peut-être
inhérente à la configuration de l'Egypte. Vous savez ce que
c'est que l'Egypte, c'est un long boyau, un long canal, avec
un fleuve très-riche et en même temps très-dangereux,
coulant au milieu, et qui porte en même temps dans ses
ondes la richesse, si on sait le contenir; la ruine, s'il dé-
borde trop; et il faut, à chaque instant de l'inondation, avoir
une motte de terre à la main pour arrêter l'eau.
Cette constitution physique du pays a certainement exercé
une grande influence sur sa constitution morale : de là,
l'origine de ta corvée,
Moi, avec mes sentiments d'enfant de SU, avec mes aspi-
rations de liberté, de travail libre, je ne veux la corvée à
aucun prix ; je me sentais gêné, je l'avoue, par cette espèce
d'argument qui était mis en avant par le gouvernement
égyptien : d'une compagnie française n'ayant pas fait naître
la corvée, mais en profitant. Cela me tourmentait; cela
pesait sur ma conscience et mon esprit : je me retournais
de tous les côtés pour voir comment je me débarrasserais
de ce poids.
Rappelez-vous que la corvée, la Compagnie l'a trouvée,
elle l'a un peu améliorée, je tiens à le constater; car, jus-
qu'à présent, ces malheureux ouvriers n'étaient pas payés
du tout. On vous dit que vous les payez peu; mais, avant
la Compagnie, on ne les payait pas du tout, si ce n'est à
coups de bâton et en mauvais traitements. C'est ainsi, mes-
sieurs, on ne peut le nier, que les choses se sont passées
en Egypte lors de la construction du chemin de fer d'A-
lexandrie au Caire, et du Caire à Suez surtout. Mais j'avais
oublié quelque chose qui me vient à l'esprit, permettez-moi
de le dire, c'est qu'au point de vue du droit, et je suis bien
informé, le gouvernement égyptien a demandé et obtenu, je
ne dis pas un firman, mais une lettré vizirielle pour le
chemin de fer d'Alexandrie au Caire.
Quant à celui du Caire à Suez, il n'y a eu ni firman, ni
lettre vizirielle, ni autorisation même après l'achèvement
des travaux. Ainsi, cette mise en demeure de la Porte se-
trouve combattue par les antécédents du gouvernement
égyptien, qui a fait exécuter ce chemin par une compagnie
anglaise sans autorisation de la Porte. Ceux qui l'ont exé-
cuté devraient se rappeler quelles sont les horreurs dont
ces travaux ont été la cause quand ils ne sont pas dirigés
par un Français et par un esprit humanitaire et bienfaisant.
Qu'ils se souviennent et qu'ils comptent, s'ils l'osent, les
cadavres qui encombraient le chemin du Caire à Suez, un
jour que l'eau a manqué aux travailleurs !
Ah! ce n'étaient pas des Français qui dirigeaient ces
corvées! (non! non!) Qu'ils comparent ces corvées con-
duites avec inhumanité, avec brutalité, qu'ils les comparent
avec celles que conduisent les ingénieurs français. Qu'ils
interrogent les fellahs, et les fellahs répondront que jamais
ils n'ont été mieux traités, ni avec plus de bienveillance
qu'aujourd'hui.
Ceci est bien constaté. Que la Compagnie de l'isthme de
Suez ait profité de ce que j'appelle hautement un mal,
c'est vrai, car je n'en veux pas de la corvée. (Bruyants
applaudissements.) Elle en a profité en rendant supportable
ce qui avant elle était bien plus mauvais, détestable, into-
lérable.
Eh bien, si les propositions qu'on vous a faites avaient
été acceptées, croyez-vous que la corvée serait abolie ? Non,
messieurs. Je m'expliquerai franchement, comme j'ai pro-
mis de le faire; c'est chose souvent dangereuse pour un
homme qui parle en public, d'oser prédire l'avenir qui
peut lui donner un démenti; mais je suis si convaincu, que
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