Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1862-12-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 01 décembre 1862 01 décembre 1862
Description : 1862/12/01 (A7,N155). 1862/12/01 (A7,N155).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203309c
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/06/2012
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 311
campagne d'un mois, ils s'en retournent tous avec un
petit pécule, circonstance tout à fait nouvelle, et qui ex-
plique pourquoi plusieurs sont revenus sans trop se
faire prier.
» Du seuil au lac de Timsah (distance de 4 à 5 kilo-
mètres au plus), il y a vingt-cinq mille Arabes, non
pas échelonnés, mais massés comme le seraient des
troupes en bataille. C'est vraiment un spectacle curieux
de voir cette fourmilière d'hommes s'agiter, se mouvoir
et se croiser continuellement sur deux lignes, l'une
montante, l'autre descendante. Jamais le mot de four-
milière n'a reçu une application plus juste, soit pour le
nombre, soit pour l'activité et la régularité de la ma-
nœuvre. Le sable se trouvant avoir une certaine consis-
tance, les travailleurs y creusent de petits sentiers
parcourus en tous sens depuis le lever du soleil jusqu'à
son coucher, et quelquefois plus tard quand la lune
projette sa clarté. Les piocheùrs dans le fond de la
tranchée remplissent les paniers que les porteurs char-
gent sur leurs épaules pour les vider sur le remblai,
puis ceux-ci redescendent pendant que leurs compa-
gnons montent l'échelle de Jacob.
» Indépendamment de l'intérêt des travaux en eux-
mêmes, deux choses m'ont frappé : l'absence de toute
force militaire et l'absence de toute espèce de maladie.
Je ne suis certes pas détracteur systématique de mon
pays ; mais si nous avions une armée de vingt-quatre
mille travailleurs agglomérés sur les chantiers de Nancy
à Champigneules, par exemple, combien faudrait-il de
gendarmes pour les contenir? Combien de juges pour
les mettre d'accord ou pour les empêcher de trop s'ac-
corder? Ici, pas un seul gendarme, et, chose encore plus
singulière, pas un malade d'un bout du canal à l'autre.
Pas un malade est une manière de parler, il y en avait
trois au Seuil, quatre à cinq à Port-Saïd ! Il est presque
littéralement vrai qu'il y a plus de médecins que de
malades, car la Compagnie a sur chaque point impor-
tant trois docteurs, un arabe, un grec et un français.
Mais j'ai hâte d'arriver à la fin de cette interminable
lettre. Il faut pourtant que je revienne au Seuil pour
te dire que c'est un beau village, mieux bâti que l'an-
cien Port-Saïd — par l'ancien, je désigne celui qui date
déjà de quinze à dix-huit mois -doté d'une jolie église,
et qui néanmoins n'est destiné qu'à une existence
éphémère. Une fois la rigole ouverte jusqu'au lac
de Timsah, ce qui sera certainement exécuté d'ici à un
mois, personnel et matériel se transporteront à la ville
de Timsah, ville plus qu'en projet, déjà en construction,
et qui sera la capitale de l'isthme. Cependant l'abandon
du Seuil ne saurait être définitif tant que le canal ma-
ritime ne sera pas achevé.
» Quelques personnes se sont étonnées que l'on ouvrît
une rigole navigable aux chalands seulement, au lieu
de terminer tout de suite les travaux à un point donné,
par exemple à Port-Saïd. Rien n'est, selon moi, plus
erroné que cette manière d'envisager la question. D'a-
bord M. de Lesseps a fait comme le philosophe de l'an-
tiquité auquel on niait le mouvement : il s'est levé et
il a marché. D'ici à la fin de l'année prochaine, s'il ne
survient pas d'événements extraordinaires, la rigole sera
positivement ouverte jusqu'à la mèr Rouge, et les plus
incrédules seront obligés de convenir que la chose est
véritable. Entre le lac Timsah et Suez, il ne reste qu'un
autre petit seuil à traverser, moins élevé et moins long
que le seuil d'El-Guisr, et l'on tombe alors dans les laes
Amers, bien complétement à sec aujourd'hui, mais dont
le sol est plus bas que le niveau de la mer. Sur une
étendue de 20 kilomètres à peu près, il n'y a donc, pour
ainsi dire, rien à faire, et entre ce point et la mer Bouge
aucune difficulté à combattre, quand on aura de l'eau
douce à sa disposition. En ce moment, elle arrive déjà
à la ville en construction de Timsah : les rues traoées
et alignées sont déjà arrosées, et l'année prochaine on
y verra de la verdure, importation tout à fait nouvelle
au désert. La dérivation du canal d'eau douce de Timsah
à Suez va être immédiatement commencée, elle précé-
dera ou suivra de très près le creusement de la rigole
de navigation. Une autre dérivation du même canal se
dirigera sur Port-Saïd, qui, à son tour, recevra une abon-
dante quantité d'eau douce au moyen de tuyaux en
fonte placés soit au fond du lac peu profond de Menza-
leh, soit sur. (plusieurs mots illisibles). C'était déjà
beaucoup que de prouver la possibilité du canal en
l'exécutant en petit, mais ce n'était pas là le seul ni le
principal motif de cette décision.
» Sur tout le parcours du canal maritime, on ne
trouve, en fait de matériaux, que du sable, en produits
de la nature que du sable, toujours du sable. Cette
denrée n'est pas rare en Égypte, et je ne suppose pas
qu'il s'agisse pour le canal d'en exporter. Mais il y
avait un intérêt immense à mettre Port-Saïd en com-
munication immédiate avec tous les points du canal, afin
de transporter vivres et matériaux. Les chameaux ont
suffi aux premiers besoins, mais il importait de trouver
quelque moyen plus expéditif et plus économique. Dès
lors, il était bien plus rationnel de le créer par eau que
de construire un chemin de fer, seule alternative possible,
-la où il n'y a ni pierre ni bois. De plus, ce n'était pas
une fausse manœuvre, puisque tous les travaux faits
faciliteront ceux à faire, et que rien n'a été fait en de-
hors du tracé définitif. Les dragues à vapeur suffiront
pour donner au canal sa profondeur normale, peut-être
même à l'élargissement ; car je crois qu'en approchant
les dragues de la partie à enlever, il sera facile de dé-
terminer des éboulements que l'on retirera facilement
encore par le moyen des dragues. Enfin, peut-être la
rigole pourra-t-elle être utilisée financièrement, ne se-
rait-ce que pour transporter du charbon de Port Saïd à
Suez. L'écart entre le prix du charbon à Alexandrie et
à Suez est assez important, et la consommation du com-
bustible par les paquebots de l'Inde assez considérable,
pour que la Compagnie ait bénéfice à entreprendre ces
transports si le canal n'est pas entièrement occupé pour
ses propres travaux.
» Revenons au seuil d'El-Guisr. Après quelques heu-
res de repos ou de promenade dans le village, la pitto-
resque voiture à dromadaires fut attelée de nouveau,
et nous conduisit à l'une des extrémités du lac Timsah,
à celle où le canal vient déboucher en tangente dans
ce lac. Là, la Compagnie a fait la galanterie au
campagne d'un mois, ils s'en retournent tous avec un
petit pécule, circonstance tout à fait nouvelle, et qui ex-
plique pourquoi plusieurs sont revenus sans trop se
faire prier.
» Du seuil au lac de Timsah (distance de 4 à 5 kilo-
mètres au plus), il y a vingt-cinq mille Arabes, non
pas échelonnés, mais massés comme le seraient des
troupes en bataille. C'est vraiment un spectacle curieux
de voir cette fourmilière d'hommes s'agiter, se mouvoir
et se croiser continuellement sur deux lignes, l'une
montante, l'autre descendante. Jamais le mot de four-
milière n'a reçu une application plus juste, soit pour le
nombre, soit pour l'activité et la régularité de la ma-
nœuvre. Le sable se trouvant avoir une certaine consis-
tance, les travailleurs y creusent de petits sentiers
parcourus en tous sens depuis le lever du soleil jusqu'à
son coucher, et quelquefois plus tard quand la lune
projette sa clarté. Les piocheùrs dans le fond de la
tranchée remplissent les paniers que les porteurs char-
gent sur leurs épaules pour les vider sur le remblai,
puis ceux-ci redescendent pendant que leurs compa-
gnons montent l'échelle de Jacob.
» Indépendamment de l'intérêt des travaux en eux-
mêmes, deux choses m'ont frappé : l'absence de toute
force militaire et l'absence de toute espèce de maladie.
Je ne suis certes pas détracteur systématique de mon
pays ; mais si nous avions une armée de vingt-quatre
mille travailleurs agglomérés sur les chantiers de Nancy
à Champigneules, par exemple, combien faudrait-il de
gendarmes pour les contenir? Combien de juges pour
les mettre d'accord ou pour les empêcher de trop s'ac-
corder? Ici, pas un seul gendarme, et, chose encore plus
singulière, pas un malade d'un bout du canal à l'autre.
Pas un malade est une manière de parler, il y en avait
trois au Seuil, quatre à cinq à Port-Saïd ! Il est presque
littéralement vrai qu'il y a plus de médecins que de
malades, car la Compagnie a sur chaque point impor-
tant trois docteurs, un arabe, un grec et un français.
Mais j'ai hâte d'arriver à la fin de cette interminable
lettre. Il faut pourtant que je revienne au Seuil pour
te dire que c'est un beau village, mieux bâti que l'an-
cien Port-Saïd — par l'ancien, je désigne celui qui date
déjà de quinze à dix-huit mois -doté d'une jolie église,
et qui néanmoins n'est destiné qu'à une existence
éphémère. Une fois la rigole ouverte jusqu'au lac
de Timsah, ce qui sera certainement exécuté d'ici à un
mois, personnel et matériel se transporteront à la ville
de Timsah, ville plus qu'en projet, déjà en construction,
et qui sera la capitale de l'isthme. Cependant l'abandon
du Seuil ne saurait être définitif tant que le canal ma-
ritime ne sera pas achevé.
» Quelques personnes se sont étonnées que l'on ouvrît
une rigole navigable aux chalands seulement, au lieu
de terminer tout de suite les travaux à un point donné,
par exemple à Port-Saïd. Rien n'est, selon moi, plus
erroné que cette manière d'envisager la question. D'a-
bord M. de Lesseps a fait comme le philosophe de l'an-
tiquité auquel on niait le mouvement : il s'est levé et
il a marché. D'ici à la fin de l'année prochaine, s'il ne
survient pas d'événements extraordinaires, la rigole sera
positivement ouverte jusqu'à la mèr Rouge, et les plus
incrédules seront obligés de convenir que la chose est
véritable. Entre le lac Timsah et Suez, il ne reste qu'un
autre petit seuil à traverser, moins élevé et moins long
que le seuil d'El-Guisr, et l'on tombe alors dans les laes
Amers, bien complétement à sec aujourd'hui, mais dont
le sol est plus bas que le niveau de la mer. Sur une
étendue de 20 kilomètres à peu près, il n'y a donc, pour
ainsi dire, rien à faire, et entre ce point et la mer Bouge
aucune difficulté à combattre, quand on aura de l'eau
douce à sa disposition. En ce moment, elle arrive déjà
à la ville en construction de Timsah : les rues traoées
et alignées sont déjà arrosées, et l'année prochaine on
y verra de la verdure, importation tout à fait nouvelle
au désert. La dérivation du canal d'eau douce de Timsah
à Suez va être immédiatement commencée, elle précé-
dera ou suivra de très près le creusement de la rigole
de navigation. Une autre dérivation du même canal se
dirigera sur Port-Saïd, qui, à son tour, recevra une abon-
dante quantité d'eau douce au moyen de tuyaux en
fonte placés soit au fond du lac peu profond de Menza-
leh, soit sur. (plusieurs mots illisibles). C'était déjà
beaucoup que de prouver la possibilité du canal en
l'exécutant en petit, mais ce n'était pas là le seul ni le
principal motif de cette décision.
» Sur tout le parcours du canal maritime, on ne
trouve, en fait de matériaux, que du sable, en produits
de la nature que du sable, toujours du sable. Cette
denrée n'est pas rare en Égypte, et je ne suppose pas
qu'il s'agisse pour le canal d'en exporter. Mais il y
avait un intérêt immense à mettre Port-Saïd en com-
munication immédiate avec tous les points du canal, afin
de transporter vivres et matériaux. Les chameaux ont
suffi aux premiers besoins, mais il importait de trouver
quelque moyen plus expéditif et plus économique. Dès
lors, il était bien plus rationnel de le créer par eau que
de construire un chemin de fer, seule alternative possible,
-la où il n'y a ni pierre ni bois. De plus, ce n'était pas
une fausse manœuvre, puisque tous les travaux faits
faciliteront ceux à faire, et que rien n'a été fait en de-
hors du tracé définitif. Les dragues à vapeur suffiront
pour donner au canal sa profondeur normale, peut-être
même à l'élargissement ; car je crois qu'en approchant
les dragues de la partie à enlever, il sera facile de dé-
terminer des éboulements que l'on retirera facilement
encore par le moyen des dragues. Enfin, peut-être la
rigole pourra-t-elle être utilisée financièrement, ne se-
rait-ce que pour transporter du charbon de Port Saïd à
Suez. L'écart entre le prix du charbon à Alexandrie et
à Suez est assez important, et la consommation du com-
bustible par les paquebots de l'Inde assez considérable,
pour que la Compagnie ait bénéfice à entreprendre ces
transports si le canal n'est pas entièrement occupé pour
ses propres travaux.
» Revenons au seuil d'El-Guisr. Après quelques heu-
res de repos ou de promenade dans le village, la pitto-
resque voiture à dromadaires fut attelée de nouveau,
et nous conduisit à l'une des extrémités du lac Timsah,
à celle où le canal vient déboucher en tangente dans
ce lac. Là, la Compagnie a fait la galanterie au
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.96%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.96%.
- Collections numériques similaires Thématique : ingénierie, génie civil Thématique : ingénierie, génie civil /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPCthèm02"Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPCcorp11" Corpus : ports et travaux maritimes Corpus : ports et travaux maritimes /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPCcorp16"
- Auteurs similaires Desplaces Ernest Desplaces Ernest /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Desplaces Ernest" or dc.contributor adj "Desplaces Ernest")
-
-
Page
chiffre de pagination vue 11/16
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k6203309c/f11.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k6203309c/f11.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k6203309c/f11.image
- Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k6203309c
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k6203309c
Facebook
Twitter