Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1862-07-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 01 juillet 1862 01 juillet 1862
Description : 1862/07/01 (A7,N145). 1862/07/01 (A7,N145).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203299f
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/06/2012
214 L'ISTHME DE SUEZ,
fine de M. de Lesseps, une foule considérable, qui as-
siégeait les portes, demandait à son tour à l'entendre.
Il a bien fallu qu'il consentit à recommencer sa confé-
rence. Les nouveaux auditeurs ont tenu à prouver qu'ils
méritaient cette complaisance, par la sympathie écla-
tante avec laquelle ils ont accueilli la personne et le
discours du président de la Compagnie du canal de Suez.
» L. BONIFACE. »
On lit dans le Nouvelliste de Rouen:
• « Paris, le 24 juin 1862.
» Mon cher monsieur Lapierre.
» J'ai assisté avant-hier à la seconde conférence faite
à l'Ecole de médecine par M. de Lesseps sur les travaux
du canal de Suez. Comme je sais que beaucoup de vos
lecteurs, sans parler de vous personnellement, s'inté-
ressent à cette grande entreprise, je vous envoie, non
pas un compte rendu, mais quelques lignes où j'es-
sayerai de retracer la physionomie de cette séance.
» Bien qu'elle fût annoncée pour 2 heures, l'amphi-
théâtre, qui contient deux mille personnes, était rem-
pli avant 1 heure, et à 1 heure un quart M. de Les-
seps a pu prendre la parole. L'auditoire était formé
par un public très-mêlé. On y voyait des blouses à côté
d'habits noirs portant la rosette de la Légion d'honneur ;
les dames s'y trouvaient en grand nombre.
» Cet empressement vous montre combien sont sym-
pathiques dans la population parisienne et l'entreprise
et l'homme dont le dévouement infatigable saura la
mener à bonne fin, malgré des obstacles qu'on aurait
pu croire insurmontables. M. de Lesseps, à son entrée
dans la salle, a été accueilli par des applaudissements
chaleureux et prolongés.
» C'est un homme d'une physionomie noble et ouverte ;
ses cheveux gris indiquent qu'il a dépassé l'âge moyen
de la vie. Toutefois, dans sa maturité, il a conservé,
avec l'aisance et la tournure, toute l'énergie et l'activité
de la jeunesse.
» Sa conférence a roulé sur trois points. Il a fait
l'historique de ses démarches personnelles pour obtenir
la concession de l'entreprise, pour en vulgariser l'idée
en Europe, et pour obtenir l'assentiment au moins mo-
ral des puissances. Il a trouvé dès le principe un con-
cours actif et un puissant appui dans le vice-roi
d'Egypte, Saïd-Pacha, qui voyage en ce moment en
Europe. Ce prince éclairé et ami du progrès mérite as-
surément les éloges que notre presse lui prodiguait
récemment. Vous en jugerez par un mot que M. de
Lesseps a cité et qui a été fort applaudi. Quand la
commission internationale, composée d'ingénieurs émi-
nents, se rendit en Egypte pour étudier la question
sur les lieux mêmes, Saïd-Pacha fit à ces messieurs
une réception royale. M. de Lesseps lui fit observer
qu'il les traitait comme des têtes couronnées. — « Ne
» sont-ce pas, dit le vice-roi, les têtes couronnées de la
* science ? »
» Vous savez qu'en France l'idée du canal fut de buite
adoptée et acclamée. Il n'en fut pas de même en An-
gleterre. M. de Lesseps a fait plusieurs voyages dans
ce pays. Chaleureusement accueilli par les populations
qui accoururent en foule à ses meetings, il rencontra
une résistance non déguisée auprès des hommes qui
étaient alors au pouvoir.
» Il était assez difficile de motiver cette résistance à un
projet aussi éminemment utile au monde entier. On
commença, à Londres, par le déclarer irréalisable. C'é-
tait un mauvais argument. Si, en effet, l'entreprise ne
devait pas aboutir, pourquoi chercher à l'entraver ?
Elle tomberait d'elle-même. On mit ensuite en avant
des considérations politiques. Les Anglais combattaient
en ce moment à nos côtés sous les murs de Sébastopol.
Il fallait, disait-on, éviter toute cause de froissement.
Bref, on n'osait pas avouer, en Angleterre, que l'on
craignait un déplacement du commerce, et que l'on ne
pouvait voir sans inquiétude l'ouverture d'une voie
nouvelle qui mettait l'Inde plus à la portée des ports
du continent que de ceux des îles britanniques.
» L'hostilité de l'Angleterre s'est traduite dans les
Chambres par des sorties extrêmement violentes que
vous avez, en leur temps, justement relevées. Elle s'est
également manifestée par des actes diplomatiques, et
peu s'en est fallu que la diplomatie anglaise, exerçant
une pression sur la Porte, n'arrêtât court les travaux
commencés. L'ordre fut envoyé de les suspendre. Heu-
reusement, l'attitude énergique de la colonie française
et les démarches faites par M. de Lesseps auprès du
sultan neutralisèrent les intrigues anglaises et permiren
de continuer les travaux qui, en fait, n'ont jamais eu
un moment d'interruption.
» Je ne saurais vous exprimer tout ce qu'il y a de
grand et de profondément attachant dans cette lutte
d'un homme, animé d'une volonté et d'une conviction
inébranlables, contre un gouvernement servi comme
celui de l'Angleterre par une puissante influence et une
habile diplomatie. Le récit que M. de Lesseps en a fait
simplement et modestement a produit beaucoup d'émo-
tion. Sans montrer la moindre animosité contre l'An-
gleterre, il a dû cependant indiquer le rôle étroit et
mesquin que cette puissance a joué dans cette affaire.
Je n'ai pas besoin de vous dire que toutes les paroles
qui tendaient à mettre en parallèle cette conduite peu
digne -d'un grand peuple avec le chevaleresque en-
thousiasme de la France ont été vivement applaudies.
On n'a laissé échapper aucune occasion de stigmatiser
cette politique envieuse et rétrograde, qui sacrifie si
volontiers l'intérêt du monde entier à un intérêt parti-
culier. A ce point de vue, la critique avait de l'écho, je
vous en réponds.
» Encore un mot à ce sujet. M. de Lesseps, étant en
Angleterre, voulut faire publier un travail qui réfutait
les objections présentées à son projet par le gouverne-
ment et par les Chambres. Il s'adressa au principal
éditeur de Londres et lui demanda le moyen de donner
à ce travail une grande publicité : « Dépensez beau-
» coup d'argent pour le faire attaquer, répondit cet in-
» dustriel, c'est ainsi qne j'ai fait ma foitune. » C'est
peu moral, comme vous voyez. Ce moyen ne fut heu-
fine de M. de Lesseps, une foule considérable, qui as-
siégeait les portes, demandait à son tour à l'entendre.
Il a bien fallu qu'il consentit à recommencer sa confé-
rence. Les nouveaux auditeurs ont tenu à prouver qu'ils
méritaient cette complaisance, par la sympathie écla-
tante avec laquelle ils ont accueilli la personne et le
discours du président de la Compagnie du canal de Suez.
» L. BONIFACE. »
On lit dans le Nouvelliste de Rouen:
• « Paris, le 24 juin 1862.
» Mon cher monsieur Lapierre.
» J'ai assisté avant-hier à la seconde conférence faite
à l'Ecole de médecine par M. de Lesseps sur les travaux
du canal de Suez. Comme je sais que beaucoup de vos
lecteurs, sans parler de vous personnellement, s'inté-
ressent à cette grande entreprise, je vous envoie, non
pas un compte rendu, mais quelques lignes où j'es-
sayerai de retracer la physionomie de cette séance.
» Bien qu'elle fût annoncée pour 2 heures, l'amphi-
théâtre, qui contient deux mille personnes, était rem-
pli avant 1 heure, et à 1 heure un quart M. de Les-
seps a pu prendre la parole. L'auditoire était formé
par un public très-mêlé. On y voyait des blouses à côté
d'habits noirs portant la rosette de la Légion d'honneur ;
les dames s'y trouvaient en grand nombre.
» Cet empressement vous montre combien sont sym-
pathiques dans la population parisienne et l'entreprise
et l'homme dont le dévouement infatigable saura la
mener à bonne fin, malgré des obstacles qu'on aurait
pu croire insurmontables. M. de Lesseps, à son entrée
dans la salle, a été accueilli par des applaudissements
chaleureux et prolongés.
» C'est un homme d'une physionomie noble et ouverte ;
ses cheveux gris indiquent qu'il a dépassé l'âge moyen
de la vie. Toutefois, dans sa maturité, il a conservé,
avec l'aisance et la tournure, toute l'énergie et l'activité
de la jeunesse.
» Sa conférence a roulé sur trois points. Il a fait
l'historique de ses démarches personnelles pour obtenir
la concession de l'entreprise, pour en vulgariser l'idée
en Europe, et pour obtenir l'assentiment au moins mo-
ral des puissances. Il a trouvé dès le principe un con-
cours actif et un puissant appui dans le vice-roi
d'Egypte, Saïd-Pacha, qui voyage en ce moment en
Europe. Ce prince éclairé et ami du progrès mérite as-
surément les éloges que notre presse lui prodiguait
récemment. Vous en jugerez par un mot que M. de
Lesseps a cité et qui a été fort applaudi. Quand la
commission internationale, composée d'ingénieurs émi-
nents, se rendit en Egypte pour étudier la question
sur les lieux mêmes, Saïd-Pacha fit à ces messieurs
une réception royale. M. de Lesseps lui fit observer
qu'il les traitait comme des têtes couronnées. — « Ne
» sont-ce pas, dit le vice-roi, les têtes couronnées de la
* science ? »
» Vous savez qu'en France l'idée du canal fut de buite
adoptée et acclamée. Il n'en fut pas de même en An-
gleterre. M. de Lesseps a fait plusieurs voyages dans
ce pays. Chaleureusement accueilli par les populations
qui accoururent en foule à ses meetings, il rencontra
une résistance non déguisée auprès des hommes qui
étaient alors au pouvoir.
» Il était assez difficile de motiver cette résistance à un
projet aussi éminemment utile au monde entier. On
commença, à Londres, par le déclarer irréalisable. C'é-
tait un mauvais argument. Si, en effet, l'entreprise ne
devait pas aboutir, pourquoi chercher à l'entraver ?
Elle tomberait d'elle-même. On mit ensuite en avant
des considérations politiques. Les Anglais combattaient
en ce moment à nos côtés sous les murs de Sébastopol.
Il fallait, disait-on, éviter toute cause de froissement.
Bref, on n'osait pas avouer, en Angleterre, que l'on
craignait un déplacement du commerce, et que l'on ne
pouvait voir sans inquiétude l'ouverture d'une voie
nouvelle qui mettait l'Inde plus à la portée des ports
du continent que de ceux des îles britanniques.
» L'hostilité de l'Angleterre s'est traduite dans les
Chambres par des sorties extrêmement violentes que
vous avez, en leur temps, justement relevées. Elle s'est
également manifestée par des actes diplomatiques, et
peu s'en est fallu que la diplomatie anglaise, exerçant
une pression sur la Porte, n'arrêtât court les travaux
commencés. L'ordre fut envoyé de les suspendre. Heu-
reusement, l'attitude énergique de la colonie française
et les démarches faites par M. de Lesseps auprès du
sultan neutralisèrent les intrigues anglaises et permiren
de continuer les travaux qui, en fait, n'ont jamais eu
un moment d'interruption.
» Je ne saurais vous exprimer tout ce qu'il y a de
grand et de profondément attachant dans cette lutte
d'un homme, animé d'une volonté et d'une conviction
inébranlables, contre un gouvernement servi comme
celui de l'Angleterre par une puissante influence et une
habile diplomatie. Le récit que M. de Lesseps en a fait
simplement et modestement a produit beaucoup d'émo-
tion. Sans montrer la moindre animosité contre l'An-
gleterre, il a dû cependant indiquer le rôle étroit et
mesquin que cette puissance a joué dans cette affaire.
Je n'ai pas besoin de vous dire que toutes les paroles
qui tendaient à mettre en parallèle cette conduite peu
digne -d'un grand peuple avec le chevaleresque en-
thousiasme de la France ont été vivement applaudies.
On n'a laissé échapper aucune occasion de stigmatiser
cette politique envieuse et rétrograde, qui sacrifie si
volontiers l'intérêt du monde entier à un intérêt parti-
culier. A ce point de vue, la critique avait de l'écho, je
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» Encore un mot à ce sujet. M. de Lesseps, étant en
Angleterre, voulut faire publier un travail qui réfutait
les objections présentées à son projet par le gouverne-
ment et par les Chambres. Il s'adressa au principal
éditeur de Londres et lui demanda le moyen de donner
à ce travail une grande publicité : « Dépensez beau-
» coup d'argent pour le faire attaquer, répondit cet in-
» dustriel, c'est ainsi qne j'ai fait ma foitune. » C'est
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