Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1862-06-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 juin 1862 15 juin 1862
Description : 1862/06/15 (A7,N144). 1862/06/15 (A7,N144).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k62032981
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/06/2012
194 L'ISTHME DE SUEZ,
entière, le canal de Suez; et cet enfant, c'est Ferdinand
de Lesseps. (Applaudissements redoublés.)
M. Ferdinand de Lesseps. — Ces paroles trop bienveil-
lantes et cet écho sympathique me remuent profondé-
ment et me permettent d'écarter tout préambule et
toute précaution oratoire pour vous exposer familière-
ment la situation de l'entreprise à laquelle s'adressent
tant d'applaudissements patriotiques qui n'aideront pas
moins au creusement du canal que les 25,000 hommes
occupés en ce moment à fouiller le sol de l'isthme.
Pendant une de mes dernières courses au désert, je
faisais visite au chef des Annadis, tribu de 40,000 âmes
répartie sur les frontières d'Egypte et de Syrie. Ce
chef, entouré de plusieurs cheiks des tribus du voisi-
nage, me demanda des explications, non sur le tra-
vail en lui-même qu'il connaissait, car nous employons
ses hommes comme courriers depuis quelques années,
mais sur l'utilité et le but de notre entreprise. Je tra-
çai sur le sable la carte du monde, et je montrai com-
ment, partant de l'Europe et du bassin de la Méditer-
ranée, traversant l'Egypte et aboutissant aux mers
orientales, ce courant de l'Ouest vers l'Est mettra en
communication 250 millions d'Européens avec 100 mil-
lions d'Africains, d'Asiatiques et d'Océaniens ; je mon-
trai de l'autre côté cette ligne qui, du détroit de Gi-
braltar contournant toute l'Afrique et le cap de Bonne-
Espérance , coupe deux fois l'équateur, et longeant
Madagascar, n'arrive que par cet immense détour dans
cette mer des Indes, placée au moyen du canal de
Suez à 4 ou 500 lieues seulement de la Méditerranée.
Après avoir examiné le tracé que je mettais sous leurs
yeux et suivi attentivement ma courte démonstra-
tion, ces hommes émus, frappés de la grandeur du
projet, levèrent les bras au ciel et se mirent à louer
Dieu ; car ces créatures primitives, nourries dans les
solitudes du désert, voient partout le doigt divin, et
c'est à Dieu qu'ils rapportent l'hommage de tout ce
qui leur paraît noble et beau.
Le concours de ces chefs influents nous fut dès
lors tout acquis, et je pensai à l'utiliser. Je les invitai
à venir autour de nous, à prendre en location nos
terres et à les cultiver. Cet appel a été entendu;
7,000 de ces Arabes sont dès à présent établis sur nos
terres; ils y ont entrepris la culture de plusieurs mil-
liers d'hectares, ce qui, indépendamment du prix des
locations, nous assure désormais sur les bords mêmes
de notre canal des ressources abondantes et faciles
pour l'approvisionnement de nos travailleurs.
Après cet aperçu de l'état de nos rapports avec les
tribus du désert, je vais entrer, Messieurs, dans quel-
ques détails relativement à notre entreprise. J'essaierai
de vous faire suivre avec moi toute la ligne de nos
travaux. Voici d'abord une partie de la baie de Péluse,
débouché du canal maiitime, au nord, sur la Méditer-
ranée. (Ici, M. de Lesseps indique une des cartes dé-
ployées et suspendues derrière lui.) Dans le principe il
avait été question de faire le débouché au fond de cette
baie, ce qui, pour obtenir la profondeur de 8 mètres as-
signée au canal, nécessitait, par suite du peu de décli-
vité de la plage, l'établissement en mer de jetées de
6,000 mètres. Mais les savantes observations d'un de
nos ingénieurs hydrographes, M. Lieussou, confirmées
par les sondages d'un de ses collègues, M. Larousse,
remontant la côte vers l'ouest, déterminèrent le choix
définitif d'un emplacement beaucoup plus propice sous
tous les rapports et offrant les profondeurs voulues non
plus à 6,000, mais à 2,500 et 3,000 mètres du rivage. Ce
point important résolu, nos ingénieurs, nos pionniers,
avec une énergie, un dévouement admirables, allèrent
planter leurs tentes sur cette étroite langue de sable
entre le lac Menzaleh et la mer. Le sol était nu, aride,
sans habitants, sans abri. Il est couvert aujourd'hui par
une ville et une population de 4,000 âmes, avec des ate-
liers, des machines et tous les engins nécessaires pour
monter un grand nombre de dragues, et de ces ateliers
sont sorties 14 dragues montées qui, à cette heure, élar-
gissent un chenal déjà creusé à travers le lac Menzaleh.
Plusieurs objections ont été faites contre notre entre-
prise ; j'en examinerai la valeur à mesure que je les
rencontrerai en poursuivant cette revue de nos travaux.
Nous sommes à Port-Saïd en présence de la première
de ces objections.
On a parlé des sables qui, entraînés par les courants
partant de l'ouest à l'est, soulevés sur ces plages plates
par les lames de fond, les grands vents et les tempêtes,
viendraient à la longue envahir ou encombrer l'entrée
du canal maritime. L'objection peut avoir quelque
valeur apparente, mais elle disparaît devant l'observa-
tion des faits. Ces sables n'existent en mer que jusqu'à'
la limite ou la profondeur de 5 à 6 mètres ; à 7 ou 8
mètres, la vase remplace déjà le sable ; il n'y a plus de
sable. C'est conformément à ces circonstances qu'a été
adopté le système des jetées. Il ne s'agit que d'amener
aux 7 ou 8 mètres de profondeur le musoir, c'est-à-
dire l'extrémité de la jetée opposée à l'apport des
sables ; là, l'action du sable ne se fait plus sentir et
la vase est éternelle. Cette jetée est commencée. Les
sables qui, comme je viens de vous le décrire, ne font
que raser la côte, iront s'arrêter à l'obstacle et s'emma-
gasiner dans l'angle immense formé par le rivage et
la jetée, et qui pourra s'attérir progressivement. Mais si
l'attérissement doit jamais gagner une étendue notable
le long de la jetée, ce sera au moins l'affaire de plu-
sieurs siècles. L'expérience est déjà faite et c'est ainsi
que les choses se passent à Venise pour son port de Ma-
lamoco, protégé par une jetée semblable contre les
sables quil'envahissaientantérieurement. Au cas le plus
défavorable et très-improbable où l'attérissement attein-
drait un jour la tête de la jetée, il n'y aurait qu'à limi-
ter ses progrès par des dragages périodiques, ou qu'à
pousser plus avant en mer le musoir lui-même. Mais
ces éventualités ne sont point de celles qui doivent
nous préoccuper ou qui puissent menacer les géné-
rations présentes. Si ce travail est jamais à faire, il ne
le sera que pour nos arrière-petits-fils.
Pour l'établissement de cette jetée, nous employons
une grande quantité de blocs de pierres. Nous avons décou-
vert dans l'isthme, à la hauteur des lacs Amers, une ma-
gnifique carrière qui nous fournira abondamment et à
bas prix tous les matériaux nécessaires pour cet objet
comme pour nos autres consiructions. Mais, pour cela,
il faut que nos communications par eau aient atteint
entière, le canal de Suez; et cet enfant, c'est Ferdinand
de Lesseps. (Applaudissements redoublés.)
M. Ferdinand de Lesseps. — Ces paroles trop bienveil-
lantes et cet écho sympathique me remuent profondé-
ment et me permettent d'écarter tout préambule et
toute précaution oratoire pour vous exposer familière-
ment la situation de l'entreprise à laquelle s'adressent
tant d'applaudissements patriotiques qui n'aideront pas
moins au creusement du canal que les 25,000 hommes
occupés en ce moment à fouiller le sol de l'isthme.
Pendant une de mes dernières courses au désert, je
faisais visite au chef des Annadis, tribu de 40,000 âmes
répartie sur les frontières d'Egypte et de Syrie. Ce
chef, entouré de plusieurs cheiks des tribus du voisi-
nage, me demanda des explications, non sur le tra-
vail en lui-même qu'il connaissait, car nous employons
ses hommes comme courriers depuis quelques années,
mais sur l'utilité et le but de notre entreprise. Je tra-
çai sur le sable la carte du monde, et je montrai com-
ment, partant de l'Europe et du bassin de la Méditer-
ranée, traversant l'Egypte et aboutissant aux mers
orientales, ce courant de l'Ouest vers l'Est mettra en
communication 250 millions d'Européens avec 100 mil-
lions d'Africains, d'Asiatiques et d'Océaniens ; je mon-
trai de l'autre côté cette ligne qui, du détroit de Gi-
braltar contournant toute l'Afrique et le cap de Bonne-
Espérance , coupe deux fois l'équateur, et longeant
Madagascar, n'arrive que par cet immense détour dans
cette mer des Indes, placée au moyen du canal de
Suez à 4 ou 500 lieues seulement de la Méditerranée.
Après avoir examiné le tracé que je mettais sous leurs
yeux et suivi attentivement ma courte démonstra-
tion, ces hommes émus, frappés de la grandeur du
projet, levèrent les bras au ciel et se mirent à louer
Dieu ; car ces créatures primitives, nourries dans les
solitudes du désert, voient partout le doigt divin, et
c'est à Dieu qu'ils rapportent l'hommage de tout ce
qui leur paraît noble et beau.
Le concours de ces chefs influents nous fut dès
lors tout acquis, et je pensai à l'utiliser. Je les invitai
à venir autour de nous, à prendre en location nos
terres et à les cultiver. Cet appel a été entendu;
7,000 de ces Arabes sont dès à présent établis sur nos
terres; ils y ont entrepris la culture de plusieurs mil-
liers d'hectares, ce qui, indépendamment du prix des
locations, nous assure désormais sur les bords mêmes
de notre canal des ressources abondantes et faciles
pour l'approvisionnement de nos travailleurs.
Après cet aperçu de l'état de nos rapports avec les
tribus du désert, je vais entrer, Messieurs, dans quel-
ques détails relativement à notre entreprise. J'essaierai
de vous faire suivre avec moi toute la ligne de nos
travaux. Voici d'abord une partie de la baie de Péluse,
débouché du canal maiitime, au nord, sur la Méditer-
ranée. (Ici, M. de Lesseps indique une des cartes dé-
ployées et suspendues derrière lui.) Dans le principe il
avait été question de faire le débouché au fond de cette
baie, ce qui, pour obtenir la profondeur de 8 mètres as-
signée au canal, nécessitait, par suite du peu de décli-
vité de la plage, l'établissement en mer de jetées de
6,000 mètres. Mais les savantes observations d'un de
nos ingénieurs hydrographes, M. Lieussou, confirmées
par les sondages d'un de ses collègues, M. Larousse,
remontant la côte vers l'ouest, déterminèrent le choix
définitif d'un emplacement beaucoup plus propice sous
tous les rapports et offrant les profondeurs voulues non
plus à 6,000, mais à 2,500 et 3,000 mètres du rivage. Ce
point important résolu, nos ingénieurs, nos pionniers,
avec une énergie, un dévouement admirables, allèrent
planter leurs tentes sur cette étroite langue de sable
entre le lac Menzaleh et la mer. Le sol était nu, aride,
sans habitants, sans abri. Il est couvert aujourd'hui par
une ville et une population de 4,000 âmes, avec des ate-
liers, des machines et tous les engins nécessaires pour
monter un grand nombre de dragues, et de ces ateliers
sont sorties 14 dragues montées qui, à cette heure, élar-
gissent un chenal déjà creusé à travers le lac Menzaleh.
Plusieurs objections ont été faites contre notre entre-
prise ; j'en examinerai la valeur à mesure que je les
rencontrerai en poursuivant cette revue de nos travaux.
Nous sommes à Port-Saïd en présence de la première
de ces objections.
On a parlé des sables qui, entraînés par les courants
partant de l'ouest à l'est, soulevés sur ces plages plates
par les lames de fond, les grands vents et les tempêtes,
viendraient à la longue envahir ou encombrer l'entrée
du canal maritime. L'objection peut avoir quelque
valeur apparente, mais elle disparaît devant l'observa-
tion des faits. Ces sables n'existent en mer que jusqu'à'
la limite ou la profondeur de 5 à 6 mètres ; à 7 ou 8
mètres, la vase remplace déjà le sable ; il n'y a plus de
sable. C'est conformément à ces circonstances qu'a été
adopté le système des jetées. Il ne s'agit que d'amener
aux 7 ou 8 mètres de profondeur le musoir, c'est-à-
dire l'extrémité de la jetée opposée à l'apport des
sables ; là, l'action du sable ne se fait plus sentir et
la vase est éternelle. Cette jetée est commencée. Les
sables qui, comme je viens de vous le décrire, ne font
que raser la côte, iront s'arrêter à l'obstacle et s'emma-
gasiner dans l'angle immense formé par le rivage et
la jetée, et qui pourra s'attérir progressivement. Mais si
l'attérissement doit jamais gagner une étendue notable
le long de la jetée, ce sera au moins l'affaire de plu-
sieurs siècles. L'expérience est déjà faite et c'est ainsi
que les choses se passent à Venise pour son port de Ma-
lamoco, protégé par une jetée semblable contre les
sables quil'envahissaientantérieurement. Au cas le plus
défavorable et très-improbable où l'attérissement attein-
drait un jour la tête de la jetée, il n'y aurait qu'à limi-
ter ses progrès par des dragages périodiques, ou qu'à
pousser plus avant en mer le musoir lui-même. Mais
ces éventualités ne sont point de celles qui doivent
nous préoccuper ou qui puissent menacer les géné-
rations présentes. Si ce travail est jamais à faire, il ne
le sera que pour nos arrière-petits-fils.
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une grande quantité de blocs de pierres. Nous avons décou-
vert dans l'isthme, à la hauteur des lacs Amers, une ma-
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