Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1862-03-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 01 mars 1862 01 mars 1862
Description : 1862/03/01 (A7,N137). 1862/03/01 (A7,N137).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k62032914
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/06/2012
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 79
après tout, n'importe! Je me donne carrière pendant que
j'y suis. Je viens, moi aussi, apporter ma pelle et don-
ner mon coup de pioche à ce percement fabuleux. Je
viens, si on le veut bien, mettre ma pierre dans cet
édifice qui fera l'admiration des siècles, mais qui, pour
le moment, étonne le monde au point de provoquer
çà et là sur ses lèvres un sourire de pitié. Je tiens
à célébrer, en la signalant au public, à la mesure de
mon admiration modeste, à la faible portée de mon
humble talent, cette création de main d'homme qui
reflète en son genre la puissance de Dieu.
» Je le puis quoique religieux. Je le dois, parce que je
suis prêtre ; parce que le prêtre porte haut son regard,
et lit dans les desseins de Dieu qu'il sait avoir tout fait
pour son fils Jésus-Christ, devant qui la mission qu'il
se donne est de préparer ses voies et de rendre droits
ses chemins ; car son nom, dit la sainte Ecriture, « doit
être porté jusqu'aux confins de l'univers avec la marche
et la rapidité des nues. » Qui sunt isti qui in nubes volant?
(Isaïe.) Cette œuvre aura donc sa pleine et entière réus-
site. Oui, elle l'aura, j'ose le dire. J'en prends à témoin
ce grand principe chrétien qui a un nouveau dévelop-
pement dans le grand fait qui nous occupe. Mais de
plus, je le vois dans les circonstances, qui sont heu-
reuses, dans les hommes, qui sont choisis, dans les ob-
jections que l'on fait et qui n'en sont pas ; enfin, comme
je l'ai dit déjà, dans le plus difficile qui est fait et qui
laisse compter pour rien ce qui reste à faire.
» Depuis un mois, c'est le vice-roi d'Egypte, Saïd-
Pacha, qui est le président des travaux. Il s'est donné
ce titre en présence de toute sa cour, le jour de Noël,
choisissant et même préparant exprès pour cette ma-
nifestation le moment d'une réunion publique. Ce
jour-là, de plus, il a promis une levée de cinquante
mille hommes qui, au lieu de servir dans son armée,
seront appliqués à ces travaux dont il est le président.
En effet, à l'heure où je trace ces lignes, ils y sont au
nombre de vingt-cinq mille, le reste ne devant venir
qu'à son tour de relevée, parce que ce serait trop de
cinquante mille à la fois, On sait, du reste, que le vice-
roi est actionnaire dans l'affaire de l'isthme pour la
somme de 90 millions. Il s'était refroidi d'abord ; c'est
ce qu'il voulait faire entendre quand il disait dans
cette même séance : a Moi aussi, j'ai donné mon coup
» de pied à l'isthme. » Mais cette froideur est tombée ;
elle a fait place à une sympathie avouée ; plus que cela,
à une faveur déclarée, à un patronage manifeste ; et,
pour bien témoigner de ces dispositions nouvelles, il a
parcouru officiellement, en novembre dernier, la ligne
des travaux, en disant, comme en plaisantant, au mo-
ment de l'entreprendre, et devant tout son monde, afin
que persopne n'en ignorât, l'équivalent des paroles sui-
vantes : « Il faut bien que nous nous mettions à la tête
» de cet ouvrage ; autrement les Français, qui le font
» déjà chez nous, le feraient encore sans nous. » Or. si
je ne me trompe, il y a dans une conduite semblable
de l'avenir pour l'œuvre. Evidemment elle suppose l'ab-
sence de toute ombre d opposition de la part de la Tur-
quie; de plus l'abstention d'une action quelconque de
la part des autres puissances, qui, du reste, n'y peuvent
rien, puisque ce n'est pas une affaire diplomatique.
Enfin, elle se rattache, ce qui est vrai, à la volonté dé-
cidée d'un auguste personnage en France, de protéger
et d'agir ; et c'est bien tout ce que l'on peut désirer.
» A la tête de ce projet, il y a aussi l'homme qu'il
faut : c'est M. de Lesseps. Connu dans le monde des
affaires, où il fait ses preuves depuis trente ans, il est
personnellement considéré de tous, amis ou ennemis.
Ami du vice-roi, qui le connaît depuis ce temps, il le
connaît lui-même, et peut avec lui ce que d'autres lui
rendraient impossible. Auteur de ce projet colossal d'un
percement inouï, il le porte sans peine. Il en est plein,
mais sans préoccupation qui le captive. Il s'en occupe
toujours, mais sans s'en laisser absorber. D'une humeur
douce, facile et toujours égale ; d'une simplicité de
manières, d'une affabilité et politesse qui ne se dé-
mentent jamais, sans avoir jamais rien d'affecté; ne se
refusant à personne, tout à tous et à tout, il est, tout à
la fois, au milieu du travail pour donner son avis ou -
l'activer, des questions pour les élucider et les traiter,
des différends ou discussions pour les terminer et les
calmer, des difficultés pour les aplanir, des relations
sociales pour les servir, d'une conversation pour y avoir
sa part, et de son propre intérieur pour y vaquer à son
travail, à ses propres affaires ; se passant du service
d'autrui quand il le faut; aimant cette habitude que
lui ont faite les voyages au désert qui sont devenus
son élément ; se suffisant à lui-même, lavant son linge
au besoin, et cependant toujours noble et libre d'esprit
dans les moindres détails. Le secret de cette activité
qui le fait être partout, c'est son calme. Avec ce calme,
ayant d'ailleurs un naturel de ton à se trouver au niveau
de tout, se possédant toujours et restant contenu même
en pleine et franche effusio de louange ou de blâme,
de critique ou d'appréciation, il est partout à sa place,
fait face à tout et domine, On lui dirait un appareil de
roi quand du haut de son char attelé de six droma-
daires montés d'autant d'Arabes, il traverse le désert,
menant d'un mot devant lui, avec l'air le plus naturel
du monde, et sans armes ni soldats, des bandes de fel-
lahs qui voudraient bien parfois renoncer au travail,
mais qui se taisent devant lui et courent le reprendre;
mais on le dirait un roi quand, allant dans leurs vil-
lages, il n'a qu'à se retourner pour les voir en foule à
sa suite, se faisant gloire de l'escorter, et le contem-
plant, ébahis, comme on regarde une puissance. Estimé
sur toute la ligne de ceux mêmes envers qui il a à se
montrer rigoureux, il est, de plus, aimé de tous sans
aucune exception. Son projet atteste chez lui le génie,
comme personne ne le conteste. Ce vaste projet, depuis
si longtemps discuté par l'opinion publique, se recom-
mande tout seul, sans aucun doute. Cependant son pro-
pre personnage, tel que je le comprends, donne incon-
testablement, pour une pleine et entière réussite, à ce
projet qui émeut tant d'esprits, une vaste et ample
garantie. Aussi, comme on le voit, me suis-je arrêté de
plaisir à l'esquisser. Rien donc ne lui manque pour être
l'homme qu'il faut ; et suivant les paroles de la sainte
Ecriture que je ne fais pas déroger en l'appliquant ici ,
« Il va en tout avec force et fermeté, et dispose tout
» avec douceur, » ce qui est le présage assuré du succès.
»Du reste, il est bien secondé. Remplissant dans l'isthme
après tout, n'importe! Je me donne carrière pendant que
j'y suis. Je viens, moi aussi, apporter ma pelle et don-
ner mon coup de pioche à ce percement fabuleux. Je
viens, si on le veut bien, mettre ma pierre dans cet
édifice qui fera l'admiration des siècles, mais qui, pour
le moment, étonne le monde au point de provoquer
çà et là sur ses lèvres un sourire de pitié. Je tiens
à célébrer, en la signalant au public, à la mesure de
mon admiration modeste, à la faible portée de mon
humble talent, cette création de main d'homme qui
reflète en son genre la puissance de Dieu.
» Je le puis quoique religieux. Je le dois, parce que je
suis prêtre ; parce que le prêtre porte haut son regard,
et lit dans les desseins de Dieu qu'il sait avoir tout fait
pour son fils Jésus-Christ, devant qui la mission qu'il
se donne est de préparer ses voies et de rendre droits
ses chemins ; car son nom, dit la sainte Ecriture, « doit
être porté jusqu'aux confins de l'univers avec la marche
et la rapidité des nues. » Qui sunt isti qui in nubes volant?
(Isaïe.) Cette œuvre aura donc sa pleine et entière réus-
site. Oui, elle l'aura, j'ose le dire. J'en prends à témoin
ce grand principe chrétien qui a un nouveau dévelop-
pement dans le grand fait qui nous occupe. Mais de
plus, je le vois dans les circonstances, qui sont heu-
reuses, dans les hommes, qui sont choisis, dans les ob-
jections que l'on fait et qui n'en sont pas ; enfin, comme
je l'ai dit déjà, dans le plus difficile qui est fait et qui
laisse compter pour rien ce qui reste à faire.
» Depuis un mois, c'est le vice-roi d'Egypte, Saïd-
Pacha, qui est le président des travaux. Il s'est donné
ce titre en présence de toute sa cour, le jour de Noël,
choisissant et même préparant exprès pour cette ma-
nifestation le moment d'une réunion publique. Ce
jour-là, de plus, il a promis une levée de cinquante
mille hommes qui, au lieu de servir dans son armée,
seront appliqués à ces travaux dont il est le président.
En effet, à l'heure où je trace ces lignes, ils y sont au
nombre de vingt-cinq mille, le reste ne devant venir
qu'à son tour de relevée, parce que ce serait trop de
cinquante mille à la fois, On sait, du reste, que le vice-
roi est actionnaire dans l'affaire de l'isthme pour la
somme de 90 millions. Il s'était refroidi d'abord ; c'est
ce qu'il voulait faire entendre quand il disait dans
cette même séance : a Moi aussi, j'ai donné mon coup
» de pied à l'isthme. » Mais cette froideur est tombée ;
elle a fait place à une sympathie avouée ; plus que cela,
à une faveur déclarée, à un patronage manifeste ; et,
pour bien témoigner de ces dispositions nouvelles, il a
parcouru officiellement, en novembre dernier, la ligne
des travaux, en disant, comme en plaisantant, au mo-
ment de l'entreprendre, et devant tout son monde, afin
que persopne n'en ignorât, l'équivalent des paroles sui-
vantes : « Il faut bien que nous nous mettions à la tête
» de cet ouvrage ; autrement les Français, qui le font
» déjà chez nous, le feraient encore sans nous. » Or. si
je ne me trompe, il y a dans une conduite semblable
de l'avenir pour l'œuvre. Evidemment elle suppose l'ab-
sence de toute ombre d opposition de la part de la Tur-
quie; de plus l'abstention d'une action quelconque de
la part des autres puissances, qui, du reste, n'y peuvent
rien, puisque ce n'est pas une affaire diplomatique.
Enfin, elle se rattache, ce qui est vrai, à la volonté dé-
cidée d'un auguste personnage en France, de protéger
et d'agir ; et c'est bien tout ce que l'on peut désirer.
» A la tête de ce projet, il y a aussi l'homme qu'il
faut : c'est M. de Lesseps. Connu dans le monde des
affaires, où il fait ses preuves depuis trente ans, il est
personnellement considéré de tous, amis ou ennemis.
Ami du vice-roi, qui le connaît depuis ce temps, il le
connaît lui-même, et peut avec lui ce que d'autres lui
rendraient impossible. Auteur de ce projet colossal d'un
percement inouï, il le porte sans peine. Il en est plein,
mais sans préoccupation qui le captive. Il s'en occupe
toujours, mais sans s'en laisser absorber. D'une humeur
douce, facile et toujours égale ; d'une simplicité de
manières, d'une affabilité et politesse qui ne se dé-
mentent jamais, sans avoir jamais rien d'affecté; ne se
refusant à personne, tout à tous et à tout, il est, tout à
la fois, au milieu du travail pour donner son avis ou -
l'activer, des questions pour les élucider et les traiter,
des différends ou discussions pour les terminer et les
calmer, des difficultés pour les aplanir, des relations
sociales pour les servir, d'une conversation pour y avoir
sa part, et de son propre intérieur pour y vaquer à son
travail, à ses propres affaires ; se passant du service
d'autrui quand il le faut; aimant cette habitude que
lui ont faite les voyages au désert qui sont devenus
son élément ; se suffisant à lui-même, lavant son linge
au besoin, et cependant toujours noble et libre d'esprit
dans les moindres détails. Le secret de cette activité
qui le fait être partout, c'est son calme. Avec ce calme,
ayant d'ailleurs un naturel de ton à se trouver au niveau
de tout, se possédant toujours et restant contenu même
en pleine et franche effusio de louange ou de blâme,
de critique ou d'appréciation, il est partout à sa place,
fait face à tout et domine, On lui dirait un appareil de
roi quand du haut de son char attelé de six droma-
daires montés d'autant d'Arabes, il traverse le désert,
menant d'un mot devant lui, avec l'air le plus naturel
du monde, et sans armes ni soldats, des bandes de fel-
lahs qui voudraient bien parfois renoncer au travail,
mais qui se taisent devant lui et courent le reprendre;
mais on le dirait un roi quand, allant dans leurs vil-
lages, il n'a qu'à se retourner pour les voir en foule à
sa suite, se faisant gloire de l'escorter, et le contem-
plant, ébahis, comme on regarde une puissance. Estimé
sur toute la ligne de ceux mêmes envers qui il a à se
montrer rigoureux, il est, de plus, aimé de tous sans
aucune exception. Son projet atteste chez lui le génie,
comme personne ne le conteste. Ce vaste projet, depuis
si longtemps discuté par l'opinion publique, se recom-
mande tout seul, sans aucun doute. Cependant son pro-
pre personnage, tel que je le comprends, donne incon-
testablement, pour une pleine et entière réussite, à ce
projet qui émeut tant d'esprits, une vaste et ample
garantie. Aussi, comme on le voit, me suis-je arrêté de
plaisir à l'esquisser. Rien donc ne lui manque pour être
l'homme qu'il faut ; et suivant les paroles de la sainte
Ecriture que je ne fais pas déroger en l'appliquant ici ,
« Il va en tout avec force et fermeté, et dispose tout
» avec douceur, » ce qui est le présage assuré du succès.
»Du reste, il est bien secondé. Remplissant dans l'isthme
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