Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1862-03-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 01 mars 1862 01 mars 1862
Description : 1862/03/01 (A7,N137). 1862/03/01 (A7,N137).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k62032914
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/06/2012
*78 L'ISTHME DE SUEZ,
on se donnait avec un plaisir véritable le bonjour d'une
année nouvelle et désirée prospère ; l'église resta parée
tout le jour pour rendre plus attrayant son accès ; et
c'est ainsi que la journée se passa dans la paix du Sei-
gneur, en communication cordiale et en joie de famille.
» Mais pour apprécier à son véritable point de vue le
culte rendu à Dieu, au Seuil, dans une église neuve,
par la célébration du saint sacrifice de la messe et le
déploiement des cérémonies religieuses, il est bon
peut-être de contempler un moment le spectacle que
cette localité présente aujourd'hui, comparativement à
celui que l'œil du voyageur attristé y trouvait autrefois.
» Le Seuil était, il y a deux ou trois ans, comme le
reste du désert, un point de sable nu jeté dans son
immensité. Aujourd'hui c'est une sorte de petite ville.
Les maisons nombreuses, bien alignées , bâties sur un
plan tout à la fois, pourrait-on dire, simple et grandiose,
y forment déjà cinq ou six rues très-longues et large-
ment spacieuses, ayant sur leurs côtés extrêmes des
ateliers grands, des chantiers considérables, de vastes
magasins et des établissements confortables, pour les
services de toute sorte. C'est le centre, pour le moment,
des grands travaux de l'isthme; car c'est de là qu'on
bâtira, et l'on va s'y mettre, la ville de Timsah, sur le
lac de ce nom, ville qui sera très-importante, parce que
ce lac est destiné à être un port sur le canal. Çà et là,
à distance plus ou moins rapprochée, à droite et à
gauche, en un mot tout autour, sont placés les can-
tonnements de toute sorte qui fournissent des habita-
tions au personnel de l'œuvre, c'est-à-dire qu'autour du
Seuil, de l'orient à l'occident, du nord au midi, et dans
un vaste rayon, s'espacent des villages bâtis par l'entre-
prise exprès pour les fellahs, qui sont proprement les
manœuvres; des campements, ou formés seulement de
tentes, ou mélangés de tentes et de maisons ; des cités,
si je les appelle de ce nom, affectées aux employés ,
ouvriers ou autres hommes d'art; enfin de véritables
petites villes, à un état non-seulement commencé, mais
avancé, comme le Seuil, Kantara, Port-Saïd, qui est sur
la mer; Zagazig, Télel-Kébir, où se trouve le palais
donné par le vice-roi à M. de Lesseps pour sa résidence;
Maxama, l'ancienne Rhamsès des Hébreux, récemment
découverte; Néfiche, Ferdane, Kantara, Toussoum, le
Seuil, Port-Saïd, tels sont donc les noms, et tant d'au-
tres, qui resteront ou disparaîtront pour se porter ail-
leurs, mais qui, pour le moment au moins, donnent au
désert une allure nouvelle, et à la religion du vrai Dieu
un théâtre d'action qu'elle n'y avait pas : tel est l'état
de choses qu'il faut constater sur place ; tel est enfin le
coup d'œil qui vous saisit quand du Seuil, qui, au mi-
lieu de ce qu'il était, vous apparaît ce qu'il est, vous
regardez tout autour. Pour parler le langage de l'Ecri-
ture, c'est la vie où il y avait la mort; et pour aller droit
au but, c'est la réussite garantie au percement du
canal.
» Ce projet colossal au milieu d'éléments impossibles
a été pour le grand nombre un thème ou de critiques,
ou de moqueries, ou de prédictions impitoyables. Pour
un ministre de la sainte religion, car ce n'est qu'à ce
point de vue que je me permets de juger et d'écrire,
c'est une œuvre qui est de la nature de celles de Dieu,
qui, à cause de cela, est en proie aux difficultés et aux
contradictions, et qui dans ces contradictions trouve, je
ne dirai pas sa raison d'être, mais les présages de son
succès. Je le dis, et si l'on veut m'en croire, on sera dans
le vrai: ce qui est fait garantit ce qui est à faire.
Soixante-trois kilomètres sont déjà pratiqués de la rigole
qui doit servir de premier passage entre les deux mers,
et elle sera finie à la fin de l'année ; c'est dès lors plus
que l'ouvrage à moitié fait.
» Mais ne serait-elle pas même entamée, que les seuls
travaux préparatoires, aujourd'hui qu'ils sont à leur
fin, présagent à l'oeuvre un succès indubitable et désor-
mais rapide. A présent qu'ils sont finis, le percement
n'est plus rien. C'est un jeu, car il ne s'agit plus que
de piocher, d'appliquer la pelle, de la relever pleine de
terre, de jeter cette terre dans des couffes et de l'em-
porter en un lieu voisin quelconque ; ou encore de faire
aller les dragues. Or, cela n'est rien; on le sent. Ce
qu'il y avait de difficile, c'était d'arriver à pouvoir faire
ce travail de rien. Mener une brouette est bien facile,
et ce locomobile est bien commun ; cependant pour l'in-
venter, il a fallu le génie de Pascal. De même, rien de
plus facile que le travail du manœuvre, quand il en
sera à ouvrir définitivement le canal ; et il y est. Mais
pour arriver à établir dans l'isthme la possibilité de ce
simple travail, il n'a pas fallu moins que des travaux
immenses, que des transports gigantesques, qu'une
puissance et exercice d'action à remuer le monde, que
le mouvement européen tout entier à porter dans une
plage immense où il n'y avait que du sable. Et voilà
ce qui est. Et c'est pour moi, s'il m'est permis d'avoir
ce langage, le triomphe de l'œuvre. C'est le doigt de
Dieu qui est là, comme il se disait autrefois dans ce
même pays. En un mot il faut voir pour croire, que
l'on me passe l'expression et la phrase : mais c'est le
cas de le dire. Car ces travaux préparatoires, c'est la
réunion sur place, d'hommes venus d'Europe, de fellahs
pris en Égypte, d'animaux amenés là, et de toutes les
provisions nécessaires pour les sustenter chaque jour :
d'un matériel incalculable et effrayant à l'œil, charrié
et amené de France, d'Angleterre, d'Italie, du fond de
la mer Noire et autres points du globe, en bois de tout
calibre, en fer de toute grandeur, en pierre, en ma-
chines, dragues colossales, instruments, meubles, ou-
tils de mille formes; de bateaux nombreux et assortis,
naviguant ou sur le canal d'eau douce, ou sur la rigole
qui part de Port-Saïd et qui y mène, ou sur mer de
Port-Saïd à Alexandrie ; de magasins immenses couvrant
toute la ligne ; de maisons qui s'élèvent partout ; d'hô-
pitaux placés sur tous les points; de fourneaux, forges,
fonderies, scieries mécaniques dont l'ensemble étonne-
rait même en France, et de tant d'autres choses qu'il
serait long d'énumérer. En un mot, c'est la coignée
mise à la racine de l'arbre ; il n'y a plus qu'à frapper.
» Il semblera probablement que je loue de parti pris.
Cependant ce n'est point. Il est vrai que je suis encore
sous les impressions que j'ai prises dans ce parcours;
car, parti prévenu, je suis revenu convaincu. Mais j'ai
différé de les donner au public précisément pour les
avoir plus calmes; et ce qui m'en reste, si je ne me
trompe point, c'est une conviction calme et assise. Mais
on se donnait avec un plaisir véritable le bonjour d'une
année nouvelle et désirée prospère ; l'église resta parée
tout le jour pour rendre plus attrayant son accès ; et
c'est ainsi que la journée se passa dans la paix du Sei-
gneur, en communication cordiale et en joie de famille.
» Mais pour apprécier à son véritable point de vue le
culte rendu à Dieu, au Seuil, dans une église neuve,
par la célébration du saint sacrifice de la messe et le
déploiement des cérémonies religieuses, il est bon
peut-être de contempler un moment le spectacle que
cette localité présente aujourd'hui, comparativement à
celui que l'œil du voyageur attristé y trouvait autrefois.
» Le Seuil était, il y a deux ou trois ans, comme le
reste du désert, un point de sable nu jeté dans son
immensité. Aujourd'hui c'est une sorte de petite ville.
Les maisons nombreuses, bien alignées , bâties sur un
plan tout à la fois, pourrait-on dire, simple et grandiose,
y forment déjà cinq ou six rues très-longues et large-
ment spacieuses, ayant sur leurs côtés extrêmes des
ateliers grands, des chantiers considérables, de vastes
magasins et des établissements confortables, pour les
services de toute sorte. C'est le centre, pour le moment,
des grands travaux de l'isthme; car c'est de là qu'on
bâtira, et l'on va s'y mettre, la ville de Timsah, sur le
lac de ce nom, ville qui sera très-importante, parce que
ce lac est destiné à être un port sur le canal. Çà et là,
à distance plus ou moins rapprochée, à droite et à
gauche, en un mot tout autour, sont placés les can-
tonnements de toute sorte qui fournissent des habita-
tions au personnel de l'œuvre, c'est-à-dire qu'autour du
Seuil, de l'orient à l'occident, du nord au midi, et dans
un vaste rayon, s'espacent des villages bâtis par l'entre-
prise exprès pour les fellahs, qui sont proprement les
manœuvres; des campements, ou formés seulement de
tentes, ou mélangés de tentes et de maisons ; des cités,
si je les appelle de ce nom, affectées aux employés ,
ouvriers ou autres hommes d'art; enfin de véritables
petites villes, à un état non-seulement commencé, mais
avancé, comme le Seuil, Kantara, Port-Saïd, qui est sur
la mer; Zagazig, Télel-Kébir, où se trouve le palais
donné par le vice-roi à M. de Lesseps pour sa résidence;
Maxama, l'ancienne Rhamsès des Hébreux, récemment
découverte; Néfiche, Ferdane, Kantara, Toussoum, le
Seuil, Port-Saïd, tels sont donc les noms, et tant d'au-
tres, qui resteront ou disparaîtront pour se porter ail-
leurs, mais qui, pour le moment au moins, donnent au
désert une allure nouvelle, et à la religion du vrai Dieu
un théâtre d'action qu'elle n'y avait pas : tel est l'état
de choses qu'il faut constater sur place ; tel est enfin le
coup d'œil qui vous saisit quand du Seuil, qui, au mi-
lieu de ce qu'il était, vous apparaît ce qu'il est, vous
regardez tout autour. Pour parler le langage de l'Ecri-
ture, c'est la vie où il y avait la mort; et pour aller droit
au but, c'est la réussite garantie au percement du
canal.
» Ce projet colossal au milieu d'éléments impossibles
a été pour le grand nombre un thème ou de critiques,
ou de moqueries, ou de prédictions impitoyables. Pour
un ministre de la sainte religion, car ce n'est qu'à ce
point de vue que je me permets de juger et d'écrire,
c'est une œuvre qui est de la nature de celles de Dieu,
qui, à cause de cela, est en proie aux difficultés et aux
contradictions, et qui dans ces contradictions trouve, je
ne dirai pas sa raison d'être, mais les présages de son
succès. Je le dis, et si l'on veut m'en croire, on sera dans
le vrai: ce qui est fait garantit ce qui est à faire.
Soixante-trois kilomètres sont déjà pratiqués de la rigole
qui doit servir de premier passage entre les deux mers,
et elle sera finie à la fin de l'année ; c'est dès lors plus
que l'ouvrage à moitié fait.
» Mais ne serait-elle pas même entamée, que les seuls
travaux préparatoires, aujourd'hui qu'ils sont à leur
fin, présagent à l'oeuvre un succès indubitable et désor-
mais rapide. A présent qu'ils sont finis, le percement
n'est plus rien. C'est un jeu, car il ne s'agit plus que
de piocher, d'appliquer la pelle, de la relever pleine de
terre, de jeter cette terre dans des couffes et de l'em-
porter en un lieu voisin quelconque ; ou encore de faire
aller les dragues. Or, cela n'est rien; on le sent. Ce
qu'il y avait de difficile, c'était d'arriver à pouvoir faire
ce travail de rien. Mener une brouette est bien facile,
et ce locomobile est bien commun ; cependant pour l'in-
venter, il a fallu le génie de Pascal. De même, rien de
plus facile que le travail du manœuvre, quand il en
sera à ouvrir définitivement le canal ; et il y est. Mais
pour arriver à établir dans l'isthme la possibilité de ce
simple travail, il n'a pas fallu moins que des travaux
immenses, que des transports gigantesques, qu'une
puissance et exercice d'action à remuer le monde, que
le mouvement européen tout entier à porter dans une
plage immense où il n'y avait que du sable. Et voilà
ce qui est. Et c'est pour moi, s'il m'est permis d'avoir
ce langage, le triomphe de l'œuvre. C'est le doigt de
Dieu qui est là, comme il se disait autrefois dans ce
même pays. En un mot il faut voir pour croire, que
l'on me passe l'expression et la phrase : mais c'est le
cas de le dire. Car ces travaux préparatoires, c'est la
réunion sur place, d'hommes venus d'Europe, de fellahs
pris en Égypte, d'animaux amenés là, et de toutes les
provisions nécessaires pour les sustenter chaque jour :
d'un matériel incalculable et effrayant à l'œil, charrié
et amené de France, d'Angleterre, d'Italie, du fond de
la mer Noire et autres points du globe, en bois de tout
calibre, en fer de toute grandeur, en pierre, en ma-
chines, dragues colossales, instruments, meubles, ou-
tils de mille formes; de bateaux nombreux et assortis,
naviguant ou sur le canal d'eau douce, ou sur la rigole
qui part de Port-Saïd et qui y mène, ou sur mer de
Port-Saïd à Alexandrie ; de magasins immenses couvrant
toute la ligne ; de maisons qui s'élèvent partout ; d'hô-
pitaux placés sur tous les points; de fourneaux, forges,
fonderies, scieries mécaniques dont l'ensemble étonne-
rait même en France, et de tant d'autres choses qu'il
serait long d'énumérer. En un mot, c'est la coignée
mise à la racine de l'arbre ; il n'y a plus qu'à frapper.
» Il semblera probablement que je loue de parti pris.
Cependant ce n'est point. Il est vrai que je suis encore
sous les impressions que j'ai prises dans ce parcours;
car, parti prévenu, je suis revenu convaincu. Mais j'ai
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