Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1863-08-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 août 1863 15 août 1863
Description : 1863/08/15 (A8,N172). 1863/08/15 (A8,N172).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203251m
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/11/2012
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 333
» impossible, et commercialement il est ruineux. Le
» canal une fois ouvert, l'Angleterre perd sa prépon-
D dérance dans les mers de l'Orient, et l'Egypte devient
D désormais la propriété de la France. » — S'il est
impossible, comment peut-il être dangereux pour l'An-
gleterre ou pour qui que ce soit ? c'est la question que
fait le bon sens.
# L'entreprise du canal est une spéculation de mau-
vais aloi, c'est un piège tendu aux pauvres action-
naires ; que le sultan exproprie les concessionnaires,
et, si pour cela l'argent lui manque, dit sir Henry
Bulwer, il en trouvera de reste à la Bourse de
Londres !
» Ni les générations présentes ni celles de l'avenir
ne verront terminer cette œuvre impossible; mais avant
d'entreprendre les travaux il est urgent de régler la
question diplomatique pour garantir la neutralité du
canal. — Ainsi continue la diplomatie anglaise, entas-
sant ses flagrantes contradictions jusqu'à en venir à la
célèbre note du 6 avril, qui a été le bouquet de cette
représentation tragi-comique.
» Ce document, qui est le résumé de toutes les contra-
dictions et de toutes les taquineries de la défiance
anglaise contre le canal de Suez, ce chef-d'œuvre de
l'habileté diplomatique de sir H. Bulwer, auquel le sultan
donne sa signature comme, éditeur responsable, attaque
deux points capitaux qui sont les conditions d'existence
de l'entreprise. Le premier c'est la propriété des ter-
rains de culture avoisinant le canal et cédés par le
vice-roi d'Egypte à la Compagnie ; le second c'est le
travail forcé pour l'achèvement et la conservation de
l'oeuvre.
» A la première de ces objections M. de Les&eps ré-
pond d'une manière incontestable, en s'appuyant sur
la loi turque, sur le droit qu'a le vice-roi de céder les
terrains qui lui appartiennent, et sur des faits anté-
rieurs et analogues. Parmi ces faits il y en a quelques-
uns de très-significatifs contre lesquels la diplomatie
anglaise, si jalouse des droits de souveraineté et de la
dignité du sultan, n'a pas élevé la moindre protestation;
ces faits sont la concession à des compagnies anglaises
de deux chemins de fer et d'un canal, avec droits sur
les terres, bois, etc., appartenant à l'État, à une cer-
taine distance desdites voies.
» On craint que les terrains accordés à l'entreprise
du canal ne servent pour fonder des colonies françai-'
ses, espèces d'avant-garde d'une armée conquérante.
Mais cette appréhension ne peut pas être sérieuse
puisque personne n'ignore que les Européens ne ré-
sistent qu'avec difficulté aux travaux agricoles dans
un climat énervant comme celui de l'Egypte, et la
meilleure preuve en est que les concessions de terrains
faites jusqu'à présent par la Compagnie ont été faites
à des indigènes.
» Quant à la prétention de supprimer le travail forcé
dans les opérations du canal, nous avouons que cette
prétention produit un certain effet, envisagée au point
de vue de nos mœurs et de nos idées sur cette ma-
tière, bien que la prestation personnelle se trouve en-
core en vigueur chez quelques nations de l'Europe
continentale ; mais, considéré à la lumière de la raison
et de la philosophie sociales, si l'on tient compte de
l'état respectif da civilisation des peuples divers, et si
l'on se rappelle que l'Angleterre elle-même conserve
encore les levées en masse pour sa marine, tout cet
appareil humanitaire est renversé d'un souffle et tombe
à plat.
» Un publiciste moderne, qui jouit d'une grande auto.
rité en Angleterre, M. J. Stuart-Mill, a dit récemment :
« Les races non civilisées, et particulièrement les plus
» braves et les plus énergiques, montrent de la répu-
» gnance pour un travail continu et monotone ; néan-
» moins, un tel travail est la condition de la véritable
» civilisation ; sans lui les intelligences ne peuvent s'a-
» dapter aux habitudes que requiert une société civilisée,
» ni préparer le monde matériel à la recevoir.- Il faut
» nécessairement une rare combinaison de circonstances,
» et, pour cette raison même, un temps considérable pour
» réconcilier un tel peuple avec le travail, à moins que,
» momentanément, on ne lui en fasse une obligation.
» Par ce motif, l'esclavage lui-même, donnant un premier
» mouvement à la vie industrielle et l'imposant comme
» une occupation exclusive pour la partie la plus nom-
D breuse de la communanté, peut hâter la transition ît
» une liberté qui vaut mieux que celle de se combattre
» et de se piller les uns les autres. »
« C'est sans doute pour appliquer ce principe de philo-
sophie sociale pratique, recommandé par le plus auto-
risé de leurs écrivains modernes, que les Anglais ont eu
recours aux contingents de travailleurs que leur procu-
rait le gouvernement égyptien pour leurs entreprises
dans ces contrées, et qu'aujourd'hui encore, avant et
depuis leurs réclamations, sans aucun scrupule humani-
taire, ils profitent du travail forcé pour charger et dé-
charger leurs bâtiments faisant le service de l'Inde.
» Et qu'on se rappelle bien que la Compagnie du canal
loin de traiter ses travailleurs comme des esclaves, loin
de leur imposer un travail non rémunéré, comme d'au-
tres font, leur paie leur salaire journalier, les approvi-
sionne, les soigne dans leurs maladies, fait l'éducation
de leurs enfants, les loge eux et leurs familles, leur
construit des temples pour leur culte, et assure leur
bien-être à ce point que leur mortalité est inférieure à
celle des journaliers européens.
» Voilà à quoi se réduisent, contre le canal de Suez,
les réclamations et les aberrations des vieux représen-
tants de la vieille Angleterrre, mais non du peuple an-
glais.
» Quant à nous, nous nous félicitons de cette série de
bévues de la politique anglaise en Orient, qui, si elle avait
été plus prudente, aurait pu élever des embarras sérieux
le jour où aurait été soulevée la question diplomatique.
Mais aujourd'hui, après que son mauvais vouloir s'est
manifesté, ses exigences n'auront aucune valeur de-
vant l'opinion publique de l'Europe, indignée de son
injustifiable conduite.
» J. MAAÉ Y FLAQUER. »
» impossible, et commercialement il est ruineux. Le
» canal une fois ouvert, l'Angleterre perd sa prépon-
D dérance dans les mers de l'Orient, et l'Egypte devient
D désormais la propriété de la France. » — S'il est
impossible, comment peut-il être dangereux pour l'An-
gleterre ou pour qui que ce soit ? c'est la question que
fait le bon sens.
# L'entreprise du canal est une spéculation de mau-
vais aloi, c'est un piège tendu aux pauvres action-
naires ; que le sultan exproprie les concessionnaires,
et, si pour cela l'argent lui manque, dit sir Henry
Bulwer, il en trouvera de reste à la Bourse de
Londres !
» Ni les générations présentes ni celles de l'avenir
ne verront terminer cette œuvre impossible; mais avant
d'entreprendre les travaux il est urgent de régler la
question diplomatique pour garantir la neutralité du
canal. — Ainsi continue la diplomatie anglaise, entas-
sant ses flagrantes contradictions jusqu'à en venir à la
célèbre note du 6 avril, qui a été le bouquet de cette
représentation tragi-comique.
» Ce document, qui est le résumé de toutes les contra-
dictions et de toutes les taquineries de la défiance
anglaise contre le canal de Suez, ce chef-d'œuvre de
l'habileté diplomatique de sir H. Bulwer, auquel le sultan
donne sa signature comme, éditeur responsable, attaque
deux points capitaux qui sont les conditions d'existence
de l'entreprise. Le premier c'est la propriété des ter-
rains de culture avoisinant le canal et cédés par le
vice-roi d'Egypte à la Compagnie ; le second c'est le
travail forcé pour l'achèvement et la conservation de
l'oeuvre.
» A la première de ces objections M. de Les&eps ré-
pond d'une manière incontestable, en s'appuyant sur
la loi turque, sur le droit qu'a le vice-roi de céder les
terrains qui lui appartiennent, et sur des faits anté-
rieurs et analogues. Parmi ces faits il y en a quelques-
uns de très-significatifs contre lesquels la diplomatie
anglaise, si jalouse des droits de souveraineté et de la
dignité du sultan, n'a pas élevé la moindre protestation;
ces faits sont la concession à des compagnies anglaises
de deux chemins de fer et d'un canal, avec droits sur
les terres, bois, etc., appartenant à l'État, à une cer-
taine distance desdites voies.
» On craint que les terrains accordés à l'entreprise
du canal ne servent pour fonder des colonies françai-'
ses, espèces d'avant-garde d'une armée conquérante.
Mais cette appréhension ne peut pas être sérieuse
puisque personne n'ignore que les Européens ne ré-
sistent qu'avec difficulté aux travaux agricoles dans
un climat énervant comme celui de l'Egypte, et la
meilleure preuve en est que les concessions de terrains
faites jusqu'à présent par la Compagnie ont été faites
à des indigènes.
» Quant à la prétention de supprimer le travail forcé
dans les opérations du canal, nous avouons que cette
prétention produit un certain effet, envisagée au point
de vue de nos mœurs et de nos idées sur cette ma-
tière, bien que la prestation personnelle se trouve en-
core en vigueur chez quelques nations de l'Europe
continentale ; mais, considéré à la lumière de la raison
et de la philosophie sociales, si l'on tient compte de
l'état respectif da civilisation des peuples divers, et si
l'on se rappelle que l'Angleterre elle-même conserve
encore les levées en masse pour sa marine, tout cet
appareil humanitaire est renversé d'un souffle et tombe
à plat.
» Un publiciste moderne, qui jouit d'une grande auto.
rité en Angleterre, M. J. Stuart-Mill, a dit récemment :
« Les races non civilisées, et particulièrement les plus
» braves et les plus énergiques, montrent de la répu-
» gnance pour un travail continu et monotone ; néan-
» moins, un tel travail est la condition de la véritable
» civilisation ; sans lui les intelligences ne peuvent s'a-
» dapter aux habitudes que requiert une société civilisée,
» ni préparer le monde matériel à la recevoir.- Il faut
» nécessairement une rare combinaison de circonstances,
» et, pour cette raison même, un temps considérable pour
» réconcilier un tel peuple avec le travail, à moins que,
» momentanément, on ne lui en fasse une obligation.
» Par ce motif, l'esclavage lui-même, donnant un premier
» mouvement à la vie industrielle et l'imposant comme
» une occupation exclusive pour la partie la plus nom-
D breuse de la communanté, peut hâter la transition ît
» une liberté qui vaut mieux que celle de se combattre
» et de se piller les uns les autres. »
« C'est sans doute pour appliquer ce principe de philo-
sophie sociale pratique, recommandé par le plus auto-
risé de leurs écrivains modernes, que les Anglais ont eu
recours aux contingents de travailleurs que leur procu-
rait le gouvernement égyptien pour leurs entreprises
dans ces contrées, et qu'aujourd'hui encore, avant et
depuis leurs réclamations, sans aucun scrupule humani-
taire, ils profitent du travail forcé pour charger et dé-
charger leurs bâtiments faisant le service de l'Inde.
» Et qu'on se rappelle bien que la Compagnie du canal
loin de traiter ses travailleurs comme des esclaves, loin
de leur imposer un travail non rémunéré, comme d'au-
tres font, leur paie leur salaire journalier, les approvi-
sionne, les soigne dans leurs maladies, fait l'éducation
de leurs enfants, les loge eux et leurs familles, leur
construit des temples pour leur culte, et assure leur
bien-être à ce point que leur mortalité est inférieure à
celle des journaliers européens.
» Voilà à quoi se réduisent, contre le canal de Suez,
les réclamations et les aberrations des vieux représen-
tants de la vieille Angleterrre, mais non du peuple an-
glais.
» Quant à nous, nous nous félicitons de cette série de
bévues de la politique anglaise en Orient, qui, si elle avait
été plus prudente, aurait pu élever des embarras sérieux
le jour où aurait été soulevée la question diplomatique.
Mais aujourd'hui, après que son mauvais vouloir s'est
manifesté, ses exigences n'auront aucune valeur de-
vant l'opinion publique de l'Europe, indignée de son
injustifiable conduite.
» J. MAAÉ Y FLAQUER. »
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