Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1863-08-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 août 1863 15 août 1863
Description : 1863/08/15 (A8,N172). 1863/08/15 (A8,N172).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203251m
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/11/2012
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 341
cause que le projet de la Compagnie fut regardé avec
tant de jalousie en Angleterre et à Constantinople. Elle
n'était pas nécessaire pour les objets légitimes de la
Compagnie ; et considérant les prétentions de tous les
étrangers résidant dans l'empire turc d'être régis par
les capitulations contre l'autorité locale, sous la protec-
tion de leurs propres gouvernements, elle était de na-
ture à amener inévitablement des difficultés interna-
tionales. Une autre clause de la concession obligeait le
pacha à fournir des travailleurs égyptiens et à les mettre
à la disposition de la Compagnie qui devait les payer.
Ceci était rétablir et étendre énormément le système du
travail forcé qui a été aboli dans tout l'empire.
» La concession nécessitait le firman du sultan pour
sa validité; mais ce firman, la Porte a, jusqu'ici, refusé
de l'accorder, alléguant qu'elle ne pouvait le faire jus-
qu'à ce que la France et l'Angleterre fussent arrivées
à quelque entente de nature à assurer la neutralité du
canal. Les travaux commencèrent malgré cela, M. de
Lesseps étant favorisé par le vice-roi et sachant qu'il
pouvait compter sur l'énergique appui da l'Empereur.
En fait, l'opposition du sultan rendit, dans une certaine
mesure, le travail populaire en France, du moment
qu'il fut entendu que la Compagnie poursuivrait son
travail en dépit des objections de ce prince. La visite
du sultan en Égypte poussa les choses à un certain
point. Cette visite fut immédiatement suivie par un
recours, à la Porte, d'Ismaïl-Pacha, le nouveau vice-roi
d'Egypte, la requérant de lui donner des instruetions
claires et définies relativement aux travaux que la Com-
pagnie française exécutait sans la sanction nécessaire
du sultan. La réponse d'Aali-Pacha, datée du <5 avril,
déclara que l'entreprise ne recevrait l'autorisation du
sultan qu'à trois conditions : la complète neutralité du
canal, garantie par des stipulations internationales; la
cessation de l'emploi du travail forcé dans l'exécution
des travaux, et enfin l'abandon par la Compagnie de
ses droits sur les terres bordant le canal d'eau douce.
Ces exigences du sultan furent formellement soumises,
le printemps dernier, à la considération des gouverne-
ments anglais et français. Depuis, des négociations ont
eu lieu, et un accord a fini par s'établir entre toutes
les parties. Sur le point auquel nous avons toujours
attaché le plus d'importance, l'emploi du travail forcé,
l'arrangement n'est pas satisfaisant. La plainte du sul-
tan était, qu'en opposition avec les règles de l'adminis.
tration turque et le décret du vice-roi contre le travail
forcé, les opérations du canal étaient exécutées unique
ment par le travail forcé. Nous regrettons que le noul
vel arrangement n'ait pas mis fin à ce mal. Les fellahs
continueront à être enlevés de leurs demeures; mais
comme mitigatiou de l'injustice qu'ils subissent, ils re-
cevront des salaires plus forts. Il est à présumer qu'en
conséquence de l'engagement dont Ismaïl-Pacha a hé-
rité des vice-rois précédents, cette amélioration était
tout ce qu'il pouvait stipuler en faveur de ses sujets.
Mais nous désirerions pour l'honneur de la nation fran-
çaise qui aime tant la liberté, qu'elle ne se fût pas
mise en avant pour forcer deux princes mahométans à
mettre en vigueur, contrairement à leurs plus hautes
convictions, un système d'esclavage. Les Français ré-
clament justement une première place parmi les so-
ciétés civilisées du monde, et ce sera un triste jour
que celui où ils réussiront à se persuader que les canaux
et les chemins de fer sont plus nécessaires à la civilisa-
tion que le simple droit commun.
» L'autre point, la neutralité du canal, a été accepté
par le gouvernement français à la satisfaction du sultan.
La dernière question, celle relative à la possession des
terres le long du canal d'eau douce, offrait le plus de
difficultés, le sultan ayant publiquement déclaré qu'il
oublierait tout respect de lui-même et perdrait la con-
sidération de ses voisins s'il permettait à une Compagnie
d'actionnaires étrangers de créer des colonies presque
indépendantes et sujettes à la juridiction étrangère sur
des points importants de l'empire. Cette difficulté, néan-
moins, est maintenant surmontée, et la Compagnie
abandonnera les terres en question, en recevant en ar-
gent leur valeur du vice-roi.
» Maintenant que le projet du canal de Suez a été
ainsi purgé de ses traits les plus susceptibles d'objec-
tions, les Anglais, généralement, lui souhaiteront toute
espèce de bien. Personne ne voudra ravir aux Français
l'honneur d'avoir été les premiers, dans les temps mo-
dernes, à se résoudre d'exécuter ce dessein bienfaisant
résolution dans laquelle ils ont persévéré en face de
difficultés matérielles, économiques et politiques qui
n'étaient pas minces. Les obstacles politiques ont dis-
paru, et après le rapport de M. Hawkshaw, les objections
élevées sur le terrain scientifique se sont également
évanouies. Nous n'avons plus qu'à exprimer l'espoir que
la persévérance des actionnaires recevra au moment
venu la récompense qu'ils méritent en amples divi-
dendes."
STANDART.
« La bande de terre d'environ 90 milles d'étendue
qui unit l'Afrique à l'Asie et interdit au commerce eu-
ropéen les moyens d'un transit direct maritime avec
l'Inde et l'extrême Orient, a pendant des années été une
cause d'irritation et un stimulant pour l'ambition des
esprits impatients s'indignant de l'interposition de cet
obstacle gênant, comme autrefois le conquérant voyant
apparaître le mont Athos sur la ligne de sa marche. L'idée
d'ouvrir un canal à travers l'isthme de Suez n'a rien de
nouveau. Elle faisait partie des projets de Napoléon 1er,
qui voulait faire passer l'empire de l'Orient des mains de
l'Angleterre dans celles de la France. Cette pensée fut
abandonnée après la défaite des Français en Egypte.
Dernièrement, elle a été reprise par un ingénieur fran-
çais doué de beaucoup d'habileté et d'audace, dont les
procédés ont déjà causé une incalculable misère parmi
les classes les plus pauvres de l'Egypte, et finiront pro-
bablement par amener la ruine de milliers de ses com-
patriotes, ceux-ci ayant engagé leurs épargnes
dans une aventure qui ne peut que leur être désas-
treuse, quels qu'en soient les résultats pour le monde.
» Nous croyons, que les travaux du canal sont en ce
moment suspendus. Pendant près de quatre ans, ils
ont été poursuivis en dépit de la loi qui exige un flr-
cause que le projet de la Compagnie fut regardé avec
tant de jalousie en Angleterre et à Constantinople. Elle
n'était pas nécessaire pour les objets légitimes de la
Compagnie ; et considérant les prétentions de tous les
étrangers résidant dans l'empire turc d'être régis par
les capitulations contre l'autorité locale, sous la protec-
tion de leurs propres gouvernements, elle était de na-
ture à amener inévitablement des difficultés interna-
tionales. Une autre clause de la concession obligeait le
pacha à fournir des travailleurs égyptiens et à les mettre
à la disposition de la Compagnie qui devait les payer.
Ceci était rétablir et étendre énormément le système du
travail forcé qui a été aboli dans tout l'empire.
» La concession nécessitait le firman du sultan pour
sa validité; mais ce firman, la Porte a, jusqu'ici, refusé
de l'accorder, alléguant qu'elle ne pouvait le faire jus-
qu'à ce que la France et l'Angleterre fussent arrivées
à quelque entente de nature à assurer la neutralité du
canal. Les travaux commencèrent malgré cela, M. de
Lesseps étant favorisé par le vice-roi et sachant qu'il
pouvait compter sur l'énergique appui da l'Empereur.
En fait, l'opposition du sultan rendit, dans une certaine
mesure, le travail populaire en France, du moment
qu'il fut entendu que la Compagnie poursuivrait son
travail en dépit des objections de ce prince. La visite
du sultan en Égypte poussa les choses à un certain
point. Cette visite fut immédiatement suivie par un
recours, à la Porte, d'Ismaïl-Pacha, le nouveau vice-roi
d'Egypte, la requérant de lui donner des instruetions
claires et définies relativement aux travaux que la Com-
pagnie française exécutait sans la sanction nécessaire
du sultan. La réponse d'Aali-Pacha, datée du <5 avril,
déclara que l'entreprise ne recevrait l'autorisation du
sultan qu'à trois conditions : la complète neutralité du
canal, garantie par des stipulations internationales; la
cessation de l'emploi du travail forcé dans l'exécution
des travaux, et enfin l'abandon par la Compagnie de
ses droits sur les terres bordant le canal d'eau douce.
Ces exigences du sultan furent formellement soumises,
le printemps dernier, à la considération des gouverne-
ments anglais et français. Depuis, des négociations ont
eu lieu, et un accord a fini par s'établir entre toutes
les parties. Sur le point auquel nous avons toujours
attaché le plus d'importance, l'emploi du travail forcé,
l'arrangement n'est pas satisfaisant. La plainte du sul-
tan était, qu'en opposition avec les règles de l'adminis.
tration turque et le décret du vice-roi contre le travail
forcé, les opérations du canal étaient exécutées unique
ment par le travail forcé. Nous regrettons que le noul
vel arrangement n'ait pas mis fin à ce mal. Les fellahs
continueront à être enlevés de leurs demeures; mais
comme mitigatiou de l'injustice qu'ils subissent, ils re-
cevront des salaires plus forts. Il est à présumer qu'en
conséquence de l'engagement dont Ismaïl-Pacha a hé-
rité des vice-rois précédents, cette amélioration était
tout ce qu'il pouvait stipuler en faveur de ses sujets.
Mais nous désirerions pour l'honneur de la nation fran-
çaise qui aime tant la liberté, qu'elle ne se fût pas
mise en avant pour forcer deux princes mahométans à
mettre en vigueur, contrairement à leurs plus hautes
convictions, un système d'esclavage. Les Français ré-
clament justement une première place parmi les so-
ciétés civilisées du monde, et ce sera un triste jour
que celui où ils réussiront à se persuader que les canaux
et les chemins de fer sont plus nécessaires à la civilisa-
tion que le simple droit commun.
» L'autre point, la neutralité du canal, a été accepté
par le gouvernement français à la satisfaction du sultan.
La dernière question, celle relative à la possession des
terres le long du canal d'eau douce, offrait le plus de
difficultés, le sultan ayant publiquement déclaré qu'il
oublierait tout respect de lui-même et perdrait la con-
sidération de ses voisins s'il permettait à une Compagnie
d'actionnaires étrangers de créer des colonies presque
indépendantes et sujettes à la juridiction étrangère sur
des points importants de l'empire. Cette difficulté, néan-
moins, est maintenant surmontée, et la Compagnie
abandonnera les terres en question, en recevant en ar-
gent leur valeur du vice-roi.
» Maintenant que le projet du canal de Suez a été
ainsi purgé de ses traits les plus susceptibles d'objec-
tions, les Anglais, généralement, lui souhaiteront toute
espèce de bien. Personne ne voudra ravir aux Français
l'honneur d'avoir été les premiers, dans les temps mo-
dernes, à se résoudre d'exécuter ce dessein bienfaisant
résolution dans laquelle ils ont persévéré en face de
difficultés matérielles, économiques et politiques qui
n'étaient pas minces. Les obstacles politiques ont dis-
paru, et après le rapport de M. Hawkshaw, les objections
élevées sur le terrain scientifique se sont également
évanouies. Nous n'avons plus qu'à exprimer l'espoir que
la persévérance des actionnaires recevra au moment
venu la récompense qu'ils méritent en amples divi-
dendes."
STANDART.
« La bande de terre d'environ 90 milles d'étendue
qui unit l'Afrique à l'Asie et interdit au commerce eu-
ropéen les moyens d'un transit direct maritime avec
l'Inde et l'extrême Orient, a pendant des années été une
cause d'irritation et un stimulant pour l'ambition des
esprits impatients s'indignant de l'interposition de cet
obstacle gênant, comme autrefois le conquérant voyant
apparaître le mont Athos sur la ligne de sa marche. L'idée
d'ouvrir un canal à travers l'isthme de Suez n'a rien de
nouveau. Elle faisait partie des projets de Napoléon 1er,
qui voulait faire passer l'empire de l'Orient des mains de
l'Angleterre dans celles de la France. Cette pensée fut
abandonnée après la défaite des Français en Egypte.
Dernièrement, elle a été reprise par un ingénieur fran-
çais doué de beaucoup d'habileté et d'audace, dont les
procédés ont déjà causé une incalculable misère parmi
les classes les plus pauvres de l'Egypte, et finiront pro-
bablement par amener la ruine de milliers de ses com-
patriotes, ceux-ci ayant engagé leurs épargnes
dans une aventure qui ne peut que leur être désas-
treuse, quels qu'en soient les résultats pour le monde.
» Nous croyons, que les travaux du canal sont en ce
moment suspendus. Pendant près de quatre ans, ils
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