Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1863-05-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 01 mai 1863 01 mai 1863
Description : 1863/05/01 (A8,N165). 1863/05/01 (A8,N165).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203244g
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/11/2012
136 L'ÏSTHMË DE SUEZ,
cas de l'Egypte diffère matériellement des exemples des
histoires antérieures. Lorsqu'une cité tirait sa magnifi-
cence de sa situation, c'était parce que ses citoyens re-
cevaient les produits du commerce d'un côté et les
répandaient de l'autre, retenant dans leurs mains le
profit sur la marchandise et sur l'échange. L'Égypte
n'est pas tout à fait aussi heureuse. Il n'existe ni à
Alexandrie ni à Suez aucun dépôt de ce caractère. Le
Caire n'est pas un grand marché commercial. Les villes
d'Egypte sont simplement des stations, et le seul objet
du monde est de les traverser aussi rapidement et avec
aussi peu d'interruption que possible. Cependant de cela
leul ce pays retire d'immenses bénéfices. Le courant
du trafic entre l'Europe et l'Orient est aussi fécondant
que le courant du Nil, et ce que le fleuve fait pour l'É-
gypte en un sens, la grande route dont nous parlons le
fait en un autre (1).
» Le nouveau vice-roi a franchement et ouvertement
reconnu ce fait. Il a reçu une députation de la grande
Compagnie de navigation, faisant le service entre l'An-
gleterre et l'Inde, et il a proclamé les obligations que
lui-même et ses sujets avaient à une entreprise aussi
heureuse. La Compagnie, a-t-il dit, a été la première à
faire de l'Égypte une grande voie de communication et
à établir ainsi ses relations avec l'Orient d'un côté et
avec l'Occident de l'autre. En retour, il lui a cordiale-
ment promis son patronage et son appui (2). Il ne re-
grettait qu'une seule chose, c'est que la communication
n'ait pas été rendue parfaite par un chemin de fer plus
satisfaisant. Alors, quand les voyageurs et les mar-
chandises pourront être transportés d'une de ses extré-
mités à l'autre sans la perte d'une heure, l'Égypte sera
véritablement prospère (3).
(t) Évidemment, pour compléter ce bienfait, deux routes vau-
draient mieux qu'une, surtout quand la première, par sa nature,
est interdite à la navigation maritime, et que la seconde lui est
exclusivement destinée. Il n'est pas, comme on le verra, un seul
des arguments du Times qui ne se retourne contre lui même. E. D.
(2) Le Times ne cesse de déclamer contre l'influence prédomi-
nante des Français en Égypte, et c'est sous ce prétexte qu'il couvre
les intrigues récentes de l'ambassade anglaise à Constantinople.
Tantôt il accuse la partialité du vice-roi pour la France, et tantôt
sa faiblesse à résister à la prétendue pression de nos agents. Com-
ment peut-il concilier ces assertions avec son propre récit ? Si, comme
il le dit, l'influence de la France est toute-puissante en Égypte, la
France est donc bien généreuse, puisqu'elle permet au gouvernement
égyptien de promettre publiquement sa protection et tout son appui
à une compagnie anglaise, tandis que lord Palmerston ne cesse de
combattre les bonnes dispositions de ce gouvernement pour la
Compagnie universelle du canal de Suez ; ou bien cette soi-disant
soumission du vice-roi à la France n'est qu'une de ces fictions si
ordinaires au Times lorsqu'il s'agit de couvrir ses propres injustices.
La vérité est que, dans cette circonstance comme dans toutes les
autres, le vice-roi, inspiré par les seuls intérêts de son pays, favo-
rise et encourage toutes les entreprises, soit anglaises, soit françaises,
qui lui sont avantageuses, et c'est ce que prouvent également l'in-
1 a témoigné à la Compagnie péninsulaire et celui qu'il
«jpifwe jta percement de l'isthme. E. D.
4 v le chemin de fer, le transport des voyageurs et des mar-
di sera toujours soumis à des retards nécessaires, puisqu'il
âMtoeig/cément lieu à deux transbordements de Suez à Alexandrie,
» En même temps, les Français dépensent leur éner-
gie, et plus que leur énergie, dans une entreprise à eux,
toujours sous la forme d'une route ou d'une grande
voie de communication. Leur procédé est une rcute
d'eau. Ils espèrent joindre la mer Rouge à la Méditer-
ranée, et ceux qui sont curieux de suivre les progrès
de cet ouvrage auront trouvé les détails les plus ré-
cents, relativement à l'entreprise, dans la lettre de
notre correspondant, que nous avons publiée hier.
20,000 travailleurs sont maintenant employés à creu-
ser des tranchées dans le sable et la vase et à lutter
contre les obstacles sans nombre de la nature. L'Égypte
est la terre de pareils ouvrages. Dans aucun autre
pays le travail n'a jamais été dépensé au moyen d'une
organisation aussi extraordinaire, et nous pouvons
ajouter aussi peu utilement. Les pyramides elles-mêmes
ne sont que les monuments éternels d'une industrie mal
conçue, et sous les sables de ces mémorables déserts
.gisent probablement presque autant de restes du
même caractère que ceux qui sont visibles à la surface.
Il ne nous appartient pas de prédire le sort de l'entre-
prise française. Les ingénieurs modernes nous appren-
nent qu'aujourd'hui les ouvrages de cette espèce peu-
vent se résoudre en question d'argent. L'argent lui-
même, toutefois, ne coulera pas toujours à commande-
ment, et, en réalité, la timidité du capital est aussi
notoire que sa puissance. Notre correspondant a été
frappé de la persévérance et de l'énergie des ingénieurs
français; mais il ne peut se hasarder à se prononcer sur
les perspectives ou seulement sur la praticabilité de
l'entreprise (4).
» La grande question, maintenant, est celle des dis-
positions du nouveau vice-roi sur l'affaire. Il a parlé
très-nettement aux représentants du service des pa-
quebots anglais et les a assurés de son approbation et
de son appui. Il n'a pas encore parlé aux représentants
du canal de Suez, et il existe quelque incertitude quant
à ses intentions. Son prédécesseur au trône vice-royal
était engagé de plus d'une façon à l'exécution du pro-
jet, et il peut ou adopter ou rejeter ces engagements
Ainsi, il existe en ce moment une lutte ou une attente
et réciproquement; tandis que, par le canal maritime, le trajet est
continu, et, suivant les vœux du Times, pas une heure, si on le veut,
ne sera perdue. E. D.
(4) Le Times est au nombre des infirmes du Fsaimiste, qui oniaes
yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne point entendre. Nous
admirons, à coup sûr, l'intrépidité avec laquelle il se livre à la risée
du monde entier et compromet toute son autorité morale en jouant
l'incrédulité sur la possibilité de l'exécution du canal malgré tout
ce qu'en ont dit tous les voyageurs qui sont allés voir les travaux et
en outre ce que lui en ont écrit ses propres compatriotes, si le
reste du genre humain ne pèse pas dans sa balance. Incontestable-
ment le Times ne sera pas plus ébranlé ni par la lettre que nous
reproduisons plus haut, Écrite par M. d'Oliveira, ancien membre
du Parlement, à M. Ferdinand de Lesseps après sa visite de l'isthme,
ni par le rapport de M. Hawkshaw, l'éminent ingénieur anglais,
dont son correspondant d'Alexandrie attendait l'opinion avec impa-
tience, et dont nous avons cité, dans notre avant-dernier numéro, les
conclusions si décisives.
Le Times, dans cette question, a-t-il résolu de se condamner à per-
pétuité à cette négation célèbre : Etiamsi omnes, ego non ! E. D.
cas de l'Egypte diffère matériellement des exemples des
histoires antérieures. Lorsqu'une cité tirait sa magnifi-
cence de sa situation, c'était parce que ses citoyens re-
cevaient les produits du commerce d'un côté et les
répandaient de l'autre, retenant dans leurs mains le
profit sur la marchandise et sur l'échange. L'Égypte
n'est pas tout à fait aussi heureuse. Il n'existe ni à
Alexandrie ni à Suez aucun dépôt de ce caractère. Le
Caire n'est pas un grand marché commercial. Les villes
d'Egypte sont simplement des stations, et le seul objet
du monde est de les traverser aussi rapidement et avec
aussi peu d'interruption que possible. Cependant de cela
leul ce pays retire d'immenses bénéfices. Le courant
du trafic entre l'Europe et l'Orient est aussi fécondant
que le courant du Nil, et ce que le fleuve fait pour l'É-
gypte en un sens, la grande route dont nous parlons le
fait en un autre (1).
» Le nouveau vice-roi a franchement et ouvertement
reconnu ce fait. Il a reçu une députation de la grande
Compagnie de navigation, faisant le service entre l'An-
gleterre et l'Inde, et il a proclamé les obligations que
lui-même et ses sujets avaient à une entreprise aussi
heureuse. La Compagnie, a-t-il dit, a été la première à
faire de l'Égypte une grande voie de communication et
à établir ainsi ses relations avec l'Orient d'un côté et
avec l'Occident de l'autre. En retour, il lui a cordiale-
ment promis son patronage et son appui (2). Il ne re-
grettait qu'une seule chose, c'est que la communication
n'ait pas été rendue parfaite par un chemin de fer plus
satisfaisant. Alors, quand les voyageurs et les mar-
chandises pourront être transportés d'une de ses extré-
mités à l'autre sans la perte d'une heure, l'Égypte sera
véritablement prospère (3).
(t) Évidemment, pour compléter ce bienfait, deux routes vau-
draient mieux qu'une, surtout quand la première, par sa nature,
est interdite à la navigation maritime, et que la seconde lui est
exclusivement destinée. Il n'est pas, comme on le verra, un seul
des arguments du Times qui ne se retourne contre lui même. E. D.
(2) Le Times ne cesse de déclamer contre l'influence prédomi-
nante des Français en Égypte, et c'est sous ce prétexte qu'il couvre
les intrigues récentes de l'ambassade anglaise à Constantinople.
Tantôt il accuse la partialité du vice-roi pour la France, et tantôt
sa faiblesse à résister à la prétendue pression de nos agents. Com-
ment peut-il concilier ces assertions avec son propre récit ? Si, comme
il le dit, l'influence de la France est toute-puissante en Égypte, la
France est donc bien généreuse, puisqu'elle permet au gouvernement
égyptien de promettre publiquement sa protection et tout son appui
à une compagnie anglaise, tandis que lord Palmerston ne cesse de
combattre les bonnes dispositions de ce gouvernement pour la
Compagnie universelle du canal de Suez ; ou bien cette soi-disant
soumission du vice-roi à la France n'est qu'une de ces fictions si
ordinaires au Times lorsqu'il s'agit de couvrir ses propres injustices.
La vérité est que, dans cette circonstance comme dans toutes les
autres, le vice-roi, inspiré par les seuls intérêts de son pays, favo-
rise et encourage toutes les entreprises, soit anglaises, soit françaises,
qui lui sont avantageuses, et c'est ce que prouvent également l'in-
1 a témoigné à la Compagnie péninsulaire et celui qu'il
«jpifwe jta percement de l'isthme. E. D.
4 v le chemin de fer, le transport des voyageurs et des mar-
di sera toujours soumis à des retards nécessaires, puisqu'il
âMtoeig/cément lieu à deux transbordements de Suez à Alexandrie,
» En même temps, les Français dépensent leur éner-
gie, et plus que leur énergie, dans une entreprise à eux,
toujours sous la forme d'une route ou d'une grande
voie de communication. Leur procédé est une rcute
d'eau. Ils espèrent joindre la mer Rouge à la Méditer-
ranée, et ceux qui sont curieux de suivre les progrès
de cet ouvrage auront trouvé les détails les plus ré-
cents, relativement à l'entreprise, dans la lettre de
notre correspondant, que nous avons publiée hier.
20,000 travailleurs sont maintenant employés à creu-
ser des tranchées dans le sable et la vase et à lutter
contre les obstacles sans nombre de la nature. L'Égypte
est la terre de pareils ouvrages. Dans aucun autre
pays le travail n'a jamais été dépensé au moyen d'une
organisation aussi extraordinaire, et nous pouvons
ajouter aussi peu utilement. Les pyramides elles-mêmes
ne sont que les monuments éternels d'une industrie mal
conçue, et sous les sables de ces mémorables déserts
.gisent probablement presque autant de restes du
même caractère que ceux qui sont visibles à la surface.
Il ne nous appartient pas de prédire le sort de l'entre-
prise française. Les ingénieurs modernes nous appren-
nent qu'aujourd'hui les ouvrages de cette espèce peu-
vent se résoudre en question d'argent. L'argent lui-
même, toutefois, ne coulera pas toujours à commande-
ment, et, en réalité, la timidité du capital est aussi
notoire que sa puissance. Notre correspondant a été
frappé de la persévérance et de l'énergie des ingénieurs
français; mais il ne peut se hasarder à se prononcer sur
les perspectives ou seulement sur la praticabilité de
l'entreprise (4).
» La grande question, maintenant, est celle des dis-
positions du nouveau vice-roi sur l'affaire. Il a parlé
très-nettement aux représentants du service des pa-
quebots anglais et les a assurés de son approbation et
de son appui. Il n'a pas encore parlé aux représentants
du canal de Suez, et il existe quelque incertitude quant
à ses intentions. Son prédécesseur au trône vice-royal
était engagé de plus d'une façon à l'exécution du pro-
jet, et il peut ou adopter ou rejeter ces engagements
Ainsi, il existe en ce moment une lutte ou une attente
et réciproquement; tandis que, par le canal maritime, le trajet est
continu, et, suivant les vœux du Times, pas une heure, si on le veut,
ne sera perdue. E. D.
(4) Le Times est au nombre des infirmes du Fsaimiste, qui oniaes
yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne point entendre. Nous
admirons, à coup sûr, l'intrépidité avec laquelle il se livre à la risée
du monde entier et compromet toute son autorité morale en jouant
l'incrédulité sur la possibilité de l'exécution du canal malgré tout
ce qu'en ont dit tous les voyageurs qui sont allés voir les travaux et
en outre ce que lui en ont écrit ses propres compatriotes, si le
reste du genre humain ne pèse pas dans sa balance. Incontestable-
ment le Times ne sera pas plus ébranlé ni par la lettre que nous
reproduisons plus haut, Écrite par M. d'Oliveira, ancien membre
du Parlement, à M. Ferdinand de Lesseps après sa visite de l'isthme,
ni par le rapport de M. Hawkshaw, l'éminent ingénieur anglais,
dont son correspondant d'Alexandrie attendait l'opinion avec impa-
tience, et dont nous avons cité, dans notre avant-dernier numéro, les
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