Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1863-03-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 01 mars 1863 01 mars 1863
Description : 1863/03/01 (A8,N161). 1863/03/01 (A8,N161).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203240t
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/11/2012
74 L'ISTHME DE SUEZ,
toutes les nations en héritage à son fils, c'est-à-dire, selon
saint Paul, qu'il veut que tous les hommes arrivent à la
connaissance de la vérité. C'est à la lumière de ces pro-
messes divines que le chrétien saura apprécier le mou-
vement irrésistible qui pousse tous les peuples du
monde à se rapprocher et à s'unir. « Lisons l'histoire,
» dit un orateur de la chaire, et nous verrons qu'à
» toutes les époques où les:peuples se sont rapprochés,
» Dieu a fait de miraculeux efforts pour couronner
» cette unité extérieure par l'unité intime et bien
> autrement salutaire de la vérité. L'incarnation du
» Verbe, cet immense effort pour réunir tous les
» enfants de Dieu, a coïncidé avec la vaste unité fon-
» dée par les armes de Rome. Depuis ce temps, les
» siècles les plus remarquables par leur tendance à
» rapprocher les nations, le ive, le xme, le xvie, ont été
» remarquables aussi par le nombre, la vertu, l'élo-
» quence et les miracles des saints que Dieu a suscités
» dans son Eglise. » — Si nous réfléchissons que sur
les cinq cent millions de consommateurs formant le
marché que le canal de Suez ouvre aux manufactures
européennes, presque tous sont encore plongés dans
les ténèbres de l'idolâtrie, nous nous réjouirons sans
doute, avec l'industrie, de l'ère de développement et de
grandeur qui s'ouvre devant elle ; mais en y attachant
de plus hautes ambitions et de plus pures espérances,
nous nous réjouirons de la moisson préparée à nos
missionnaires, et nous saluerons avant tout, dans l'œu-
vre de M. de Lesseps, l'expansion promise à l'empire
du Christ, la réalisation de ce vœu du Prophète-Roi :
« 0 Dieu, que tous les peuples vous reconnaissent, que
» toutes les nations vous servent et vous adorent ; que
» celui qui est la voie véritable et le salut qui vient
» de vous, soit connu de toute la terre! »(Ps. LXI, 34.)
» Le premier pas vers cet avenir, nous l'avons vu,
fut l'entreprise Waghorn. Quand M. Waghorn proposa
de faire passer le détroit de Bab-el-Mandeb aux ba-
teaux à vapeur, pour porter les valises à Suez, les con-
tradictions surgirent de tous les côtés : le projet fut dé-
claré inexécutable, et les contradicteurs faisaient toucher
du doigt les obstacles de toute sorte qui s'opposaient
à sa réussite. Quelque temps plus tard, ce projet si
hautement proclamé impossible était réalisé. Il n'avait
fallu pour cela que le ferme vouloir de son auteur,
fortifié de celui d'un pouvoir public intelligent et des
bonnes dispositions du gouvernement égyptien.
» La voie du Cap abandonnée par les lettres et les
voyageurs, il était facile de prévoir que les marchan-
dises et le commerce ne tarderaient pas à suivre ces
derniers.
» Nous avons considéré jusqu'ici la mer Rouge sous
l'unique aspect d'un canal de jonction entre la Médi-
terranée et l'Océan oriental. Hâtons-nous d'ajouter
qu'elle a en outre un commerce qui lui est propre et
qui est loin de manquer d'importance. Nous avons déjà
noté Djeddah comme centre d'un mouvement considé-
rable. Suez, point extrême d'arrivée et de départ pour
les navires destinés au commerce des Indes, sera né-
cessairement la plus fréquentée et la plus active des
échelles.
» Mais arrivées à Suez, les marchandises doivent être
transportées à Alexandrie pour être embarquées sur la
Méditerranée. Le gouvernement égyptien pouvait frap-
per ces marchandises d'un droit fatalement onéreux et
de nature à paralyser les heureux effets attendus de
l'ouverture d'une communication directe. Il n'en a
point été ainsi : au lieu d'entraver, par une avidité fis-
cale inintelligente, une entreprise à laquelle se liaient
du reste ses propres intérêts, le vice-roi sut en appré-
cier l'utilité et lui accorda toutes les faveurs désirables ;
il était digne de lui de comprendre que la mise en
communication des deux mers donnerait définitivement
à l'Egypte l'importance dont le pressentiment, suivant
les expressions de M. Michel Chevalier, a dirigé vers
elle tour à tour les plus grands conquérants de l'anti-
quité, des temps modernes, de tous les âges. Il auto-
risa donc lvî transit des marchandises de Suez à Alexan-
drie, et vice versâ, moyennant un simple droit de 2 0/0
sur leur valeur nominale.
» Ainsi se trouvait levé le dernier empêchement à
la reprise des communications directes entre l'Europe
et l'Asie méridionale.
» Cette reprise ne devait pas se faire attendre.
» Dans les premiers jou.s de février 1842, arriva à
Suez, provenant de Bombay, le navire marchand Il
Dengalese, de la charge de 1,000 tonnes. Ce fait, tout
simple qu'il paraisse aujourd'hui, n'en restera pas
moins un des plus grands événements du siècle, car il
marquait une ère nouvelle dans les destinées du
monde. Le Benyalesc était, en effet, le premier bâtiment
marchand venant des Indes par la voie qu'il avait
parcourue. Le problème était résolu ; d'effrayantes dis-
tances venaient de se rapprocher, une ligne directe
remplaçait une courbe de 4,000 à 5,000 lieues;
l'Europe entière, le nord de l'Afrique, l'occident de
l'Asie se trouvaient en communication immédiate avec
l'Inde, la Chine et le monde nouveau de la Polynésie.
Or, quelques chiffres permettent de juger du mouve-
ment commercial entre ces contrées et notre Occident.
Les évaluations les plus modérées le portent actuelle-
ment à six millions de tonneaux, représentant une va-
leur de quatre milliards de francs. Un journal fait cette
remarque, que six millions de tonneaux constituent
une masse de marchandises telle, qu'il ne faut pas
moins de douze à quinze mille vaisseaux pour les con-
tenir. Quant à leur transport par terre, il exigerait
environ six millions de chars à un cheval, lesquels pla-
cés à la file l'un de l'autre, occuperaient un espace
équivalent à une longueur de 9,000 à 10,0C0 lieues,
et pourraient embrasser ainsi le tour du monde. Ajou-
tons maintenant que ce mouvement commercial ne
s'arrêtera point à la limite des chiffres que nous indi-
quons ici. Du rapprochement des distances, de l'écono-
mie du temps et des frais de transport, de la facilité
et de la sûreté des communications naîtra indubita-
blement une augmentation d'affaires qui doublera, et,
plus probablement, triplera les six millions de tonneaux
qui suivent aujourd'hui la voie du cap de Bonne-Espé-
rance.
» En présence d'un tel avenir, il n'y a aucune exa-
toutes les nations en héritage à son fils, c'est-à-dire, selon
saint Paul, qu'il veut que tous les hommes arrivent à la
connaissance de la vérité. C'est à la lumière de ces pro-
messes divines que le chrétien saura apprécier le mou-
vement irrésistible qui pousse tous les peuples du
monde à se rapprocher et à s'unir. « Lisons l'histoire,
» dit un orateur de la chaire, et nous verrons qu'à
» toutes les époques où les:peuples se sont rapprochés,
» Dieu a fait de miraculeux efforts pour couronner
» cette unité extérieure par l'unité intime et bien
> autrement salutaire de la vérité. L'incarnation du
» Verbe, cet immense effort pour réunir tous les
» enfants de Dieu, a coïncidé avec la vaste unité fon-
» dée par les armes de Rome. Depuis ce temps, les
» siècles les plus remarquables par leur tendance à
» rapprocher les nations, le ive, le xme, le xvie, ont été
» remarquables aussi par le nombre, la vertu, l'élo-
» quence et les miracles des saints que Dieu a suscités
» dans son Eglise. » — Si nous réfléchissons que sur
les cinq cent millions de consommateurs formant le
marché que le canal de Suez ouvre aux manufactures
européennes, presque tous sont encore plongés dans
les ténèbres de l'idolâtrie, nous nous réjouirons sans
doute, avec l'industrie, de l'ère de développement et de
grandeur qui s'ouvre devant elle ; mais en y attachant
de plus hautes ambitions et de plus pures espérances,
nous nous réjouirons de la moisson préparée à nos
missionnaires, et nous saluerons avant tout, dans l'œu-
vre de M. de Lesseps, l'expansion promise à l'empire
du Christ, la réalisation de ce vœu du Prophète-Roi :
« 0 Dieu, que tous les peuples vous reconnaissent, que
» toutes les nations vous servent et vous adorent ; que
» celui qui est la voie véritable et le salut qui vient
» de vous, soit connu de toute la terre! »(Ps. LXI, 34.)
» Le premier pas vers cet avenir, nous l'avons vu,
fut l'entreprise Waghorn. Quand M. Waghorn proposa
de faire passer le détroit de Bab-el-Mandeb aux ba-
teaux à vapeur, pour porter les valises à Suez, les con-
tradictions surgirent de tous les côtés : le projet fut dé-
claré inexécutable, et les contradicteurs faisaient toucher
du doigt les obstacles de toute sorte qui s'opposaient
à sa réussite. Quelque temps plus tard, ce projet si
hautement proclamé impossible était réalisé. Il n'avait
fallu pour cela que le ferme vouloir de son auteur,
fortifié de celui d'un pouvoir public intelligent et des
bonnes dispositions du gouvernement égyptien.
» La voie du Cap abandonnée par les lettres et les
voyageurs, il était facile de prévoir que les marchan-
dises et le commerce ne tarderaient pas à suivre ces
derniers.
» Nous avons considéré jusqu'ici la mer Rouge sous
l'unique aspect d'un canal de jonction entre la Médi-
terranée et l'Océan oriental. Hâtons-nous d'ajouter
qu'elle a en outre un commerce qui lui est propre et
qui est loin de manquer d'importance. Nous avons déjà
noté Djeddah comme centre d'un mouvement considé-
rable. Suez, point extrême d'arrivée et de départ pour
les navires destinés au commerce des Indes, sera né-
cessairement la plus fréquentée et la plus active des
échelles.
» Mais arrivées à Suez, les marchandises doivent être
transportées à Alexandrie pour être embarquées sur la
Méditerranée. Le gouvernement égyptien pouvait frap-
per ces marchandises d'un droit fatalement onéreux et
de nature à paralyser les heureux effets attendus de
l'ouverture d'une communication directe. Il n'en a
point été ainsi : au lieu d'entraver, par une avidité fis-
cale inintelligente, une entreprise à laquelle se liaient
du reste ses propres intérêts, le vice-roi sut en appré-
cier l'utilité et lui accorda toutes les faveurs désirables ;
il était digne de lui de comprendre que la mise en
communication des deux mers donnerait définitivement
à l'Egypte l'importance dont le pressentiment, suivant
les expressions de M. Michel Chevalier, a dirigé vers
elle tour à tour les plus grands conquérants de l'anti-
quité, des temps modernes, de tous les âges. Il auto-
risa donc lvî transit des marchandises de Suez à Alexan-
drie, et vice versâ, moyennant un simple droit de 2 0/0
sur leur valeur nominale.
» Ainsi se trouvait levé le dernier empêchement à
la reprise des communications directes entre l'Europe
et l'Asie méridionale.
» Cette reprise ne devait pas se faire attendre.
» Dans les premiers jou.s de février 1842, arriva à
Suez, provenant de Bombay, le navire marchand Il
Dengalese, de la charge de 1,000 tonnes. Ce fait, tout
simple qu'il paraisse aujourd'hui, n'en restera pas
moins un des plus grands événements du siècle, car il
marquait une ère nouvelle dans les destinées du
monde. Le Benyalesc était, en effet, le premier bâtiment
marchand venant des Indes par la voie qu'il avait
parcourue. Le problème était résolu ; d'effrayantes dis-
tances venaient de se rapprocher, une ligne directe
remplaçait une courbe de 4,000 à 5,000 lieues;
l'Europe entière, le nord de l'Afrique, l'occident de
l'Asie se trouvaient en communication immédiate avec
l'Inde, la Chine et le monde nouveau de la Polynésie.
Or, quelques chiffres permettent de juger du mouve-
ment commercial entre ces contrées et notre Occident.
Les évaluations les plus modérées le portent actuelle-
ment à six millions de tonneaux, représentant une va-
leur de quatre milliards de francs. Un journal fait cette
remarque, que six millions de tonneaux constituent
une masse de marchandises telle, qu'il ne faut pas
moins de douze à quinze mille vaisseaux pour les con-
tenir. Quant à leur transport par terre, il exigerait
environ six millions de chars à un cheval, lesquels pla-
cés à la file l'un de l'autre, occuperaient un espace
équivalent à une longueur de 9,000 à 10,0C0 lieues,
et pourraient embrasser ainsi le tour du monde. Ajou-
tons maintenant que ce mouvement commercial ne
s'arrêtera point à la limite des chiffres que nous indi-
quons ici. Du rapprochement des distances, de l'écono-
mie du temps et des frais de transport, de la facilité
et de la sûreté des communications naîtra indubita-
blement une augmentation d'affaires qui doublera, et,
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qui suivent aujourd'hui la voie du cap de Bonne-Espé-
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