Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1863-02-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 février 1863 15 février 1863
Description : 1863/02/15 (A8,N160). 1863/02/15 (A8,N160).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k62032395
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/11/2012
62 L'ISTHME DE SUEZ,
à Djeddah le trafic de la mer Rouge. Dans ce but, il
frappa d'un double droit tous les navires indistincte-
ment qui, traversant le détroit, auraient en premier
lieu fait échelle à Àden. L'échelle intermédiaire d'Aden
fut donc soigneusement évitée par les navigateurs, au
profit de Djeddah dont le port prit une importance de
premier ordre. Led marchandises qui venaient s'y dé-
verser avaient deux destinations principales, l'une pour
la Mecque, l'autre pour le Caire.
» Alors comme aujourd'hui les pèlerins mahométans
se portaient en foule au berceau du prophète. Leur
concours était immense, et les préoccupations reli-
gieuses n'excluaient point chez eux le soin des inté-
rêts matériels. Il en résulta que Djeddah devint le lieu
d'une foire permanente et l'une des plus considérables
du monde entier. On le comprendra sans peine en ré-
fléchissant que, chaque année, partaient de la Mecque
deux caravanes, l'une de quarante mille personnes et
trente-cinq mille chameaux, pour Damas, faisant le
trajet en quarante jours et quarante nuits ; l'autre, de
soixante mille chameaux, pour le Caire, sans que pour
cela les transports par voie de mer en souffrissent
dans la moindre proportion. Les navires partant de
Djeddah déposaient leurs chargements à Tor, petit port
à 5 lieues de Suez, d'où ils se distribuaient entre le
Caire et Alexandrie.
» Djeddah est resté, aujourd'hui encore, le centre
d'un mouvement important d'affaires. Par sa proximité
de la Mecque, ce point offre un écoulement considéra-
ble aux produits de l'industrie européenne. Aussi le
gouvernement français crut-il devoir y établir un con-
sul en 1842. De sinistres souvenirs se rattachent au-
jourd'hui à ce consulat, et les épouvantables scènes
qui signalèrent à Djeddah, en 1858, l'indomptable vita-
lité du fanatisme musulman sont encore présentes à
toutes les mémoires.
), Avant que la navigation à vapeur se fût généra-
lisée, il fallait attendre huit à dix mois une lettre de
Calcutta à Londres. On sait comment M. Wagliorn, en
signalant les inconvénients d'un aussi long retard, sut
à la fois en proposer le remède. Ce fut lui qui eut la
première idée d'organiser une correspondance directe
entre l'Europe et l'Indoustan par la mer Rouge. Le
point de départ était Calcutta ; un vapeur prenant les
valises de Madras, Ceylan et Bombay, devait les trans-
porter à Suez. Ainsi pour le retour, en suivant l'ordre
inverse. Cette proposition fut accueillie avec une ex-
trême faveur du gouvernement et du public anglais.
» La possession d'Aden mettait la nouvelle ligne à
l'abri de toute interruption. Elle reçut l'approbation du
vice-roi d'Egypte au même temps où la guerre de
Syrie était dans tout son feu et qu'une escadre austro-
anglaise bombardait Saint-Jean-!'Acre. C'était là une
intelligente et généreuse politique, et, en agissant
ainsi, Méhémet-Ali donna un exemple que l'histoire ne
saurait enregistrer qu'à sa gloire.
» Pour diriger l'agence de correspondance, M. Wag-
horn établit une maison à Alexandrie. Par la voie qu'il
venait d'ouvrir les lettres de Calcutta arrivaient à
Londres en six semaines.
» L'année qui précéda la nouvelle entreprise postale'
le nombre des lettres échangées par la voie du Cap,
entre l'Angleterre et ses possessions des Indes, fut de
300,011. L'année suivante, par la ligne de Waghorn,
ce chiffre s'éleva immédiatement à 680,842, et cette
progression n'a fait que s'accroître.
» La mer Rouge, redevenue un canal de jonction
entre la Méditerranée et l'Océan oriental, était le pre-
mier pas de la plus grande révolution commerciale qui
se soit opérée depuis le xve siècle, et l'Angleterre ne
pouvait que l'apprécier à sa juste valeur. Mais elle l'ap-
précia, comme toujours, avec cet égoïsme des républi-
ques antiques qui, appuyant leur politique sur la seule
morale des intérêts, ne reconnaissaient d'autre loi que
celle de leur intérêt propre. Dans les autres Etats de
l'Europe, l'attention s'arrêtait à peine sur un événe-
ment qui passait inaperçu au milieu des préoccupa-
tions politiques. Mais l'attention que l'on refuse aux
faits, n'en paralyse point les conséquences. Celles de
la transformation qui s'effectuait dans les rapports de
l'Europe avec l'Asie centrale et méridionale ne pou-
vaient tarder à se produire.
» Quand les Portugais abordèrent aux Indes en tour-
nant la pointe extrême de l'Afrique, les Italiens, maî-
tres jusqu'alors de la navigation des Indes, en furent
consternés. Leur consternation ne fit que s'accroître
lorsqu'ils virent se répandre dans le sein de l'Europe,
par d'autres mains que les leurs, les épiceries, les per-
les et tous les riches produits de ces contrées lointai-
nes. Les Portugais allaient fondant sur tous les points
des comptoirs et des forteresses, animés du double gé-
nie de la conquête et du commerce.
» Les Espagnols ne se montraient ni moins pré-
voyants ni moins hardis sur l'autre hémisphère. La
révolution qui venait de s'accomplir tuait l'Italie. Ve-
nise et Gênes étaient sur leur déclin. Lisbonne et Cadix
surgissaient rapidement, et devenaient les inépuisables
magasins de tout ce que l'Asie et l'Amérique offraient
aux recherches du luxe et à l'avidité des jouissances
sensuelles.
» HUMBERT FERRAND. «
(Moniteur des soies).
(La suite au numéro prochain.)
AVIS.
Les personnes dont l'abonnement expire à
la fin de ce mois, sont priées de le renouveler
de suite, si elles ne veulent éprouver de re-
tard dans l'envoi du Journal.
à Djeddah le trafic de la mer Rouge. Dans ce but, il
frappa d'un double droit tous les navires indistincte-
ment qui, traversant le détroit, auraient en premier
lieu fait échelle à Àden. L'échelle intermédiaire d'Aden
fut donc soigneusement évitée par les navigateurs, au
profit de Djeddah dont le port prit une importance de
premier ordre. Led marchandises qui venaient s'y dé-
verser avaient deux destinations principales, l'une pour
la Mecque, l'autre pour le Caire.
» Alors comme aujourd'hui les pèlerins mahométans
se portaient en foule au berceau du prophète. Leur
concours était immense, et les préoccupations reli-
gieuses n'excluaient point chez eux le soin des inté-
rêts matériels. Il en résulta que Djeddah devint le lieu
d'une foire permanente et l'une des plus considérables
du monde entier. On le comprendra sans peine en ré-
fléchissant que, chaque année, partaient de la Mecque
deux caravanes, l'une de quarante mille personnes et
trente-cinq mille chameaux, pour Damas, faisant le
trajet en quarante jours et quarante nuits ; l'autre, de
soixante mille chameaux, pour le Caire, sans que pour
cela les transports par voie de mer en souffrissent
dans la moindre proportion. Les navires partant de
Djeddah déposaient leurs chargements à Tor, petit port
à 5 lieues de Suez, d'où ils se distribuaient entre le
Caire et Alexandrie.
» Djeddah est resté, aujourd'hui encore, le centre
d'un mouvement important d'affaires. Par sa proximité
de la Mecque, ce point offre un écoulement considéra-
ble aux produits de l'industrie européenne. Aussi le
gouvernement français crut-il devoir y établir un con-
sul en 1842. De sinistres souvenirs se rattachent au-
jourd'hui à ce consulat, et les épouvantables scènes
qui signalèrent à Djeddah, en 1858, l'indomptable vita-
lité du fanatisme musulman sont encore présentes à
toutes les mémoires.
), Avant que la navigation à vapeur se fût généra-
lisée, il fallait attendre huit à dix mois une lettre de
Calcutta à Londres. On sait comment M. Wagliorn, en
signalant les inconvénients d'un aussi long retard, sut
à la fois en proposer le remède. Ce fut lui qui eut la
première idée d'organiser une correspondance directe
entre l'Europe et l'Indoustan par la mer Rouge. Le
point de départ était Calcutta ; un vapeur prenant les
valises de Madras, Ceylan et Bombay, devait les trans-
porter à Suez. Ainsi pour le retour, en suivant l'ordre
inverse. Cette proposition fut accueillie avec une ex-
trême faveur du gouvernement et du public anglais.
» La possession d'Aden mettait la nouvelle ligne à
l'abri de toute interruption. Elle reçut l'approbation du
vice-roi d'Egypte au même temps où la guerre de
Syrie était dans tout son feu et qu'une escadre austro-
anglaise bombardait Saint-Jean-!'Acre. C'était là une
intelligente et généreuse politique, et, en agissant
ainsi, Méhémet-Ali donna un exemple que l'histoire ne
saurait enregistrer qu'à sa gloire.
» Pour diriger l'agence de correspondance, M. Wag-
horn établit une maison à Alexandrie. Par la voie qu'il
venait d'ouvrir les lettres de Calcutta arrivaient à
Londres en six semaines.
» L'année qui précéda la nouvelle entreprise postale'
le nombre des lettres échangées par la voie du Cap,
entre l'Angleterre et ses possessions des Indes, fut de
300,011. L'année suivante, par la ligne de Waghorn,
ce chiffre s'éleva immédiatement à 680,842, et cette
progression n'a fait que s'accroître.
» La mer Rouge, redevenue un canal de jonction
entre la Méditerranée et l'Océan oriental, était le pre-
mier pas de la plus grande révolution commerciale qui
se soit opérée depuis le xve siècle, et l'Angleterre ne
pouvait que l'apprécier à sa juste valeur. Mais elle l'ap-
précia, comme toujours, avec cet égoïsme des républi-
ques antiques qui, appuyant leur politique sur la seule
morale des intérêts, ne reconnaissaient d'autre loi que
celle de leur intérêt propre. Dans les autres Etats de
l'Europe, l'attention s'arrêtait à peine sur un événe-
ment qui passait inaperçu au milieu des préoccupa-
tions politiques. Mais l'attention que l'on refuse aux
faits, n'en paralyse point les conséquences. Celles de
la transformation qui s'effectuait dans les rapports de
l'Europe avec l'Asie centrale et méridionale ne pou-
vaient tarder à se produire.
» Quand les Portugais abordèrent aux Indes en tour-
nant la pointe extrême de l'Afrique, les Italiens, maî-
tres jusqu'alors de la navigation des Indes, en furent
consternés. Leur consternation ne fit que s'accroître
lorsqu'ils virent se répandre dans le sein de l'Europe,
par d'autres mains que les leurs, les épiceries, les per-
les et tous les riches produits de ces contrées lointai-
nes. Les Portugais allaient fondant sur tous les points
des comptoirs et des forteresses, animés du double gé-
nie de la conquête et du commerce.
» Les Espagnols ne se montraient ni moins pré-
voyants ni moins hardis sur l'autre hémisphère. La
révolution qui venait de s'accomplir tuait l'Italie. Ve-
nise et Gênes étaient sur leur déclin. Lisbonne et Cadix
surgissaient rapidement, et devenaient les inépuisables
magasins de tout ce que l'Asie et l'Amérique offraient
aux recherches du luxe et à l'avidité des jouissances
sensuelles.
» HUMBERT FERRAND. «
(Moniteur des soies).
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