Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1858-11-25
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 25 novembre 1858 25 novembre 1858
Description : 1858/11/25 (A3,N59). 1858/11/25 (A3,N59).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k62031051
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 14/05/2012
590 L'ISTHME DE SUEZ, JEUDI 25 NOVEMBRE.
La Presse, 12 novembre.
LE CANAL DE SUEZ. — LA SOUSCRIPTION.
Après avoir passé par toutes les épreuves que lui ont fait
subir la science et la diplomatie, la grande affaire du canal
de Suez se produit aujourd'hui devant le public et fait appel
aux capitaux de toutes les nations pour se constituer finan-
cièrement et se mettre en mesure de commencer bientôt les
travaux.
» En passant de l'état de projet d'intérêt général à l'état
d'affaire, cette grande conception devait rencontrer et ré-
soudre des difficultés de plus d'un genre. Quelle forme légale
adopterait-on? A quelle juridiction particulière serait soumise
cette Compagnie universelle? L'affaire serait-elle placée sous
le patronage exclusif de quelque grande notabilité financière?
ou bien se tiendrait-elle en dehors des rivalités d'influence
qui se partagent le monde des capitaux?
» Quant à la première question, voici comment elle a été
résolue :
« La Compagnie a son siège en Egypte, mais elle a son
domicile légal et administratif à Paris. C'est à Paris que
toutes les difficultés contentieuses doivent être portées; c'est
par la loi française qu'elles doivent être résolues. Soumises
d'abord à des arbitres, elles seront jugées en dernier ressort
par la Cour impériale de Paris. Cette solution semble, après
tout, la meilleure qu'il fût possible d'adopter; car si l'affaire
de Suez est d'intérêt universel, si elle porte le titre de Com-
pagnie universelle, comme il n'existe point de législation
commune universellement adoptée par toutes les nations, il
fallait bien recourir à la législation d'une des nations euro-
péennes, et, dès lors, la simplicité, la clarté de notre légis-
lation, son caractère véritablement universel, la désignaient
naturellement à la préférence de la Compagnie.
» Quant au patronage financier, la question était moins
simple : on sait comment se font aujourd'hui les grandes
affaires; une maison puissante obtient une concession, étudie
un projet. Quand elle s'est assurée d'une manière positive des
avantages qu'elle peut rapporter, elle se réserve à elle-même
et à ses associés une part des actions beaucoup plus considé-
rable que celle qu'elle peut effectivement conserver. Puis,
elle appelle le public, qui, excité par l'appât des avantages
espérés, fait, par une demande disproportionnée aveé la
quantité d'actions restées disponibles, monter le prix des
actions, et, comme on dit dans le langage de la chose, leur
fait faire prime. Alors les fondateurs émettent peu à peu les
actions restées entre leurs mains, et réalisent d'avance, par
la prime, le bénéfice dont le commun des^actionnaires ne
jouira que quand l'affaire sera en plein rapport.
» Ce prélèvement au profit des fondateurs, bien qu'il ait
été souvent exagéré jusqu'à l'extravagance, n'est pas injuste
en soi; contenu dans des limites raisonnables, on peut le
considérer comme la rémunération des avances faites, de
l'initiative, de l'invention, du risque des fondateurs, et aussi
du crédit que, par leur nom, ils ont apporté à l'entreprise,
et que souvent elle n'aurait pas trouvé sans eux.
» Mieux que toute autre, l'affaire de Suez semblait pou-
voir se dispenser de suivre, à cet égard, la route ordinaire.
Elle n'est inconnue de personne; les immenses avantages que
le commerce du monde en doit recueillir ont été constatés
publiquement, après les enquêtes les plus approfondies par
les autorités les plus compétentes : les études sont faites, les
frais en ont été payés par le Vice-roi d'Egypte ; l'affaire peut
donc entrer en communication directe avec le public sans
avoir besoin d'être cautionnée par personne ; elle recherche
le concours de toutes les notabilités, sans qu'aucune lui soit
indispensable; et, grâce à cette situation exceptionnelle, elle
fait aujourd'hui, dans l'ordre des affaires, grâce à la noto-
riété dont elle jouit, ce que le gouvernement a fait il y a trois
ans, lorsque, laissant de côté les anciens procédés, il s'est
adressé au public sans intermédiaires, et a ouvert la sous-
cription nationale pour l'emprunt de 750 millions.
» L'initiative est hardie et mérite de réussir. Si l'on consi-
dère, en outre, les rivalités d'influence qui se partagent et
qui désolent aujourd'hui le monde de la finance, on pensera
peut-être que ce n'est point une mauvaise condition, pour
une affaire dont la neutralité est l'essence, de rester en de-
hors de toutes les batailles qui se livrent sur le dos du pu-
blic, sans s'obliger à exclure personne, et d'éviter les amitiés
qui font nécessairement des ennemis.
» Lorsque la souscription, ouverte aujourd'hui sur toutes les
places de l'Europe, aura été fermée, les fonds seront dépo-
sés à la Banque; trente-deux membres, choisis parmi les
hommes les plus éminents des diverses nations qui concourent
à l'entreprise, formeront le conseil d'administration de la
Société, dont un comité choisi par eux surveillera les intérêts.
» Si, comme il est difficile d'en douter, le succès couronne
cette initiative hardie et directe, l'affaire de Suez aura réussi
en suivant, jusqu'au bout et en toutes choses, une marche
opposée en apparence à celle qui semblait indiquée par la
nature même. Affaire universelle, intéressant tous les gou-
vernements, destinée à modifier profondément la face com-
merciale du monde, elle n'aura évité les lenteurs et les mau-
vais vouloirs de la diplomatie qu'en restant une affaire lo-
cale, égyptienne, presque privée, bien vue de tous les gou-
vernements, sans accepter le patronage exclusif.et compro-
mettant d'aucun d'eux.
» De même, pour former son capital, tout en conviant les.
capitaux de tous les pays à venir à elle, elle aura passé entre
toutes les grandes puissances financières dont les luttes agitent
et troublent quelquefois les grands marchés de l'Europe ; elle
aura été droit au public, se sera adressée aux capitaux dispo-
nibles, et aura constitué, en dehors de l'agiotage et des coups
de Bourse, le capital d'une des plus grandes affaires qui aient
encore été entreprises.
» Mais, de même qu'il n'est pas donné à tous les gouverne-
ments d'ouvrir des souscriptions nationales, il n'est pas donné
à toutes les affaires d'ouvrir des souscriptions universelles, n
AD. GUÉROULT.
Le Courrier de Paris, 16 novembre.
L'ISTHME DE SUEZ. — LA SOUSCRIPTION.
» Certains doutes se sont élevés, certaines objections nous
ont été faites à propos du percement de l'isthme de Suez. Ces
doutes, ces objections ne portent pas, hâtons-nous de le dire,
sur le projet en lui-même, sur son utilité, sur sa possibilité,
sur les produits que donnera l'exploitation. On ne nie en
aucune manière que -ce ne soit une des plus grandes entre-
prises qui aient encore été tentées et que ses conséquences ne
doivent être immenses au point de vue du développement de
la civilisation et du commerce.
» Seulement on se demande pourquoi la souscription des
actions est ouverte en dehors des principales notabilités finan-
cières, et sans qu'un conseil d'administration ait été nommé.
» Il est facile de répondre à ces questions.
» Le fondateur de cette grande entreprise n'a jamais refusé
le concours des grandes maisons de banque. Ce concours est
utile, il ne fera certainement pas défaut à une affaire qui se
La Presse, 12 novembre.
LE CANAL DE SUEZ. — LA SOUSCRIPTION.
Après avoir passé par toutes les épreuves que lui ont fait
subir la science et la diplomatie, la grande affaire du canal
de Suez se produit aujourd'hui devant le public et fait appel
aux capitaux de toutes les nations pour se constituer finan-
cièrement et se mettre en mesure de commencer bientôt les
travaux.
» En passant de l'état de projet d'intérêt général à l'état
d'affaire, cette grande conception devait rencontrer et ré-
soudre des difficultés de plus d'un genre. Quelle forme légale
adopterait-on? A quelle juridiction particulière serait soumise
cette Compagnie universelle? L'affaire serait-elle placée sous
le patronage exclusif de quelque grande notabilité financière?
ou bien se tiendrait-elle en dehors des rivalités d'influence
qui se partagent le monde des capitaux?
» Quant à la première question, voici comment elle a été
résolue :
« La Compagnie a son siège en Egypte, mais elle a son
domicile légal et administratif à Paris. C'est à Paris que
toutes les difficultés contentieuses doivent être portées; c'est
par la loi française qu'elles doivent être résolues. Soumises
d'abord à des arbitres, elles seront jugées en dernier ressort
par la Cour impériale de Paris. Cette solution semble, après
tout, la meilleure qu'il fût possible d'adopter; car si l'affaire
de Suez est d'intérêt universel, si elle porte le titre de Com-
pagnie universelle, comme il n'existe point de législation
commune universellement adoptée par toutes les nations, il
fallait bien recourir à la législation d'une des nations euro-
péennes, et, dès lors, la simplicité, la clarté de notre légis-
lation, son caractère véritablement universel, la désignaient
naturellement à la préférence de la Compagnie.
» Quant au patronage financier, la question était moins
simple : on sait comment se font aujourd'hui les grandes
affaires; une maison puissante obtient une concession, étudie
un projet. Quand elle s'est assurée d'une manière positive des
avantages qu'elle peut rapporter, elle se réserve à elle-même
et à ses associés une part des actions beaucoup plus considé-
rable que celle qu'elle peut effectivement conserver. Puis,
elle appelle le public, qui, excité par l'appât des avantages
espérés, fait, par une demande disproportionnée aveé la
quantité d'actions restées disponibles, monter le prix des
actions, et, comme on dit dans le langage de la chose, leur
fait faire prime. Alors les fondateurs émettent peu à peu les
actions restées entre leurs mains, et réalisent d'avance, par
la prime, le bénéfice dont le commun des^actionnaires ne
jouira que quand l'affaire sera en plein rapport.
» Ce prélèvement au profit des fondateurs, bien qu'il ait
été souvent exagéré jusqu'à l'extravagance, n'est pas injuste
en soi; contenu dans des limites raisonnables, on peut le
considérer comme la rémunération des avances faites, de
l'initiative, de l'invention, du risque des fondateurs, et aussi
du crédit que, par leur nom, ils ont apporté à l'entreprise,
et que souvent elle n'aurait pas trouvé sans eux.
» Mieux que toute autre, l'affaire de Suez semblait pou-
voir se dispenser de suivre, à cet égard, la route ordinaire.
Elle n'est inconnue de personne; les immenses avantages que
le commerce du monde en doit recueillir ont été constatés
publiquement, après les enquêtes les plus approfondies par
les autorités les plus compétentes : les études sont faites, les
frais en ont été payés par le Vice-roi d'Egypte ; l'affaire peut
donc entrer en communication directe avec le public sans
avoir besoin d'être cautionnée par personne ; elle recherche
le concours de toutes les notabilités, sans qu'aucune lui soit
indispensable; et, grâce à cette situation exceptionnelle, elle
fait aujourd'hui, dans l'ordre des affaires, grâce à la noto-
riété dont elle jouit, ce que le gouvernement a fait il y a trois
ans, lorsque, laissant de côté les anciens procédés, il s'est
adressé au public sans intermédiaires, et a ouvert la sous-
cription nationale pour l'emprunt de 750 millions.
» L'initiative est hardie et mérite de réussir. Si l'on consi-
dère, en outre, les rivalités d'influence qui se partagent et
qui désolent aujourd'hui le monde de la finance, on pensera
peut-être que ce n'est point une mauvaise condition, pour
une affaire dont la neutralité est l'essence, de rester en de-
hors de toutes les batailles qui se livrent sur le dos du pu-
blic, sans s'obliger à exclure personne, et d'éviter les amitiés
qui font nécessairement des ennemis.
» Lorsque la souscription, ouverte aujourd'hui sur toutes les
places de l'Europe, aura été fermée, les fonds seront dépo-
sés à la Banque; trente-deux membres, choisis parmi les
hommes les plus éminents des diverses nations qui concourent
à l'entreprise, formeront le conseil d'administration de la
Société, dont un comité choisi par eux surveillera les intérêts.
» Si, comme il est difficile d'en douter, le succès couronne
cette initiative hardie et directe, l'affaire de Suez aura réussi
en suivant, jusqu'au bout et en toutes choses, une marche
opposée en apparence à celle qui semblait indiquée par la
nature même. Affaire universelle, intéressant tous les gou-
vernements, destinée à modifier profondément la face com-
merciale du monde, elle n'aura évité les lenteurs et les mau-
vais vouloirs de la diplomatie qu'en restant une affaire lo-
cale, égyptienne, presque privée, bien vue de tous les gou-
vernements, sans accepter le patronage exclusif.et compro-
mettant d'aucun d'eux.
» De même, pour former son capital, tout en conviant les.
capitaux de tous les pays à venir à elle, elle aura passé entre
toutes les grandes puissances financières dont les luttes agitent
et troublent quelquefois les grands marchés de l'Europe ; elle
aura été droit au public, se sera adressée aux capitaux dispo-
nibles, et aura constitué, en dehors de l'agiotage et des coups
de Bourse, le capital d'une des plus grandes affaires qui aient
encore été entreprises.
» Mais, de même qu'il n'est pas donné à tous les gouverne-
ments d'ouvrir des souscriptions nationales, il n'est pas donné
à toutes les affaires d'ouvrir des souscriptions universelles, n
AD. GUÉROULT.
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L'ISTHME DE SUEZ. — LA SOUSCRIPTION.
» Certains doutes se sont élevés, certaines objections nous
ont été faites à propos du percement de l'isthme de Suez. Ces
doutes, ces objections ne portent pas, hâtons-nous de le dire,
sur le projet en lui-même, sur son utilité, sur sa possibilité,
sur les produits que donnera l'exploitation. On ne nie en
aucune manière que -ce ne soit une des plus grandes entre-
prises qui aient encore été tentées et que ses conséquences ne
doivent être immenses au point de vue du développement de
la civilisation et du commerce.
» Seulement on se demande pourquoi la souscription des
actions est ouverte en dehors des principales notabilités finan-
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