Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1858-05-10
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 10 mai 1858 10 mai 1858
Description : 1858/05/10 (A3,N46). 1858/05/10 (A3,N46).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203092v
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 14/05/2012
LUNDI 10 MAI. JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 229,.
pour expliquer les attaques auxquelles est en butte le souve-
rain qui, par de bonnes institutions et des améliorations de
tout genre, s'est efforcé, depuis son avènement, d'assurer
l'indépendance de son pays, sous la suzeraineté de la Porte.
En très-peu d'années, Mohammed-Saïd a opéré en Egypte
les réformes les plus profondes et les mieux conçues. A un
régime d'arbitraire et d'oppression il a substitué des règle-
ments libéraux, imités pour la plupart des institutions qui
nous régissent. L'ordre matériel régnait sans doute en Egypte
depuis le gouvernement de Mehemet-Ali, mais le Pacha actuel
y a établi l'ordre moral. Mebemet-Ali avait imposé à ses su-
jets l'obéissance; Mohammed-Saïd a fait en sorte que l'obéis-
sance doive être aimée, puisque les lois qu'il a édictées tendent
évidemment à assurer la prospérité de ses sujets. Il a substi-
tué à un régime tyrannique d'exaction de l'impôt la percep-
tion régulière des contributions, de telle sorte qu'on ne puhse
désormais frauder ni le trésor ni le contribuable; il a assuré
au paysan la propriété de son champ, qui, du temps de
Mebemet-Ali, ne pouvait pas même être cultivé au gré du
laboureur. A cette époque, on indiquait au fellah le geijre de
culture auquel il devait se livrer; l'État lui achetait, bon grc,
mal gré, sa récolte, au prix fixé par le Pacha lui-même, et
Mehemet-Ali se réservait le monopole absolu du commerce
extérieur. Mohammed-Saïd, au contraire, a donné aux culti-
vateurs toute liberté de produire les denrées qui leur con-
viennent, de vendre leur récolte à qui bon leur semble, au
prix qu'ils fixent eux-mêmes. Non-seulement ils jouissent
librement de leurs terres, mais ils peuvent les aliéner. Leur
condition est donc devenue bien supérieure à celle, par
exemple, du peuple russe.
Autrefois le recrutement de l'armée se faisait sans règle ni
mesure : les levées s'opéraient par des agents subalternes, à
peu près comme on fait en Angleterre la presse des matelots
dans les circonstances urgentes. Aujourd'hui, le recrutement
a lieu d'après l'ordre d'inscription sur les registres des contri-
butions. Nul n'est exempt du service militaire : tous les jeunes
gens passent successivement sous les drapeaux. Cette obliga-
tion n'a d'ailleurs rien de bien pénible, puisque la durée du
service est bornée à deux années au plus.
Mohammed-Saïd a entrepris ou continué de grands travaux
publics, cela est vrai; mais ne serait-il pas bien injuste de
les lui reprocher ? A-t-il élevé des monuments stériles? S'est-il
passé un seul de ces fastueux caprices qui coûtent cher au
peuple, sans autre profit que la satisfaction de l'orgueil du
souverain? Non. Tous les travaux qu'il poursuit sont utiles
au pays, à l'agriculture, à la navigation, au commerce. Le
barrage du Nil est destiné à fertiliser une grande étendue de
terrain, en y versant les eaux de ce fleuve; le chemin de fer
est utilisé dès à présent par la population, qui a adopté avec
empressement ce moyen de transport; l'établissement d'un
remorqueur à vapeur sur le Nil est précieux pour l'agricul-
ture,, dont les produits arrivent promptement et sans avaries
au port d'embarquement ; le cabotage à vapeur sur la mer
Rouge développera le commerce extérieur de l'Egypte; le cu-
rage du canal Mahmoudieh , qui porte les barques du Nil à
Alexandrie, était un travail indispensable pour la prospérité
du pays. On sait quelles difficultés il présentait, et avec quel
bonheur elles ont été surmontées.
Tels sont les principaux titres du Pacha à l'animadversion
de tous ceux qui peuvent avoir intérêt à ce que l'Egypte soit
plongée dans l'anarchie et la barbarie. Ce pays donne des
preuves de vitalité qui contrarient sans doute bien des vues,
mais qui ne peuvent manquer d'être considérées en France
avec satisfaction.
Ces progrès sont avant tout l'oeuvre de Mehemet-Ali, et de
son fils Mohammed-Saïd. Est-il vrai que la France y soit
restée étrangère et qu'elle n'ait envoyé en Egypte que des
aventuriers, selon l'expression fort inconvenante du journal
anglais ? --
La marine égyptienne a été organiséje par deux officiers
français du plus grand mérite, MM. de Cerisy et Houssard.
Aujourd'hui encore un des meilleurs marins de notre armée
navale est à la tête du service de cabotage dans la mer Rouge :
c'est un élève de l'École polytechnique, M. Mougel, qui a di-
rigé depuis longues années les travaux publics en Egypte.
Son collègue, M. Linant, appartenait, si nous ne nous trom-
pons, à la même école, justement célèbre en Europe. Le co-
lonel Selves a discipliné l'armée du Pacha ; il a formé lui-
même le noyau de l'armée régulière, qui, après vingt victoires
sous Mehemet-Ali, a jeté un récent reflet sur les armes otto-
manes à Silistrie et à Eupatoria. Le docteur Clot-Bey, autre
Français, a tiré la médecine égyptienne de la barbarie et
fondé l'École de médecine du Caire. C'est en France qu'a été
créée l'École égyptienne, par les soins désintéressés du savant
et illustre M. Jomard, et c'est l'instruction que reçoivent chez
nous les élèves de cette institution qui répand chaque jour en
Égypte de nouveaux germes de civilisation, et qui permettra
au pays d'émanciper plus tard son industrie et son commerce.
Nous serions curieux de savoir ce que le Times pourrait op-
poser à ce tableau. A moins qu'il ne rappelle qu'un de ses
ingénieurs, ayant été appelé en Égypte pour donner son opi-
nion sur les travaux du chemin de fer, y apparut, fit un tracé
qui ne put être suivi et qui fut payé, dit-on , quatre cent mille
francs. P. DUBOIS.
L'ANGLETERRE ET LA TURQUIE,
EN 1774 ET EN 1858,
DANS LA QUESTION DU CANAL DE SUEZ.
Nous trouvons dans le grand Recueil des Traités de
Martens un document très-curieux et qu'il est bon de
rappeler dans les circonstances actuelles. C'est un firman
par lequel, en 1774, le Grand-Seigneur défendait aux
navires anglais d'aborder à Suez ; et cette défense, chose
plus curieuse encore, était alors acceptée par la Com-
pagnie des Indes.
Les choses sont bien changées.
En 1858, l'Angleterre, maîtresse à peu près exclu-
sive, par sa marine et ses possessions coloniales, de la
navigation de la mer Rouge, après avoir occupé Périm,
possession turque, veut défendre à la Turquie d'établir
un passage entre la Méditerranée et la mer Rouge, au
moyen d'un canal qui donnerait accès dans la mer
Rouge à ses propres bâtiments et à ceux des autres
puissances.
Quel chemin fait de 1774 à 1858 !
Voici le document tel qu'il est cité par Martens :
Firman de la Porte Ottomane contre les tentatives des An-
glais d'établir une circulation de leurs marchandises dans
les provinces turques par la mer Rouge et Suez (1774).
« Les historiens nous apprennent que les chrétiens, secte
artificieuse et entreprenante, ont, dès l'origine des temps,
fait usage de la fourberie et de la violence pour exécuter leurs
projets ambitieux. Quelques-uns d'entre eux s'introduisent,
pour expliquer les attaques auxquelles est en butte le souve-
rain qui, par de bonnes institutions et des améliorations de
tout genre, s'est efforcé, depuis son avènement, d'assurer
l'indépendance de son pays, sous la suzeraineté de la Porte.
En très-peu d'années, Mohammed-Saïd a opéré en Egypte
les réformes les plus profondes et les mieux conçues. A un
régime d'arbitraire et d'oppression il a substitué des règle-
ments libéraux, imités pour la plupart des institutions qui
nous régissent. L'ordre matériel régnait sans doute en Egypte
depuis le gouvernement de Mehemet-Ali, mais le Pacha actuel
y a établi l'ordre moral. Mebemet-Ali avait imposé à ses su-
jets l'obéissance; Mohammed-Saïd a fait en sorte que l'obéis-
sance doive être aimée, puisque les lois qu'il a édictées tendent
évidemment à assurer la prospérité de ses sujets. Il a substi-
tué à un régime tyrannique d'exaction de l'impôt la percep-
tion régulière des contributions, de telle sorte qu'on ne puhse
désormais frauder ni le trésor ni le contribuable; il a assuré
au paysan la propriété de son champ, qui, du temps de
Mebemet-Ali, ne pouvait pas même être cultivé au gré du
laboureur. A cette époque, on indiquait au fellah le geijre de
culture auquel il devait se livrer; l'État lui achetait, bon grc,
mal gré, sa récolte, au prix fixé par le Pacha lui-même, et
Mehemet-Ali se réservait le monopole absolu du commerce
extérieur. Mohammed-Saïd, au contraire, a donné aux culti-
vateurs toute liberté de produire les denrées qui leur con-
viennent, de vendre leur récolte à qui bon leur semble, au
prix qu'ils fixent eux-mêmes. Non-seulement ils jouissent
librement de leurs terres, mais ils peuvent les aliéner. Leur
condition est donc devenue bien supérieure à celle, par
exemple, du peuple russe.
Autrefois le recrutement de l'armée se faisait sans règle ni
mesure : les levées s'opéraient par des agents subalternes, à
peu près comme on fait en Angleterre la presse des matelots
dans les circonstances urgentes. Aujourd'hui, le recrutement
a lieu d'après l'ordre d'inscription sur les registres des contri-
butions. Nul n'est exempt du service militaire : tous les jeunes
gens passent successivement sous les drapeaux. Cette obliga-
tion n'a d'ailleurs rien de bien pénible, puisque la durée du
service est bornée à deux années au plus.
Mohammed-Saïd a entrepris ou continué de grands travaux
publics, cela est vrai; mais ne serait-il pas bien injuste de
les lui reprocher ? A-t-il élevé des monuments stériles? S'est-il
passé un seul de ces fastueux caprices qui coûtent cher au
peuple, sans autre profit que la satisfaction de l'orgueil du
souverain? Non. Tous les travaux qu'il poursuit sont utiles
au pays, à l'agriculture, à la navigation, au commerce. Le
barrage du Nil est destiné à fertiliser une grande étendue de
terrain, en y versant les eaux de ce fleuve; le chemin de fer
est utilisé dès à présent par la population, qui a adopté avec
empressement ce moyen de transport; l'établissement d'un
remorqueur à vapeur sur le Nil est précieux pour l'agricul-
ture,, dont les produits arrivent promptement et sans avaries
au port d'embarquement ; le cabotage à vapeur sur la mer
Rouge développera le commerce extérieur de l'Egypte; le cu-
rage du canal Mahmoudieh , qui porte les barques du Nil à
Alexandrie, était un travail indispensable pour la prospérité
du pays. On sait quelles difficultés il présentait, et avec quel
bonheur elles ont été surmontées.
Tels sont les principaux titres du Pacha à l'animadversion
de tous ceux qui peuvent avoir intérêt à ce que l'Egypte soit
plongée dans l'anarchie et la barbarie. Ce pays donne des
preuves de vitalité qui contrarient sans doute bien des vues,
mais qui ne peuvent manquer d'être considérées en France
avec satisfaction.
Ces progrès sont avant tout l'oeuvre de Mehemet-Ali, et de
son fils Mohammed-Saïd. Est-il vrai que la France y soit
restée étrangère et qu'elle n'ait envoyé en Egypte que des
aventuriers, selon l'expression fort inconvenante du journal
anglais ? --
La marine égyptienne a été organiséje par deux officiers
français du plus grand mérite, MM. de Cerisy et Houssard.
Aujourd'hui encore un des meilleurs marins de notre armée
navale est à la tête du service de cabotage dans la mer Rouge :
c'est un élève de l'École polytechnique, M. Mougel, qui a di-
rigé depuis longues années les travaux publics en Egypte.
Son collègue, M. Linant, appartenait, si nous ne nous trom-
pons, à la même école, justement célèbre en Europe. Le co-
lonel Selves a discipliné l'armée du Pacha ; il a formé lui-
même le noyau de l'armée régulière, qui, après vingt victoires
sous Mehemet-Ali, a jeté un récent reflet sur les armes otto-
manes à Silistrie et à Eupatoria. Le docteur Clot-Bey, autre
Français, a tiré la médecine égyptienne de la barbarie et
fondé l'École de médecine du Caire. C'est en France qu'a été
créée l'École égyptienne, par les soins désintéressés du savant
et illustre M. Jomard, et c'est l'instruction que reçoivent chez
nous les élèves de cette institution qui répand chaque jour en
Égypte de nouveaux germes de civilisation, et qui permettra
au pays d'émanciper plus tard son industrie et son commerce.
Nous serions curieux de savoir ce que le Times pourrait op-
poser à ce tableau. A moins qu'il ne rappelle qu'un de ses
ingénieurs, ayant été appelé en Égypte pour donner son opi-
nion sur les travaux du chemin de fer, y apparut, fit un tracé
qui ne put être suivi et qui fut payé, dit-on , quatre cent mille
francs. P. DUBOIS.
L'ANGLETERRE ET LA TURQUIE,
EN 1774 ET EN 1858,
DANS LA QUESTION DU CANAL DE SUEZ.
Nous trouvons dans le grand Recueil des Traités de
Martens un document très-curieux et qu'il est bon de
rappeler dans les circonstances actuelles. C'est un firman
par lequel, en 1774, le Grand-Seigneur défendait aux
navires anglais d'aborder à Suez ; et cette défense, chose
plus curieuse encore, était alors acceptée par la Com-
pagnie des Indes.
Les choses sont bien changées.
En 1858, l'Angleterre, maîtresse à peu près exclu-
sive, par sa marine et ses possessions coloniales, de la
navigation de la mer Rouge, après avoir occupé Périm,
possession turque, veut défendre à la Turquie d'établir
un passage entre la Méditerranée et la mer Rouge, au
moyen d'un canal qui donnerait accès dans la mer
Rouge à ses propres bâtiments et à ceux des autres
puissances.
Quel chemin fait de 1774 à 1858 !
Voici le document tel qu'il est cité par Martens :
Firman de la Porte Ottomane contre les tentatives des An-
glais d'établir une circulation de leurs marchandises dans
les provinces turques par la mer Rouge et Suez (1774).
« Les historiens nous apprennent que les chrétiens, secte
artificieuse et entreprenante, ont, dès l'origine des temps,
fait usage de la fourberie et de la violence pour exécuter leurs
projets ambitieux. Quelques-uns d'entre eux s'introduisent,
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