Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1858-04-25
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 25 avril 1858 25 avril 1858
Description : 1858/04/25 (A3,N45). 1858/04/25 (A3,N45).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203091f
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 14/05/2012
DIMANCHE 25 AVRIL. JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 211
Nous trouvons dans la chronique du Journal des Econo-
mistes, avril 1858, les remarques suivantes qui sont frap-
pantes de vérité :
u Le Times considère le canal projeté de Suez à Péluse
comme une combinaison inventée dans l'intérêt exclusif de
la France, pour opposer une concurrence aux communications
établies par l'Angleterre en Egypte, et ruiner l'influence bri-
tannique en Orient. Or, voici ce Qu'écrivait le Times lui-
même le 5 août 1856 : « En voyant la concurrence qui s'ac-
croit de toutes parts, quand la France transporte son
immense énergie de la politique aux spéculations commer-
ciales, etc., etc. (Voir la fin de la citation plus haut page 187,
dans l'article du Journal des Débets).«
Celait parler d'or. D'où vient dQuç que le Times a changé
tout cela? Ce n'est pas à l'économie politique qu'il appartient
sans dojite d'en indiquer les causes. »
On le voit donc, d'après tous les extraits qui précèdent, la
sympathie qu'excite notre grande entreprise s'accroît avec
les attaques mêmes dont elle est l'objet. Déjà nous avions vu
un pareil phénomène se produire l'année dernière , lorsque
lord Palmerston se permit, dans le sein du Parlement, ce lan-
gage que chacun connaît. La violence de ses attaques redoubla
l'intérêt qui s'attachait à cette noble cause, qui est après tout
celle de la civilisation et de l'humanité.
Il en sera de même aujourd'hui des violences du Times,
et l'on peut être assuré qu'elles nous feront des amis nou-
veaux.
Le Times a beau rapporter à une origine mensongère l'idée
du percement de l'isthme de Suez, ces grossières insinuations
ne changeront pas la nature des choses ; et si ce projet était
simplement le rêve de quelques Français avides, jaloux et
chimériques, comme il le prétend, le Times aurait bien dû
nous dire alors comment il se peut qu'une pensée aussi fausse
et aussi peu honorable ait fait un tel chemin dans le monde
depuis trois ans et demi.
Les puissances méditerranéennes ne rêvent pas quand elles
désirent étendre le champ de leur activité aujourd'hui trop
à l'étroit et qu'elles veulent par le golfe Arabique pénétrer
dans les Indes et les mers de l'Asie qui leur sont aujourd'hui
fermées. Le commerce anglais ne rêve pas quand il déclare
à l'unanimité que l'ouverture de l'isthme serait un immense
avantage pour lui, en lui permettant d'éviter la traversée
redoutable du Cap ; et en lui abrégeant de moitié sa route des
Indes, de l'Australie et de la Chine. La Hollande ne rêve pas
en croyant que Java serait plus près d'elle; l'Espagne ne rêve
pas en croyant aussi que les Philippines seraient moins loin.
La France ne rêve pas en croyant, comme la Hollande et
l'Espagne, qu'elle arriverait plus vite par la mer Rouge à la
Réunion et à Pondichéry.
Voilà les intérêts sérieux et pressants qui se groupent au-
tour du projet du canal de Suez, et les injures les plus vio-
lentes n'y font absolument rien. Ces intérêts sont là et de-
mandent une prompte satisfaction. De là le succès du canal
de Suez, les espérances qu'il fait naître de toutes parts et les
sympathies puissantes qu'il a rencontrées. Il répond à un
besoin de notre siècle; et le Times, d'ordinaire plus avisé,
devrait bien sentir que le triomphe est promis à une telle
cause malgré les obstacles qu'on lui suscite, et malgré les
sarcasmes dont on cherche à l'accabler.
Il faut rendre ce témoignage au Times qu'il aurait pu
dans ses diatribes aller encore un peu plus loin. On se rap-
pelle que l'ancien journal de lord Palmerston, le Morning
Post, avait trouvé un excellent argument contre la presse
continentale et la presse française. Elle était « vendue,, au ca-
nal de Suez, et elle ne montrait tant d'activité que pour ga-
gner plus loyalement le salaire immense qu'elle recevait. On
avait répondu au Morning l'ost que si la presse était vendue
comme il le disait, il lui restait à expliquer comment, à côté
des journaux, les gouvernements s'étaient prononcés non
moins vivement pour l'entreprise qui doit joindre les deux
mers. Outre les journaux, on avait donc acheté les cabinets
d'Autriche, de Piémont, d'Espagne, de Naples, de Hollande,
de Grèce, de Prusse, de Russie, de France, des Etats-Unis,
de Turquie, etc., etc. L'argument du Morning Post était dé-
testable; mais c'est peut-être un motif de plus de savoir gré
au Times de ne l'avoir pas repris. C'est vraiment dommage;
car cet argument valait au moins les siens, et il y figurerait
très-bien. Si les promoteurs du canal de Suez sont des aven-
turiers, il est bien probable que tous les gens qui le sou-
tiennent de leur plume ou de leur politique sont des gens
vendus. Nous signalons au Times cet heureux complément
de sa polémique; et ppisqu'il soutient, dit-on, lord Palmer-
ston, nous ne voyons pas pourquoi il n'emprunterait pas aux
journaux de l'ex-premier ministre des idées aussi justes et
aussi larges.
En voyant l'effet qu'a produit sur la presse ce premier ar-
ticle du Times , il est à désirer pour nous qu'il en publie encore
beaucoup de semblables; et nous sommes assurés que de pa-
reilles critiques sont faites pour nous grandir et pour nous
fortifier de tous les torts de nos adversaires.
Il était naturel , comme nos lecteurs le remarqueront, que
ce fussent surtout les journaux français qui répondissent au
Times, puisque c'était eux que le Times avait surtout pro-
voqués. Les réponses n'ont pas manqué ; mais sous cette
question particulière , il y a la question générale qui reste tou-
jours la même; et c'est là ce qui fait que la presse allemande,
!a presse italienne, la presse espagnole, la presse anglaise
elle-même, ne nous ont pas ptus manqué dans cette occasion
que dans toutes les autres. Les prétentions affichées par le
Times sur la prépotence anglaise sont absolument insoutena-
bles ; et elles ont quelque chose de menaçant pour l'indépen-
dance des autres nations et pour leurs légitimes in térèts. Comme
le Times jouit d'une grande influence, on prête naturellement
une grande importance à ses déclarations; et celles-là étaient
faites pour éveiller de vives susceptibilités. C'est aulant d'ad-
hérents nouveaux que l'on gagne à notre cause ; et les diatribes
du Times ont tout juste l'effet qu'avaient eu celles de lord Pal-
merston.
Nous n'avons donc point à nous en préoccuper plus qu'il
ne faut; mais le Times aurait dû s'apercevoir qu'il commet-
tait une faute assez grave. l'n premier Cabinet s'était prononcé
l'année dernière contre le canal de Suez. C'était une mauvaise
conduite. Un second Cabinet, imitant ce fâcheux exemple, fait
un faux pas nouveau, bien qu'il n'y fût pas tenu. Mais ce n'é-
tait pas assez. Le Times vient ajouter un troisième tort aux
deux premiers. Ce n'est pas ainsi qu'il faut s'y prendre pour
faire aimer ni même pour faire respecter l'Angleterre. Il est
toujours très-dangereux, même pour les plus forls, de mettre
le monde entier contre soi. Le Times joue ce rôle, qui n'est pas
des plus patriotiques.
ERNEST DESPLACES.
Pour compléter ce que nous avons dit plus haut de l'orga-
nisation nouvelle projetée pour le gouvernement des Indes,
Nous trouvons dans la chronique du Journal des Econo-
mistes, avril 1858, les remarques suivantes qui sont frap-
pantes de vérité :
u Le Times considère le canal projeté de Suez à Péluse
comme une combinaison inventée dans l'intérêt exclusif de
la France, pour opposer une concurrence aux communications
établies par l'Angleterre en Egypte, et ruiner l'influence bri-
tannique en Orient. Or, voici ce Qu'écrivait le Times lui-
même le 5 août 1856 : « En voyant la concurrence qui s'ac-
croit de toutes parts, quand la France transporte son
immense énergie de la politique aux spéculations commer-
ciales, etc., etc. (Voir la fin de la citation plus haut page 187,
dans l'article du Journal des Débets).«
Celait parler d'or. D'où vient dQuç que le Times a changé
tout cela? Ce n'est pas à l'économie politique qu'il appartient
sans dojite d'en indiquer les causes. »
On le voit donc, d'après tous les extraits qui précèdent, la
sympathie qu'excite notre grande entreprise s'accroît avec
les attaques mêmes dont elle est l'objet. Déjà nous avions vu
un pareil phénomène se produire l'année dernière , lorsque
lord Palmerston se permit, dans le sein du Parlement, ce lan-
gage que chacun connaît. La violence de ses attaques redoubla
l'intérêt qui s'attachait à cette noble cause, qui est après tout
celle de la civilisation et de l'humanité.
Il en sera de même aujourd'hui des violences du Times,
et l'on peut être assuré qu'elles nous feront des amis nou-
veaux.
Le Times a beau rapporter à une origine mensongère l'idée
du percement de l'isthme de Suez, ces grossières insinuations
ne changeront pas la nature des choses ; et si ce projet était
simplement le rêve de quelques Français avides, jaloux et
chimériques, comme il le prétend, le Times aurait bien dû
nous dire alors comment il se peut qu'une pensée aussi fausse
et aussi peu honorable ait fait un tel chemin dans le monde
depuis trois ans et demi.
Les puissances méditerranéennes ne rêvent pas quand elles
désirent étendre le champ de leur activité aujourd'hui trop
à l'étroit et qu'elles veulent par le golfe Arabique pénétrer
dans les Indes et les mers de l'Asie qui leur sont aujourd'hui
fermées. Le commerce anglais ne rêve pas quand il déclare
à l'unanimité que l'ouverture de l'isthme serait un immense
avantage pour lui, en lui permettant d'éviter la traversée
redoutable du Cap ; et en lui abrégeant de moitié sa route des
Indes, de l'Australie et de la Chine. La Hollande ne rêve pas
en croyant que Java serait plus près d'elle; l'Espagne ne rêve
pas en croyant aussi que les Philippines seraient moins loin.
La France ne rêve pas en croyant, comme la Hollande et
l'Espagne, qu'elle arriverait plus vite par la mer Rouge à la
Réunion et à Pondichéry.
Voilà les intérêts sérieux et pressants qui se groupent au-
tour du projet du canal de Suez, et les injures les plus vio-
lentes n'y font absolument rien. Ces intérêts sont là et de-
mandent une prompte satisfaction. De là le succès du canal
de Suez, les espérances qu'il fait naître de toutes parts et les
sympathies puissantes qu'il a rencontrées. Il répond à un
besoin de notre siècle; et le Times, d'ordinaire plus avisé,
devrait bien sentir que le triomphe est promis à une telle
cause malgré les obstacles qu'on lui suscite, et malgré les
sarcasmes dont on cherche à l'accabler.
Il faut rendre ce témoignage au Times qu'il aurait pu
dans ses diatribes aller encore un peu plus loin. On se rap-
pelle que l'ancien journal de lord Palmerston, le Morning
Post, avait trouvé un excellent argument contre la presse
continentale et la presse française. Elle était « vendue,, au ca-
nal de Suez, et elle ne montrait tant d'activité que pour ga-
gner plus loyalement le salaire immense qu'elle recevait. On
avait répondu au Morning l'ost que si la presse était vendue
comme il le disait, il lui restait à expliquer comment, à côté
des journaux, les gouvernements s'étaient prononcés non
moins vivement pour l'entreprise qui doit joindre les deux
mers. Outre les journaux, on avait donc acheté les cabinets
d'Autriche, de Piémont, d'Espagne, de Naples, de Hollande,
de Grèce, de Prusse, de Russie, de France, des Etats-Unis,
de Turquie, etc., etc. L'argument du Morning Post était dé-
testable; mais c'est peut-être un motif de plus de savoir gré
au Times de ne l'avoir pas repris. C'est vraiment dommage;
car cet argument valait au moins les siens, et il y figurerait
très-bien. Si les promoteurs du canal de Suez sont des aven-
turiers, il est bien probable que tous les gens qui le sou-
tiennent de leur plume ou de leur politique sont des gens
vendus. Nous signalons au Times cet heureux complément
de sa polémique; et ppisqu'il soutient, dit-on, lord Palmer-
ston, nous ne voyons pas pourquoi il n'emprunterait pas aux
journaux de l'ex-premier ministre des idées aussi justes et
aussi larges.
En voyant l'effet qu'a produit sur la presse ce premier ar-
ticle du Times , il est à désirer pour nous qu'il en publie encore
beaucoup de semblables; et nous sommes assurés que de pa-
reilles critiques sont faites pour nous grandir et pour nous
fortifier de tous les torts de nos adversaires.
Il était naturel , comme nos lecteurs le remarqueront, que
ce fussent surtout les journaux français qui répondissent au
Times, puisque c'était eux que le Times avait surtout pro-
voqués. Les réponses n'ont pas manqué ; mais sous cette
question particulière , il y a la question générale qui reste tou-
jours la même; et c'est là ce qui fait que la presse allemande,
!a presse italienne, la presse espagnole, la presse anglaise
elle-même, ne nous ont pas ptus manqué dans cette occasion
que dans toutes les autres. Les prétentions affichées par le
Times sur la prépotence anglaise sont absolument insoutena-
bles ; et elles ont quelque chose de menaçant pour l'indépen-
dance des autres nations et pour leurs légitimes in térèts. Comme
le Times jouit d'une grande influence, on prête naturellement
une grande importance à ses déclarations; et celles-là étaient
faites pour éveiller de vives susceptibilités. C'est aulant d'ad-
hérents nouveaux que l'on gagne à notre cause ; et les diatribes
du Times ont tout juste l'effet qu'avaient eu celles de lord Pal-
merston.
Nous n'avons donc point à nous en préoccuper plus qu'il
ne faut; mais le Times aurait dû s'apercevoir qu'il commet-
tait une faute assez grave. l'n premier Cabinet s'était prononcé
l'année dernière contre le canal de Suez. C'était une mauvaise
conduite. Un second Cabinet, imitant ce fâcheux exemple, fait
un faux pas nouveau, bien qu'il n'y fût pas tenu. Mais ce n'é-
tait pas assez. Le Times vient ajouter un troisième tort aux
deux premiers. Ce n'est pas ainsi qu'il faut s'y prendre pour
faire aimer ni même pour faire respecter l'Angleterre. Il est
toujours très-dangereux, même pour les plus forls, de mettre
le monde entier contre soi. Le Times joue ce rôle, qui n'est pas
des plus patriotiques.
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