Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1858-03-25
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 25 mars 1858 25 mars 1858
Description : 1858/03/25 (A3,N43). 1858/03/25 (A3,N43).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203089c
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 14/05/2012
JEUDI 25 MAR&. JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 139 -
ter rapidement des forces militaires sur les côtes de l'Arabie,
habitées par des populations turbulentes. Par le Volga et par
le golfe Persique, les flottes ottomanes auraient envahi l'Em-
pire persan. Sous ces vues politiques, Sokolli cachait des pen-
sées économiques. Le Bosphore aurait imposé son monopole
au monde oriental et occidental. « Les produits de l'Europe,
recherchés par les Indes, et les produits mille fois plus riches
des Indes, revendiqués à tout prix par l'Europe, au lieu d'em-
prunter le long et périlleux trajet de six mois du cap de Bonne-
Espérance, à peine découvert, allaient s'échanger de la main
à la main par les caravanes et par les vaisseaux sur les mar-
chés ottomans. Les deux mondes étaient condamnés à trafiquer
sous les tentes, sous le pavillon, sous les tarifs tributaires de
Sélim II. »
Du côté de la mer Noire, les vues de Sokolli échouèrent
sous les préjugés de 5,000 janissaires et. de 20,000 pionniers
envoyés à Azoff pour creuser le canal ; cette armée refusa de
travailler à une route dont le but était une contrée incon-
nue, où les jours, disaient les Tartares, étaient de vingt heu-
res, et prétendit qu'un pareil climat était en contradiction
avec les lois religieuses. Le Khan des Tartares, Devlet Ghéraï,
craignait aussi pour l'indépendance de la Crimée, et travailla
à dépopulariser dans les troupes la pensée du Grand Vizir.
Enfin une victoire du Czar Ivan V et des Russes qui apparais-
saient en Eurppe força à la retraite une armée ottomane en-
voyée pour reconquérir Astrakhan, et lança entre le Don et le
Volga des bandes de fuyards qui jetèrent la panique et la sé-
dition parmi les ouvriers du canal.
Sokolli voulut tenter en Égypte ce que l'ignorance de la
nation avait fait échouer au nord du Caucase. Une révolte gé-
nérale de l'Arabie suspendit fatalement l'exécution de cette
œuvre.
Un des plus célèbres écrivains polygraphes du seizième
siècle, Scaliger, a mentionné cette grande pensée, qui suffi-
rait pour illustrer le règne du Sultan Sélim et le Grand Vizir
Mohammed Sokolli:
Le sultan Murad III (1574-1595), successeur du Sultan Sé-
lim II, au milieu d'un règne fort agité , songea aussi au per-
cement de l'isthme de Suez. Vraisemblablement, ilfaut voir
dans ce projet la pensée persistante de Sokolli, qui avait con-
servé les sceaux de l'Empire et qui les garda jusqu'au jour où
il fut frappé par le bras d'un assassin. Deux documents, ré-
cemment découverts et dont la copie ne doit plus se trouver
flans les archives de l'ambassade de France à Constantinople,
ap laissent aucun doute sur les projets du Sultan Murad ; ce
sont deux lettres de M. de Lancosme, ambassadeur de France,
mvoyé par la Ligue auprès de la Sublime Porte. Ces lettres,
lui étaient conservées parmi les manuscrits du British
Muséum, à Londres, attestent qu'en 1586 on voulait em-
)loyer au percement de l'isthme de Suez 100,000 hommes,
40,000 âpes" et 12,000 chameaux; le chiffre énorme de la dé-
pense fut, selon l'ambassadeur, la seule raison qui fit aban-
lonner le projet.
Enfin , quelques années plus tard , le célèbre géographe
l'Anville avançait qu'un ambassadeur turc qu'il vit à Paris
di affirma avoir été envoyé par le Sultan en Égypte pour exa-
niner si le canal était praticable.
Telle est la série des faits omis dans les documents publiés
usqu'à ce moment au sujet de l'isthme de Suez.
Nous arrivons au règne du Sultan Moustapha III. C'est le
)aron de Toit qui a consigné dans un ouvrage bien connu les
)rojets de ce prince éclairé :
« Sultan Moustapha traita avec Un grand intérêt le projet
le la jonction des deux mers par l'isthme de Suez. Il voulut
même ajouter aux connaissances que j'avais à cet égard celles
des différents commissaires qui avaient voyagé en Egypte, et
l'on verra dans la quatrième partie de ces mémoires que, si
Moustapha avait assez vécu pour entreprendre ce travail il
eût trouvé dans le local des facilités qui l'aurgient mis à morgg
d'opérer la plus grande révolution dont la politique soit sus-e
ceptible. Ce Sultan, dont l'esprit commençait à s'éclairer, m'a
fait faire un travail sur cet objet important, dont il réservait
l'exécution à la paix.
» Dans les différents travaux qui ont illustré l'ancienne
Egypte, le canal de communication entre la Méditerranée et
la mer Rouge mériterait la première place, si les efforts du
génie en faveur de l'utilité publique étaient secondés par les
générations destinées à en jouir et si les fondements du bien
social pouvaient acquérir la même solidité que les préjugés
qui tendent à les détruire. Sans ces continuelles destructions,
la position la plus heureuse aurait dicté des lois immuables,
et le canal de la mer Rouge eût été constamment la base du
droit public des nations ! »
On le voit, les traditions de la politique ottomane ont été
suivies avec une remarquable persévérance. Aq point de vue
politique, comme au point de vue commercial, l'importance
et l'utilité du percement de l'isthme de Suez ont été appréciées
par les hommes qui ont porté à son point le plus culminant la
puissance et la prospérité de l'Empire ottoman, Après tant
d'efforts, après les études approfondies qui ont démontré
scientifiquement la possibilité de cette œuvre, après les mani-
festations unanimes des nations européennes, nous verrons
espérons-le, se réaliser sous le règne du Sultan Abd-ul-Alodjid
la pensée de ses illustres ancêtres.
La création d'un canal maritime international unissant la
mer Rouge à la mer Méditerranée sera, nous l'avons dit déjà,
l'honneur d'un règne déjà si fécond en grands événements.
La Presse d'Orient a joint à cet article, et pour en
rendre les considérations d'autant plus frappantes, une
carte du tracé du canal des deux mers d'après le rapport
de la Commission internationale.
G. WAGENER.
LA SYRIE ET LE CANAL DE SUEZ.
Le Daily-News du 3 mars contient une correspon-
dance intéressante datée de Beyrouth, le 16 février.
Cette lettre constate la grande importance qu'aura le
canal pour le commerce de la'Syrie, et l'impatience avec
laquelle on attend l'exécution de ce projet.
Voici quelles sont les espérances dont fait foi le cor-
respondant du Daily-News.
Les travaux seuls du canal enrichiront déjà la Syrie d'un
million de livres sterling par l'achat des pierres que l'on
prendra en partie dans le voisinage de Tyr, Sidon, et au pied
du Liban. Presque autant sera dépensé par les navires qui
transporteront ce matériel en Egypte. « L'opposition de quel-
ques hommes d'État anglais au canal de Suez a fait beaucoup
de tort à l'Angleterre dans la Syrie, dit l'auteur de Ja lettre,
tandis que les Français sont considérés comme les grands pro-
moteurs de la prospérité de cette contrée. Des indigènes intel-
ligents versés dans les affaires de commerce assurent qu'un
demi-million de livres sterling entrerait annuellement en Syrie
pour payement des produits expédiés par la voie du capal dans
la mer Rouge et l'Inde. La Syrie, en effet, ne manque ni de
ter rapidement des forces militaires sur les côtes de l'Arabie,
habitées par des populations turbulentes. Par le Volga et par
le golfe Persique, les flottes ottomanes auraient envahi l'Em-
pire persan. Sous ces vues politiques, Sokolli cachait des pen-
sées économiques. Le Bosphore aurait imposé son monopole
au monde oriental et occidental. « Les produits de l'Europe,
recherchés par les Indes, et les produits mille fois plus riches
des Indes, revendiqués à tout prix par l'Europe, au lieu d'em-
prunter le long et périlleux trajet de six mois du cap de Bonne-
Espérance, à peine découvert, allaient s'échanger de la main
à la main par les caravanes et par les vaisseaux sur les mar-
chés ottomans. Les deux mondes étaient condamnés à trafiquer
sous les tentes, sous le pavillon, sous les tarifs tributaires de
Sélim II. »
Du côté de la mer Noire, les vues de Sokolli échouèrent
sous les préjugés de 5,000 janissaires et. de 20,000 pionniers
envoyés à Azoff pour creuser le canal ; cette armée refusa de
travailler à une route dont le but était une contrée incon-
nue, où les jours, disaient les Tartares, étaient de vingt heu-
res, et prétendit qu'un pareil climat était en contradiction
avec les lois religieuses. Le Khan des Tartares, Devlet Ghéraï,
craignait aussi pour l'indépendance de la Crimée, et travailla
à dépopulariser dans les troupes la pensée du Grand Vizir.
Enfin une victoire du Czar Ivan V et des Russes qui apparais-
saient en Eurppe força à la retraite une armée ottomane en-
voyée pour reconquérir Astrakhan, et lança entre le Don et le
Volga des bandes de fuyards qui jetèrent la panique et la sé-
dition parmi les ouvriers du canal.
Sokolli voulut tenter en Égypte ce que l'ignorance de la
nation avait fait échouer au nord du Caucase. Une révolte gé-
nérale de l'Arabie suspendit fatalement l'exécution de cette
œuvre.
Un des plus célèbres écrivains polygraphes du seizième
siècle, Scaliger, a mentionné cette grande pensée, qui suffi-
rait pour illustrer le règne du Sultan Sélim et le Grand Vizir
Mohammed Sokolli:
Le sultan Murad III (1574-1595), successeur du Sultan Sé-
lim II, au milieu d'un règne fort agité , songea aussi au per-
cement de l'isthme de Suez. Vraisemblablement, ilfaut voir
dans ce projet la pensée persistante de Sokolli, qui avait con-
servé les sceaux de l'Empire et qui les garda jusqu'au jour où
il fut frappé par le bras d'un assassin. Deux documents, ré-
cemment découverts et dont la copie ne doit plus se trouver
flans les archives de l'ambassade de France à Constantinople,
ap laissent aucun doute sur les projets du Sultan Murad ; ce
sont deux lettres de M. de Lancosme, ambassadeur de France,
mvoyé par la Ligue auprès de la Sublime Porte. Ces lettres,
lui étaient conservées parmi les manuscrits du British
Muséum, à Londres, attestent qu'en 1586 on voulait em-
)loyer au percement de l'isthme de Suez 100,000 hommes,
40,000 âpes" et 12,000 chameaux; le chiffre énorme de la dé-
pense fut, selon l'ambassadeur, la seule raison qui fit aban-
lonner le projet.
Enfin , quelques années plus tard , le célèbre géographe
l'Anville avançait qu'un ambassadeur turc qu'il vit à Paris
di affirma avoir été envoyé par le Sultan en Égypte pour exa-
niner si le canal était praticable.
Telle est la série des faits omis dans les documents publiés
usqu'à ce moment au sujet de l'isthme de Suez.
Nous arrivons au règne du Sultan Moustapha III. C'est le
)aron de Toit qui a consigné dans un ouvrage bien connu les
)rojets de ce prince éclairé :
« Sultan Moustapha traita avec Un grand intérêt le projet
le la jonction des deux mers par l'isthme de Suez. Il voulut
même ajouter aux connaissances que j'avais à cet égard celles
des différents commissaires qui avaient voyagé en Egypte, et
l'on verra dans la quatrième partie de ces mémoires que, si
Moustapha avait assez vécu pour entreprendre ce travail il
eût trouvé dans le local des facilités qui l'aurgient mis à morgg
d'opérer la plus grande révolution dont la politique soit sus-e
ceptible. Ce Sultan, dont l'esprit commençait à s'éclairer, m'a
fait faire un travail sur cet objet important, dont il réservait
l'exécution à la paix.
» Dans les différents travaux qui ont illustré l'ancienne
Egypte, le canal de communication entre la Méditerranée et
la mer Rouge mériterait la première place, si les efforts du
génie en faveur de l'utilité publique étaient secondés par les
générations destinées à en jouir et si les fondements du bien
social pouvaient acquérir la même solidité que les préjugés
qui tendent à les détruire. Sans ces continuelles destructions,
la position la plus heureuse aurait dicté des lois immuables,
et le canal de la mer Rouge eût été constamment la base du
droit public des nations ! »
On le voit, les traditions de la politique ottomane ont été
suivies avec une remarquable persévérance. Aq point de vue
politique, comme au point de vue commercial, l'importance
et l'utilité du percement de l'isthme de Suez ont été appréciées
par les hommes qui ont porté à son point le plus culminant la
puissance et la prospérité de l'Empire ottoman, Après tant
d'efforts, après les études approfondies qui ont démontré
scientifiquement la possibilité de cette œuvre, après les mani-
festations unanimes des nations européennes, nous verrons
espérons-le, se réaliser sous le règne du Sultan Abd-ul-Alodjid
la pensée de ses illustres ancêtres.
La création d'un canal maritime international unissant la
mer Rouge à la mer Méditerranée sera, nous l'avons dit déjà,
l'honneur d'un règne déjà si fécond en grands événements.
La Presse d'Orient a joint à cet article, et pour en
rendre les considérations d'autant plus frappantes, une
carte du tracé du canal des deux mers d'après le rapport
de la Commission internationale.
G. WAGENER.
LA SYRIE ET LE CANAL DE SUEZ.
Le Daily-News du 3 mars contient une correspon-
dance intéressante datée de Beyrouth, le 16 février.
Cette lettre constate la grande importance qu'aura le
canal pour le commerce de la'Syrie, et l'impatience avec
laquelle on attend l'exécution de ce projet.
Voici quelles sont les espérances dont fait foi le cor-
respondant du Daily-News.
Les travaux seuls du canal enrichiront déjà la Syrie d'un
million de livres sterling par l'achat des pierres que l'on
prendra en partie dans le voisinage de Tyr, Sidon, et au pied
du Liban. Presque autant sera dépensé par les navires qui
transporteront ce matériel en Egypte. « L'opposition de quel-
ques hommes d'État anglais au canal de Suez a fait beaucoup
de tort à l'Angleterre dans la Syrie, dit l'auteur de Ja lettre,
tandis que les Français sont considérés comme les grands pro-
moteurs de la prospérité de cette contrée. Des indigènes intel-
ligents versés dans les affaires de commerce assurent qu'un
demi-million de livres sterling entrerait annuellement en Syrie
pour payement des produits expédiés par la voie du capal dans
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