Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1858-02-10
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 10 février 1858 10 février 1858
Description : 1858/02/10 (A3,N40). 1858/02/10 (A3,N40).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k62030864
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 24/10/2012
MERCREDI 10 FÉVRIER. JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 71
qui ne manque jamais d'étonner les navigateurs européens.
Malheureusement le système de déprédation en vigueur dans
ce pays empêchera longtemps encore en Cochinchine l'emploi
des richesses dont la nature l'a dotée.
Le culte de Bouddha, ou dieu Fo, est de tous les dogmes
établis le plus populaire. Il diffère peu de celui qu'on observe
en Chine. Ainsi les pagodes y présentent les mêmes disposi-
tions , et on y adore la divinité sous une forme pareille. De
même qu'en Chine, on y consulte le sort, et on y conjure le
génie du mal en brûlant sur son aulel des papiers dorés et
argentés. Astreints aux mêmes règles que les bonzes chinois,
les prêtres du dieu Fo sont voués au célibat, mais ils en en-
freigneut assez généralement la loi. Ils ne s'occupent point de
l'instruction du peuple, qui possède si peu de notions sur la
religion nationale, qu'on l'a vu plusieurs fois délibérer sur le
choix d'une croyance, et souvent n'en admettre aucune. La
seule coutume religieuse qu'il observe est la vénération des
morts; des funérailles quelquefois magnifiques les accompa-
gnent à la dernière demeure, et des autels où, le 1er et le 15
de chaque mois, on dépose des mets que la famille mange
ensuite, leur sont consacrés.
La religion catholique, introduite dans l'empire annamite
par des jésuites portugais en 1624, compte aujourd'hui, sur
une population de quinze millions d'habitanls, deux millions
de croyants, dont la persécution augmente le nombre tous les
jours. Elle est représentée par trente missionnaires environ,
savoir : vingt missionnaires français et dix missionnaires
espagnols. Il existe en outre dans le pays des prêtres indi-
gènes, dont on fixe le nombre à cent cinquante. C'est surtou.t
chez le peuple qu'ils font des prosélytes, et cela se conçoit,
d'ailleurs, dans un pays qui gémit sous la plus complète op-
pression.
Le Cochiachinois est de mœurs douces; il est serviable,
hospitalier, très-démonstratif dans le témoignage de ses poli-
tesses; mais contenu par des supérieurs toujours prêts à le
malmener, son caractère a contracté une certaine timidité vis-
à-vis de l'étranger et une méfiance qui ne demanderait qu'un
peu de sécurité pour disparaître. Patient, obéissant, sobre ,
dur à la fatigue, il aurait la plupart des qualités requises pour
faire un bon soldat, si une organisation militaire bien enten-
due en faisait un emploi intelligent.
Tous les Cochinchinois sont soldats de naissance, c'est-à-
dire que tous sont tenus de consacrer seize années de leur vie
au service de l'Empereur. C'est à dix-huit ans qu'ils sont ap-
pelés sous les drapeaux, où ils reçoivent chaque jour une mo-
dique ration de riz, et à peu près 2 fr. par mois. Rien de
grotesque comme l'équipement du soldat cochinchinois, dit
un voyageur. Un petit chapeau conique en cuir de rhinocéros,
fort étroit et quelquefois surmonté d'un plumet rouge ou
jaune, recouvre ses longs cheveux malpropres, ramassés sans
art sur le derrière de la tête; un pantalon de toile grise très-
grossière, ne descendant pas plus bas que le genou, laisse
* voir à nu sa peau sale et flétrie; une tunique ou casaque, as-
sez semblable pour la forme à celle de nos forçats, complète son
habillement. La tunique est bleue, jaune ou rouge, selon que le
soldat appartient à tel ou tel corps, et elle a toujours de larges
parements d'une couleur différente. Tout soldat dont le chapeau
est orné d'un plumet a un fusil. L'artilleur, dont la coiffure
est privée de cet appendice, n'a qu'une lance longue de quatre
à cinq mètres, mais au bout de laquelle flotte une frange écla-
tante de couleur rouge.
Pour tous les faits divers : ERNEST DESPLACES.
NOUVELLES D'ÉGYPTE.
(Co-rrespondance particulière de l'IsTamE DE SUEZ,)
Alexandrie , le 25 janvier 1858.
Entre la date de ma dernière lettre du 23 décembre et la
date de la présente, rien absolument ne s'est passé ici qui
mérite de vous être signalé. Son Altesse continue ses voyages
d'explorations dans les provinces de la basse Egypte. Elle est
dans ce moment à Alexandrie, d'où on pense qu'elle se rendra
sous peu de jours au barrage, dont les travaux continuent
toujours.
Le mauvais temps qui règne sans interruption depuis bien-
tôt trois mois, a rendu également bien peu important le
mouvement commercial de notre port, surtout en ce qui
concerne l'exportation, de sorte que je ne sais vraiment que
vous dire soit sous le rapport politique, soit sous le rapport
commercial. «
Les passages de troupes anglaises à travers l'Égypte ont
continué depuis ma dernière lettre sur une plus grande échelle;
et l'on annonce que ce mouvement de troupes va devenir de
plus en plus important et que 9,000 hommes environ arri-
veront bientôt à de courts intervalles. Les affaires des Anglais
dans les Indes nécessitent en effet de nouveaux envois de
troupes, plus considérables encore que les premiers, et sur-
tout des envois très-prompts. Le gouvernement de Sa Majesté
Britannique ne se borne plus à envoyer quelques centaines
d'hommes par les paquebots réguliers de la Compag nie Pénin-
sulaire et Orientale. On s'est décidé à employer la voie de
Suez pour des expéditions bien plus considérables; et nous
avons eu ces temps derniers sur rade deux grands bâtiments
de guerre la Princess royal et le Vattenst qui ont débarqué
l'un et l'autre environ 600 hommes de soldats anglais, les-
quels ont été dirigés immédiatement sur Suez. Ce passage par-
faitement bien organisé s'effectue, comme je vous l'ai dit, en
très-peu d'heures maintenant.
On a donc reconnu @ enfin, quoiqu'un peu tard, les avan-
tages du transit par L'Egypte, et il faut croire que maintenant
la voie du Cap, si longue et si pénible, sera abandonnée par
le gouvernement britannique pour ses envois de soldats dans
les Indes. -
On attend avec impatience ici les nouvelles directes de Con-
stantinople, et l'on fait généralement des vœux pour que la
Porte cède promptement aux désirs que l'Europe entière a
si clairement exprimés, en accordant à M. de Lesseps le fir-
man qu'il sollicite afin de commencer, sans plus de retards,
les travaux du canal maritime de Suez.
La crise financière et commerciale qui a fait tant de mal
en Europe a passé assez légèrement sur l'Egypte. Il y a
bien eu quelques embarras passagers dans le commerce, le
crédit s'est bien un peu resserré et le numéraire s'est raréfié
un moment; mais tout cela n'a été heureusement que mo-
mentané; et grâce surtout à l'empressement louable que le
gouvernement a mis ces temps derniers à régler ses comptes
avec le commerce, l'argent est devenu plus abondant depuis
quelques jours et le crédit s'est rassuré.
Pour extraits : ERNEST DESPLACBSJ
REVUE DE LA PRESSE.
Le Railway Times du 23 janvier reproduit avec quelques
observations le mémorandum adressé par M. de Lesseps' au
Grand Vizir, les résolutions deS Chambres de commerce de
qui ne manque jamais d'étonner les navigateurs européens.
Malheureusement le système de déprédation en vigueur dans
ce pays empêchera longtemps encore en Cochinchine l'emploi
des richesses dont la nature l'a dotée.
Le culte de Bouddha, ou dieu Fo, est de tous les dogmes
établis le plus populaire. Il diffère peu de celui qu'on observe
en Chine. Ainsi les pagodes y présentent les mêmes disposi-
tions , et on y adore la divinité sous une forme pareille. De
même qu'en Chine, on y consulte le sort, et on y conjure le
génie du mal en brûlant sur son aulel des papiers dorés et
argentés. Astreints aux mêmes règles que les bonzes chinois,
les prêtres du dieu Fo sont voués au célibat, mais ils en en-
freigneut assez généralement la loi. Ils ne s'occupent point de
l'instruction du peuple, qui possède si peu de notions sur la
religion nationale, qu'on l'a vu plusieurs fois délibérer sur le
choix d'une croyance, et souvent n'en admettre aucune. La
seule coutume religieuse qu'il observe est la vénération des
morts; des funérailles quelquefois magnifiques les accompa-
gnent à la dernière demeure, et des autels où, le 1er et le 15
de chaque mois, on dépose des mets que la famille mange
ensuite, leur sont consacrés.
La religion catholique, introduite dans l'empire annamite
par des jésuites portugais en 1624, compte aujourd'hui, sur
une population de quinze millions d'habitanls, deux millions
de croyants, dont la persécution augmente le nombre tous les
jours. Elle est représentée par trente missionnaires environ,
savoir : vingt missionnaires français et dix missionnaires
espagnols. Il existe en outre dans le pays des prêtres indi-
gènes, dont on fixe le nombre à cent cinquante. C'est surtou.t
chez le peuple qu'ils font des prosélytes, et cela se conçoit,
d'ailleurs, dans un pays qui gémit sous la plus complète op-
pression.
Le Cochiachinois est de mœurs douces; il est serviable,
hospitalier, très-démonstratif dans le témoignage de ses poli-
tesses; mais contenu par des supérieurs toujours prêts à le
malmener, son caractère a contracté une certaine timidité vis-
à-vis de l'étranger et une méfiance qui ne demanderait qu'un
peu de sécurité pour disparaître. Patient, obéissant, sobre ,
dur à la fatigue, il aurait la plupart des qualités requises pour
faire un bon soldat, si une organisation militaire bien enten-
due en faisait un emploi intelligent.
Tous les Cochinchinois sont soldats de naissance, c'est-à-
dire que tous sont tenus de consacrer seize années de leur vie
au service de l'Empereur. C'est à dix-huit ans qu'ils sont ap-
pelés sous les drapeaux, où ils reçoivent chaque jour une mo-
dique ration de riz, et à peu près 2 fr. par mois. Rien de
grotesque comme l'équipement du soldat cochinchinois, dit
un voyageur. Un petit chapeau conique en cuir de rhinocéros,
fort étroit et quelquefois surmonté d'un plumet rouge ou
jaune, recouvre ses longs cheveux malpropres, ramassés sans
art sur le derrière de la tête; un pantalon de toile grise très-
grossière, ne descendant pas plus bas que le genou, laisse
* voir à nu sa peau sale et flétrie; une tunique ou casaque, as-
sez semblable pour la forme à celle de nos forçats, complète son
habillement. La tunique est bleue, jaune ou rouge, selon que le
soldat appartient à tel ou tel corps, et elle a toujours de larges
parements d'une couleur différente. Tout soldat dont le chapeau
est orné d'un plumet a un fusil. L'artilleur, dont la coiffure
est privée de cet appendice, n'a qu'une lance longue de quatre
à cinq mètres, mais au bout de laquelle flotte une frange écla-
tante de couleur rouge.
Pour tous les faits divers : ERNEST DESPLACES.
NOUVELLES D'ÉGYPTE.
(Co-rrespondance particulière de l'IsTamE DE SUEZ,)
Alexandrie , le 25 janvier 1858.
Entre la date de ma dernière lettre du 23 décembre et la
date de la présente, rien absolument ne s'est passé ici qui
mérite de vous être signalé. Son Altesse continue ses voyages
d'explorations dans les provinces de la basse Egypte. Elle est
dans ce moment à Alexandrie, d'où on pense qu'elle se rendra
sous peu de jours au barrage, dont les travaux continuent
toujours.
Le mauvais temps qui règne sans interruption depuis bien-
tôt trois mois, a rendu également bien peu important le
mouvement commercial de notre port, surtout en ce qui
concerne l'exportation, de sorte que je ne sais vraiment que
vous dire soit sous le rapport politique, soit sous le rapport
commercial. «
Les passages de troupes anglaises à travers l'Égypte ont
continué depuis ma dernière lettre sur une plus grande échelle;
et l'on annonce que ce mouvement de troupes va devenir de
plus en plus important et que 9,000 hommes environ arri-
veront bientôt à de courts intervalles. Les affaires des Anglais
dans les Indes nécessitent en effet de nouveaux envois de
troupes, plus considérables encore que les premiers, et sur-
tout des envois très-prompts. Le gouvernement de Sa Majesté
Britannique ne se borne plus à envoyer quelques centaines
d'hommes par les paquebots réguliers de la Compag nie Pénin-
sulaire et Orientale. On s'est décidé à employer la voie de
Suez pour des expéditions bien plus considérables; et nous
avons eu ces temps derniers sur rade deux grands bâtiments
de guerre la Princess royal et le Vattenst qui ont débarqué
l'un et l'autre environ 600 hommes de soldats anglais, les-
quels ont été dirigés immédiatement sur Suez. Ce passage par-
faitement bien organisé s'effectue, comme je vous l'ai dit, en
très-peu d'heures maintenant.
On a donc reconnu @ enfin, quoiqu'un peu tard, les avan-
tages du transit par L'Egypte, et il faut croire que maintenant
la voie du Cap, si longue et si pénible, sera abandonnée par
le gouvernement britannique pour ses envois de soldats dans
les Indes. -
On attend avec impatience ici les nouvelles directes de Con-
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Porte cède promptement aux désirs que l'Europe entière a
si clairement exprimés, en accordant à M. de Lesseps le fir-
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les travaux du canal maritime de Suez.
La crise financière et commerciale qui a fait tant de mal
en Europe a passé assez légèrement sur l'Egypte. Il y a
bien eu quelques embarras passagers dans le commerce, le
crédit s'est bien un peu resserré et le numéraire s'est raréfié
un moment; mais tout cela n'a été heureusement que mo-
mentané; et grâce surtout à l'empressement louable que le
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avec le commerce, l'argent est devenu plus abondant depuis
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