Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1860-03-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 01 mars 1860 01 mars 1860
Description : 1860/03/01 (A5,N89). 1860/03/01 (A5,N89).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6529955t
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/07/2013
80 L'ISTHME DE SUEZ.
avait à l'entrée du golfe Persique un autre Gibraltar
qui répondit lui de la mer Rouge comme sa sentinelle
avancée de la côte d'Espagne lui répond de la mer Mé-
diterranée, elle ne tiendrait pas tant à imposer ses
conseils à une Compagnie dont les membres sont heu-
reusement sortis de tutelle, comme le dit spirituelle-
ment M. de Lesseps. On l'a dit et on l'a dit même en
Angleterre ; ceux qui engagent leurs capitaux dans
une entreprise en sont les meilleurs juges. Toutefois,
pour rassurer les gens qui, à force d'entendre proclamer
l'impossibilité de l'œuvre, auraient pu se laisser ébran-
ler, peut-être aussi pour calmer les paternelles inquié-
tudes des Anglais, M. de Lesseps nous donne un court
aperçu des résultats déjà obtenus et de ceux sur lesquels
on pourrait compter dans un avenir prochain, si l'on
poursuit les travaux.
» Il est reconnu que les deux mers sont de niveau.
La traversée de l'isthme est de trente-sept lieues et
demie, sur lesquels, par suite de la disposition des ter-
rains, il n'y aura à creuser que sur une largeur de
trente-deux lieues et demie, dont quinze lieues ont une
moyenne naturelle et approfondie au-dessous du niveau
des deux mers.
» La dépense pour créer une communication de ser-
vice et d'essai entre les deux mers, ayant 24 mètres de
largeur et 2 mètres 1/2 de profondeur, sera de 12 mil-
lions de francs. Le canal maritime, creusé à 5H mètres
de largeur à la flottaison, et à 6 mètres de profondeur,
coûtera, avec les ports, 50 millions. A 8 mètres de pro-
fondeur il coûterait 65 millions. Le travail a été re-
connu facile, et dans le terrain qu'on aura à creuser, il
n'y a ni roches ni pierres dans le thalweg. On n'y ren-
contre qu'exceptionnellement de l'argile pure. La So-
ciété, formée au capital de 200 millions, pourra, avec
165 millions, compléter son œuvre. Après avoir ainsi
renversé les argumentations de l'impossibilité de l'en-
treprise, M. de Lesseps prouve à ceux qui ont feint de
ne pas y croire l'avantage qui résultera même pour les
bâtiments à voile, du percement de l'isthme.
Il Nous renvoyons à sa dernière brochure ceux qui
désirent approfondir davantage cette importante ques-
tion. Du reste, la Compagnie n'obligera personne à
passer par le canal, et quiconque voudra par habitude
ou par goût suivre la route antique de Vasco de Gama
pourra librement se satisfaire.
» L'impuissance des raisonnements basés sur l'impos-
sibilité de l'œuvre est donc manifeste ; il importait de
les soutenir par une argumentation plus sérieuse en
apparence, mais qui ne supporte pas davantage l'exa-
men.
D La Compagnie de l'isthme de Suez, a-t-on dit, n'est
plus universelle, elle est devenue française.
» Comment une pareille accusation peut-elle se pro
duire entre une Société qui a appelé publiquement et
indistinctement à elle les capitaux de toutes les nations
du monde? Si un Français en a eu l'idée première, si
les inscriptions se sont surtout faites en France, c'est
une gloire pour notre patrie, mais non pas une espèce
d'accaparement à son profit exclusif, puisque les Anglais
pouvaient souscrire aussi bien que les Français et les
Autrichiens. De plus, la Compagnie ayant son siège en
Egypte, est par là même égyptienne, et elle est uni-
verselle par rapport à ses éléments financiers et admi-
nistratifs comme par rapport à son objet.
D Quant à la faculté d'élever des fortifications et de
rendre ainsi illusoire la neutralité du canal, M. de Les-
seps lui donne un démenti formel, appuyé du reste sur
les termes les plus explicites du traité avec le vice-roi.
» Le canal de Suez, a dit un journal de Londres, est
créé pour séparer l'Egypte de la Turquie au profit de la
France et au détriment des intérêts de la Grande-Breta-
gne. Admettons, ce qui n'est pas, que la France ait in-
térêt à morceler les royaumes riverains de la Méditerra-
née, le canal de Suez, loin de morceler l'empire otto-
man, tendrait, au contraire, à assurer l'unité. Car, toutes j
les nations ayant pu contribuer à sa réalisation et étant
toutes intéressées à le conserver neutre pour les besoins 1
de leur commerce, ne pourraient souffrir que l'une j
d'entre elles le confisquât à son profit. f
D Après avoir ainsi démontré la fragilité des obstacles
que l'Angleterre oppose au percement de l'isthme, M. de
Lesseps offre de faire admettre aux puissances cinq
propositions qui doivent calmer les inquiétudes vraies
ou simulées de la Grande-Bretagne, sur tous les points
qui ont éveillé ses soupçons.
» M. de Lesseps, qui a conçu cette idée en penseur
profond et qui la défend depuis en soldat intrépide,
prodigue et son temps et sa peine pour lever tous les
doutes. Si ces doutes ne sont pas sincères et ont dégé-
néré en partis pris, les raisonnements les plus clairs se-
ront impuissants contre eux.
» Pour nous, nous aimons à croire qu'après tant de
loyales explications, l'Angleterre abandonnera son sys-
tème de refus ; si elle y persistait, on ne pourrait l'at-
tribuer qu'à une politique égoïste et déloyale que l'é-
quité réprouve, et que ne justifient point les procédés
de la France à son égard. Nos soldats vont en Chine se
faire tuer a côté des Anglais ; nos voisins d'outre Manche,
commerçants et protestants, battent des mains à tous
les événements de ces derniers mois, au démembrement
à peu près consommé du territoire pontifical, et à l'in-
troduction du libre-échange dans notre pays; et ils
viendraient encore entraver une œuvre utile à l'huma-
nité sous prétexte qu'ils profiteraient moins que la
France de la réunion des deux mers 1 Certes nous som-
mes heureux de l'alliance des deux pays, mais une al-
liance achetée au prix de tous les sacrifices serait payée
trop cher.
Il Espérons que la fermeté du gouvernemert de l'Em-
pereur fera triompher de toutes les résistances le grand
projet approuvé par le fondateur de sa dynastie ; espé-
rons que les vœux de l'Europe si énergiquement expri-
més d'ailleurs dans les meetings, ne trouveront plus dé-
sormais dans le gouvernement de la reine d'Angleterre
qu'un loyal appui.
» L. C. DE MARCEIN. D
Le Gérant : ERNEST DESPLACES.
PAllÍS. — IMPRIMERIE CENTRALE DE NAPOLÉON CUAIX Er C', RUE BEBl.tt; ; 20-
avait à l'entrée du golfe Persique un autre Gibraltar
qui répondit lui de la mer Rouge comme sa sentinelle
avancée de la côte d'Espagne lui répond de la mer Mé-
diterranée, elle ne tiendrait pas tant à imposer ses
conseils à une Compagnie dont les membres sont heu-
reusement sortis de tutelle, comme le dit spirituelle-
ment M. de Lesseps. On l'a dit et on l'a dit même en
Angleterre ; ceux qui engagent leurs capitaux dans
une entreprise en sont les meilleurs juges. Toutefois,
pour rassurer les gens qui, à force d'entendre proclamer
l'impossibilité de l'œuvre, auraient pu se laisser ébran-
ler, peut-être aussi pour calmer les paternelles inquié-
tudes des Anglais, M. de Lesseps nous donne un court
aperçu des résultats déjà obtenus et de ceux sur lesquels
on pourrait compter dans un avenir prochain, si l'on
poursuit les travaux.
» Il est reconnu que les deux mers sont de niveau.
La traversée de l'isthme est de trente-sept lieues et
demie, sur lesquels, par suite de la disposition des ter-
rains, il n'y aura à creuser que sur une largeur de
trente-deux lieues et demie, dont quinze lieues ont une
moyenne naturelle et approfondie au-dessous du niveau
des deux mers.
» La dépense pour créer une communication de ser-
vice et d'essai entre les deux mers, ayant 24 mètres de
largeur et 2 mètres 1/2 de profondeur, sera de 12 mil-
lions de francs. Le canal maritime, creusé à 5H mètres
de largeur à la flottaison, et à 6 mètres de profondeur,
coûtera, avec les ports, 50 millions. A 8 mètres de pro-
fondeur il coûterait 65 millions. Le travail a été re-
connu facile, et dans le terrain qu'on aura à creuser, il
n'y a ni roches ni pierres dans le thalweg. On n'y ren-
contre qu'exceptionnellement de l'argile pure. La So-
ciété, formée au capital de 200 millions, pourra, avec
165 millions, compléter son œuvre. Après avoir ainsi
renversé les argumentations de l'impossibilité de l'en-
treprise, M. de Lesseps prouve à ceux qui ont feint de
ne pas y croire l'avantage qui résultera même pour les
bâtiments à voile, du percement de l'isthme.
Il Nous renvoyons à sa dernière brochure ceux qui
désirent approfondir davantage cette importante ques-
tion. Du reste, la Compagnie n'obligera personne à
passer par le canal, et quiconque voudra par habitude
ou par goût suivre la route antique de Vasco de Gama
pourra librement se satisfaire.
» L'impuissance des raisonnements basés sur l'impos-
sibilité de l'œuvre est donc manifeste ; il importait de
les soutenir par une argumentation plus sérieuse en
apparence, mais qui ne supporte pas davantage l'exa-
men.
D La Compagnie de l'isthme de Suez, a-t-on dit, n'est
plus universelle, elle est devenue française.
» Comment une pareille accusation peut-elle se pro
duire entre une Société qui a appelé publiquement et
indistinctement à elle les capitaux de toutes les nations
du monde? Si un Français en a eu l'idée première, si
les inscriptions se sont surtout faites en France, c'est
une gloire pour notre patrie, mais non pas une espèce
d'accaparement à son profit exclusif, puisque les Anglais
pouvaient souscrire aussi bien que les Français et les
Autrichiens. De plus, la Compagnie ayant son siège en
Egypte, est par là même égyptienne, et elle est uni-
verselle par rapport à ses éléments financiers et admi-
nistratifs comme par rapport à son objet.
D Quant à la faculté d'élever des fortifications et de
rendre ainsi illusoire la neutralité du canal, M. de Les-
seps lui donne un démenti formel, appuyé du reste sur
les termes les plus explicites du traité avec le vice-roi.
» Le canal de Suez, a dit un journal de Londres, est
créé pour séparer l'Egypte de la Turquie au profit de la
France et au détriment des intérêts de la Grande-Breta-
gne. Admettons, ce qui n'est pas, que la France ait in-
térêt à morceler les royaumes riverains de la Méditerra-
née, le canal de Suez, loin de morceler l'empire otto-
man, tendrait, au contraire, à assurer l'unité. Car, toutes j
les nations ayant pu contribuer à sa réalisation et étant
toutes intéressées à le conserver neutre pour les besoins 1
de leur commerce, ne pourraient souffrir que l'une j
d'entre elles le confisquât à son profit. f
D Après avoir ainsi démontré la fragilité des obstacles
que l'Angleterre oppose au percement de l'isthme, M. de
Lesseps offre de faire admettre aux puissances cinq
propositions qui doivent calmer les inquiétudes vraies
ou simulées de la Grande-Bretagne, sur tous les points
qui ont éveillé ses soupçons.
» M. de Lesseps, qui a conçu cette idée en penseur
profond et qui la défend depuis en soldat intrépide,
prodigue et son temps et sa peine pour lever tous les
doutes. Si ces doutes ne sont pas sincères et ont dégé-
néré en partis pris, les raisonnements les plus clairs se-
ront impuissants contre eux.
» Pour nous, nous aimons à croire qu'après tant de
loyales explications, l'Angleterre abandonnera son sys-
tème de refus ; si elle y persistait, on ne pourrait l'at-
tribuer qu'à une politique égoïste et déloyale que l'é-
quité réprouve, et que ne justifient point les procédés
de la France à son égard. Nos soldats vont en Chine se
faire tuer a côté des Anglais ; nos voisins d'outre Manche,
commerçants et protestants, battent des mains à tous
les événements de ces derniers mois, au démembrement
à peu près consommé du territoire pontifical, et à l'in-
troduction du libre-échange dans notre pays; et ils
viendraient encore entraver une œuvre utile à l'huma-
nité sous prétexte qu'ils profiteraient moins que la
France de la réunion des deux mers 1 Certes nous som-
mes heureux de l'alliance des deux pays, mais une al-
liance achetée au prix de tous les sacrifices serait payée
trop cher.
Il Espérons que la fermeté du gouvernemert de l'Em-
pereur fera triompher de toutes les résistances le grand
projet approuvé par le fondateur de sa dynastie ; espé-
rons que les vœux de l'Europe si énergiquement expri-
més d'ailleurs dans les meetings, ne trouveront plus dé-
sormais dans le gouvernement de la reine d'Angleterre
qu'un loyal appui.
» L. C. DE MARCEIN. D
Le Gérant : ERNEST DESPLACES.
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