Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1860-02-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 février 1860 15 février 1860
Description : 1860/02/15 (A5,N88). 1860/02/15 (A5,N88).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6529954d
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/07/2013
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 63
tiers'le rude apostolat de l'homme qui a immortalisé
son nom en l'attachant à cette vaste entreprise.
» Ce que M. Ferdinand de Lesseps fait depuis cinq ou
six ans pour triompher des obstacles innombrables dont
quelques-uns se dressent encore sous ses pas ; ce qu'il
a déployé d'énergie, d'habileté, de prudence, de talent,
de volonté pour arriver au point où cette grande affaire
se trouve aujourd'hui placée , ce qu'il a entassé de tra-
vaux pour éclairer l'opinion publique est inimaginable.
Les volumes ont succédé aux volumes ; les brochures,
les cartes, les éclaircissements de toute nature, la pu-
blication d'un journal spécial, forment déjà à eux seuls
une bibliothèque qui restera, car elle contient les docu-
ments, les études les plus complètes, les faits les plus
intéressants qui se rattachent à la création de l'œuvre
dont M. de Lesseps a été l'ardent promoteur. Nos neveux,
lorsqu'ils jouiront paisiblement du fruit de tant d'ef-
forts, auront de la peine à croire que pendant la seconde
moitié du XIX" siècle, alors que l'humanité était déjà en
possession de la vapeur, des chemins de fer, du télé-
graphe électrique, et, ce qui vaut mieux encore, de
l'ensemble des principes consacrés par la révolution
française, il ait fallu des luttes si opiniâtres pour assurer
le succès d'une entreprise favorable à tous les intérêts,
à tous les progrès, à toutes les nations du globe.
» Rien n'est facile ici-bas. Les passions, la routine, les
préjugés, l'égoïsme, les rivalités nationa'es qui se met-
tent en travers des questions les plus simples et des
solutions les plus désirées, ont rendu plus difficile que
tout autre l'accomplissement de l'œuvre de Suez.
Il Il a fallu d'abord éclairer le public, l'émouvoir; il a
fallu ensuite provoquer les adhésions des corps consti-
tués, des grandes cités commerciales, maritimes et ma-
nufacturières françaises et étrangères ; il a fallu vaincre
les résistances des uns, l'indifférence des autres. Dans
cette première phase M. de Lesseps a fait tout simple-
ment des prodiges ; il a eu le don d'ubiquité; il a parlé
à tous, il a été le missionnaire social par excellence.
» Puis, il était nécessaire de faire contrôler les don-
nées de In science. Une commission internationale, com-
posée des ingénieurs les plus éminents de l'Europe , a
été constituée. M. de Lesseps l'a conduite sur les lieux ;
il a fait connaître jusque dans leurs moindres détails
les observations et les décisions de ce tribunal scienti-
fique.
» Heureusement un prince, digne successeur de Méhé-
met-Ali, régnait alors sur l'Egypte. Saïd-Pacha pres-
sentit la véritable gloire de son règne : il concéda à
M. de Lesseps l'autorisation du percement de l'isthme,
sauf approbation par la Porte Ottomane.. Le gouverne-
ment turc consentit à demi mot, comme consentent les
faibles et les indécis.
» Il n'y avait donc plus à hésiter. Une grande Compa-
gnie internationale fut constituée ; la souscription, au
capital de 200 millions de francs, fut simultanément
ouverte dans le monde entier ; et nous assistâmes
à ce fait, inouï jusque-là, de l'élan des plus humbles
capitaux répondant à l'appel d'un simple particulier
sans intermédiaire de banquier, sans appui officiel, sans
espérance de primes et d'agiotage. Ce fut la théorie de
l'art pour l'art appliquée pour la première fois aux af-
faires industrielles : les souscripteurs tenaient à lion.
neùr de concourir, dans la mesure de leurs forces, à
l'accomplissement d'une grande idée.
» Tout semblait fini. Hélas ! non ! tout recommençait,
L'Angleterre avait à Constantinople un ambassadeur
en qui se personnifiaient toutes les passions égoïstes,
tous les vieux ressentiments britanniques. Lord Straf-
ford de Redcliffe exerçait sur les hommes d'Etat de la
Turquie une sorte de prestige terrifiant; ce Français
audacieux, infatigable, qui s'était résolûment mis à la
tête de l'affaire de Suez, causait à son tour de cruelles
insomnies au vieux diplomate anglais. L'ambassadeur
usa de son pouvoir pour paralyser l'entreprise ; il me-
naça le gouvernement ottoman des foudres de Saint-
James, et M. de Lesseps recommença bravement la
campagne.
» Sur ces entrefaites, lord Strafford de Redcliffe fut
rappelé et remplacé par sir Henry Bulwer. Constanti-
nople respira; M. de Lesseps fit comme Constantinople,
et crut un instant que le cabinet anglais allait revenir
à de meilleurs sentiments.
» Les travaux préparatoires furent immédiatement
qrdonnés ; l'influence anglaise souffla l'ordre de les sus-
pendre. M. de Lesseps protesta énergiquement; il in-
voqua l'appui du gouvernement français ; il se rendit à
Constantinople, au Caire, à Alexandrie, partout où sa
présence fut nécessaire, et c'est pour initier le public
aux résultats de cette rapide excursion qu'il prend la
plume et publie sa nouvelle brochure.
» Là, point de théorie, point de description : des faits,
rien que des faits ; tout mot porte. Nos lecteurs savent
déjà et nous leurs rappelons que le gouvernement turc
est très-désireux devoir l'entreprise réalisée. Mais l'An-
gleterre lui fait de gros yeux, et il a peur. Il est fâcheux
sans doute que la France, dont le vaillant effort a si
puissamment contribué à sauver la Turquie pendant sa
dernière crise, n'exerce pas, après la guerre de Crimée,
une influence plus décisive à Constantinople. Le fait est
que le gouvernement du sultan a beaucoup plus la
crainte de déplaire à l'Angleterre qu'il n'a le désir de
plaire à la France.
» Dans cette situation, et pour échapper aux embar-
ras qu'il prévoit, le gouvernement a déclaré qu'il n'avait
pas d'objection contre l'entreprise du canal, mais qu'il
laissait aux grandes puissances de l'Europe le soin de
régler sa conduite et de résoudre par un accord inter-
national la question politique qui pouvait se rattacher à
la canalisation de l'isthme de Suez.
» Les choses en sont là. L'Angleterre est forcée de
s'expliquer officiellement.
1 Les dispositions qui ont été publiquement manifes-
tées par une partie des membres du cabinet anglais ,
l'impossibilité de justifier désormais une opposition po-
litique par la défense des intérêts de là Turquie, ne per-
mettent pas à M. de Lesseps de douter qu'un prochain
concert ne s'établisse entre les puissances, et que la
tiers'le rude apostolat de l'homme qui a immortalisé
son nom en l'attachant à cette vaste entreprise.
» Ce que M. Ferdinand de Lesseps fait depuis cinq ou
six ans pour triompher des obstacles innombrables dont
quelques-uns se dressent encore sous ses pas ; ce qu'il
a déployé d'énergie, d'habileté, de prudence, de talent,
de volonté pour arriver au point où cette grande affaire
se trouve aujourd'hui placée , ce qu'il a entassé de tra-
vaux pour éclairer l'opinion publique est inimaginable.
Les volumes ont succédé aux volumes ; les brochures,
les cartes, les éclaircissements de toute nature, la pu-
blication d'un journal spécial, forment déjà à eux seuls
une bibliothèque qui restera, car elle contient les docu-
ments, les études les plus complètes, les faits les plus
intéressants qui se rattachent à la création de l'œuvre
dont M. de Lesseps a été l'ardent promoteur. Nos neveux,
lorsqu'ils jouiront paisiblement du fruit de tant d'ef-
forts, auront de la peine à croire que pendant la seconde
moitié du XIX" siècle, alors que l'humanité était déjà en
possession de la vapeur, des chemins de fer, du télé-
graphe électrique, et, ce qui vaut mieux encore, de
l'ensemble des principes consacrés par la révolution
française, il ait fallu des luttes si opiniâtres pour assurer
le succès d'une entreprise favorable à tous les intérêts,
à tous les progrès, à toutes les nations du globe.
» Rien n'est facile ici-bas. Les passions, la routine, les
préjugés, l'égoïsme, les rivalités nationa'es qui se met-
tent en travers des questions les plus simples et des
solutions les plus désirées, ont rendu plus difficile que
tout autre l'accomplissement de l'œuvre de Suez.
Il Il a fallu d'abord éclairer le public, l'émouvoir; il a
fallu ensuite provoquer les adhésions des corps consti-
tués, des grandes cités commerciales, maritimes et ma-
nufacturières françaises et étrangères ; il a fallu vaincre
les résistances des uns, l'indifférence des autres. Dans
cette première phase M. de Lesseps a fait tout simple-
ment des prodiges ; il a eu le don d'ubiquité; il a parlé
à tous, il a été le missionnaire social par excellence.
» Puis, il était nécessaire de faire contrôler les don-
nées de In science. Une commission internationale, com-
posée des ingénieurs les plus éminents de l'Europe , a
été constituée. M. de Lesseps l'a conduite sur les lieux ;
il a fait connaître jusque dans leurs moindres détails
les observations et les décisions de ce tribunal scienti-
fique.
» Heureusement un prince, digne successeur de Méhé-
met-Ali, régnait alors sur l'Egypte. Saïd-Pacha pres-
sentit la véritable gloire de son règne : il concéda à
M. de Lesseps l'autorisation du percement de l'isthme,
sauf approbation par la Porte Ottomane.. Le gouverne-
ment turc consentit à demi mot, comme consentent les
faibles et les indécis.
» Il n'y avait donc plus à hésiter. Une grande Compa-
gnie internationale fut constituée ; la souscription, au
capital de 200 millions de francs, fut simultanément
ouverte dans le monde entier ; et nous assistâmes
à ce fait, inouï jusque-là, de l'élan des plus humbles
capitaux répondant à l'appel d'un simple particulier
sans intermédiaire de banquier, sans appui officiel, sans
espérance de primes et d'agiotage. Ce fut la théorie de
l'art pour l'art appliquée pour la première fois aux af-
faires industrielles : les souscripteurs tenaient à lion.
neùr de concourir, dans la mesure de leurs forces, à
l'accomplissement d'une grande idée.
» Tout semblait fini. Hélas ! non ! tout recommençait,
L'Angleterre avait à Constantinople un ambassadeur
en qui se personnifiaient toutes les passions égoïstes,
tous les vieux ressentiments britanniques. Lord Straf-
ford de Redcliffe exerçait sur les hommes d'Etat de la
Turquie une sorte de prestige terrifiant; ce Français
audacieux, infatigable, qui s'était résolûment mis à la
tête de l'affaire de Suez, causait à son tour de cruelles
insomnies au vieux diplomate anglais. L'ambassadeur
usa de son pouvoir pour paralyser l'entreprise ; il me-
naça le gouvernement ottoman des foudres de Saint-
James, et M. de Lesseps recommença bravement la
campagne.
» Sur ces entrefaites, lord Strafford de Redcliffe fut
rappelé et remplacé par sir Henry Bulwer. Constanti-
nople respira; M. de Lesseps fit comme Constantinople,
et crut un instant que le cabinet anglais allait revenir
à de meilleurs sentiments.
» Les travaux préparatoires furent immédiatement
qrdonnés ; l'influence anglaise souffla l'ordre de les sus-
pendre. M. de Lesseps protesta énergiquement; il in-
voqua l'appui du gouvernement français ; il se rendit à
Constantinople, au Caire, à Alexandrie, partout où sa
présence fut nécessaire, et c'est pour initier le public
aux résultats de cette rapide excursion qu'il prend la
plume et publie sa nouvelle brochure.
» Là, point de théorie, point de description : des faits,
rien que des faits ; tout mot porte. Nos lecteurs savent
déjà et nous leurs rappelons que le gouvernement turc
est très-désireux devoir l'entreprise réalisée. Mais l'An-
gleterre lui fait de gros yeux, et il a peur. Il est fâcheux
sans doute que la France, dont le vaillant effort a si
puissamment contribué à sauver la Turquie pendant sa
dernière crise, n'exerce pas, après la guerre de Crimée,
une influence plus décisive à Constantinople. Le fait est
que le gouvernement du sultan a beaucoup plus la
crainte de déplaire à l'Angleterre qu'il n'a le désir de
plaire à la France.
» Dans cette situation, et pour échapper aux embar-
ras qu'il prévoit, le gouvernement a déclaré qu'il n'avait
pas d'objection contre l'entreprise du canal, mais qu'il
laissait aux grandes puissances de l'Europe le soin de
régler sa conduite et de résoudre par un accord inter-
national la question politique qui pouvait se rattacher à
la canalisation de l'isthme de Suez.
» Les choses en sont là. L'Angleterre est forcée de
s'expliquer officiellement.
1 Les dispositions qui ont été publiquement manifes-
tées par une partie des membres du cabinet anglais ,
l'impossibilité de justifier désormais une opposition po-
litique par la défense des intérêts de là Turquie, ne per-
mettent pas à M. de Lesseps de douter qu'un prochain
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