Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1860-01-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 15 janvier 1860 15 janvier 1860
Description : 1860/01/15 (A5,N86). 1860/01/15 (A5,N86).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6529952k
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/07/2013
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 29
Il est vrai que les choses se sont ainsi passées en
Grèce, dans l'affaire de Pacifico ; mais Pacifico n'était
pas un protégé français.
Il est vrai encore que, il y a quelque temps, le Ti-
mes proposait des moyens analogues comme bons
prétextes pour s'emparer de Djeddah ; mais ce n'était
pas à la France qu'il les proposait.
Le correspondant du Daily-News ne voit-il donc pas
jusqu'où ses inquiétudes l'entraînent. Il y a plusieurs
milliers de Français établis en Égypte et dans toute
la Turquie : ils peuvent aussi chercher des querelles,
faire des réclamations plus ou moins fondées. Si le
gouvernement français est dans les bonnes dispo-
sitions que lui suppose le correspondant, il n'a pas
besoin du désert de Suez pour se donner carrière, et
nous ne voyons qu'un moyen de rassurer ces pruden-
tes appréhensions ; c'est qu'un hatti-cheriff du sul-
tan ordonne immédiatement l'expulsion de tous les
Français habitant ses domaines, pour cause de suspi-
cion légitime. Ce sera aussi raisonnable que de con-
damner le désert de l'isthme à une perpétuelle stéri-
lité, parce qu'il pourrait être fécondé par des cultiva-
teurs français qui pourraient réclamer quelque jour
des indemnités.
Cependant, il est un autre moyen de calmer ces
inquiétudes : ce n'est point par des Européens que le
désert peut être cultivé, pas plus que les Antilles et
les terres de l'Inde, c'est par le fellah, c'est par
le travailleur indigène, et nous pouvons apprendre
dès à présent au Daily-News que plusieurs tribus du
désert ont fait, dans ce sens, des ouvertures à la
Compagnie.
Enfin, si les soupçons du correspondant ne cédaient
pas à ces observations, nous pourrions [lui offrir de
s'entendre avec ses compatriotes pour obtenir de la
Compagnie la location de telle quantité de terres
qu'ils jugeraient convenable de mettre en production,
et nous lui garantissons le succès de sa demande ;
seulement nous ne voulons ni le surprendre ni l'in-
duire en erreur : ces terres ne seront ni sous la loi
anglaise, ni sous la loi française, elles seront sous la
loi égyptienne ; c'est ainsi que l'ordonnent et l'exi-
gent les termes de la concession ; ces terres devant
payer l'impôt égyptien au même titre et de la même
façon que les terres égyptiennes, et tout locataire qui
s'y refusera sera bel et bien déchu de sa jouissance
sans que les capitulations puissent l'en dispenser.
N'est-il pas vraiment affligeant de voir qu'on in-
vente de semblables misères, parce qu'à tout prix
il faut venir au secours d'une mauvaise cause dans
l'embarras ?
Au moins faudrait-il que le correspondant eût quel-
que notion du sujet dont il parie. Par exemple, il
prétend que la culture est impossible sans la rigole de
service, et qu'après la rigole il ne sera plus rien fait.
Ceci nous prouve d'abord combien on craint l'exécu-
tion de cette rigole, destinée à démontrer la possi-
bilité de la communication entre les deux mers,
puisqu'elle a pour objet de l'effectuer d'abord sur
une petite échelle. Mais si, comme on le dit, le *
canal, quelles qu'en soient les dimensions, ne doit
être qu'un fossé bourbeux ou desséché, la rigole
n'est pas plus à craindre que le canal ; les cultiva-
teurs ne pourront pas plus utiliser l'une que les
navigateurs ne pourront utiliser l'autre, et par consé-
quent, le fantôme de la colonisation est aussi chimé-
rique que le fantôme de la navigation. Le correspon-
dant du Daily-News, on le voit, ne brille point par
la logique.
En outre, s'il avait la moindre teinture de la ques-
tion, il saurait que la rigole, en faisant communiquer
les deux mers, doit leur emprunter ses eaux, et que
dès lors elle sera tout à fait inutile pour les besoins
de la culture Ce n'est point pour la culture que la
rigole est bonne, c'est pour la facilité des travaux,
pour le transport des ouvriers et des matériaux, et
enfin pour faire taire ces incrédules systématiques,
protestant qu'il est imposible de maintenir un cours
d'eau permanent entre le port de Suez et la baie de
Péluse. Cette horreur de la rigole nous fait assez
soupçonner que le correspondant n'a pas dans l'in-
faillibilité de M. Stephenson et dans l'impraticabilité
de joindre les deux mers, toute la foi qu'il veut bien
étaler.
Nous avons été assez agréablement surpris de trou-
ver dans les réflexions du correspondant un aveu qui
a bien sa valeur et que nous devons signaler. Il re-
connaît qu'à Constantinople la diplomatie anglaise ap-
puie son opposition sur des motifs qui ne sont point
ses motifs véritables et dont il se permet de rire. Mais
si les motifs commerciaux ne sont que des prétextes,
faut-il penser autrement des motifs politiques? Si l'inté-
rêt sentimental qu'on a manifesté pour les actionnaires
n'est qu'une comédie, y a-t-il plus de sincérité dans
la sollicitude qu'on témoigne pour d'autres droits qui
ne sont point menacés? Puisque l'Angleterre, d'après
le correspondant, ne dit pas ses véritables motifs au
point de vue commercial, ne les caclie-t-elle point quel-
que peu au point de vue politique? Pourquoi donc
dissimulerait-elle ses craintes sur les prétendus dan-
gers d'une colonisation française dans l'isthme si elle
croyait cette thèse soutenable, et certes elle n'est pas
difficile en fait d'arguments, puisque ceux qu'elle em-
ploie sont d'un si haut comique au dire du correspon-
dant.
Nous avons donc lieu de croire qu'ici le correspon-
dant lui-même n'est pas plus franc que la diplomatie,
et des gens qui se piquent d'une vraie franchise nous
ont insinué que la véritable pensée de l'opposition de
l'Angleterre, c'est que l'ouverture du canal mettrait à
jamais l'isthme et l'Egypte à l'abri de toutes les am-
bitions, même de la sienne.
Il est vrai que les choses se sont ainsi passées en
Grèce, dans l'affaire de Pacifico ; mais Pacifico n'était
pas un protégé français.
Il est vrai encore que, il y a quelque temps, le Ti-
mes proposait des moyens analogues comme bons
prétextes pour s'emparer de Djeddah ; mais ce n'était
pas à la France qu'il les proposait.
Le correspondant du Daily-News ne voit-il donc pas
jusqu'où ses inquiétudes l'entraînent. Il y a plusieurs
milliers de Français établis en Égypte et dans toute
la Turquie : ils peuvent aussi chercher des querelles,
faire des réclamations plus ou moins fondées. Si le
gouvernement français est dans les bonnes dispo-
sitions que lui suppose le correspondant, il n'a pas
besoin du désert de Suez pour se donner carrière, et
nous ne voyons qu'un moyen de rassurer ces pruden-
tes appréhensions ; c'est qu'un hatti-cheriff du sul-
tan ordonne immédiatement l'expulsion de tous les
Français habitant ses domaines, pour cause de suspi-
cion légitime. Ce sera aussi raisonnable que de con-
damner le désert de l'isthme à une perpétuelle stéri-
lité, parce qu'il pourrait être fécondé par des cultiva-
teurs français qui pourraient réclamer quelque jour
des indemnités.
Cependant, il est un autre moyen de calmer ces
inquiétudes : ce n'est point par des Européens que le
désert peut être cultivé, pas plus que les Antilles et
les terres de l'Inde, c'est par le fellah, c'est par
le travailleur indigène, et nous pouvons apprendre
dès à présent au Daily-News que plusieurs tribus du
désert ont fait, dans ce sens, des ouvertures à la
Compagnie.
Enfin, si les soupçons du correspondant ne cédaient
pas à ces observations, nous pourrions [lui offrir de
s'entendre avec ses compatriotes pour obtenir de la
Compagnie la location de telle quantité de terres
qu'ils jugeraient convenable de mettre en production,
et nous lui garantissons le succès de sa demande ;
seulement nous ne voulons ni le surprendre ni l'in-
duire en erreur : ces terres ne seront ni sous la loi
anglaise, ni sous la loi française, elles seront sous la
loi égyptienne ; c'est ainsi que l'ordonnent et l'exi-
gent les termes de la concession ; ces terres devant
payer l'impôt égyptien au même titre et de la même
façon que les terres égyptiennes, et tout locataire qui
s'y refusera sera bel et bien déchu de sa jouissance
sans que les capitulations puissent l'en dispenser.
N'est-il pas vraiment affligeant de voir qu'on in-
vente de semblables misères, parce qu'à tout prix
il faut venir au secours d'une mauvaise cause dans
l'embarras ?
Au moins faudrait-il que le correspondant eût quel-
que notion du sujet dont il parie. Par exemple, il
prétend que la culture est impossible sans la rigole de
service, et qu'après la rigole il ne sera plus rien fait.
Ceci nous prouve d'abord combien on craint l'exécu-
tion de cette rigole, destinée à démontrer la possi-
bilité de la communication entre les deux mers,
puisqu'elle a pour objet de l'effectuer d'abord sur
une petite échelle. Mais si, comme on le dit, le *
canal, quelles qu'en soient les dimensions, ne doit
être qu'un fossé bourbeux ou desséché, la rigole
n'est pas plus à craindre que le canal ; les cultiva-
teurs ne pourront pas plus utiliser l'une que les
navigateurs ne pourront utiliser l'autre, et par consé-
quent, le fantôme de la colonisation est aussi chimé-
rique que le fantôme de la navigation. Le correspon-
dant du Daily-News, on le voit, ne brille point par
la logique.
En outre, s'il avait la moindre teinture de la ques-
tion, il saurait que la rigole, en faisant communiquer
les deux mers, doit leur emprunter ses eaux, et que
dès lors elle sera tout à fait inutile pour les besoins
de la culture Ce n'est point pour la culture que la
rigole est bonne, c'est pour la facilité des travaux,
pour le transport des ouvriers et des matériaux, et
enfin pour faire taire ces incrédules systématiques,
protestant qu'il est imposible de maintenir un cours
d'eau permanent entre le port de Suez et la baie de
Péluse. Cette horreur de la rigole nous fait assez
soupçonner que le correspondant n'a pas dans l'in-
faillibilité de M. Stephenson et dans l'impraticabilité
de joindre les deux mers, toute la foi qu'il veut bien
étaler.
Nous avons été assez agréablement surpris de trou-
ver dans les réflexions du correspondant un aveu qui
a bien sa valeur et que nous devons signaler. Il re-
connaît qu'à Constantinople la diplomatie anglaise ap-
puie son opposition sur des motifs qui ne sont point
ses motifs véritables et dont il se permet de rire. Mais
si les motifs commerciaux ne sont que des prétextes,
faut-il penser autrement des motifs politiques? Si l'inté-
rêt sentimental qu'on a manifesté pour les actionnaires
n'est qu'une comédie, y a-t-il plus de sincérité dans
la sollicitude qu'on témoigne pour d'autres droits qui
ne sont point menacés? Puisque l'Angleterre, d'après
le correspondant, ne dit pas ses véritables motifs au
point de vue commercial, ne les caclie-t-elle point quel-
que peu au point de vue politique? Pourquoi donc
dissimulerait-elle ses craintes sur les prétendus dan-
gers d'une colonisation française dans l'isthme si elle
croyait cette thèse soutenable, et certes elle n'est pas
difficile en fait d'arguments, puisque ceux qu'elle em-
ploie sont d'un si haut comique au dire du correspon-
dant.
Nous avons donc lieu de croire qu'ici le correspon-
dant lui-même n'est pas plus franc que la diplomatie,
et des gens qui se piquent d'une vraie franchise nous
ont insinué que la véritable pensée de l'opposition de
l'Angleterre, c'est que l'ouverture du canal mettrait à
jamais l'isthme et l'Egypte à l'abri de toutes les am-
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