Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1864-11-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 01 novembre 1864 01 novembre 1864
Description : 1864/11/01 (A9,N201). 1864/11/01 (A9,N201).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203332m
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 21/05/2012
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 445
sieurs mois loin de leur famille; ils retournaient au
pays, et on évaluait à sept fois la moyenne, c'est-à-
dire à soixante-dix ou quatre-vingt mille hommes le
nombre d'ouvriers qui, pendant les trois années
qu'ont duré les travaux, avaient été employés dans
la montagne. Malgré cette affluence et ce renouvel-
lement, le prix de la muin-d'œuvre s'y est élevé au-
dessus de ce qu'elle est payée en France dans de
semblables ateliers.
» Dans les Pyrénées, pour conserver un noyau de
dix à onze mille ouvriers, les recrutements successifs
ont constaté un mouvement sextuple, dans l'espace
de deux ans, et une hausse considérable dans le
prix des salaires habituellement payés en France.
» Dans les deux exemples que nous citons, le nom-
bre des ouvriers français était excessivement res-
treint; ils n'ont pu être retenus que là où le voisinage
des villes ou des villages leur procurait des condi-
tions de logement, de nourriture et d'entretien à
peu près analogues à ce qu'ils trouvaient chez eux.
» Une pareille mobilité dans la population ouvrière
n'est pas possible à l'isthme de Suez. Elle existait
pour les contingents ; elle était même plus considé-
rable. La moyenne de la durée du séjour du fellah
sur les chantiers était d'un mois. C'est cette mobi-
lité qui a été la base du succès de l'organisation du
service sanitaire. Un mois de séjour au désert et de
travail suffisait pour épuiser la force des ouvriers
les plus faibles, et le contingent était alors renvoyé
dans ses foyers; il était remplacé par un autre, jus-
qu'au moment où le repos permettait de le ramener
au désert.
» Mais, dès qu'il s'agit d'ouvriers étrangers, la
distance est trop grande, les frais de déplacement
trop considérables. L'ouvrier des pays d'Occident,
dont l'emploi des machines exigera forcément le
concours, ne se décidera à s'expatrier qu'autant
qu'il sera séduit par un prix élevé, et retenu par des
conditions de bien-être conciliables avec l'acquisition
d'une épargne.
» L'une des plaies des grands ateliers de ce genre
est dans l'exploitation du salaire de l'ouvrier par
ses nourrisseurs, logeurs, etc., qui, à l'aide de cré-
dits d'abord faciles, enlacent l'ouvrier et le placent
dans leur dépendance. Les 15 millions qui seront
distribués annuellement en salaires à l'isthme de
Suez, attireront bon nombre de ces parasites, si
les entrepreneurs de la Compagnie n'y mettent pas
ordre en offrant l'abri, la nourriture et l'entretien à
l'ouvrier à des conditions qui serviront de modéra-
teur aux industriels de la localité.
» Ces considérations démontrent que le plus pré-
cieux des intérêts de la Compagnie est aujourd'hui,
comme le premier jour, dans le développement des
conditions qui peuvent assurer une colonisation
stable.
» Nous n'avons qu'effleuré dans ces lignes le
questions qui se rattachent à la main-d'œuvre, dans
les conditions où elle va se produire à l'isthme de
Suez. Le succès de l'avenir est ici, sans doute, as-
suré, la bataille est gagnée, mais il s'agit de bien
profiter de la victoire.
» Les questions d'emploi des machines dans le
percement de l'isthme de Suez présentent, par la
variété des applications, le programme d'étude le
plus intéressant qui se soit produit dans l'histoire,
des travaux publics.
» Il est impossible d'assister à d'aussi grands ef-
forts, à la recherche d'aussi utiles solutions, sans
se sentir entraîné à leur apporter le concours de sa
sympathie et de sa réflexion (1).
» C'est le sentiment que nous éprouverons tous
ici. Les questions sont nouvelles : non pas que les
moyens connus ne suffiraient pas à l'œuvre, mais
ils ne suffiraient pas au temps, et ils ne procure-
raient pas le maximum d'économie désirable.
(1) Nous ne saurions trop nous féliciter des nobles et généreux
sentiments qui terminent avec un élan tout français ce brillant
exposé. Ils sont dignes de l'auditoire devant lequel ils étaient ex-
primés, et de l'homme distingué qui les a proférés. Nous nous
applaudirons, quant à nous, de voir une réunion scientifique aussi
importante rechercher dans la méditation et l'étude les moyens
pratiques de faciliter les procédés par lesquels les travaux seront
exécutés, et d'en réduire les dépenses. La Compagnie, ce nous
semble, doit être aussi fière de voir s'associer à ses efforts ces mé-
ditations et ce concours, et le public y trouvera de nouveaux gages
de confiance et de sécurité.
Toutefois, qu'il nous soit permis de faire observer que le vaste
programme tracé par M. Flachat aux études de ses collègues dé-
passe le but utile qu'il serait bon de poursuivre. Il nous parait impli-
quer une situation qui n'est pas celle de la Compagnie. Il pourrait
laisser supposer aux esprits qui ne vont pas au fond des choses
que rien n'a été encore décidé sur l'organisation matérielle des
travaux, que rien n'est encore arrêté sur les procédés à employer
pour leur exécution. Cette impression serait on ne peut plus mal
fondée. La Compagnie est en possession d'un puissant matériel qui
s'augmente tous les jours de la livraison des grandes machines
qu'elle a commandées. Elle a divisé tous ses travaux en divers lots
confiés à des entrepreneurs habiles et expérimentés qui de leur côté
s'approvisionnent d'un matériel encore plus considérable, qui sont
engagés envers elle par des contrats réguliers. On procède sans relâche
à la transformation des ateliers, nécessitée par la suppression des
contingents indigènes. Les entrepreneurs se sont obligés à achever
leur tâche à des échéances déterminées. Il n'y a donc plus à s'oc-
cuper des ensembles. Ce sont là des problèmes résolus, et dont l'ap-
plication appartient aux entrepreneurs, sous leur responsabilité et
sous la surveillance et le contrôle des ingénieurs de la Compagnie
familiarisés avec le terrain par une expérience et une observation
de plusieurs années.
Au point de vue purement théorique, nous comprenons donc la
grandeur du programme de M. Flachat; mais au point de vue pra
tique des travaux proprement dit, nous osons croire, tout en fai-
sant la part de notre insuffisance, qu'il gagnerait à être restreint
et à être ramené aux proportions que nous avons indiquées plus
haut. E. D.
sieurs mois loin de leur famille; ils retournaient au
pays, et on évaluait à sept fois la moyenne, c'est-à-
dire à soixante-dix ou quatre-vingt mille hommes le
nombre d'ouvriers qui, pendant les trois années
qu'ont duré les travaux, avaient été employés dans
la montagne. Malgré cette affluence et ce renouvel-
lement, le prix de la muin-d'œuvre s'y est élevé au-
dessus de ce qu'elle est payée en France dans de
semblables ateliers.
» Dans les Pyrénées, pour conserver un noyau de
dix à onze mille ouvriers, les recrutements successifs
ont constaté un mouvement sextuple, dans l'espace
de deux ans, et une hausse considérable dans le
prix des salaires habituellement payés en France.
» Dans les deux exemples que nous citons, le nom-
bre des ouvriers français était excessivement res-
treint; ils n'ont pu être retenus que là où le voisinage
des villes ou des villages leur procurait des condi-
tions de logement, de nourriture et d'entretien à
peu près analogues à ce qu'ils trouvaient chez eux.
» Une pareille mobilité dans la population ouvrière
n'est pas possible à l'isthme de Suez. Elle existait
pour les contingents ; elle était même plus considé-
rable. La moyenne de la durée du séjour du fellah
sur les chantiers était d'un mois. C'est cette mobi-
lité qui a été la base du succès de l'organisation du
service sanitaire. Un mois de séjour au désert et de
travail suffisait pour épuiser la force des ouvriers
les plus faibles, et le contingent était alors renvoyé
dans ses foyers; il était remplacé par un autre, jus-
qu'au moment où le repos permettait de le ramener
au désert.
» Mais, dès qu'il s'agit d'ouvriers étrangers, la
distance est trop grande, les frais de déplacement
trop considérables. L'ouvrier des pays d'Occident,
dont l'emploi des machines exigera forcément le
concours, ne se décidera à s'expatrier qu'autant
qu'il sera séduit par un prix élevé, et retenu par des
conditions de bien-être conciliables avec l'acquisition
d'une épargne.
» L'une des plaies des grands ateliers de ce genre
est dans l'exploitation du salaire de l'ouvrier par
ses nourrisseurs, logeurs, etc., qui, à l'aide de cré-
dits d'abord faciles, enlacent l'ouvrier et le placent
dans leur dépendance. Les 15 millions qui seront
distribués annuellement en salaires à l'isthme de
Suez, attireront bon nombre de ces parasites, si
les entrepreneurs de la Compagnie n'y mettent pas
ordre en offrant l'abri, la nourriture et l'entretien à
l'ouvrier à des conditions qui serviront de modéra-
teur aux industriels de la localité.
» Ces considérations démontrent que le plus pré-
cieux des intérêts de la Compagnie est aujourd'hui,
comme le premier jour, dans le développement des
conditions qui peuvent assurer une colonisation
stable.
» Nous n'avons qu'effleuré dans ces lignes le
questions qui se rattachent à la main-d'œuvre, dans
les conditions où elle va se produire à l'isthme de
Suez. Le succès de l'avenir est ici, sans doute, as-
suré, la bataille est gagnée, mais il s'agit de bien
profiter de la victoire.
» Les questions d'emploi des machines dans le
percement de l'isthme de Suez présentent, par la
variété des applications, le programme d'étude le
plus intéressant qui se soit produit dans l'histoire,
des travaux publics.
» Il est impossible d'assister à d'aussi grands ef-
forts, à la recherche d'aussi utiles solutions, sans
se sentir entraîné à leur apporter le concours de sa
sympathie et de sa réflexion (1).
» C'est le sentiment que nous éprouverons tous
ici. Les questions sont nouvelles : non pas que les
moyens connus ne suffiraient pas à l'œuvre, mais
ils ne suffiraient pas au temps, et ils ne procure-
raient pas le maximum d'économie désirable.
(1) Nous ne saurions trop nous féliciter des nobles et généreux
sentiments qui terminent avec un élan tout français ce brillant
exposé. Ils sont dignes de l'auditoire devant lequel ils étaient ex-
primés, et de l'homme distingué qui les a proférés. Nous nous
applaudirons, quant à nous, de voir une réunion scientifique aussi
importante rechercher dans la méditation et l'étude les moyens
pratiques de faciliter les procédés par lesquels les travaux seront
exécutés, et d'en réduire les dépenses. La Compagnie, ce nous
semble, doit être aussi fière de voir s'associer à ses efforts ces mé-
ditations et ce concours, et le public y trouvera de nouveaux gages
de confiance et de sécurité.
Toutefois, qu'il nous soit permis de faire observer que le vaste
programme tracé par M. Flachat aux études de ses collègues dé-
passe le but utile qu'il serait bon de poursuivre. Il nous parait impli-
quer une situation qui n'est pas celle de la Compagnie. Il pourrait
laisser supposer aux esprits qui ne vont pas au fond des choses
que rien n'a été encore décidé sur l'organisation matérielle des
travaux, que rien n'est encore arrêté sur les procédés à employer
pour leur exécution. Cette impression serait on ne peut plus mal
fondée. La Compagnie est en possession d'un puissant matériel qui
s'augmente tous les jours de la livraison des grandes machines
qu'elle a commandées. Elle a divisé tous ses travaux en divers lots
confiés à des entrepreneurs habiles et expérimentés qui de leur côté
s'approvisionnent d'un matériel encore plus considérable, qui sont
engagés envers elle par des contrats réguliers. On procède sans relâche
à la transformation des ateliers, nécessitée par la suppression des
contingents indigènes. Les entrepreneurs se sont obligés à achever
leur tâche à des échéances déterminées. Il n'y a donc plus à s'oc-
cuper des ensembles. Ce sont là des problèmes résolus, et dont l'ap-
plication appartient aux entrepreneurs, sous leur responsabilité et
sous la surveillance et le contrôle des ingénieurs de la Compagnie
familiarisés avec le terrain par une expérience et une observation
de plusieurs années.
Au point de vue purement théorique, nous comprenons donc la
grandeur du programme de M. Flachat; mais au point de vue pra
tique des travaux proprement dit, nous osons croire, tout en fai-
sant la part de notre insuffisance, qu'il gagnerait à être restreint
et à être ramené aux proportions que nous avons indiquées plus
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