Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1864-01-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 janvier 1864 15 janvier 1864
Description : 1864/01/15 (A9,N182). 1864/01/15 (A9,N182).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k62033138
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 21/05/2012
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 59
ploiteurs et des tyrans subalternes de l'Egypte, ligués
avec l'Angleterre et la Turquie pour combattre, sous le
masque de la liberté, l'œuvre qui doit affranchir le
peuple égyptien. Ces gens-là ne se sont jamais émus de
le chasse aux nègres dans le Darfour, de l'esclavage des
emmes, du servage des classes laborieuses et des abus
les plus criants de la conscription; mais remplacer,
comme l'a fait Saïd-Pacha, l'enrôlement militaire de
vingt mille soldats inutiles par un recrutement de vingt
mille ouvriers travaillant à une entreprise d'utilité pu-
blique, sous la direction des chrétiens qui leur appren-
nent à connaître leurs droits, leur dignité et leur
offrent la propriété, voilà un abus révoltant dont ne
saurait trop s'indigner la philanthropie des cheicks
arabes et des pachas turcs, peut-être complices des
massacres du Liban !
D Cette grossière hypocrisie n'a rien que de très-na-
turel chez les Orientaux ; mais il est triste de voir des
hommes aussi éclairés et aussi libéraux que les avocats
de Nubar-Pacha, se laisser aveugler par de semblables
artifices, au point de présenter la substitution de la cor-
vée féconde des travaux publics à la corvée stérile, plus
dure et plus longue du service militaire, comme un pas
rétrograde vers l'antique servitude. C'est, au contraire,
un pas de géant dans les voies de la civilisation, de
l'humanité et de l'émancipation des peuples.
D Loin de condamner cette sage réforme du dernier
vice-roi d'Égypte, le libéralisme français devrait la pro-
poser en modèle aux gouvernements européens qui
ploient sous le fardeau de leurs armements exagérés,
dont le moindre défaut est de stériliser une grande par-
tie des forces vives des nations. Sans doute, il faut des
armées pour défendre l'indépendance de la patrie; mais
il n'est pas moins nécessaire de travailler pour la rendre
prospère. S'il est glorieux de conquérir des provinces
par l'épée, il est vrai de dire aussi que nulle conquête
sanglante ne vaudra la pacifique création du canal de
Suez, par le labeur des fellahs et le génie de la France.
» E. JOUVE. »
JOURNAL DU HAVRE.
4 janvier.
« Grâce à M. Ferdinand de Lesseps et à la Compa-
gnie qui a placé en lui sa confiance, les eaux du Nil se
déversent maintenant dans la mer Rouge; un canal
d'eau douce joint le Caire à Suez ; le désert est con-
quis à l'eau, à la culture, à la civilisation. Et c'est C3
moment que le chef du gouvernement égyptien choi-
sit pour venir disputer à la Compagnie de l'isthme de
Suez le fruit de sa conquête ! L'hostilité de l'Angleterre
contre l'œuvre de la Compagnie, si elle ne se justifie
pas par l'intérêt commercial bien entendu de cette na-
tion , s'explique du moins par des raisons de vanité po
litique sur lesquelles chacun en Europe est suffisam-
ment édifié depuis longtemps. Le motif de l'hostilité du
gouvernement égyptien n'est pas aussi aisé à péné-
trer. Comment le chef de ce gouvernement a-t-il pu
être amené à épouser la cause de l'Angleterre, qui jus-
qu'ici avait apparu comme si distincte de la sienne ?
C'est là une grosse énigme dont le mot, d'après l'im-
pression d'un voyageur de nos amis qui a récemment
séjourné en Egypte, pourrait bien être ce merveilleux
végétal qui produit le coton. C'est avec le roi coton que
l'Amérique a eu longtemps le secret de faire passer la
Grande-Bretagne par le trou de sa navette. L'Angleterre
est en train de prendre sa revanche, et c'est au moyen
de messire coton qu'elle en est enfin arrivée à faire pas-
ser l'héritier actuel de Méhémet-Ali par le tro'1 de l'in-
gratitude envers la France.
» De quoi s'agit-il, en effet, et quelle est la portée
des exigences musulmanes que Nubar-Pacha est chargé
de faire valoir en Europe ? Le gouvernement égyptien
voudrait diminuer le nombre des travailleurs qu'il s'est
engagé à fournir à la Compagnie, et le réduire de
20,000 à 6,000 mille ; il demande, en outre, que le sa-
laire soit élevé à 2 francs par jour. De plus, il exige de
la Compagnie qu'elle renonce à la concession qui lui a
été faite des terrains bordant le canal.
» On fait grand état des noms des trois jurisconsultes
français qui, daus une nouvelle consultation, ont entre-
pris de démontrer que les prétentions du vice-roi étaient
soutenables au point de vue du droit. Les mêmes ju-
risconsultes, il y a trois ans, avaient déjà donné une
consultation dans le même sens ; et ils avaient été éner-
giquement combattus par d'autres jurisconsultes fran-
çais, de grand renom aussi, qui s'occupent de rédi-
ger une nouvelle réfutation.
» Ce désaccord entre les lumières de notre barreau suf-
firait à prouver que nos avocats ne se sont pas préoc-
cupés du soin de se poser en arbitres, c'est-à-dire en
juges impartiaux et équitables de l'objet du tlébat; qu'ils
ne se sont chargés que de leur office d'avocat, qui veut
qu'en toute cause civile ou criminelle, le demandeur
comme le défendeur trouve conseil, aide et assistance
parmi les membres du barreau, officiellement investis,
par leur titre professionnel, du droit de discuter le pour
et le contre des contestations humaines. Qui ne com-
prend, d'ailleurs, qu'il ne s'agit pas là d'une simple
contestation privée, dont il faille rechercher la solution
dans les règles ordinaires du droit civil sur les obliga-
tions conventionnelles 7
Il Tout ce que M. de Lesseps a fait, il l'a fait soit avec
l'injonction, soit avec l'approbation de Saïd-Pacha, le
prédécesseur du vice-roi actuel. Les réclamations de la
Porte, sous le règne précédent, n'ont été ni moins expli-
cites, ni moins instantes qu'elles le sont aujourd'hui.
Si Saïd-Pacha a pu y résister, pourquoi Ismaïl-Pacha ne
le peut-il pas? Est-ce que le dernier serait moins sou-
verain, moins indépendant, moins maître chez lui que
son prédécesseur? Est-ce que le sens dufirmandel841,
qui a reconnu la vice-royauté héréditaire dans la fa-
mille de Méhémet-Ali, serait d'autant plus facile à in-
terpréter qu'on s'éloignerait davantage de l'époque dç
sa signature ?
ploiteurs et des tyrans subalternes de l'Egypte, ligués
avec l'Angleterre et la Turquie pour combattre, sous le
masque de la liberté, l'œuvre qui doit affranchir le
peuple égyptien. Ces gens-là ne se sont jamais émus de
le chasse aux nègres dans le Darfour, de l'esclavage des
emmes, du servage des classes laborieuses et des abus
les plus criants de la conscription; mais remplacer,
comme l'a fait Saïd-Pacha, l'enrôlement militaire de
vingt mille soldats inutiles par un recrutement de vingt
mille ouvriers travaillant à une entreprise d'utilité pu-
blique, sous la direction des chrétiens qui leur appren-
nent à connaître leurs droits, leur dignité et leur
offrent la propriété, voilà un abus révoltant dont ne
saurait trop s'indigner la philanthropie des cheicks
arabes et des pachas turcs, peut-être complices des
massacres du Liban !
D Cette grossière hypocrisie n'a rien que de très-na-
turel chez les Orientaux ; mais il est triste de voir des
hommes aussi éclairés et aussi libéraux que les avocats
de Nubar-Pacha, se laisser aveugler par de semblables
artifices, au point de présenter la substitution de la cor-
vée féconde des travaux publics à la corvée stérile, plus
dure et plus longue du service militaire, comme un pas
rétrograde vers l'antique servitude. C'est, au contraire,
un pas de géant dans les voies de la civilisation, de
l'humanité et de l'émancipation des peuples.
D Loin de condamner cette sage réforme du dernier
vice-roi d'Égypte, le libéralisme français devrait la pro-
poser en modèle aux gouvernements européens qui
ploient sous le fardeau de leurs armements exagérés,
dont le moindre défaut est de stériliser une grande par-
tie des forces vives des nations. Sans doute, il faut des
armées pour défendre l'indépendance de la patrie; mais
il n'est pas moins nécessaire de travailler pour la rendre
prospère. S'il est glorieux de conquérir des provinces
par l'épée, il est vrai de dire aussi que nulle conquête
sanglante ne vaudra la pacifique création du canal de
Suez, par le labeur des fellahs et le génie de la France.
» E. JOUVE. »
JOURNAL DU HAVRE.
4 janvier.
« Grâce à M. Ferdinand de Lesseps et à la Compa-
gnie qui a placé en lui sa confiance, les eaux du Nil se
déversent maintenant dans la mer Rouge; un canal
d'eau douce joint le Caire à Suez ; le désert est con-
quis à l'eau, à la culture, à la civilisation. Et c'est C3
moment que le chef du gouvernement égyptien choi-
sit pour venir disputer à la Compagnie de l'isthme de
Suez le fruit de sa conquête ! L'hostilité de l'Angleterre
contre l'œuvre de la Compagnie, si elle ne se justifie
pas par l'intérêt commercial bien entendu de cette na-
tion , s'explique du moins par des raisons de vanité po
litique sur lesquelles chacun en Europe est suffisam-
ment édifié depuis longtemps. Le motif de l'hostilité du
gouvernement égyptien n'est pas aussi aisé à péné-
trer. Comment le chef de ce gouvernement a-t-il pu
être amené à épouser la cause de l'Angleterre, qui jus-
qu'ici avait apparu comme si distincte de la sienne ?
C'est là une grosse énigme dont le mot, d'après l'im-
pression d'un voyageur de nos amis qui a récemment
séjourné en Egypte, pourrait bien être ce merveilleux
végétal qui produit le coton. C'est avec le roi coton que
l'Amérique a eu longtemps le secret de faire passer la
Grande-Bretagne par le trou de sa navette. L'Angleterre
est en train de prendre sa revanche, et c'est au moyen
de messire coton qu'elle en est enfin arrivée à faire pas-
ser l'héritier actuel de Méhémet-Ali par le tro'1 de l'in-
gratitude envers la France.
» De quoi s'agit-il, en effet, et quelle est la portée
des exigences musulmanes que Nubar-Pacha est chargé
de faire valoir en Europe ? Le gouvernement égyptien
voudrait diminuer le nombre des travailleurs qu'il s'est
engagé à fournir à la Compagnie, et le réduire de
20,000 à 6,000 mille ; il demande, en outre, que le sa-
laire soit élevé à 2 francs par jour. De plus, il exige de
la Compagnie qu'elle renonce à la concession qui lui a
été faite des terrains bordant le canal.
» On fait grand état des noms des trois jurisconsultes
français qui, daus une nouvelle consultation, ont entre-
pris de démontrer que les prétentions du vice-roi étaient
soutenables au point de vue du droit. Les mêmes ju-
risconsultes, il y a trois ans, avaient déjà donné une
consultation dans le même sens ; et ils avaient été éner-
giquement combattus par d'autres jurisconsultes fran-
çais, de grand renom aussi, qui s'occupent de rédi-
ger une nouvelle réfutation.
» Ce désaccord entre les lumières de notre barreau suf-
firait à prouver que nos avocats ne se sont pas préoc-
cupés du soin de se poser en arbitres, c'est-à-dire en
juges impartiaux et équitables de l'objet du tlébat; qu'ils
ne se sont chargés que de leur office d'avocat, qui veut
qu'en toute cause civile ou criminelle, le demandeur
comme le défendeur trouve conseil, aide et assistance
parmi les membres du barreau, officiellement investis,
par leur titre professionnel, du droit de discuter le pour
et le contre des contestations humaines. Qui ne com-
prend, d'ailleurs, qu'il ne s'agit pas là d'une simple
contestation privée, dont il faille rechercher la solution
dans les règles ordinaires du droit civil sur les obliga-
tions conventionnelles 7
Il Tout ce que M. de Lesseps a fait, il l'a fait soit avec
l'injonction, soit avec l'approbation de Saïd-Pacha, le
prédécesseur du vice-roi actuel. Les réclamations de la
Porte, sous le règne précédent, n'ont été ni moins expli-
cites, ni moins instantes qu'elles le sont aujourd'hui.
Si Saïd-Pacha a pu y résister, pourquoi Ismaïl-Pacha ne
le peut-il pas? Est-ce que le dernier serait moins sou-
verain, moins indépendant, moins maître chez lui que
son prédécesseur? Est-ce que le sens dufirmandel841,
qui a reconnu la vice-royauté héréditaire dans la fa-
mille de Méhémet-Ali, serait d'autant plus facile à in-
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