Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1864-01-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 janvier 1864 15 janvier 1864
Description : 1864/01/15 (A9,N182). 1864/01/15 (A9,N182).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k62033138
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 21/05/2012
56 L'ISTHME DE SUEZ,
pouiller l'ouvrier du fruit de son travail. Prétendre légi-
timer cette spoliation, au nom de la légalité et surtout
do l'humanité musulmanes, cela nous semble, n'en dé-
plaise à l'opinion des plus graves légistes, le comble
de la bouffonnerie. E. JOUVE. D
7 janvier.
« Les déclamations hypocrites du gouvernement
turc et de ses organes sur le travail par corvée, em-
ployé pour le percement de l'isthme de Suez, ont été
le moyen d'agression le plus perfide et le plus efficace
contre l'entreprise de M. de Lesseps. C'est celui qui a
produit le plus d'effet sur l'opinion publique en France.
A ce titre, il mérite d'être combattu d'une manière
, spéciale.
# L'honneur de cette manœuvre revient tout entier à
l'Angleterre. Elle seule a compris que ce prétexte men-
teur de la liberté du travail des sujets du sultan, adroi-
tement présenté, pouvait tromper le libéralisme fran-
çais et lui faire accepter, jusqu'à un certain point, une
œuvre d'inique spoliation, en la colorant d'un vernis de
justice naturelle et de philanthropie. Les musulmans ,
qui vivent dans la servitude comme le poisson dans
l'eau, n'auraient jamais imaginé cette rouerie pour
émouvoir la fibre sensible des chiens de chrétiens. Eux qui
sont habitués à considérer la corvée comme la loi or-
dinaire des travaux publics, et même souvent des tra-
vaux privés, dans tout l'empire ottoman, surtout lors-
qu'il s'agit de faire travailler les rayas au bénéfice des
pachas, comment auraient-ils pu comprendre la puis-
sance de ce moyen d'action diplomatique, et se poser
en apôtres de la liberté des travailleurs ?
» Ce singulier apostolat turc est une des plus ingé-
nieuses inventions de la politique anglaise ; et Nubar-
Pacha, admirablement secondé par la candeur encore
plus que par le talent de ses trois illustres avocats libé-
raux, a tiré un merveilleux parti de l'idée britannique.
A les en croire, la corvée, au lieu d'être, comme elle
est, en effet, une institution éminemment orientale,
aussi vieille que la civilisation égyptienne, aurait été
méchamment établie dans la terre des Pharaons et des
califes par M. de Lesseps, « qui prétendrait obliger le
» souverain de ce pays à lui vendre ses sujets comme
» des serfs, pour les faire travailler de force à son pro-
» fit exclusif. »
» Cela a été dit à peu près en propres termes : l'on a
cherché à rejeter ainsi tout l'odieux de ce prétendu ser-
vage sur la Compagnie du canal, et à réserver tout le
mérite du prétendu affranchissement des fellahs à la
Sublime Porte. Sans plus examiner le fond des choses,
beaucoup de Français, aujugement léger, se sont indi-
gnés contre la tyrannie du sultan de Lesseps, et ont
fait chorus avec les Anglais pour crier : Périsse le canal
plutôt que les principes de liberté !
» Que des esprits superficiels, éternelles dupes des
mots et des faux semblants, aient pris au sérieux ce
perfide travestissement des faits et des hommes, nous
n'en sommes pas étonnés. Il est dans leur nature d'être
constamment mystifiés par cette vieille comédie que
les mauvaises passions jouent toujours avec tant de
succès pour dissimuler leurs vues secrètes. C'est tou-
jours au nom de la liberté que l'on opprime le mieux
au nom de la philanthropie que l'on massacre le plus,
et c'est au nom du progrès, du bonheur des Égyptiens
que le vertueux divan empêche de doter l'Égypte et le
monde d'un des plus grands bienfaits que puisse sou-
haiter l'humanité.
» On ne pourra jamais empêcher le vulgum pecus d'être
trompé par cette tartuferie de libéralisme. Mais il nous
semble que des légistes aussi distingués que les con-
seillers de Nubar-Pacha, généralement regardés comme
des lumières du barreau parisien, devraient être assez
éclairés eux-mêmes pour ne pas partager de vulgaires
erreurs. Leur méprise est d'autant plus surprenante
qu'il ne fallait pas grand effort d'esprit pour rétablir
l'ordre naturel des rôles que l'on voudrait intervertir,
et la vérité des faits que l'on s'efforce d'obscurcir.
» Et d'abord, il est ridiculement absurde de préten-
dre, comme Nubar-Pacha le fait dire par ses avocats,
que c'est M. de Lesseps qui veut forcer le vice-roi et le
sultan à lui livrer, pour son entreprise d'intérêt privé,
20,000 de leurs sujets, réduits à une sorte d'esclavage,
auquel désire les soustraire le cœur paternel de ces
princes.
» Ainsi que nous l'avons déjà expliqué, c'est au con-
traire le gouvernement égyptien qui, afin de diminuer
la dépense du canal qu'il chargeait une compagnie eu-
ropéenne de lui creuser, et dont il devait en définitive
solder tous les frais de manière ou d'autre, a offert à
ces entrepreneurs de leur fournir toute la main-d'œuvre
nécessaire à un prix fixé par lui-même.
(» C'est encore le gouvernement égyptien qui, pour
Imer davantage les travaux, a porté volontairement
le nombre des ouvriers, d'abord de 6,000 à 10,000
hommes, puis à 20,000. C'est donc bien évidemment au
seul vice-roi qu'appartient la responsabilité exclusive de
ce système de main-d'œuvre dans l'organisation duquel
M. de Lesseps n'avait aucun droit, aucun pouvoir et
même aucun intérêt de s'immiscer.
» De quel droit le directeur du canal de Suez aurait-il
prétendu corriger le vice de ce mode de travail, uni-
versellement admis en Egypte au même titre que la
conscription militaire, et dont les Anglais s'étaient ser-
vis, avant lui et plus que lui, pour la construction de
leur chemin de fer de Suez? Pourquoi se serait-il mêlé
de réformer la corvée plutôt que les abus cent fois pires
de la polygamie, de la servitude des femmes et de la
castration orientales ?
» Il aurait eu, certes, bien moins de pouvoir pour
imposer de pareilles réformes à un gouvernement
étranger que pour forcer ce gouvernement à lui re-
cruter 20,000 serfs, à cent lieues du théâtre des tra-
vaux,. Il avait si peu le moyen de choisir un autre
genre de travail que, par une clause expresse du con-
trat, le vice-roi stipulait que « la Compagnie du canal
devrait employer à son entreprise au moins quatre cin-
quièmes d'ouvriers égyptiens fournis par lui, n afin
d'empêcher l'introduction dans le pays d'un trop grand
nombre de manœuvres étrangers travaillant librement.
» Fallait-il donc renoncer à l'immense avantage huma-
pouiller l'ouvrier du fruit de son travail. Prétendre légi-
timer cette spoliation, au nom de la légalité et surtout
do l'humanité musulmanes, cela nous semble, n'en dé-
plaise à l'opinion des plus graves légistes, le comble
de la bouffonnerie. E. JOUVE. D
7 janvier.
« Les déclamations hypocrites du gouvernement
turc et de ses organes sur le travail par corvée, em-
ployé pour le percement de l'isthme de Suez, ont été
le moyen d'agression le plus perfide et le plus efficace
contre l'entreprise de M. de Lesseps. C'est celui qui a
produit le plus d'effet sur l'opinion publique en France.
A ce titre, il mérite d'être combattu d'une manière
, spéciale.
# L'honneur de cette manœuvre revient tout entier à
l'Angleterre. Elle seule a compris que ce prétexte men-
teur de la liberté du travail des sujets du sultan, adroi-
tement présenté, pouvait tromper le libéralisme fran-
çais et lui faire accepter, jusqu'à un certain point, une
œuvre d'inique spoliation, en la colorant d'un vernis de
justice naturelle et de philanthropie. Les musulmans ,
qui vivent dans la servitude comme le poisson dans
l'eau, n'auraient jamais imaginé cette rouerie pour
émouvoir la fibre sensible des chiens de chrétiens. Eux qui
sont habitués à considérer la corvée comme la loi or-
dinaire des travaux publics, et même souvent des tra-
vaux privés, dans tout l'empire ottoman, surtout lors-
qu'il s'agit de faire travailler les rayas au bénéfice des
pachas, comment auraient-ils pu comprendre la puis-
sance de ce moyen d'action diplomatique, et se poser
en apôtres de la liberté des travailleurs ?
» Ce singulier apostolat turc est une des plus ingé-
nieuses inventions de la politique anglaise ; et Nubar-
Pacha, admirablement secondé par la candeur encore
plus que par le talent de ses trois illustres avocats libé-
raux, a tiré un merveilleux parti de l'idée britannique.
A les en croire, la corvée, au lieu d'être, comme elle
est, en effet, une institution éminemment orientale,
aussi vieille que la civilisation égyptienne, aurait été
méchamment établie dans la terre des Pharaons et des
califes par M. de Lesseps, « qui prétendrait obliger le
» souverain de ce pays à lui vendre ses sujets comme
» des serfs, pour les faire travailler de force à son pro-
» fit exclusif. »
» Cela a été dit à peu près en propres termes : l'on a
cherché à rejeter ainsi tout l'odieux de ce prétendu ser-
vage sur la Compagnie du canal, et à réserver tout le
mérite du prétendu affranchissement des fellahs à la
Sublime Porte. Sans plus examiner le fond des choses,
beaucoup de Français, aujugement léger, se sont indi-
gnés contre la tyrannie du sultan de Lesseps, et ont
fait chorus avec les Anglais pour crier : Périsse le canal
plutôt que les principes de liberté !
» Que des esprits superficiels, éternelles dupes des
mots et des faux semblants, aient pris au sérieux ce
perfide travestissement des faits et des hommes, nous
n'en sommes pas étonnés. Il est dans leur nature d'être
constamment mystifiés par cette vieille comédie que
les mauvaises passions jouent toujours avec tant de
succès pour dissimuler leurs vues secrètes. C'est tou-
jours au nom de la liberté que l'on opprime le mieux
au nom de la philanthropie que l'on massacre le plus,
et c'est au nom du progrès, du bonheur des Égyptiens
que le vertueux divan empêche de doter l'Égypte et le
monde d'un des plus grands bienfaits que puisse sou-
haiter l'humanité.
» On ne pourra jamais empêcher le vulgum pecus d'être
trompé par cette tartuferie de libéralisme. Mais il nous
semble que des légistes aussi distingués que les con-
seillers de Nubar-Pacha, généralement regardés comme
des lumières du barreau parisien, devraient être assez
éclairés eux-mêmes pour ne pas partager de vulgaires
erreurs. Leur méprise est d'autant plus surprenante
qu'il ne fallait pas grand effort d'esprit pour rétablir
l'ordre naturel des rôles que l'on voudrait intervertir,
et la vérité des faits que l'on s'efforce d'obscurcir.
» Et d'abord, il est ridiculement absurde de préten-
dre, comme Nubar-Pacha le fait dire par ses avocats,
que c'est M. de Lesseps qui veut forcer le vice-roi et le
sultan à lui livrer, pour son entreprise d'intérêt privé,
20,000 de leurs sujets, réduits à une sorte d'esclavage,
auquel désire les soustraire le cœur paternel de ces
princes.
» Ainsi que nous l'avons déjà expliqué, c'est au con-
traire le gouvernement égyptien qui, afin de diminuer
la dépense du canal qu'il chargeait une compagnie eu-
ropéenne de lui creuser, et dont il devait en définitive
solder tous les frais de manière ou d'autre, a offert à
ces entrepreneurs de leur fournir toute la main-d'œuvre
nécessaire à un prix fixé par lui-même.
(» C'est encore le gouvernement égyptien qui, pour
Imer davantage les travaux, a porté volontairement
le nombre des ouvriers, d'abord de 6,000 à 10,000
hommes, puis à 20,000. C'est donc bien évidemment au
seul vice-roi qu'appartient la responsabilité exclusive de
ce système de main-d'œuvre dans l'organisation duquel
M. de Lesseps n'avait aucun droit, aucun pouvoir et
même aucun intérêt de s'immiscer.
» De quel droit le directeur du canal de Suez aurait-il
prétendu corriger le vice de ce mode de travail, uni-
versellement admis en Egypte au même titre que la
conscription militaire, et dont les Anglais s'étaient ser-
vis, avant lui et plus que lui, pour la construction de
leur chemin de fer de Suez? Pourquoi se serait-il mêlé
de réformer la corvée plutôt que les abus cent fois pires
de la polygamie, de la servitude des femmes et de la
castration orientales ?
» Il aurait eu, certes, bien moins de pouvoir pour
imposer de pareilles réformes à un gouvernement
étranger que pour forcer ce gouvernement à lui re-
cruter 20,000 serfs, à cent lieues du théâtre des tra-
vaux,. Il avait si peu le moyen de choisir un autre
genre de travail que, par une clause expresse du con-
trat, le vice-roi stipulait que « la Compagnie du canal
devrait employer à son entreprise au moins quatre cin-
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d'empêcher l'introduction dans le pays d'un trop grand
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