Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1863-11-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 15 novembre 1863 15 novembre 1863
Description : 1863/11/15 (A8,N178). 1863/11/15 (A8,N178).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k62032573
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/11/2012
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MEns. 443
mouvement commercial entre la Méditerranée et les
mers de l'Inde, de la Chine et de] l'Australie, et. que
ce mouvement commercial devait assurer une rému-
nération convenable aux capitaux engagés dans l'en-
treprise.
» Nous nous unîmes donc aux espérances qui sa-
luèrent l'ouverture de la souscription. Seulement, des
informations, qui ne nous arrivèrent qu'à l'instant
-même de la clôture de la souscription, nous donnèrent
des motifs de craindre que nous ne nous fussions trop
avancés dans le concours que nous avions prêté à l'or-
ganisation financière de l'affaire. Nous apprîmes que
la souscription publique n'avait couvert que 114 millions
sur les 200 du capital social, et que le chiffre du ca-
pital n'avait été atteint qu'au moyen d'une énorme
souscription de 86 millions contractée instantanément,
et comme improvisée au nom du vice-roi d'Egypte.
» Nous apprîmes surtout, ce qui n'avait point été
assez clairement indiqué dans les prospectus, que la
Compagnie ne pourrait fonctionner qu'après la ratifi-
cation du sultan. Ces circonstances et d'autres encore
nous firent redouter des embarras pour la marche de
l'entreprise, et de graves empêchements à son succès
financier et industriel. Nous nous empressâmes de met-
tre notre responsabilité à couvert auprès de nos lec-
teurs, en exprimant une partie des doutes que nos
plus récentes informations nous avaient inspirés.
D Depuis cette époque, nous nous sommes systéma-
tiquement abstenus de parler de la Compagnie de
Suez. Deux scrupules nous arrêtaient : nous craignions
d'abord d'accroître sans utilité pour personne les dif-
ficultés de la Compagnie, en les livrant à la publicité
et à la discussion. Nous nous laissions ensuite aller à
l'espoir qu'avec l'aide du temps, et grâce surtout à
l'énergique persévérance de M. de Lesseps, les irrégu-
larités, les malentendus, les défiances, les oppositions
qui entravaient le développement de cette magnifique
entreprise finiraient par se dissiper et s'éteindre. Il
nous eût répugné d'avoir même l'apparence d'être hos-
tile au projet de la réunion des deux mers; il nous
eût répugné surtout d'importuner dans l'accomplisse-
ment de la tâche épineuse qu'il s'est imposée, un
homme tel que M. Ferdinand de Lesseps. Les hommes
de la nature de M. de Lesseps, à quelques témérités
qu'ils puissent se laisser entraîner par l'ardeur de leur
foi et l'exubérance de leur zèle, nous paraissent méri-
ter la sympathie générale. Nous aimons et nous res-
pectons, quant à nous, un homme capable d'une foi si
sincère dans une grande idée industrielle et commer-
ciale, qui a fait acte d'une initiative si hardie et si
rare, qui a déployé dans la propagation et l'exécution
de son projet les ressources, la vigueur, le génie d'un
puissant agitateur. Nous faisions des vœux pour que
la fortune couronnât cette remuante et généreuse car-
rière.
» Si nous rompons aujourd'hui le silence, c'est que
la Compagnie de Suez nous parait placée en ce mo-
ment dans la situation la plus critique où elle se soit
jamais trouvée depuis son origine ; c'est que M. de
Lesseps et le conseil de la Compagnie , par les publi-
cations qu'ils viennent de faire dans les journaux,
mettent l'opinion publique en demeure de se pronon-
cer sur cette situation ; c'est qu'en disant franchement
notre pensée, nous croyons pouvoir-servir les vérita-
bles intérêts des actionnaires, le grand intérêt de la
construction du canal, l'œuvre en un mot à laquelle
M. de Lesseps a eu la noble ambition d'attacher son
» Il faut l'avouer, la crise que viennent de révéler
les publications du conseil de la Compagnie n'est
rien moins qu'un conflit entre la Compagnie et le gou-
vernement du vice-roi d'Egypte. Une négociation était
engagée entre le représentant du vice-roi et M. de Les-
seps pour arriver à la régularisation de la situation de
la Compagnie. La résolution du conseil rompt cette
négociation par une fin de non - recevoir absolue. Ce
n'est pas tout : le conseil, comme pour s'enlever tou
moyen de retour, évite en cette circonstance de couvrir
du silence, comme il l'a fait en mainte autre occasion,
la difficulté pendante.
» On s'était tu prudemment, par exemple, lorsque le
précédent vice-roi avait répugné à ratifier la souscrip-
tion de 86 millions qui lui avait été attribuée ; on dut
se taire assez longtemps, car ce ne fut qu'au bout de
deux ans que l'on obtint du vice-roi la ratification de
la souscription. On n'obtint d'ailleurs cette ratification
de la souscription qu'à des conditions qui laissaient la
Compagnie dans la situation la plus dangereuse et la
plus précaire: Saïd-Pacha ne devait commencer ses
versements qu'en 1867, et ne les opérer qu'en huit
annuités, ce qui reportait à 1874 la liquidation défini-
tive de son engagement. On a moins de ménagements
avec le nouveau vice-roi ; on repousse ses ouvertures,
et on porte sur-le-champ le débat devant le public.
» Or, entre le vice-roi actuel, Ismaïl-Pacha, et le
président et le conseil de la Compagnie, de quoi s'a-
git-il ? Il s'agit de la régularisation de la situation de
la Compagnie, c'est-à-dire des conditions mêmes qui
doivent assurer la construction du canal. Le gouver-
nement du vice-roi veut mettre un terme à la situa-
tion incertaine, contradictoire, mal définie, qui a duré
tant que Saïd-Pacha a vécu ; et c'est le conseil de la
Compagnie qui fait à cette résolution, honnête autant
que sage, du vice-roi, l'accueil que l'on vient de voir.
» Le vice-roi nous semble avoir donné de la sincérité
de sa résolution le gage effectif et pratique le plus
concluant et le plus .utile à la Compagnie. Qu'on en
juge :
» La mort de Saïd-Pacha laissait la. Compagnie dans
un grave embarras. Comme nous l'avons dit, le vice-
roi ne devait commencer le paiement des 86 millions
souscrits en son nom qu'en 1867 pour le terminer en
1874. Il n'avait jamais voulu régler cet engagement
par un emprunt ou une livraison de titres négociables.
Lui mort, son successeur eût pu soutenir, en se fon-
dant sur l'opinion de jurisconsultes français éminents;
MM Odilon Barrot, Dufaure, Jules Favre, consultés par
Saïd-Pacha lui-même sur sa situation vis-à-vis de la
Compagnie et vis-à-vis de M. de Lesseps, que la sous-
cription des 86 millions était personnelle à Saïd-Pacha,
mouvement commercial entre la Méditerranée et les
mers de l'Inde, de la Chine et de] l'Australie, et. que
ce mouvement commercial devait assurer une rému-
nération convenable aux capitaux engagés dans l'en-
treprise.
» Nous nous unîmes donc aux espérances qui sa-
luèrent l'ouverture de la souscription. Seulement, des
informations, qui ne nous arrivèrent qu'à l'instant
-même de la clôture de la souscription, nous donnèrent
des motifs de craindre que nous ne nous fussions trop
avancés dans le concours que nous avions prêté à l'or-
ganisation financière de l'affaire. Nous apprîmes que
la souscription publique n'avait couvert que 114 millions
sur les 200 du capital social, et que le chiffre du ca-
pital n'avait été atteint qu'au moyen d'une énorme
souscription de 86 millions contractée instantanément,
et comme improvisée au nom du vice-roi d'Egypte.
» Nous apprîmes surtout, ce qui n'avait point été
assez clairement indiqué dans les prospectus, que la
Compagnie ne pourrait fonctionner qu'après la ratifi-
cation du sultan. Ces circonstances et d'autres encore
nous firent redouter des embarras pour la marche de
l'entreprise, et de graves empêchements à son succès
financier et industriel. Nous nous empressâmes de met-
tre notre responsabilité à couvert auprès de nos lec-
teurs, en exprimant une partie des doutes que nos
plus récentes informations nous avaient inspirés.
D Depuis cette époque, nous nous sommes systéma-
tiquement abstenus de parler de la Compagnie de
Suez. Deux scrupules nous arrêtaient : nous craignions
d'abord d'accroître sans utilité pour personne les dif-
ficultés de la Compagnie, en les livrant à la publicité
et à la discussion. Nous nous laissions ensuite aller à
l'espoir qu'avec l'aide du temps, et grâce surtout à
l'énergique persévérance de M. de Lesseps, les irrégu-
larités, les malentendus, les défiances, les oppositions
qui entravaient le développement de cette magnifique
entreprise finiraient par se dissiper et s'éteindre. Il
nous eût répugné d'avoir même l'apparence d'être hos-
tile au projet de la réunion des deux mers; il nous
eût répugné surtout d'importuner dans l'accomplisse-
ment de la tâche épineuse qu'il s'est imposée, un
homme tel que M. Ferdinand de Lesseps. Les hommes
de la nature de M. de Lesseps, à quelques témérités
qu'ils puissent se laisser entraîner par l'ardeur de leur
foi et l'exubérance de leur zèle, nous paraissent méri-
ter la sympathie générale. Nous aimons et nous res-
pectons, quant à nous, un homme capable d'une foi si
sincère dans une grande idée industrielle et commer-
ciale, qui a fait acte d'une initiative si hardie et si
rare, qui a déployé dans la propagation et l'exécution
de son projet les ressources, la vigueur, le génie d'un
puissant agitateur. Nous faisions des vœux pour que
la fortune couronnât cette remuante et généreuse car-
rière.
» Si nous rompons aujourd'hui le silence, c'est que
la Compagnie de Suez nous parait placée en ce mo-
ment dans la situation la plus critique où elle se soit
jamais trouvée depuis son origine ; c'est que M. de
Lesseps et le conseil de la Compagnie , par les publi-
cations qu'ils viennent de faire dans les journaux,
mettent l'opinion publique en demeure de se pronon-
cer sur cette situation ; c'est qu'en disant franchement
notre pensée, nous croyons pouvoir-servir les vérita-
bles intérêts des actionnaires, le grand intérêt de la
construction du canal, l'œuvre en un mot à laquelle
M. de Lesseps a eu la noble ambition d'attacher son
» Il faut l'avouer, la crise que viennent de révéler
les publications du conseil de la Compagnie n'est
rien moins qu'un conflit entre la Compagnie et le gou-
vernement du vice-roi d'Egypte. Une négociation était
engagée entre le représentant du vice-roi et M. de Les-
seps pour arriver à la régularisation de la situation de
la Compagnie. La résolution du conseil rompt cette
négociation par une fin de non - recevoir absolue. Ce
n'est pas tout : le conseil, comme pour s'enlever tou
moyen de retour, évite en cette circonstance de couvrir
du silence, comme il l'a fait en mainte autre occasion,
la difficulté pendante.
» On s'était tu prudemment, par exemple, lorsque le
précédent vice-roi avait répugné à ratifier la souscrip-
tion de 86 millions qui lui avait été attribuée ; on dut
se taire assez longtemps, car ce ne fut qu'au bout de
deux ans que l'on obtint du vice-roi la ratification de
la souscription. On n'obtint d'ailleurs cette ratification
de la souscription qu'à des conditions qui laissaient la
Compagnie dans la situation la plus dangereuse et la
plus précaire: Saïd-Pacha ne devait commencer ses
versements qu'en 1867, et ne les opérer qu'en huit
annuités, ce qui reportait à 1874 la liquidation défini-
tive de son engagement. On a moins de ménagements
avec le nouveau vice-roi ; on repousse ses ouvertures,
et on porte sur-le-champ le débat devant le public.
» Or, entre le vice-roi actuel, Ismaïl-Pacha, et le
président et le conseil de la Compagnie, de quoi s'a-
git-il ? Il s'agit de la régularisation de la situation de
la Compagnie, c'est-à-dire des conditions mêmes qui
doivent assurer la construction du canal. Le gouver-
nement du vice-roi veut mettre un terme à la situa-
tion incertaine, contradictoire, mal définie, qui a duré
tant que Saïd-Pacha a vécu ; et c'est le conseil de la
Compagnie qui fait à cette résolution, honnête autant
que sage, du vice-roi, l'accueil que l'on vient de voir.
» Le vice-roi nous semble avoir donné de la sincérité
de sa résolution le gage effectif et pratique le plus
concluant et le plus .utile à la Compagnie. Qu'on en
juge :
» La mort de Saïd-Pacha laissait la. Compagnie dans
un grave embarras. Comme nous l'avons dit, le vice-
roi ne devait commencer le paiement des 86 millions
souscrits en son nom qu'en 1867 pour le terminer en
1874. Il n'avait jamais voulu régler cet engagement
par un emprunt ou une livraison de titres négociables.
Lui mort, son successeur eût pu soutenir, en se fon-
dant sur l'opinion de jurisconsultes français éminents;
MM Odilon Barrot, Dufaure, Jules Favre, consultés par
Saïd-Pacha lui-même sur sa situation vis-à-vis de la
Compagnie et vis-à-vis de M. de Lesseps, que la sous-
cription des 86 millions était personnelle à Saïd-Pacha,
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