Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1863-06-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 juin 1863 15 juin 1863
Description : 1863/06/15 (A8,N168). 1863/06/15 (A8,N168).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203247q
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/11/2012
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 233
tions du canal de Suez fut ouverte dans toute l'Europe
et non-seulement à Paris et à Vienne, mais aussi à
Londres et à Constantinople. Quoiqu'à ce moment,
grâce à l'opposition de l'Angleterre et de son gouver-
nement , l'œuvre fut. dénoncée comme impossible , les
capitaux européens se hasardèrent : il se présenta
23,000 souscripteurs d'actions, en France seulement.
» La constitution de cette Société universelle fut signi-
fiée à la Porte, qui n'y trouva rien à redire, sinon que
l'œuvre entreprise intéressait non-seulement le monde
entier, mais surtout l'empire ottoman.
» Tel est le point de départ de la question dont la
note turque du 6 avril dernier a la prétention de saisir
aujourd'hui la diplomatie européenne.
» L'entreprise à peine formée voit l'intrigue anglaise
à ses trousses. Il s'agissait alors pour l'intrigue de pré-
server l'Egypte d'une invasion d'ouvriers français. On
fit si bien comprendre au pacha d'Egypte le danger de
livrer l'isthme au travail libre des Européens, que l'acte
confirmatif de concession dut spécifier, dans le but de
rassurer précisément l'Angleterre, que « dans tous les
» cas, les quatre cinquièmes au moins des ouvriers employés
» au canal devaient être Egyptiens. »
» Mais comme il était impossible de recruter pour le
travail libre des ouvriers indigènes, le gouvernement
égyptien s'engagea, par un contrat subséquent, à four-
nir à la Compagnie, selon les coutumes et les usages
de l'Egypte, les travailleurs nécessaires à l'accomplisse-
ment de l'œuvre.
» C'est, ainsi, du reste, c'est-à dire grâce au recrute-
ment obligatoire des travailleurs indigènes, que les An-
glais faisaient exécuter le chemin de fer d'Alexandrie
au Caire et du Caire à Suez.
» L'intrigue britannique était donc prise dans son
propre piège. Il lui fallut faire une diversion. C'est alors
que, par les soins et l'influence de leur ambassadeur à
Constantinople, les Anglais obtinrent du sultan la con-
cession du chemin de fer de l'Euphrate, qui devait, pen-
sait-on , faire échec au canal de Suez. Disons, par pa-
renthèse, que l'acte de concession du chemin de l'Eu-
phrate portait la stipulation suivante :
« Le gouvernement ottoman garantit la Compagnie
» anglaise contre toute concurrence d'ouvrages sembla-
» bles; il lui accorde, en outre, droit sur les terres, les
» bois, les forêts et les carrières, propriétés de l'Etat, à
D une certaine distance de chaque côté de la ligne. »
D Ceci se passait en 1856 : — ce qu'il y a d'édifiant,
c'est que le ministre, Aali-Pacha, qui a signé la note
du 6 avril contre le canal de Suez, est le même qui
avait signé l'acte de concession du chemin de l'Eu-
phrate.
» Cependant, l'œuvre réputée impossible et condam-
née par l'Angleterre, se poursuivait. La Compagnie
universelle du Canal de Suez avait pris possession de
risthme : elle avait fait au Caire, à Damiette, à Port-
Saïd, toutes les installations nécessaires pour alimenter
dans le désert son armée d'ouvriers. Un canal d'eau
douce, amené du Nil jusqu'à Timsah, facilitait tous les
transports d'approvisionnement, et le domaine de l'Ouady
était restitué à la culture.
» L'oeuvre avance : un beau jour; on apprend que
les eaux de la Méditerranée, conduites à travers le seuil
d'El-Guisr, ont fait irruption sur le versant de la mer
Rouge.
» C'était là un rude coup pour l'intrigue anglaise,
Comment va-t-elle y parer ? Sir Henry Bulwer, ambas-
sadeur de l'Angleterre à Constantinople, est dépêché en
Egypte pour aviser. Sir Henry Bulwer parait s'incliner
devant le résultat. Mais il ne se fait pas faute d'insis-
ter sur l'importance acquise par la Compagnie et sur
les bons traitements qu'elle prodigue aux ouvriers in-
digènes, pour faire craindre au vice-roi que la Compa-
gnie ne soit bientôt dans l'isthme plus maîtresse que le
gouvernement égyptien lui-même.
» Le vice-roi meurt sur ces entrefaites, etlsmaïl-Pacba
lui succède. Le jour de son avènement, Ismaïl déclare
qu'il abolira la corvée ; mais il se hâte d'ajouter que le
mode de recrutement pour les travaux de l'isthme ne
sera modifié en rien par cette réforme. Effectivement, le
nouveau vice-roi, quelque temps après, consacre par un
nouveau contrat, les engagements antérieurs du gou-
vernement égyptien vis-à-vis de la Compagnie, et règle
les versements à faire sur les actions par lui souscrites.
Les contingents de travailleurs indigènes continuent à
être expédiés vers l'isthme, comme par le passé.
» Le gouvernement égyptien prend même à sa char-
ge, sous la surveillance des agents de la Compagnie,
les travaux de la prise d'eau du Nil jusqu'à Zagazig,
afin que la Compagnie puisse arriver plus vite à con-
duire le canal d'eau douce jusqu'à Suez.
» Cependant, sir Henry Bulwer était retourné à Cons-
tantinople, d'où le sultan allait partir pour rendre, en
Egypte même, sa visite au vice-roi.
» D'après les résultats de ce voyage, il ne parait pas
que l'ambassadeur anglais eût rien pu obtenir du sul-
tan contre le canal de Suez.
» Quoi qu'il en soit, l'intrigue anglaise, ne pouvant
tirer parti, contre le canal de Suez, du voyage du sul-
tan en Egypte, réussit au moins à profiter de son ab-
sence de Constantinople.
» En effet, le sultan s'étant embarqué le 4 avril, une
Note était expédiée deux jours après à la France et à
l'Angleterre, où le procès était fait dans toutes les rè-
gles à la Compagnie universelle du canal de Suez.
» D'après eette Note, dont l'origine n'a pas besoin
d'être dévoilée, la Compagnie sera expropriée au profit
du gouvernement turc, moyennant remboursement des
dépenses faites:
» 1° Si l'on ne parvient pas à s'entendre sur les ga-
ranties propres à assurer la neutralité du canal;
» 2° Si les travaux ne peuvent être continués par un
autre moyen que le recrutement obligatoire des tra-
vailleurs;
» 3° Enfin, si la Compagnie ne renonce pas au droit
de disposer à sa convenance des terrains riverains dont
tions du canal de Suez fut ouverte dans toute l'Europe
et non-seulement à Paris et à Vienne, mais aussi à
Londres et à Constantinople. Quoiqu'à ce moment,
grâce à l'opposition de l'Angleterre et de son gouver-
nement , l'œuvre fut. dénoncée comme impossible , les
capitaux européens se hasardèrent : il se présenta
23,000 souscripteurs d'actions, en France seulement.
» La constitution de cette Société universelle fut signi-
fiée à la Porte, qui n'y trouva rien à redire, sinon que
l'œuvre entreprise intéressait non-seulement le monde
entier, mais surtout l'empire ottoman.
» Tel est le point de départ de la question dont la
note turque du 6 avril dernier a la prétention de saisir
aujourd'hui la diplomatie européenne.
» L'entreprise à peine formée voit l'intrigue anglaise
à ses trousses. Il s'agissait alors pour l'intrigue de pré-
server l'Egypte d'une invasion d'ouvriers français. On
fit si bien comprendre au pacha d'Egypte le danger de
livrer l'isthme au travail libre des Européens, que l'acte
confirmatif de concession dut spécifier, dans le but de
rassurer précisément l'Angleterre, que « dans tous les
» cas, les quatre cinquièmes au moins des ouvriers employés
» au canal devaient être Egyptiens. »
» Mais comme il était impossible de recruter pour le
travail libre des ouvriers indigènes, le gouvernement
égyptien s'engagea, par un contrat subséquent, à four-
nir à la Compagnie, selon les coutumes et les usages
de l'Egypte, les travailleurs nécessaires à l'accomplisse-
ment de l'œuvre.
» C'est, ainsi, du reste, c'est-à dire grâce au recrute-
ment obligatoire des travailleurs indigènes, que les An-
glais faisaient exécuter le chemin de fer d'Alexandrie
au Caire et du Caire à Suez.
» L'intrigue britannique était donc prise dans son
propre piège. Il lui fallut faire une diversion. C'est alors
que, par les soins et l'influence de leur ambassadeur à
Constantinople, les Anglais obtinrent du sultan la con-
cession du chemin de fer de l'Euphrate, qui devait, pen-
sait-on , faire échec au canal de Suez. Disons, par pa-
renthèse, que l'acte de concession du chemin de l'Eu-
phrate portait la stipulation suivante :
« Le gouvernement ottoman garantit la Compagnie
» anglaise contre toute concurrence d'ouvrages sembla-
» bles; il lui accorde, en outre, droit sur les terres, les
» bois, les forêts et les carrières, propriétés de l'Etat, à
D une certaine distance de chaque côté de la ligne. »
D Ceci se passait en 1856 : — ce qu'il y a d'édifiant,
c'est que le ministre, Aali-Pacha, qui a signé la note
du 6 avril contre le canal de Suez, est le même qui
avait signé l'acte de concession du chemin de l'Eu-
phrate.
» Cependant, l'œuvre réputée impossible et condam-
née par l'Angleterre, se poursuivait. La Compagnie
universelle du Canal de Suez avait pris possession de
risthme : elle avait fait au Caire, à Damiette, à Port-
Saïd, toutes les installations nécessaires pour alimenter
dans le désert son armée d'ouvriers. Un canal d'eau
douce, amené du Nil jusqu'à Timsah, facilitait tous les
transports d'approvisionnement, et le domaine de l'Ouady
était restitué à la culture.
» L'oeuvre avance : un beau jour; on apprend que
les eaux de la Méditerranée, conduites à travers le seuil
d'El-Guisr, ont fait irruption sur le versant de la mer
Rouge.
» C'était là un rude coup pour l'intrigue anglaise,
Comment va-t-elle y parer ? Sir Henry Bulwer, ambas-
sadeur de l'Angleterre à Constantinople, est dépêché en
Egypte pour aviser. Sir Henry Bulwer parait s'incliner
devant le résultat. Mais il ne se fait pas faute d'insis-
ter sur l'importance acquise par la Compagnie et sur
les bons traitements qu'elle prodigue aux ouvriers in-
digènes, pour faire craindre au vice-roi que la Compa-
gnie ne soit bientôt dans l'isthme plus maîtresse que le
gouvernement égyptien lui-même.
» Le vice-roi meurt sur ces entrefaites, etlsmaïl-Pacba
lui succède. Le jour de son avènement, Ismaïl déclare
qu'il abolira la corvée ; mais il se hâte d'ajouter que le
mode de recrutement pour les travaux de l'isthme ne
sera modifié en rien par cette réforme. Effectivement, le
nouveau vice-roi, quelque temps après, consacre par un
nouveau contrat, les engagements antérieurs du gou-
vernement égyptien vis-à-vis de la Compagnie, et règle
les versements à faire sur les actions par lui souscrites.
Les contingents de travailleurs indigènes continuent à
être expédiés vers l'isthme, comme par le passé.
» Le gouvernement égyptien prend même à sa char-
ge, sous la surveillance des agents de la Compagnie,
les travaux de la prise d'eau du Nil jusqu'à Zagazig,
afin que la Compagnie puisse arriver plus vite à con-
duire le canal d'eau douce jusqu'à Suez.
» Cependant, sir Henry Bulwer était retourné à Cons-
tantinople, d'où le sultan allait partir pour rendre, en
Egypte même, sa visite au vice-roi.
» D'après les résultats de ce voyage, il ne parait pas
que l'ambassadeur anglais eût rien pu obtenir du sul-
tan contre le canal de Suez.
» Quoi qu'il en soit, l'intrigue anglaise, ne pouvant
tirer parti, contre le canal de Suez, du voyage du sul-
tan en Egypte, réussit au moins à profiter de son ab-
sence de Constantinople.
» En effet, le sultan s'étant embarqué le 4 avril, une
Note était expédiée deux jours après à la France et à
l'Angleterre, où le procès était fait dans toutes les rè-
gles à la Compagnie universelle du canal de Suez.
» D'après eette Note, dont l'origine n'a pas besoin
d'être dévoilée, la Compagnie sera expropriée au profit
du gouvernement turc, moyennant remboursement des
dépenses faites:
» 1° Si l'on ne parvient pas à s'entendre sur les ga-
ranties propres à assurer la neutralité du canal;
» 2° Si les travaux ne peuvent être continués par un
autre moyen que le recrutement obligatoire des tra-
vailleurs;
» 3° Enfin, si la Compagnie ne renonce pas au droit
de disposer à sa convenance des terrains riverains dont
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