Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1863-05-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 15 mai 1863 15 mai 1863
Description : 1863/05/15 (A8,N166). 1863/05/15 (A8,N166).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203245w
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/11/2012
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERB.
161
commencement de ce siècle, qui proclamaient la réu-
nion des deux mers impraticable et chimérique, ce
serait déjà suffisant pour intéresser les esprits élevés
à l'exécution de l'œuvre. Nous ferons taire notre amour-
propre national, et.nous ne prendrons pas nos raison-
nements dans la satisfaction que nous devons en
éprouver.
» Ce qu'il est plus utile de faire pour éclairer l'opi-
nion publique, c'est de répcaidre aux arguments de la
note.
» 1° La Porte ottomane demande d'abord que la neu-
tralité du canal soit reconnue et proclamée à l'instar de
la neutralité des Dardanelles et du Bosphore.
» C'est ce que M. Ferdinand de Lesseps a demandé
dès l'origine, la neutralité devant être la conséquence
du caractère universel qu'il donnait à son entreprise.
L'usage et le parcours du canal devant être communs,
nulle puissance, nul pavillon ne pouvant prétendre à
l'usage exclusif ou privilégié du canal, la conséquence
forcée de ce principe était la neutralité du canal dans
toute son étendue et ses dépendances.
» Ainsi, imposer comme une charge nouvelle ce qui
était déjà sollicité comme une faveur et une garantie,
ce n'est pas là une difficulté; la Compagnie du canal de
Suez aurait à se féliciter de voir sa demande accueillie
par les puissances intéressées, ainsi que l'exploitation
du canal, sa jouissance, assurées à tous les pavillons,
quelles que fussent les circonstances politiques qui
troubleraient les rapports politiques des puissances.
* 2° Le second point présenté dans la note est l'abo-
lition « des corvées ».
» On s'étonne en vérité de voir dans un document
officiel une pareille assertion. La Compagnie du canal
de Suez a protesté dans tous les documents publiés
par elle contre l'accusation contenue dans ce passage
de la note. Les corvées n'existent pas. Les travailleurs,
réunis d'après le mode usité en Egypte, reçoivent exac-
tement un salaire qui a été arrêté d'accord entre la
Compagnie et le gouvernement égyptien, et ce salaire
est supérieur à celui qu'ils retireraient de tout autre
emploi de leur travail. Quant aux bons traitements
dont ils sont l'objet, au zèle et au contentement avec
lesquels ils se livrent à leur tâche, il suffit d'invoquer
le témoignage de tous ceux qui se sont rendus sur les
lieux.
» Si la Porte ottomane exige la suppression des con-
tingents fournis par le gouvernement égyptien, c'est
qu'elle ignore l'état réel des choses , ou qu'elle s'est
laissé influencer par des sollicitations jalouses et mal-
adroites, puisque sur les deux points que nous venons
d'examiner, il est constaté que l'un serait la réalisation
d'un vœu formé par la Compagnie, et que le second ne
repose que sur des faits complétement inexacts.
» 3° La troisième question est plus grave. Elle soulève
des principes d'un ordre élevé, puisque 1°, gouvernement
turc semblerait considérer la concession des terrains
parallèles au canal d'eau douce comme une atteinte au
droit de souveraineté du sultan et comme un empiéte-
ment sur son territoire, attendu que la Compagnie y
installerait des colonies d'étrangers qui seraient presque
indépendants de l'empire turc.
» Nous ne supposions pas que la chancellerie de Cons-
tantinople eût hérité à ce point de l'esprit de ruse
et d'argumentation captieuse des rhéteurs de Bysance.
Représenter une colonie. comme une invasion ; une ex-
ploitation agricole et maritime comme un envahisse-
menthostile ! c'est, en vérité, abuser de l'argumentation,
et supposer que le bon sens ne peut pas pénétrer au
fond des véritables motifs qui tont agir le gouverne-
ment turc.
» Les concessions de terrains faites latéralement au
canal d'eau douce ont été faites à un point de vue d'uti-
lité publique, conformément à ce qui s'est passé en
Europe pour des concessions analogues faites à des ca-
naux, à des chemins de fer, qui jouissent, par l'expro-
priation, de certaines langues de terrains comprises dans
leurs concessions.
» Introduire en Egypte, par le commerce et le transit,
la civilisation ; y répandre la fertilité par les irrigations
d'un canal d'eau douce : telle est l'une des conceptions
premières de la Compagnie du canal de Suez. C'est
contre cette belle et utile pensée que proteste le gou-
vernement turc. Abdul-Aziz veut-il se présenter à l'Eu-
rope comme le continuateur des sultans, qui régnaient
par la dévastation et par la stérilisation systématique
des terres soumises au croissant ? Le croissant se lève-
rait-il encore pour proclamer la guerre à la civilisation?
Ce sont les sentiments que des ennemis sans doute at-
tribuaient au nouveau sultan. Nous regrettons vivement
que le premier acte public par lequel le sultan signale
son avènement soit entaché de cet esprit de barbarie
asiatique qui justifierait les prévisions de ceux qui ne
voient en lui qu'un Turc fanatique, hostile à l'Europe,
aux idées de progrès et de civilisation.
» Si le sultan traite la Compagnie du canal de Suez
comme un adversaire parce qu'elle est l'ennemie de ce
système rétrograde et barbare, il a raison. Elle voulait
civiliser, il veut chasser la civilisation. C'est en faire
l'aveu que d'opposer un veto à une entreprise dont le
principal mérite est d'être une œuvre de civilisation
européenne à rencontre du dépérissement et de la sté-
rilisation qui ont été jusqu'à présent le caractère du
régime musulman partout où il s'est établi. — Le sul-
tan redoute ce voisinage ; il ne veut pas que le génie
européen et les capitaux qui en sont le puissant levier
restent en contact avec les popul&tions soumises au
croissant. Voilà le véritable envahissement contre le-
quel il se redresse. Sa note n'est donc qu'une protesta-
tion contre l'œuvre civilisatrice ; elle ne peut être con-
sidérée comme une revendication légitime d'un droit de
souveraineté qui n'est atteint en aucune manière.
» La note dont nous repoussons les arguments n'est
pas faite cependant sans une certaine habileté. Elle
se termine en proposant de substituer l'administration
turque à la Compagnie du canal de Suez, et s'engage
à achever l'exécution du canal moyennant une indem-
nité préalable accordée aux capitaux engagés dans
l'opération. Cela est habile en apparence : désintéresser
la Compagnie pour l'expulser, ce serait une mesure
161
commencement de ce siècle, qui proclamaient la réu-
nion des deux mers impraticable et chimérique, ce
serait déjà suffisant pour intéresser les esprits élevés
à l'exécution de l'œuvre. Nous ferons taire notre amour-
propre national, et.nous ne prendrons pas nos raison-
nements dans la satisfaction que nous devons en
éprouver.
» Ce qu'il est plus utile de faire pour éclairer l'opi-
nion publique, c'est de répcaidre aux arguments de la
note.
» 1° La Porte ottomane demande d'abord que la neu-
tralité du canal soit reconnue et proclamée à l'instar de
la neutralité des Dardanelles et du Bosphore.
» C'est ce que M. Ferdinand de Lesseps a demandé
dès l'origine, la neutralité devant être la conséquence
du caractère universel qu'il donnait à son entreprise.
L'usage et le parcours du canal devant être communs,
nulle puissance, nul pavillon ne pouvant prétendre à
l'usage exclusif ou privilégié du canal, la conséquence
forcée de ce principe était la neutralité du canal dans
toute son étendue et ses dépendances.
» Ainsi, imposer comme une charge nouvelle ce qui
était déjà sollicité comme une faveur et une garantie,
ce n'est pas là une difficulté; la Compagnie du canal de
Suez aurait à se féliciter de voir sa demande accueillie
par les puissances intéressées, ainsi que l'exploitation
du canal, sa jouissance, assurées à tous les pavillons,
quelles que fussent les circonstances politiques qui
troubleraient les rapports politiques des puissances.
* 2° Le second point présenté dans la note est l'abo-
lition « des corvées ».
» On s'étonne en vérité de voir dans un document
officiel une pareille assertion. La Compagnie du canal
de Suez a protesté dans tous les documents publiés
par elle contre l'accusation contenue dans ce passage
de la note. Les corvées n'existent pas. Les travailleurs,
réunis d'après le mode usité en Egypte, reçoivent exac-
tement un salaire qui a été arrêté d'accord entre la
Compagnie et le gouvernement égyptien, et ce salaire
est supérieur à celui qu'ils retireraient de tout autre
emploi de leur travail. Quant aux bons traitements
dont ils sont l'objet, au zèle et au contentement avec
lesquels ils se livrent à leur tâche, il suffit d'invoquer
le témoignage de tous ceux qui se sont rendus sur les
lieux.
» Si la Porte ottomane exige la suppression des con-
tingents fournis par le gouvernement égyptien, c'est
qu'elle ignore l'état réel des choses , ou qu'elle s'est
laissé influencer par des sollicitations jalouses et mal-
adroites, puisque sur les deux points que nous venons
d'examiner, il est constaté que l'un serait la réalisation
d'un vœu formé par la Compagnie, et que le second ne
repose que sur des faits complétement inexacts.
» 3° La troisième question est plus grave. Elle soulève
des principes d'un ordre élevé, puisque 1°, gouvernement
turc semblerait considérer la concession des terrains
parallèles au canal d'eau douce comme une atteinte au
droit de souveraineté du sultan et comme un empiéte-
ment sur son territoire, attendu que la Compagnie y
installerait des colonies d'étrangers qui seraient presque
indépendants de l'empire turc.
» Nous ne supposions pas que la chancellerie de Cons-
tantinople eût hérité à ce point de l'esprit de ruse
et d'argumentation captieuse des rhéteurs de Bysance.
Représenter une colonie. comme une invasion ; une ex-
ploitation agricole et maritime comme un envahisse-
menthostile ! c'est, en vérité, abuser de l'argumentation,
et supposer que le bon sens ne peut pas pénétrer au
fond des véritables motifs qui tont agir le gouverne-
ment turc.
» Les concessions de terrains faites latéralement au
canal d'eau douce ont été faites à un point de vue d'uti-
lité publique, conformément à ce qui s'est passé en
Europe pour des concessions analogues faites à des ca-
naux, à des chemins de fer, qui jouissent, par l'expro-
priation, de certaines langues de terrains comprises dans
leurs concessions.
» Introduire en Egypte, par le commerce et le transit,
la civilisation ; y répandre la fertilité par les irrigations
d'un canal d'eau douce : telle est l'une des conceptions
premières de la Compagnie du canal de Suez. C'est
contre cette belle et utile pensée que proteste le gou-
vernement turc. Abdul-Aziz veut-il se présenter à l'Eu-
rope comme le continuateur des sultans, qui régnaient
par la dévastation et par la stérilisation systématique
des terres soumises au croissant ? Le croissant se lève-
rait-il encore pour proclamer la guerre à la civilisation?
Ce sont les sentiments que des ennemis sans doute at-
tribuaient au nouveau sultan. Nous regrettons vivement
que le premier acte public par lequel le sultan signale
son avènement soit entaché de cet esprit de barbarie
asiatique qui justifierait les prévisions de ceux qui ne
voient en lui qu'un Turc fanatique, hostile à l'Europe,
aux idées de progrès et de civilisation.
» Si le sultan traite la Compagnie du canal de Suez
comme un adversaire parce qu'elle est l'ennemie de ce
système rétrograde et barbare, il a raison. Elle voulait
civiliser, il veut chasser la civilisation. C'est en faire
l'aveu que d'opposer un veto à une entreprise dont le
principal mérite est d'être une œuvre de civilisation
européenne à rencontre du dépérissement et de la sté-
rilisation qui ont été jusqu'à présent le caractère du
régime musulman partout où il s'est établi. — Le sul-
tan redoute ce voisinage ; il ne veut pas que le génie
européen et les capitaux qui en sont le puissant levier
restent en contact avec les popul&tions soumises au
croissant. Voilà le véritable envahissement contre le-
quel il se redresse. Sa note n'est donc qu'une protesta-
tion contre l'œuvre civilisatrice ; elle ne peut être con-
sidérée comme une revendication légitime d'un droit de
souveraineté qui n'est atteint en aucune manière.
» La note dont nous repoussons les arguments n'est
pas faite cependant sans une certaine habileté. Elle
se termine en proposant de substituer l'administration
turque à la Compagnie du canal de Suez, et s'engage
à achever l'exécution du canal moyennant une indem-
nité préalable accordée aux capitaux engagés dans
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