Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1863-02-01
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 01 février 1863 01 février 1863
Description : 1863/02/01 (A8,N159). 1863/02/01 (A8,N159).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203238r
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/11/2012
JOURNAL DE L'UNION PES DEUX MERS. 4*
échelles du Levant elles obtinrent des immunités, des
priviléges et des franchises. Exempts de la juridiction
locale et gouvernés par des magistrats de leur nation,
les négociants italiens disséminèrent sur tout le littoral
de l'Asie Mineure une suite d'établissements commer-
ciaux, qui pouvaient être considérés comme autaut de
colonies. Ils avaient des habitations à part où ils exer-
çaient leur commerce. Ils possédaient, en outre, des
églises, des thermes, des chantiers et des dépôts. Dans
quelques localités, des routes entières étaient leur pro-
priété. Ils avaient des marchés et des places publiques
où leurs magistrats rendaient la justice ou accommo-
daient les différends. Et c'est là l'origine des consuls.-
A partir de cette époque, les populations maritimes de
l'Italie exercèrent dans le commerce, dans la navigation,
dans les arts et dans les sciences, cette prédominance
qu'elles conservèrent jusqu'au xve siècle. L'Italie, maî-
tresse de la mer, devint le centre du commerce de
l'Asie, et approvisionna le reste de l'Europe des produits
de l'Orient. Ce commerce la fit riche, à ce point, que
tels de ses citoyens purent lutter de fortune avec les
souverains, et les surpasser plus d'une fois dans leurs
magnificences,
» Fanucci, dans son Histoire des trois peuples maritimes,
veut que dès le xiie siècle, les Pisans aient eu des com-
munications directes avec l'Asie par la mei Rouge. Mais
rien ne confirme cette assertion. Le fait de quelques
voyageurs inconnus ne peut servir de preuve à cet
égard. Il est certain qu'aucune puissance italienne
n'eut, par cette voie, des relations suivies et régulières
avec l'Asie. J'ai indiqué plus haut les canaux par les-
quels les productions de la Chine, des Indes et de la
Perse arrivaient à la mer Noire, à Constantinople, à
Trébizonde, à Alexandrie et dans les diverses échelles
de l'Asie Mineure. C'est dans ces ports que les négo-
ciants faisaient leurs achats et effectuaient leurs échan-
ges. Du reste, il est hors de doute que de hardis voya-
geurs parvinrent jusqu'aux contrées les plus reculées
du vaste continent asiatique.
Outre les voyages de Tudela et de Marco Polo, nous
avons les itinéraires d'Odéric de Portenau qui, en 1318,
visita les Indes et la Chine, et celui de Balduccio Pego-
lotti, Florentin, qui entreprit le même voyage en 1335.
Ajoutons qu'ils ne furent point les premiers. Ascellino,
frère dominicain, les avait précédés dans ces voies in-
connues, en 1245; Piano Carpino, frère franciscain, l'y
suivait en 1246 ; le père Rubriquis, du même ordre, se
mettait sur leurs traces en 1253, sur l'ordre de saint
Louis, roi de France.
» Mais, s'il est vrai de dire que les Italiens ne par-
vinrent pas à établir des rapports commerciaux directs
avec les Indes et la Chine, il n'en faut pas moins re-
connaître que, plusieurs siècles durant, les transports
maritimes constituèrent un monopole exclusif entre les
mains des Vénitiens, des Génois et des Pisans.
» Ils avaient hérité, comme nous l'avons vu, de la
suprématie commerciale des Arabes. Ils allaient, à leur
tour, avoir des rivaux et des successeurs.
» En 1415, les Portugais, qui n'avaient ni marine, ni
commerce, et qui tiraient de l'Italie, et principalement
de Venise, les produits de l'Asie entrant dans leur con-
sommation, s'emparèrent de Ceuta, sur la côte d'Afrique.
» Cette conquête n'avait aucune importance par elle-
même; elle devait, cependant, en avoir une immense
par l'esprit de spéculation et d'entreprise qu'elle allait
éveiller chez ceux qui l'avaient accomplie.
» L'infant Don Henri, enflammé par la lecture des
voyages de Marco Polo, avait eu sous les yeux la map-
pemonde dressée par le Vénitien Marino Sanudo, dit
Torzello. Cette mappemonde était pleine d'erreurs ; mais
elle n'en démontrait pas moins une continuation de la
mer sous la pointe extrême de l'Afrique. L'infant pres-
sentit là une nouvelle route pour aller aux Indes, et
tourna vers ce but tous les efforts de son esprit aven-
tureux. Les expéditions de Diaz (1486) et de Vasco de
Gama (1497), devaient plus tard réaliser ses rêves.
a La découverte du cap de Bonne-Espérance fut une
date fatale pour l'Italie, condamnée à voir le commerce
de l'Asie passer de ses mains en celles des Portugais.
Point de départ d'une ère de déchéance pour la pénin-
sule Italique, elle ouvrait pour le Portugal une ère de
gloire et de prospérité. Les domaines du Portugal s'é-
tendirent en Afrique et surtout en Asie. Rival de l'Es-
pagne, il regorgea de richesses, et devint une puissance
navale du premier ordre. Outre ses conquêtes en Asie,
il étendit sa domination sur une des plus belles contrées
de l'Amérique, le Brésil.
» Mais qui a vu la fortune stable ici-bas ! » dit le
Sage; si elle l'était, l'homme croirait facilement qu'il
en est l'arbitre et qu'elle dépend de lui. Mais celui qui,
seul, voit tout changer sans changer lui-même, donne
et ôte la puissance, la transporte d'un homme à un
autre, d'un peuple à un autre, pour montrer, dit Bos-
suet, qu'ils ne l'ont tous que par emprunt, et qu'il
est le seul en qui elle réside naturellement. L'impru-
dente expédition de Sébastien en Afrique, où il périt jà
la bataille d'Alcaçar- Quivir, en 1518, ferma brusquement
pour le Portugal la brillante, mais courte période, dont
la conquête de Ceuta avait marqué l'aurore. En 1580,
le roi d'Espagne, Philippe II, plaça sur sa tête la cou-
ronne de Portugal. Ce beau royaume ne fut dès lors
qu'une province espagnole. La ruine totale^de la marine
portugaise en fut la suite. Les Hollandais, en révolte
contre Philippe II, allèrent partout sur les brisées des
Portugais, les firent chasser du Japon, ainsi que d'une
foule d'autres possessions en Asie, et furent même sur
le point de leur enlever tout le Brésil.
» Les Hollandais devinrent ainsi maîtres de la mer et
du commerce de l'Asie.
» Mais cet empire devait leur échapper, comme il avait
échappé à toutes les puissances qui l'avaient successi-
sivement conquis et possédé avant eux. Le jour vint
où ils durent le céder aux Anglais, qui l'ont conservé
jusqu'à ce jour, et qui, souverains monopoleurs du trafic
avec les Indes, ont continué à l'exercer par le cap de
Bonne-Espérance. Nous ignorons ce qui sera demain, dit
l'Apôtre.
» HUMRERT FERRAND. »
(Moniteur des soies).
(La suite au prochain numéro.)
échelles du Levant elles obtinrent des immunités, des
priviléges et des franchises. Exempts de la juridiction
locale et gouvernés par des magistrats de leur nation,
les négociants italiens disséminèrent sur tout le littoral
de l'Asie Mineure une suite d'établissements commer-
ciaux, qui pouvaient être considérés comme autaut de
colonies. Ils avaient des habitations à part où ils exer-
çaient leur commerce. Ils possédaient, en outre, des
églises, des thermes, des chantiers et des dépôts. Dans
quelques localités, des routes entières étaient leur pro-
priété. Ils avaient des marchés et des places publiques
où leurs magistrats rendaient la justice ou accommo-
daient les différends. Et c'est là l'origine des consuls.-
A partir de cette époque, les populations maritimes de
l'Italie exercèrent dans le commerce, dans la navigation,
dans les arts et dans les sciences, cette prédominance
qu'elles conservèrent jusqu'au xve siècle. L'Italie, maî-
tresse de la mer, devint le centre du commerce de
l'Asie, et approvisionna le reste de l'Europe des produits
de l'Orient. Ce commerce la fit riche, à ce point, que
tels de ses citoyens purent lutter de fortune avec les
souverains, et les surpasser plus d'une fois dans leurs
magnificences,
» Fanucci, dans son Histoire des trois peuples maritimes,
veut que dès le xiie siècle, les Pisans aient eu des com-
munications directes avec l'Asie par la mei Rouge. Mais
rien ne confirme cette assertion. Le fait de quelques
voyageurs inconnus ne peut servir de preuve à cet
égard. Il est certain qu'aucune puissance italienne
n'eut, par cette voie, des relations suivies et régulières
avec l'Asie. J'ai indiqué plus haut les canaux par les-
quels les productions de la Chine, des Indes et de la
Perse arrivaient à la mer Noire, à Constantinople, à
Trébizonde, à Alexandrie et dans les diverses échelles
de l'Asie Mineure. C'est dans ces ports que les négo-
ciants faisaient leurs achats et effectuaient leurs échan-
ges. Du reste, il est hors de doute que de hardis voya-
geurs parvinrent jusqu'aux contrées les plus reculées
du vaste continent asiatique.
Outre les voyages de Tudela et de Marco Polo, nous
avons les itinéraires d'Odéric de Portenau qui, en 1318,
visita les Indes et la Chine, et celui de Balduccio Pego-
lotti, Florentin, qui entreprit le même voyage en 1335.
Ajoutons qu'ils ne furent point les premiers. Ascellino,
frère dominicain, les avait précédés dans ces voies in-
connues, en 1245; Piano Carpino, frère franciscain, l'y
suivait en 1246 ; le père Rubriquis, du même ordre, se
mettait sur leurs traces en 1253, sur l'ordre de saint
Louis, roi de France.
» Mais, s'il est vrai de dire que les Italiens ne par-
vinrent pas à établir des rapports commerciaux directs
avec les Indes et la Chine, il n'en faut pas moins re-
connaître que, plusieurs siècles durant, les transports
maritimes constituèrent un monopole exclusif entre les
mains des Vénitiens, des Génois et des Pisans.
» Ils avaient hérité, comme nous l'avons vu, de la
suprématie commerciale des Arabes. Ils allaient, à leur
tour, avoir des rivaux et des successeurs.
» En 1415, les Portugais, qui n'avaient ni marine, ni
commerce, et qui tiraient de l'Italie, et principalement
de Venise, les produits de l'Asie entrant dans leur con-
sommation, s'emparèrent de Ceuta, sur la côte d'Afrique.
» Cette conquête n'avait aucune importance par elle-
même; elle devait, cependant, en avoir une immense
par l'esprit de spéculation et d'entreprise qu'elle allait
éveiller chez ceux qui l'avaient accomplie.
» L'infant Don Henri, enflammé par la lecture des
voyages de Marco Polo, avait eu sous les yeux la map-
pemonde dressée par le Vénitien Marino Sanudo, dit
Torzello. Cette mappemonde était pleine d'erreurs ; mais
elle n'en démontrait pas moins une continuation de la
mer sous la pointe extrême de l'Afrique. L'infant pres-
sentit là une nouvelle route pour aller aux Indes, et
tourna vers ce but tous les efforts de son esprit aven-
tureux. Les expéditions de Diaz (1486) et de Vasco de
Gama (1497), devaient plus tard réaliser ses rêves.
a La découverte du cap de Bonne-Espérance fut une
date fatale pour l'Italie, condamnée à voir le commerce
de l'Asie passer de ses mains en celles des Portugais.
Point de départ d'une ère de déchéance pour la pénin-
sule Italique, elle ouvrait pour le Portugal une ère de
gloire et de prospérité. Les domaines du Portugal s'é-
tendirent en Afrique et surtout en Asie. Rival de l'Es-
pagne, il regorgea de richesses, et devint une puissance
navale du premier ordre. Outre ses conquêtes en Asie,
il étendit sa domination sur une des plus belles contrées
de l'Amérique, le Brésil.
» Mais qui a vu la fortune stable ici-bas ! » dit le
Sage; si elle l'était, l'homme croirait facilement qu'il
en est l'arbitre et qu'elle dépend de lui. Mais celui qui,
seul, voit tout changer sans changer lui-même, donne
et ôte la puissance, la transporte d'un homme à un
autre, d'un peuple à un autre, pour montrer, dit Bos-
suet, qu'ils ne l'ont tous que par emprunt, et qu'il
est le seul en qui elle réside naturellement. L'impru-
dente expédition de Sébastien en Afrique, où il périt jà
la bataille d'Alcaçar- Quivir, en 1518, ferma brusquement
pour le Portugal la brillante, mais courte période, dont
la conquête de Ceuta avait marqué l'aurore. En 1580,
le roi d'Espagne, Philippe II, plaça sur sa tête la cou-
ronne de Portugal. Ce beau royaume ne fut dès lors
qu'une province espagnole. La ruine totale^de la marine
portugaise en fut la suite. Les Hollandais, en révolte
contre Philippe II, allèrent partout sur les brisées des
Portugais, les firent chasser du Japon, ainsi que d'une
foule d'autres possessions en Asie, et furent même sur
le point de leur enlever tout le Brésil.
» Les Hollandais devinrent ainsi maîtres de la mer et
du commerce de l'Asie.
» Mais cet empire devait leur échapper, comme il avait
échappé à toutes les puissances qui l'avaient successi-
sivement conquis et possédé avant eux. Le jour vint
où ils durent le céder aux Anglais, qui l'ont conservé
jusqu'à ce jour, et qui, souverains monopoleurs du trafic
avec les Indes, ont continué à l'exercer par le cap de
Bonne-Espérance. Nous ignorons ce qui sera demain, dit
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