Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1863-01-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 janvier 1863 15 janvier 1863
Description : 1863/01/15 (A8,N158). 1863/01/15 (A8,N158).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203237b
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/11/2012
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. 2i
liers aux jambes nues, à la tête soigneusement cou-
verte, qui charment la monotonie du voyage en psal-
modiant des versets du Coran sur une même et éter-
nelle ritournelle.
» Nous arrivons vite sur le domaine de l'Ouady, ap-
partenant, comme je l'ai dit, à la Compagnie du canal.
Les champs de maïs, les champs de riz et surtout les
champs de coton se succèdent à nos yeux étonnés. On
croirait voir la toile qui se déroule dans la Chaltc mer-
veilleuse, et qui représente les champs, les prés, les vil-
lages et les châteaux du marquis de Carabas. C'est une
fécondité, une vigueur de végétation, une abondance
et une rapidité de croissance dont on n'a pas d'idée en
France.
» Toute la journée s'est écoulée dans la contempla-
tion d'une nature si attrayante; nous avons traversé
plus d'un village, mais vers le soir seulement nos
barques s'arrêtent. Nous mettons pied à terre , et c'est
alors que nous apercevons au milieu d'une forêt de
palmiers une habitation de belle apparence. On l'ap-
pelle le château de Tell-el-Kébir, et vraiment ce nom
n'est pas trop ambitieux. Vaste, bien entretenue, cette
maison, bâtie en style du pays, avec un premier étage
seulement, un toit en terrasse et une verandah ; bien
crépie à la chaux, blanche au sein de la sévère et forte
verdure des arbres méridionaux, elle représente bien la
demeure du maître d'un si grand et si important do-
maine.
» Un balcon s'ouvre au premier étage, je me hâte d'y
monter, et je profite des derniers feux du soleil pour
contempler un spectacle splendide. A perte de vue s'é-
tendent les cultures les plus riches, les villages dont
l'agglomération forme une population totale de dix
mille habitants. Le sol est coupé par des rigoles qui
répandent abondamment l'eau et l'engrais du Nil. Des
troupeaux de chèvres et de moutons, des vaches, les
vaches grasses de l'Ecriture, des bœufs qui reviennent
du labour en traînant des charrettes. D'un côté, le ca-
nal où se pressent une douzaine de barques dont on
voit les grandes vergues pointer au-dessus des arbres.
A l'horizon, un océan de sable jaune qui roule jusqu'au
pied des montagnes de l'Attaka, près de Suez, et en
face un globe incandescent : le soleil qui se couche
dans toute la majesté et la splendeur réservées aux
pays d'Orient. Non loin de moi j'entends une voix
étrangère qui murmure ces mots : « C'est un royairtne ! »
Non, ce n'est pas un royaume, c'est une conquête de
la civilisation et de l'industrie sur la nature au profit
du gouvernement égyptien. Honni soit qui jalouserait,
qui calomnierait ce triomphe bienfaisant. Ici les riva-
lités internationales n'ont même pas de prétexte. Cha-
cun sait que l'Européen ne peut pas devenir laboureur
sous cette latitude. Le sol n'y peut être occupé et dé-
friché que par des indigènes sujets du vice-roi. Et ils y
trouvent leur compte. Cette année les cultivateurs du
domaine de Tell-el-Kébir, qui ont payé à la Compagnie
un fermage de 10 francs par acre, ont vendu pour
3 millions de coton. Aussi le nombre des fermiers de la
Compagnie a-t-il plus que doublé depuis un an. Ils
étaient quatre mille cultivateurs quand elle a pris pos-
session. Aujourd'hui, comme nous l'avons dit, leur nom-
bre dépasse dix mille et s'accroît chaque jour.
» La nuit fut excellente et l'hospitalité parfaite. Le
lendemain, dès le matin, nos barques étaient prêtes à
nous recevoir; les attelages remorqueurs attendaient
notre arrivée sur la berge. En peu d'heures, nous ar-
rivons à Rhamsès, campement de la Compagnie, cons-
truit sur l'emplacement d'une ville célèbre, dont il
reste trois statues mutilées et un monceau de briques.
» Ici les Bédouins du désert, race indomptable et
magnifique, que l'administration conquiert à la vie agri-
cole, vinrent saluer le maître de Tell-el-Kébir, le repré-
sentant et le chef de la Compagnie du canal, M. Ferdi-
nand de Lesseps. Il les accueillit avec la dignité affable
qui lui est si naturelle. De leur côté, ces fils de la li-
berté et de l'espace, ces hardis nomades, qu'on a réussi
à fixer sur les terres de l'Ouady, me parurent remar-
quables par la fierté sauvage de leur maintien, que re -
haussent les plus beaux et les plus nobles traits.
» La seconde nuit de notre voyage nous amène à
Timsah. Arrêtons-nous un moment pour jouir de l'é-
trange et rare spectacle qui s'offre à nos yeux. L'obs-
curité est profonde malgré les étoiles. Mais les ténèbres
sont percées par des centaines de torches. Elles éclairent
une multitude composée des fonctionnaires de la Com-
pagnie, des ouvriers, de la population arabe accourue tout
entière. Les rayons qui glissent sur les figures bron-
zées des saïs vêtus de blanc, donnent un caractère fan-
tastique au tableau. Ils laissent entrevoir des montures
de toute sorte; chevaux, chameaux, mules, ânes même,
fidèle, patient et sobre animal, utile partout, mais in-
dispensable en Egypte; une voiture aussi stationnée au
débarcadère, voiture extraordinaire et telle qu'on n'en
a peut-être pas encore vu. Cinq dromadaires y sont at-
telés, deux au timon, trois en avant. Ils sont élégam-
ment caparaçonnés, montés par des jockeys noirs et
dirigés par un chef, un Bédouin à face cuivrée, qui est
campé sur son dromadaire, une bête de prix, avec un
sentiment de son importance et de sa dignité qui rap-
pelle Porus monté sur son éléphant.
» Chacun a pris place. Le cortége s'ébranle tout en-
tier. Les porteurs de torches le précèdent, en secouant
les branches résineuses d'où jaillissent des myriades
d'étincelles. La voiture d'honneur a reçu sir Henry Bul-
wer, et quand elle roule sur ses larges jantes pour
gagner le campement de Timsah, les cavaliers qui
l'entourent en si grand nombre forment une escorte
tout à fait prii cière. Quiconque a vu cette scène, que
nous décrivons bien imparfaitement, ne saurait en ef-
facer le souvenir de sa mémoire.
o Le campement de Timsah est l'embryon d'une ville
qui grandira vite. Une belle ligne de maisons se déve-
loppe en face du lac déjà à demi rempli d'eau. Quelles
seront les destinées de cette cité nouvelle? Centre pro-
chain de la navigation des deux mondes, elle est appe-
lée à une prospérité des plus rapides.
» Elle prendra bien promptement son rang parmi les
cités les plus prospères de l'Egypte; elle sera bientôt
liers aux jambes nues, à la tête soigneusement cou-
verte, qui charment la monotonie du voyage en psal-
modiant des versets du Coran sur une même et éter-
nelle ritournelle.
» Nous arrivons vite sur le domaine de l'Ouady, ap-
partenant, comme je l'ai dit, à la Compagnie du canal.
Les champs de maïs, les champs de riz et surtout les
champs de coton se succèdent à nos yeux étonnés. On
croirait voir la toile qui se déroule dans la Chaltc mer-
veilleuse, et qui représente les champs, les prés, les vil-
lages et les châteaux du marquis de Carabas. C'est une
fécondité, une vigueur de végétation, une abondance
et une rapidité de croissance dont on n'a pas d'idée en
France.
» Toute la journée s'est écoulée dans la contempla-
tion d'une nature si attrayante; nous avons traversé
plus d'un village, mais vers le soir seulement nos
barques s'arrêtent. Nous mettons pied à terre , et c'est
alors que nous apercevons au milieu d'une forêt de
palmiers une habitation de belle apparence. On l'ap-
pelle le château de Tell-el-Kébir, et vraiment ce nom
n'est pas trop ambitieux. Vaste, bien entretenue, cette
maison, bâtie en style du pays, avec un premier étage
seulement, un toit en terrasse et une verandah ; bien
crépie à la chaux, blanche au sein de la sévère et forte
verdure des arbres méridionaux, elle représente bien la
demeure du maître d'un si grand et si important do-
maine.
» Un balcon s'ouvre au premier étage, je me hâte d'y
monter, et je profite des derniers feux du soleil pour
contempler un spectacle splendide. A perte de vue s'é-
tendent les cultures les plus riches, les villages dont
l'agglomération forme une population totale de dix
mille habitants. Le sol est coupé par des rigoles qui
répandent abondamment l'eau et l'engrais du Nil. Des
troupeaux de chèvres et de moutons, des vaches, les
vaches grasses de l'Ecriture, des bœufs qui reviennent
du labour en traînant des charrettes. D'un côté, le ca-
nal où se pressent une douzaine de barques dont on
voit les grandes vergues pointer au-dessus des arbres.
A l'horizon, un océan de sable jaune qui roule jusqu'au
pied des montagnes de l'Attaka, près de Suez, et en
face un globe incandescent : le soleil qui se couche
dans toute la majesté et la splendeur réservées aux
pays d'Orient. Non loin de moi j'entends une voix
étrangère qui murmure ces mots : « C'est un royairtne ! »
Non, ce n'est pas un royaume, c'est une conquête de
la civilisation et de l'industrie sur la nature au profit
du gouvernement égyptien. Honni soit qui jalouserait,
qui calomnierait ce triomphe bienfaisant. Ici les riva-
lités internationales n'ont même pas de prétexte. Cha-
cun sait que l'Européen ne peut pas devenir laboureur
sous cette latitude. Le sol n'y peut être occupé et dé-
friché que par des indigènes sujets du vice-roi. Et ils y
trouvent leur compte. Cette année les cultivateurs du
domaine de Tell-el-Kébir, qui ont payé à la Compagnie
un fermage de 10 francs par acre, ont vendu pour
3 millions de coton. Aussi le nombre des fermiers de la
Compagnie a-t-il plus que doublé depuis un an. Ils
étaient quatre mille cultivateurs quand elle a pris pos-
session. Aujourd'hui, comme nous l'avons dit, leur nom-
bre dépasse dix mille et s'accroît chaque jour.
» La nuit fut excellente et l'hospitalité parfaite. Le
lendemain, dès le matin, nos barques étaient prêtes à
nous recevoir; les attelages remorqueurs attendaient
notre arrivée sur la berge. En peu d'heures, nous ar-
rivons à Rhamsès, campement de la Compagnie, cons-
truit sur l'emplacement d'une ville célèbre, dont il
reste trois statues mutilées et un monceau de briques.
» Ici les Bédouins du désert, race indomptable et
magnifique, que l'administration conquiert à la vie agri-
cole, vinrent saluer le maître de Tell-el-Kébir, le repré-
sentant et le chef de la Compagnie du canal, M. Ferdi-
nand de Lesseps. Il les accueillit avec la dignité affable
qui lui est si naturelle. De leur côté, ces fils de la li-
berté et de l'espace, ces hardis nomades, qu'on a réussi
à fixer sur les terres de l'Ouady, me parurent remar-
quables par la fierté sauvage de leur maintien, que re -
haussent les plus beaux et les plus nobles traits.
» La seconde nuit de notre voyage nous amène à
Timsah. Arrêtons-nous un moment pour jouir de l'é-
trange et rare spectacle qui s'offre à nos yeux. L'obs-
curité est profonde malgré les étoiles. Mais les ténèbres
sont percées par des centaines de torches. Elles éclairent
une multitude composée des fonctionnaires de la Com-
pagnie, des ouvriers, de la population arabe accourue tout
entière. Les rayons qui glissent sur les figures bron-
zées des saïs vêtus de blanc, donnent un caractère fan-
tastique au tableau. Ils laissent entrevoir des montures
de toute sorte; chevaux, chameaux, mules, ânes même,
fidèle, patient et sobre animal, utile partout, mais in-
dispensable en Egypte; une voiture aussi stationnée au
débarcadère, voiture extraordinaire et telle qu'on n'en
a peut-être pas encore vu. Cinq dromadaires y sont at-
telés, deux au timon, trois en avant. Ils sont élégam-
ment caparaçonnés, montés par des jockeys noirs et
dirigés par un chef, un Bédouin à face cuivrée, qui est
campé sur son dromadaire, une bête de prix, avec un
sentiment de son importance et de sa dignité qui rap-
pelle Porus monté sur son éléphant.
» Chacun a pris place. Le cortége s'ébranle tout en-
tier. Les porteurs de torches le précèdent, en secouant
les branches résineuses d'où jaillissent des myriades
d'étincelles. La voiture d'honneur a reçu sir Henry Bul-
wer, et quand elle roule sur ses larges jantes pour
gagner le campement de Timsah, les cavaliers qui
l'entourent en si grand nombre forment une escorte
tout à fait prii cière. Quiconque a vu cette scène, que
nous décrivons bien imparfaitement, ne saurait en ef-
facer le souvenir de sa mémoire.
o Le campement de Timsah est l'embryon d'une ville
qui grandira vite. Une belle ligne de maisons se déve-
loppe en face du lac déjà à demi rempli d'eau. Quelles
seront les destinées de cette cité nouvelle? Centre pro-
chain de la navigation des deux mondes, elle est appe-
lée à une prospérité des plus rapides.
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