Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1858-12-10
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 10 décembre 1858 10 décembre 1858
Description : 1858/12/10 (A3,N60). 1858/12/10 (A3,N60).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203106f
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 14/05/2012
VENDREDI 10 DÉCEMBRE. JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. G07
Si donc le canal est aucunement praticable, s'il peut être
jamais rémunérateur, l'Angleterre doit appuyer le projet et le
seconder de la pleine puissance de ses ressources.
Nous ne pourrions pas mieux dire, nous ne pourrions pas
plus sainement et plus résolument conclure.
On a prétendu que l'hypocrisie est un hommage que le vice
rend à la vertu. Helas! cette déclaration du Times n'est pas
autre chose qu'un hommage qu'il est contraint de rendre à la
pudeur publique.
Qui pourrait croire que ces lignes sont extraites d'un article
tout gonflé de passion contre le canal de Suez?
Mais les aveux n'en restent pas moins. De l'aveu du Times,
l'opposition anglaise est injustifiable et inexplicable en prin-
cipe.
Quel est donc le terrain sur lequel combat encore le cham-
pion britannique ?
Selon lui, le canal n'est point praticable, il ne peut pas
être rémunérateur.
Qu'importe? l'objection serait valable si Qn demandait à
l'Angleterre son argent; elle ne vaut plus rien, du moment
qu'on s'en passe.
Le Times et l'Angleterre ne sont point investis de la tutelle
du monde et des bourses privées.
Or, pendant que de l'autre côté du détroit quelques esprits
systématiques s'obstinent à nier soit la possibilité, soit les
profits du canal, l'unanimité des nations, l'unanimité de la
science continentales les affirment et y ont foi.
De quel droit l'Angleterre, dans une entreprise semblable,
dont elle reconnaît l'utilité pour elle-même, pourrait-elle
prétendre à imposer sa conviction à des convictions toutes
contraires?
Et, parmi ces convictions, quelle est celle qui, dans les
apparences, est la plus sérieuse et la plus solide ?
D'un côté, l'affirmation légère d'un homme qui ne connaît
même pas les superficies de la question, qui a montré dans
ses arguments une ignorance de la matière, objet des risées
de tout le monde savant, atteint et convaincu par la discus-
sion des erreurs les plus grossières, et qui a été réduit, pour
rencontrer des autorités, à remonter jusqu'aux préjugés en
vigueur au temps d'Alexandre le Grand.
M. Robert Stephenson est en effet le seul homme de l'art
qui, jusqu'ici, ait en Europe prétendu l'impossibilité du canal
de Suez.
De l'autre côté, nous trouvons — des études longues et
approfondies; — des travaux préliminaires exécutés par des
ingénieurs français d'une capacité reconnue, au service du
Vice-roi; — un avant-projet détaillé, élaboré, rédigé par ces
mêmes hommes pratiques et soumis à la critique d'une Com-
mission composée des plus hautes notabilités; - une nou-
velle étude effectuée sur les lieux par cette Commission; —
un rapport dans lequel toutes les questions d'art, d'exécution,
de finance, sont élucidées et traitées;—l'assentiment des corps
savants les plus illustres accordé à ces travaux; — l'acclama-
tion de la presse et de l'opinion universelle - et la confiance
profonde des peuples manifestée et prouvée par leur efficace
et ferme concours à la constitution du fonds social destiné à
conduire à fin l'entreprise.
De quel côté sont les convictions les plus consciencieuses et
les mieux motivées ?.
Mais le continent n'entend pas imposer ses opinions au
Times. Il se contente de vouloir que le Times ne lui impose
pas les siennes. Le Times ne veut pas croire à la praticabilité
du canal? Le continent n'a pas la pensée de le forcer à mar-
cher avec lui; mais le Times est trop sensé sans doute pour
prétendre obliger de son côté le continent à marcher dans un
sens contraire à ses propres idées.
Après la déclaration que nous avons citée, toute la ques-
tion n'est plus que là. Que le Times demeure dans sa voie en
s'abstenant, et que le reste du monde suive la sienne en se
mettant à l'oeuvre.
Pour savoir où est l'erreur, attendons l'événement; et nous
n'ajournons pas le Times à une longue échéance, nous ne
l'ajournons qu'à deux ans tout au plus. Dans deux ans, nous
le lui signifions, le problème sera résolu.
Que risque-t-il? l'argent des actionnaires continentaux? Il
déclare lui-même s'en soucier fort peu, et, dans tous les cas,
ces intérêts ne le regardent pas.
Mais s'il se trompe, et il se trompe, quelle responsabilité
n'encourt-il pas? Il combat et entrave un projet fécond
pour l'humanité, désiré par le commerce, la religion, la civi-
lisation, hautement utile à son pays lui-même!
Le Times veut-il donc jurer sur son infaillibilité, fût-elle
associée à celle de M. Stephenson?
Soyons francs, il n'est d'ailleurs pas besoin d'ambages avec
la liberté anglaise. Le Times s'effraye avec raison de la cla-
meur qui s'élève dans toute l'Europe, sur le triste rôle joué
dans cette affaire par le gouvernement anglais. Il en aperçoit
les conséquences, il en mesure l'iniquité, et redoute les impres-
sions qu'elle doit laisser parmi les peuples. C'est pourquoi il
s'évertue à la tâche ingrate et impossible à la fois de dissi-
muler les préjugés qui s'acharnent chez lui contre cette en-
treprise, et de construire des prétextes qui leur permettent de
persévérer sous de fausses couleurs.
Le Times est trop intelligent pour croire aux fables dont il
paye la crédulité de John Bull ; il est aussi persuadé que nous
que le projet est praticable et qu'il sera rémunérateur. Bien
plus, s'il ne le croyait pas, il serait le premier à nous donner
nos coudées franches. Nous rions de cette paternelle sollicitude
pour l'Egypte, qui ne lui permet pas de laisser s'y installer
une Compagnie française, sous prétexte qu'elle pourrait faire
faillite; nous ne savions pas que les Compagnies anglaises
fussent à l'abri de ces accidents. Nous rions de sa crainte
chimérique de voir nos flottes et nos armées aller devant
Alexandrie, obliger le pacha à payer les dettes de la Com-
pagnie universelle. Nous rions de lui voir transformer,
pour le besoin de son argument, une Compagnie internatio-
nale, formée des capitaux et du concours de toute l'Europe,
en Compagnie exclusivement française, sous la direction et la
protection exclusive de la France. Nous rions de tous ces
efforts infortunés pour nous épouvanter sur l'avenir du canal,
et nous faire désespérer de la navigabilité de la mer Rouge.
Nous ne nous donnons pas la peine de discuter avec le parti
pris; nous savons que la vérité le frappât-elle de tous les
rayons du soleil égyptien, le Times n'en serait pas pour cela
plus convaincu ; et noluit consolari. Il nous suffit de constater,
dans son article , que l'Angleterre non-seulement n'a pas
une seule bonne raison à donner pour se plaindre de l'exé-
cution du canal, mais encore que cette exécution est confofttte
à ses plus grands et ses plus chers intérêts.
G. WAGENER.
L'AUTORITÉ DE M. STEPHENSON
JUGÉE PAR SES COMPATRIOTES ET SES PAIRS.
A propos de l'article du Times dont nous venons de parler,
et du parti qu'on cherche à tirer des légèretés de M. Stephen-
son, le Constitutionnel du 30 novembre se livre à certaines
Si donc le canal est aucunement praticable, s'il peut être
jamais rémunérateur, l'Angleterre doit appuyer le projet et le
seconder de la pleine puissance de ses ressources.
Nous ne pourrions pas mieux dire, nous ne pourrions pas
plus sainement et plus résolument conclure.
On a prétendu que l'hypocrisie est un hommage que le vice
rend à la vertu. Helas! cette déclaration du Times n'est pas
autre chose qu'un hommage qu'il est contraint de rendre à la
pudeur publique.
Qui pourrait croire que ces lignes sont extraites d'un article
tout gonflé de passion contre le canal de Suez?
Mais les aveux n'en restent pas moins. De l'aveu du Times,
l'opposition anglaise est injustifiable et inexplicable en prin-
cipe.
Quel est donc le terrain sur lequel combat encore le cham-
pion britannique ?
Selon lui, le canal n'est point praticable, il ne peut pas
être rémunérateur.
Qu'importe? l'objection serait valable si Qn demandait à
l'Angleterre son argent; elle ne vaut plus rien, du moment
qu'on s'en passe.
Le Times et l'Angleterre ne sont point investis de la tutelle
du monde et des bourses privées.
Or, pendant que de l'autre côté du détroit quelques esprits
systématiques s'obstinent à nier soit la possibilité, soit les
profits du canal, l'unanimité des nations, l'unanimité de la
science continentales les affirment et y ont foi.
De quel droit l'Angleterre, dans une entreprise semblable,
dont elle reconnaît l'utilité pour elle-même, pourrait-elle
prétendre à imposer sa conviction à des convictions toutes
contraires?
Et, parmi ces convictions, quelle est celle qui, dans les
apparences, est la plus sérieuse et la plus solide ?
D'un côté, l'affirmation légère d'un homme qui ne connaît
même pas les superficies de la question, qui a montré dans
ses arguments une ignorance de la matière, objet des risées
de tout le monde savant, atteint et convaincu par la discus-
sion des erreurs les plus grossières, et qui a été réduit, pour
rencontrer des autorités, à remonter jusqu'aux préjugés en
vigueur au temps d'Alexandre le Grand.
M. Robert Stephenson est en effet le seul homme de l'art
qui, jusqu'ici, ait en Europe prétendu l'impossibilité du canal
de Suez.
De l'autre côté, nous trouvons — des études longues et
approfondies; — des travaux préliminaires exécutés par des
ingénieurs français d'une capacité reconnue, au service du
Vice-roi; — un avant-projet détaillé, élaboré, rédigé par ces
mêmes hommes pratiques et soumis à la critique d'une Com-
mission composée des plus hautes notabilités; - une nou-
velle étude effectuée sur les lieux par cette Commission; —
un rapport dans lequel toutes les questions d'art, d'exécution,
de finance, sont élucidées et traitées;—l'assentiment des corps
savants les plus illustres accordé à ces travaux; — l'acclama-
tion de la presse et de l'opinion universelle - et la confiance
profonde des peuples manifestée et prouvée par leur efficace
et ferme concours à la constitution du fonds social destiné à
conduire à fin l'entreprise.
De quel côté sont les convictions les plus consciencieuses et
les mieux motivées ?.
Mais le continent n'entend pas imposer ses opinions au
Times. Il se contente de vouloir que le Times ne lui impose
pas les siennes. Le Times ne veut pas croire à la praticabilité
du canal? Le continent n'a pas la pensée de le forcer à mar-
cher avec lui; mais le Times est trop sensé sans doute pour
prétendre obliger de son côté le continent à marcher dans un
sens contraire à ses propres idées.
Après la déclaration que nous avons citée, toute la ques-
tion n'est plus que là. Que le Times demeure dans sa voie en
s'abstenant, et que le reste du monde suive la sienne en se
mettant à l'oeuvre.
Pour savoir où est l'erreur, attendons l'événement; et nous
n'ajournons pas le Times à une longue échéance, nous ne
l'ajournons qu'à deux ans tout au plus. Dans deux ans, nous
le lui signifions, le problème sera résolu.
Que risque-t-il? l'argent des actionnaires continentaux? Il
déclare lui-même s'en soucier fort peu, et, dans tous les cas,
ces intérêts ne le regardent pas.
Mais s'il se trompe, et il se trompe, quelle responsabilité
n'encourt-il pas? Il combat et entrave un projet fécond
pour l'humanité, désiré par le commerce, la religion, la civi-
lisation, hautement utile à son pays lui-même!
Le Times veut-il donc jurer sur son infaillibilité, fût-elle
associée à celle de M. Stephenson?
Soyons francs, il n'est d'ailleurs pas besoin d'ambages avec
la liberté anglaise. Le Times s'effraye avec raison de la cla-
meur qui s'élève dans toute l'Europe, sur le triste rôle joué
dans cette affaire par le gouvernement anglais. Il en aperçoit
les conséquences, il en mesure l'iniquité, et redoute les impres-
sions qu'elle doit laisser parmi les peuples. C'est pourquoi il
s'évertue à la tâche ingrate et impossible à la fois de dissi-
muler les préjugés qui s'acharnent chez lui contre cette en-
treprise, et de construire des prétextes qui leur permettent de
persévérer sous de fausses couleurs.
Le Times est trop intelligent pour croire aux fables dont il
paye la crédulité de John Bull ; il est aussi persuadé que nous
que le projet est praticable et qu'il sera rémunérateur. Bien
plus, s'il ne le croyait pas, il serait le premier à nous donner
nos coudées franches. Nous rions de cette paternelle sollicitude
pour l'Egypte, qui ne lui permet pas de laisser s'y installer
une Compagnie française, sous prétexte qu'elle pourrait faire
faillite; nous ne savions pas que les Compagnies anglaises
fussent à l'abri de ces accidents. Nous rions de sa crainte
chimérique de voir nos flottes et nos armées aller devant
Alexandrie, obliger le pacha à payer les dettes de la Com-
pagnie universelle. Nous rions de lui voir transformer,
pour le besoin de son argument, une Compagnie internatio-
nale, formée des capitaux et du concours de toute l'Europe,
en Compagnie exclusivement française, sous la direction et la
protection exclusive de la France. Nous rions de tous ces
efforts infortunés pour nous épouvanter sur l'avenir du canal,
et nous faire désespérer de la navigabilité de la mer Rouge.
Nous ne nous donnons pas la peine de discuter avec le parti
pris; nous savons que la vérité le frappât-elle de tous les
rayons du soleil égyptien, le Times n'en serait pas pour cela
plus convaincu ; et noluit consolari. Il nous suffit de constater,
dans son article , que l'Angleterre non-seulement n'a pas
une seule bonne raison à donner pour se plaindre de l'exé-
cution du canal, mais encore que cette exécution est confofttte
à ses plus grands et ses plus chers intérêts.
G. WAGENER.
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JUGÉE PAR SES COMPATRIOTES ET SES PAIRS.
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