Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1858-10-10
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 10 octobre 1858 10 octobre 1858
Description : 1858/10/10 (A3,N56). 1858/10/10 (A3,N56).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203102s
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 24/10/2012
DIMANCHE 10 OCTOBRE.
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS.
499
Vâf. — Toulon. — M. F. Suchet, négociant.
Vuuclvàè. — Avignon. — M. Verdet, président de la
Chambre de commerce.
Vendée. — Sables. — M. Petiteau, membre du Conseil
général.
Vosges. —
Saint-Dié. — M. Journet, président de la-
Chambre consultative des arts et manu-
factures.
POSITION DE L'ANGLETERRE
DANS L'AFFAIRE DU CANAL DE SUEZ.
Nous citons en entier l'article suivant du Moniteur
de la Flotte, Paris, 3 octobre, qui nous paraît ren-
fermer des appréciations très-justes, et présenter les
choses sous leur véritable jour :
« Nous parlions récemment de la position que l'Angleterre
avait faite à la Turquie dans l'affaire du canal de Suez; nous
voudrions examiner maintenant la position que l'Angleterre
s'est faite à elle-même, et surtout celle qu'elle a aujour-
d'hui.
On se rappelle que dès le début de l'entreprise, lord
Strattford de Redcliffe, ambassadeur à Constantinople, s'y
opposa. Par quelles raisons, c'est ce qu'il serait difficile de
savoir. Mais pour les connaître, c'est à lord Palmerston qu'il
faut s'adresser. Il y avait à croire que ces raisons n'étaient
pas les meilleures du monde, puisqu'on dut les tenir secrètes
pendant trois ans, et elles n'ont éclaté à la tribune anglaise,
où tout se dit, qu'après le triomphe remporté par M. Ferd.
de Lesseps auprès des meetings , tous unanimes pour approu-
ver, au nom du commerce britannique, l'ouverture de
l'isthme de Suez.
» Ces raisons étaient, à vrai dire, insoutenables, et même
elles furent ridicules. Lord Palmerston se posant en ingé-
nieur pour déclarer le travail inexécutable, ou en gardien
vigilant de la bourse de ses compatriotes pour la défendre
contre les piéges d'une spéculation trompeuse, prêtait à rire.
M. Stéphenson, qu'il appela à son aide, ne fut pas tech-
niquement plus sérieux. Si le canal est impraticabe, comme
vous le dites, laissez-le faire; car dès lors il n'est plus à re-
douter. Le raisonnement était sans réplique.
» Ce qui était plus grave, c'est que lord Palmerston décla-
rait le canal hostile à l'Angleterre. Mais il ne suffisait pas de
le dire, il fallait le prouver. Or, ctest ce que le premier
ministre bè put faire; et, malgré ses efforts, il ne put dé-
montrer à personne qu'un canal de cent mètres de largeur
assurerait l'indépendance de l'Egypte, et porterait atteinte à
l'intégrité de l'Empire Ottoman, garantie par l'Europe en-
tière;
» Il put encore bien moins démontrer que ce canal don-
nerait un accès facile aux entreprises des autres nations
contre les possessions anglaises des Indes orientales. On
renvoya ces arguments de lord Palmerston avec les quatre
mille canons qu'il avait découverts sur les fortifications
d'Alexandrie élevées et payées à grands frais par des mains
françaises. Ces quatre mille bouches à feu, hérissant les
côtes égyptiennes, étaient une simple hallucination. Les
arguments du noble lord ne valaient pas mieux dans leur
genre, bien qu'ils fussent calculés pour réveiller les passions
aveugles du vulgaire anglais.
» MM. Gladstone et lord John Russell se chargèrent de
répondrë aux arguments politiques de lord Palmerston, et
Ils n'eurënt pas de peine à les réduire à leur juste valeur,
en montrant Malte au nord et Aden àu midi, et en rappelant
qu'il n'y avait lâ, comme partout, qu'une question pour
l'Angleterre, celle de la conservation de sa supériorité mari-
time.
» Politiquement, les prëtèndris dangers du canal de Suez
s'étaient évanouis, comme, au point de vue technique, les
objections de M. R. Stéphenson avaient été anéanties par la
discussion des ingénieurs du continent. -.
» Aussi le dabiriet Derby, quand il eut a traiter cette ques-
tion devant le Parlement, se garda-t-il bien de reprendre la
thèse de lord Pâlitierston. On avait vu pleinement la faiblesse
de cette argumentation; il fallait en prendre une autre, sauf
à ne pas rencontrer mieux. Dans une situation fausse, on
ne fait guère que des faux pas.
» M. Disraëli vint donc nier devant le Parlement que
- l'Angleterre eût jamais pesé sur la Porte Ottomane. L'asser-
tion pouvait surprendre, après tout ce qui s'était passé; mais
elle était fort importante, car elle voulait dire, d'une part,
qu'on blâmait la conduite de ses prédécesseurs, et d'autre
part, qu'on se garderait bien de les imiter. Puis M. Disraëli
ajouta, chose non moins étrange, que les puissances
n'étaient pas aussi bienveillantes qu'on le disait pour l'ouver-
ture de l'isthme de Suez, et il cita des puissances notoire-
ment connues pour leur sympathie ardente à l'égard de cette
grande entreprise, l'Autriche et la France.
» Ce fut à l'aide de ces moyens plus ou moins bons que
M. Disraëli obtint le vote qui repoussa la motion de M. Roe-
buck. ,
« Telle a été l'attitude prise par le gouvernement anglais
il y a quatre mois. Il est clair que cette pdsition est profon-
dément différente de celle qu'avait adoptée lord Palmerston.
Le langage du chancelier de l'Echiquier n'était pas seule-
ment beaucoup plus convenable dans la forme; il était tout
autre par le fond. Il voulait dire que l'Angleterre ne s'oppo-
sait plus réellement au canal de Suez. Seulement, en poli-
tique, les choses ne sont jamais aussi nettes; et le cabinet
Derby, encore chancelant, ne pouvait affronter par une
déclaration aussi catégorique un adversaire tel que lord
Palmerston, furieux de sa récente défaite, et qui pouvait
redevenir dangereux à ses successeurs mal affermis.
« Nous croyons savoir que ce fut ainsi qu'on interpréta gé-
néralement le discours de M. Disraeli. C'était simplement de-
mander du temps : « Ne nous pressez pas trop ; ne nous mettez
» pas trop vite en contradiction avec lord Palmerston, qui a
» un puissant parti "dans la Chambre des Communes, et qui
» pourrait bien nous renverser; mais, en réalité, nous sommes
» d'accord avec vous; et, sans revenir sur le passé, ce qui est
toujours assez embarrassant, nous laisserons faire, ce qui
» est plus commode. »
» A Constantinople, ce fut bien dé cette façon qu'on l'en-
tendit; et de là le consentement moral que la Porte à donne.
Elle ne fait pas la moindre objection à ce que les travaux
s'exécutent en Égypte et à ce que la concession du Vice-roi
suive son cours régulier La formation de la Compagnie uni-
verselle par M. Ferd. de Lesseps ne pourra que confirmer ces
excellentes dispositions, et rien ne les a démenties dans l'atti-
tude du nouvel ambassadeur anglais à Constantinople.
» Pourvoir combien les hypothèses que nous faisons ici
sont probables, il ne faut pas oublier là prise de possession
de Périm. Qu'aurait signifié cet acte, accompli voilà déjà plus
de dix-huit mois, s'il n'avait impliqué que l'Angleterre accéde-
rait à l'ouverture de l'isthme de Suez? Lord Palmerston n'en
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS.
499
Vâf. — Toulon. — M. F. Suchet, négociant.
Vuuclvàè. — Avignon. — M. Verdet, président de la
Chambre de commerce.
Vendée. — Sables. — M. Petiteau, membre du Conseil
général.
Vosges. —
Saint-Dié. — M. Journet, président de la-
Chambre consultative des arts et manu-
factures.
POSITION DE L'ANGLETERRE
DANS L'AFFAIRE DU CANAL DE SUEZ.
Nous citons en entier l'article suivant du Moniteur
de la Flotte, Paris, 3 octobre, qui nous paraît ren-
fermer des appréciations très-justes, et présenter les
choses sous leur véritable jour :
« Nous parlions récemment de la position que l'Angleterre
avait faite à la Turquie dans l'affaire du canal de Suez; nous
voudrions examiner maintenant la position que l'Angleterre
s'est faite à elle-même, et surtout celle qu'elle a aujour-
d'hui.
On se rappelle que dès le début de l'entreprise, lord
Strattford de Redcliffe, ambassadeur à Constantinople, s'y
opposa. Par quelles raisons, c'est ce qu'il serait difficile de
savoir. Mais pour les connaître, c'est à lord Palmerston qu'il
faut s'adresser. Il y avait à croire que ces raisons n'étaient
pas les meilleures du monde, puisqu'on dut les tenir secrètes
pendant trois ans, et elles n'ont éclaté à la tribune anglaise,
où tout se dit, qu'après le triomphe remporté par M. Ferd.
de Lesseps auprès des meetings , tous unanimes pour approu-
ver, au nom du commerce britannique, l'ouverture de
l'isthme de Suez.
» Ces raisons étaient, à vrai dire, insoutenables, et même
elles furent ridicules. Lord Palmerston se posant en ingé-
nieur pour déclarer le travail inexécutable, ou en gardien
vigilant de la bourse de ses compatriotes pour la défendre
contre les piéges d'une spéculation trompeuse, prêtait à rire.
M. Stéphenson, qu'il appela à son aide, ne fut pas tech-
niquement plus sérieux. Si le canal est impraticabe, comme
vous le dites, laissez-le faire; car dès lors il n'est plus à re-
douter. Le raisonnement était sans réplique.
» Ce qui était plus grave, c'est que lord Palmerston décla-
rait le canal hostile à l'Angleterre. Mais il ne suffisait pas de
le dire, il fallait le prouver. Or, ctest ce que le premier
ministre bè put faire; et, malgré ses efforts, il ne put dé-
montrer à personne qu'un canal de cent mètres de largeur
assurerait l'indépendance de l'Egypte, et porterait atteinte à
l'intégrité de l'Empire Ottoman, garantie par l'Europe en-
tière;
» Il put encore bien moins démontrer que ce canal don-
nerait un accès facile aux entreprises des autres nations
contre les possessions anglaises des Indes orientales. On
renvoya ces arguments de lord Palmerston avec les quatre
mille canons qu'il avait découverts sur les fortifications
d'Alexandrie élevées et payées à grands frais par des mains
françaises. Ces quatre mille bouches à feu, hérissant les
côtes égyptiennes, étaient une simple hallucination. Les
arguments du noble lord ne valaient pas mieux dans leur
genre, bien qu'ils fussent calculés pour réveiller les passions
aveugles du vulgaire anglais.
» MM. Gladstone et lord John Russell se chargèrent de
répondrë aux arguments politiques de lord Palmerston, et
Ils n'eurënt pas de peine à les réduire à leur juste valeur,
en montrant Malte au nord et Aden àu midi, et en rappelant
qu'il n'y avait lâ, comme partout, qu'une question pour
l'Angleterre, celle de la conservation de sa supériorité mari-
time.
» Politiquement, les prëtèndris dangers du canal de Suez
s'étaient évanouis, comme, au point de vue technique, les
objections de M. R. Stéphenson avaient été anéanties par la
discussion des ingénieurs du continent. -.
» Aussi le dabiriet Derby, quand il eut a traiter cette ques-
tion devant le Parlement, se garda-t-il bien de reprendre la
thèse de lord Pâlitierston. On avait vu pleinement la faiblesse
de cette argumentation; il fallait en prendre une autre, sauf
à ne pas rencontrer mieux. Dans une situation fausse, on
ne fait guère que des faux pas.
» M. Disraëli vint donc nier devant le Parlement que
- l'Angleterre eût jamais pesé sur la Porte Ottomane. L'asser-
tion pouvait surprendre, après tout ce qui s'était passé; mais
elle était fort importante, car elle voulait dire, d'une part,
qu'on blâmait la conduite de ses prédécesseurs, et d'autre
part, qu'on se garderait bien de les imiter. Puis M. Disraëli
ajouta, chose non moins étrange, que les puissances
n'étaient pas aussi bienveillantes qu'on le disait pour l'ouver-
ture de l'isthme de Suez, et il cita des puissances notoire-
ment connues pour leur sympathie ardente à l'égard de cette
grande entreprise, l'Autriche et la France.
» Ce fut à l'aide de ces moyens plus ou moins bons que
M. Disraëli obtint le vote qui repoussa la motion de M. Roe-
buck. ,
« Telle a été l'attitude prise par le gouvernement anglais
il y a quatre mois. Il est clair que cette pdsition est profon-
dément différente de celle qu'avait adoptée lord Palmerston.
Le langage du chancelier de l'Echiquier n'était pas seule-
ment beaucoup plus convenable dans la forme; il était tout
autre par le fond. Il voulait dire que l'Angleterre ne s'oppo-
sait plus réellement au canal de Suez. Seulement, en poli-
tique, les choses ne sont jamais aussi nettes; et le cabinet
Derby, encore chancelant, ne pouvait affronter par une
déclaration aussi catégorique un adversaire tel que lord
Palmerston, furieux de sa récente défaite, et qui pouvait
redevenir dangereux à ses successeurs mal affermis.
« Nous croyons savoir que ce fut ainsi qu'on interpréta gé-
néralement le discours de M. Disraeli. C'était simplement de-
mander du temps : « Ne nous pressez pas trop ; ne nous mettez
» pas trop vite en contradiction avec lord Palmerston, qui a
» un puissant parti "dans la Chambre des Communes, et qui
» pourrait bien nous renverser; mais, en réalité, nous sommes
» d'accord avec vous; et, sans revenir sur le passé, ce qui est
toujours assez embarrassant, nous laisserons faire, ce qui
» est plus commode. »
» A Constantinople, ce fut bien dé cette façon qu'on l'en-
tendit; et de là le consentement moral que la Porte à donne.
Elle ne fait pas la moindre objection à ce que les travaux
s'exécutent en Égypte et à ce que la concession du Vice-roi
suive son cours régulier La formation de la Compagnie uni-
verselle par M. Ferd. de Lesseps ne pourra que confirmer ces
excellentes dispositions, et rien ne les a démenties dans l'atti-
tude du nouvel ambassadeur anglais à Constantinople.
» Pourvoir combien les hypothèses que nous faisons ici
sont probables, il ne faut pas oublier là prise de possession
de Périm. Qu'aurait signifié cet acte, accompli voilà déjà plus
de dix-huit mois, s'il n'avait impliqué que l'Angleterre accéde-
rait à l'ouverture de l'isthme de Suez? Lord Palmerston n'en
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