Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1858-04-10
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 10 avril 1858 10 avril 1858
Description : 1858/04/10 (A3,N44). 1858/04/10 (A3,N44).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k62030901
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 24/10/2012
184- L'ISTHME DE SUEZ. SAMEDI 10 AVRIL.
sûr, capable de recevoir toute une flotte, et on y trouve, chose
rare et précieuse, des puits de très-bonne eau. Malheureuse-
ment le bruit qu'a suscité l'occupation de l'île Périm n'est pas
encore éteint et ne permet guère de se créer de ce côté de
nouvelles difficultés.
Il est probable d'ailleurs qu'on aura sous peu une excellente
occasion pqur s'y établir régulièrement. En effet, si le projet
d'une ligne télégraphique entre l'Inde et l'Egypte se réalise,
il est à présumer qu'elle suivra le plan indiqué par la com-
mission d'ingénieurs qui a été chargée d'étudier son parcours
dans la mer Rouge, et Camaran est une de ses stations.
Cette commission a du reste fait des études très-sérieuses au
sujet des fortifications à construire sur les points convoités
par la Compagnie des Indes. Elle a séjourné quelques jours à
Moka et elle a parcouru la côte vers le sud. Le plan fait par
elle indique comme stations préférables, entre Suez et Aden,
les villes de Kosséir , Souakin, les îles Camaran et Périm.
Les deux premiers points seront sans doute placés nominale-
ment sous la surveillance du gouvernement égyptien, dont ils
dépendent. Mais laissera-t-on échapper cette occasion de se
saisir de Camaran, sous prétexte de protéger la station qui s'y
formera? il est permis d'en douter.
Iles Moussah. — J'ai omis de signaler, parmi les posses-
sions anglaises déjà acquises, les îles Moussah, situées à l'entrée
de la baie de Tadjoura. C'est qu'en effet ces îles, achetées il
y a près de douze ans au chef de Tadjoura, moyennant quatre
cenls piastres, sont encore inhabitées aujourd'hui. Elles con-
tiennent un excellent port; mais il est d'un accès difficile et
l'eau y fait défaut.
L'Angleterre se réserve sans doute d'en tirer parti le jour
où un établissement européen viendrait à se former soit dans
la baie d'Aboc, soit à Ras-Ali ou dans le Goobut-Karab.
Il est difficile de ne pas comprendre que la crainte de voir
quelque puissance européenne prendre pied dans la mer Rouge,
à quelque titre que ce soit, n'a pas cessé de dominer la
Compagnie des Indes, depuis les premiers jours de la prise de
possession d'Aden; et cette appréhension n'a fait sans doute
que s'accroître depuis que le projet du percement de l'isthme
de Suez a pris un caractère aussi sérieux. Si, comme il est
permis de l'espérer, cet admirable projet vient à être exécuté,
il est impossible de prévoir à quelle importance pourra at-
teindre le chiffre des navires de toutes nations qui se rendront
dans les mers de l'hémisphère sud par cette voie rapide ; et la
marine marchande de tous les peuples ne devra-t-elle pas
trouver dans le golfe Arabique un refuge où elle se trouve
placée sous la protection de son pavillon? Poser cette question ,
c'est la résoudre affirmativement. Mais en mettant de côté les
entraves que ne manquera pas d'apporter la politique anglaise
à l'avènement des autres puissances dans ces eaux, qu'elle tend
à rendre exclusivement britanniques, quels seraient les points
de la mer Rouge qui présenteraient aux divers peuples de
l'Europe assez d'avantages au double point de vue commer-
cial et militaire?
J'ai déjà fait suffisamment ressortir plus haut les raisons
qui me paraîtraient devoir faire pencher en faveur de Ras-
Ali et de la baie d'Aboc.
J'ajoute maintenant qu'on peut signaler l'île de Camaran,
sur laquelle les Anglais ont déjà jeté les yeux, mais qui n'est
pas encore en leur pouvoir.
Enfin dans l'archipel d'Ahlac la grande île de Dahalac pos-
sède un excellent port.
Si, profitant de l'abandon de l'île de Socotora par l'Angle-
terre, on pouvait songer à fonder un établissement sur ses
côtes, on trouverait à l'extrémité sud-est de cette île, entre le
Ras-Presser et le Ras-Fellingk, et au centre nord dans la baie
de Tamareed, des mouillages alternativement excellents, sui-
vant les moussons. J'ai visité Socotora il y a quelques années,
et j'ai pu m'assurer qu'en donnant pour raison de leur aban-
don la sécheresse qui règne dans cette île, les Anglais se sont
servis d'un prétexte. On trouvera en effet à Socotora des
sources nombreuses en creusant dans les vallons recouverts
d'une végétation toujours fraîche. Il y a loin de cette terre
fertile à l'aride rocher d'Aden, qui n'a obtenu d'eux la préfé-
rence qu'en raison de sa position sur la route actuelle de l'Inde.
Voilà les renseignements que je voulais vous transmettre
et qui seront peut-être de nature à vous intéresser. Ils vous
montreront assez clairement quelle est la situation de la Com-
pagnie des Indes ou plutôt de l'Angleterre dans ces contrées.
Comme elle y est seule en face de populations dont elle ne
peut tenir politiquement aucun compte, elle s'est trop habi-
tuée à croire qu'elle est chez elle. Sans la moindre façon, elle
dispose de tous les pays qui n'offrent pas de très-grandes res-
sources naturelles, mais qui sont des points d'occupation de
la plus haute importance. Comme elle seule possède les Indes,
l'Australie, et qu'elle fait à peu près exclusivement le conf-
merce de la Chine, ouverte par les récents événements, il n'y
a guère que son pavillon qui se montre dans ces mers.
Cependant la Hollande y a des colonies considérables. Java,
Sumatra, Bornéo, etc., sont admirables, et sont destinées à
prendre de plus en plus de grands développements. Les
Philippines espagnoles ne sont pas à dédaigner; la France
elle-même a des établissements qu'elle ne peut négliger. Le
Portugal en compte aussi quelques-uns; les Danois, les vittes
Anséatiqucs font également quelque commerce, sans parler
de l'Autriche et des marines méditerranées, qui ne demande-
raient pas mieux que d'en faire si la mer Rouge leur était
accessible. Il y a là des besoins immenses et des droits acquis
à côté de légitimes espérances. Il est tout simple que le
pavillon anglais soit plus nombreux que tout autre sur ces
mers; mais il n'est pas juste qu'il y soit le seul; et ce serait
une prétention illégitime à laquelle il n'est pas bon que les
agents anglais s'habituent. Dans leur isolemeht'actuel, ils s'y
laissent aller trop volontiers; et il est bon de rappeler que les
côtes de la mer Rougé appartiennent à l'Egypte^ à la Turquie,
à l'Abyssinie, etc.
Agréez etc. UN DE vos ABONNÉS.
Nous ne pouvons que remercier notre correspondant
anonyme de ces communications si intéressantes. Nous
croyons que ces lettres seront lues avec grand plaisir et
grand profit. Les considérations de notre correspondant
sont extrêmement justes ; et nous ne croyons pas que
l'Angleterre puisse prétendre à un monopole de la mer
Rouge. Cette admirable voie maritime appartient à tous
les peuples ; et il faut, au nom du droit des gens, la lais-
ser libre à l'accès de tout le monde.
Nous aurons du reste à revenir bien souvent sur ces
questions importantes et délicates.
ERNEST DESPLACES.
Le Gérant, ERNEST DESPLACES.
PARIS. TYPOGRAPHIK DE HENRI PLON, IUPRIUBCR DB L'EMPEREUR, RUB GAIUNCIÈRE ,• 8.
sûr, capable de recevoir toute une flotte, et on y trouve, chose
rare et précieuse, des puits de très-bonne eau. Malheureuse-
ment le bruit qu'a suscité l'occupation de l'île Périm n'est pas
encore éteint et ne permet guère de se créer de ce côté de
nouvelles difficultés.
Il est probable d'ailleurs qu'on aura sous peu une excellente
occasion pqur s'y établir régulièrement. En effet, si le projet
d'une ligne télégraphique entre l'Inde et l'Egypte se réalise,
il est à présumer qu'elle suivra le plan indiqué par la com-
mission d'ingénieurs qui a été chargée d'étudier son parcours
dans la mer Rouge, et Camaran est une de ses stations.
Cette commission a du reste fait des études très-sérieuses au
sujet des fortifications à construire sur les points convoités
par la Compagnie des Indes. Elle a séjourné quelques jours à
Moka et elle a parcouru la côte vers le sud. Le plan fait par
elle indique comme stations préférables, entre Suez et Aden,
les villes de Kosséir , Souakin, les îles Camaran et Périm.
Les deux premiers points seront sans doute placés nominale-
ment sous la surveillance du gouvernement égyptien, dont ils
dépendent. Mais laissera-t-on échapper cette occasion de se
saisir de Camaran, sous prétexte de protéger la station qui s'y
formera? il est permis d'en douter.
Iles Moussah. — J'ai omis de signaler, parmi les posses-
sions anglaises déjà acquises, les îles Moussah, situées à l'entrée
de la baie de Tadjoura. C'est qu'en effet ces îles, achetées il
y a près de douze ans au chef de Tadjoura, moyennant quatre
cenls piastres, sont encore inhabitées aujourd'hui. Elles con-
tiennent un excellent port; mais il est d'un accès difficile et
l'eau y fait défaut.
L'Angleterre se réserve sans doute d'en tirer parti le jour
où un établissement européen viendrait à se former soit dans
la baie d'Aboc, soit à Ras-Ali ou dans le Goobut-Karab.
Il est difficile de ne pas comprendre que la crainte de voir
quelque puissance européenne prendre pied dans la mer Rouge,
à quelque titre que ce soit, n'a pas cessé de dominer la
Compagnie des Indes, depuis les premiers jours de la prise de
possession d'Aden; et cette appréhension n'a fait sans doute
que s'accroître depuis que le projet du percement de l'isthme
de Suez a pris un caractère aussi sérieux. Si, comme il est
permis de l'espérer, cet admirable projet vient à être exécuté,
il est impossible de prévoir à quelle importance pourra at-
teindre le chiffre des navires de toutes nations qui se rendront
dans les mers de l'hémisphère sud par cette voie rapide ; et la
marine marchande de tous les peuples ne devra-t-elle pas
trouver dans le golfe Arabique un refuge où elle se trouve
placée sous la protection de son pavillon? Poser cette question ,
c'est la résoudre affirmativement. Mais en mettant de côté les
entraves que ne manquera pas d'apporter la politique anglaise
à l'avènement des autres puissances dans ces eaux, qu'elle tend
à rendre exclusivement britanniques, quels seraient les points
de la mer Rouge qui présenteraient aux divers peuples de
l'Europe assez d'avantages au double point de vue commer-
cial et militaire?
J'ai déjà fait suffisamment ressortir plus haut les raisons
qui me paraîtraient devoir faire pencher en faveur de Ras-
Ali et de la baie d'Aboc.
J'ajoute maintenant qu'on peut signaler l'île de Camaran,
sur laquelle les Anglais ont déjà jeté les yeux, mais qui n'est
pas encore en leur pouvoir.
Enfin dans l'archipel d'Ahlac la grande île de Dahalac pos-
sède un excellent port.
Si, profitant de l'abandon de l'île de Socotora par l'Angle-
terre, on pouvait songer à fonder un établissement sur ses
côtes, on trouverait à l'extrémité sud-est de cette île, entre le
Ras-Presser et le Ras-Fellingk, et au centre nord dans la baie
de Tamareed, des mouillages alternativement excellents, sui-
vant les moussons. J'ai visité Socotora il y a quelques années,
et j'ai pu m'assurer qu'en donnant pour raison de leur aban-
don la sécheresse qui règne dans cette île, les Anglais se sont
servis d'un prétexte. On trouvera en effet à Socotora des
sources nombreuses en creusant dans les vallons recouverts
d'une végétation toujours fraîche. Il y a loin de cette terre
fertile à l'aride rocher d'Aden, qui n'a obtenu d'eux la préfé-
rence qu'en raison de sa position sur la route actuelle de l'Inde.
Voilà les renseignements que je voulais vous transmettre
et qui seront peut-être de nature à vous intéresser. Ils vous
montreront assez clairement quelle est la situation de la Com-
pagnie des Indes ou plutôt de l'Angleterre dans ces contrées.
Comme elle y est seule en face de populations dont elle ne
peut tenir politiquement aucun compte, elle s'est trop habi-
tuée à croire qu'elle est chez elle. Sans la moindre façon, elle
dispose de tous les pays qui n'offrent pas de très-grandes res-
sources naturelles, mais qui sont des points d'occupation de
la plus haute importance. Comme elle seule possède les Indes,
l'Australie, et qu'elle fait à peu près exclusivement le conf-
merce de la Chine, ouverte par les récents événements, il n'y
a guère que son pavillon qui se montre dans ces mers.
Cependant la Hollande y a des colonies considérables. Java,
Sumatra, Bornéo, etc., sont admirables, et sont destinées à
prendre de plus en plus de grands développements. Les
Philippines espagnoles ne sont pas à dédaigner; la France
elle-même a des établissements qu'elle ne peut négliger. Le
Portugal en compte aussi quelques-uns; les Danois, les vittes
Anséatiqucs font également quelque commerce, sans parler
de l'Autriche et des marines méditerranées, qui ne demande-
raient pas mieux que d'en faire si la mer Rouge leur était
accessible. Il y a là des besoins immenses et des droits acquis
à côté de légitimes espérances. Il est tout simple que le
pavillon anglais soit plus nombreux que tout autre sur ces
mers; mais il n'est pas juste qu'il y soit le seul; et ce serait
une prétention illégitime à laquelle il n'est pas bon que les
agents anglais s'habituent. Dans leur isolemeht'actuel, ils s'y
laissent aller trop volontiers; et il est bon de rappeler que les
côtes de la mer Rougé appartiennent à l'Egypte^ à la Turquie,
à l'Abyssinie, etc.
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Nous ne pouvons que remercier notre correspondant
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croyons que ces lettres seront lues avec grand plaisir et
grand profit. Les considérations de notre correspondant
sont extrêmement justes ; et nous ne croyons pas que
l'Angleterre puisse prétendre à un monopole de la mer
Rouge. Cette admirable voie maritime appartient à tous
les peuples ; et il faut, au nom du droit des gens, la lais-
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