Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1858-03-25
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 25 mars 1858 25 mars 1858
Description : 1858/03/25 (A3,N43). 1858/03/25 (A3,N43).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6203089c
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 14/05/2012
JEUDI 25 MARS. JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. - 131
croit pas qu'il fût convenable qu'un ambassadeur étran-
ger, quelque important qu'il soit, se permît d'aborder
directement et toutes les fois qu'il le voulait, la personne
même du souverain en dehors de toute intervention des
ministres. Aussi le Times approuve-t-il le Sultan d'avoir
changé ces habitudes et de ne plus vouloir conférer avec
les ambassadeurs étrangers que comme le font tous les
souverains de l'Europe-,, après en avoir été prévenu à
l'avance et seulement dans les circonstances graves.
Nous sommes tout à fait de l'avis du Tinies., et nous
croyons que la politique de toutes les nations aussi bien
que la politique anglaise se trouvera bien mieux de l'état
nouveau des choses. Le respect ne nuit jamais ; et nous
ëroyons qu'il sera surtout utile dans la circonstance dont
il s'agit. La force morale dont la Porte a besoin dans
l'intérêt commun, ne peut qu'y gagner beaucoup.
Voici comment le Times du 9 mars exprime cette
pensée :
Parmi les grands changements politiques qu'a produits la
guerre avec la Russie, nous devons aussi compter, à ce qu'il
paraît, l'indépendance absolue du Sultan soustrait à toute
influence étrangère. Les progrès de l'Empire turc à cet égard
ont été très-frappants, et en même temps très-heureux selon
nous. Au commencement du siècle actuel, Constantinople se
trouvait plus en debors de la sphère de l'influence européenne
que Téhéran ne s'y trouve à présent. La Russie était bien déjà
un voisin puissant et redouté; mais les envahissements des
Gaarsse bornaient aux provinces frontières, et les Sultans pou-
vaient gouverner dans la capitale selon leurs anciennes mé-
thodes, qui étaient loin d'être les mêmes que celles des Euro-
péens. Mais dans ces dernières années, les choses oiit pris un
tout autre aspect.
L'Empire a été sauvé de la dissolution par les efforts des
puissances chrétiennes, et la conséquence a été que tous les
ambassadeurs importants s'arrogeaient le droit de conseiller
et de dicter presque des ordres dans chaque affaire un peu
grave. Ce système d'intervention diplomatique a été si sou-
vent expliqué qu'il est inutile de nous y arrêter longtemps.
Il suffit de dire que les Turcs ont pris des mesures pour en
finir une fois pour toutes, et que leur caractère persévérant et
habile les fera probablement réussir. Deux événements ont
amené la chute de l'ancien système : le départ de lord Stratt-
ford de Redcliffe et la mort de Réchid-Pacha.
Ici le Times raconte comment lord Strattford avait
pris l'habitude de se rendre directement chez S. H. le
Sultan, et de conférer avec lui sans l'intermédiaire d'au-
cun ministre. Cet état de choses qui offrait de grands
inconvénients est désormais modifié.
Pour commencer, le Sultan a informé les représentants des
puissances étrangères qu'à l'avenir ils ne seraient reçus par lui
que sur l'introduction de son ministre des affaires étrangères,
suivant l'usage des autres cours d'Europe, et qu'en outre, il
faudra avertir la Porte quelques jours auparavant, pour que
l'on puisse se conformer aux convenances de Sa Hautesse.
Ainsi disparaît d'un seul coup toute la fabrique d'influence,
basée sur la direction des dispositions personnelles du Sultan.
Quant aux ministres actuels de la Porte, ils ne sont ni Anglais,
ni Français, mais Turcs; et ils ne sont nullement disposés à
se soumettre à quelque influence étrangère s'il y a moyen
de s'y soustraire.
Ainsi donc, dorénavant; les relations entre la Porte et les
puissances étrangères seront conformes aux usages européens.
Nous n'avons certes pas lieu de regretter ce changement, qui
paraît sur le point de se faire. Nous avons, toujours soutenu
le principe de rendre réelle l'indépendance de la Porte, et
nous sommes d'avis que l'Angleterre a tout à gagner à la Ces-
sation des querelles d'ambassades qui ont été si longtemps les
principaux événements de Constantinople. Si ce que nous ap-
prenons est exact, l'Angleterre n'a aucune raison pour être
mécontente des dispositions actuelles du Cabinet turc. Il est
vrai que nous n'avons à Constantinople qu'un chargé d'af-
faires, et que jamais, autant que dans ce moment, les ambas-
sadeurs êxpérimentés n'ont cherché à remporter des points.
Mais , par des moyens de douceur, et en s'efforçant de ne pas
blesser la susceptibilité des Turcs, le représentant de l'am-
bassade anglaise peut encore soutenir les intérêts de son pays
aussi bien que s'il avait trois ou quatre entrevues par semaine
avec le Sultan. En effet, cette attitude-respectueuse et conci-
liatrice doit remplacer les brusques manières de l'ancien
temps; et le fait est qu'immédiatement après le départ de lord
Strattford, la Porte a mis un terme à cette manière de discu-
ter les affaires avec le Sultan. -
Mais il y a encore une autre raison pour voir avec satisfac-
tion la nouvelle détermination des Turcs : c'est que nos inté-
rêts sont intimement liés à la prospérité et à la stabilité de
l'Empire turc et que les Turcs le savent bien. Voilà le secret
de l'influence anglaise; et si notre diplomatie est dirigée avec
une habileté modérée, on posera ainsi les bases d'une alliance
forte et durable. L'initiative et les capitaux anglais peuvent
faire beaucoup pour la prospérité du pays , et si les difficultés
politiques sont aplanies, nous pourrons espérer de voir en-
core l'agriculture et le commerce fleurir de nouveau dans les
vastes Etats du Sultan. Chaque année verra l'énergie anglaise
se diriger de plus en plus vers l'Orient, et le peuple anglais
mis en relation plus fréquente avec ses populations. Cela nous
donnera la meilleure et la plus réelle influence; et [en compa-
raison, les triomphes purement diplomatiques ne sont que
vanité.
Si l'ambassade anglaise reste en termes d'amitié et de res-
pect mutuels avec les autorités turques, nous n'avons rien à
craindre pour nos relations futures avec cet empire.
Nous aurions bien quelques réserves à faire sur plus-
d'un point ; mais nous préférons applaudir à la pensée
générale de cet.article, qui nous semble très-juste.
Nous pourrions aussi développer nos propres argu-
ments à l'appui de cette thèse; mais nous nous bornons
à citer l'article suivant que nous trouvons dans le Moni-
teur de la flotte, et qui rend fidèlement notre propre
pensée.
LE « TIMES » ET LA TURQUIE. -
Le jour même où nous présentions quelques réflexions sur
l'attitude que la Turquie devait prendre dans la question du
canal de Suez, le Times présentait de son côté des réflexions
fort analogues, quoique plus générales. Le journal anglais ne
s'occupait pas spécialement comme nous de la question que
M. Ferdinand de Lesseps est allé résoudre à Constantinople ;
mais, embrassant un point de vue plus vaste, il montrait com-
bien il importe, dans l'intérêt commun de l'équilibre européeot
que la Porte Ottomane jouisse d'une pleine indépendance et
ne soit pas sans cesse exposée à la pression des ambassadeurs
étrangers.
Selon le Times, il y va de la dignité et de la force de l'Em-
pire ottoman; et si l'on veut qu'il reprenne toute l'énergie
dont il a besoin, et que la guerre de Crimée porte tous ses
croit pas qu'il fût convenable qu'un ambassadeur étran-
ger, quelque important qu'il soit, se permît d'aborder
directement et toutes les fois qu'il le voulait, la personne
même du souverain en dehors de toute intervention des
ministres. Aussi le Times approuve-t-il le Sultan d'avoir
changé ces habitudes et de ne plus vouloir conférer avec
les ambassadeurs étrangers que comme le font tous les
souverains de l'Europe-,, après en avoir été prévenu à
l'avance et seulement dans les circonstances graves.
Nous sommes tout à fait de l'avis du Tinies., et nous
croyons que la politique de toutes les nations aussi bien
que la politique anglaise se trouvera bien mieux de l'état
nouveau des choses. Le respect ne nuit jamais ; et nous
ëroyons qu'il sera surtout utile dans la circonstance dont
il s'agit. La force morale dont la Porte a besoin dans
l'intérêt commun, ne peut qu'y gagner beaucoup.
Voici comment le Times du 9 mars exprime cette
pensée :
Parmi les grands changements politiques qu'a produits la
guerre avec la Russie, nous devons aussi compter, à ce qu'il
paraît, l'indépendance absolue du Sultan soustrait à toute
influence étrangère. Les progrès de l'Empire turc à cet égard
ont été très-frappants, et en même temps très-heureux selon
nous. Au commencement du siècle actuel, Constantinople se
trouvait plus en debors de la sphère de l'influence européenne
que Téhéran ne s'y trouve à présent. La Russie était bien déjà
un voisin puissant et redouté; mais les envahissements des
Gaarsse bornaient aux provinces frontières, et les Sultans pou-
vaient gouverner dans la capitale selon leurs anciennes mé-
thodes, qui étaient loin d'être les mêmes que celles des Euro-
péens. Mais dans ces dernières années, les choses oiit pris un
tout autre aspect.
L'Empire a été sauvé de la dissolution par les efforts des
puissances chrétiennes, et la conséquence a été que tous les
ambassadeurs importants s'arrogeaient le droit de conseiller
et de dicter presque des ordres dans chaque affaire un peu
grave. Ce système d'intervention diplomatique a été si sou-
vent expliqué qu'il est inutile de nous y arrêter longtemps.
Il suffit de dire que les Turcs ont pris des mesures pour en
finir une fois pour toutes, et que leur caractère persévérant et
habile les fera probablement réussir. Deux événements ont
amené la chute de l'ancien système : le départ de lord Stratt-
ford de Redcliffe et la mort de Réchid-Pacha.
Ici le Times raconte comment lord Strattford avait
pris l'habitude de se rendre directement chez S. H. le
Sultan, et de conférer avec lui sans l'intermédiaire d'au-
cun ministre. Cet état de choses qui offrait de grands
inconvénients est désormais modifié.
Pour commencer, le Sultan a informé les représentants des
puissances étrangères qu'à l'avenir ils ne seraient reçus par lui
que sur l'introduction de son ministre des affaires étrangères,
suivant l'usage des autres cours d'Europe, et qu'en outre, il
faudra avertir la Porte quelques jours auparavant, pour que
l'on puisse se conformer aux convenances de Sa Hautesse.
Ainsi disparaît d'un seul coup toute la fabrique d'influence,
basée sur la direction des dispositions personnelles du Sultan.
Quant aux ministres actuels de la Porte, ils ne sont ni Anglais,
ni Français, mais Turcs; et ils ne sont nullement disposés à
se soumettre à quelque influence étrangère s'il y a moyen
de s'y soustraire.
Ainsi donc, dorénavant; les relations entre la Porte et les
puissances étrangères seront conformes aux usages européens.
Nous n'avons certes pas lieu de regretter ce changement, qui
paraît sur le point de se faire. Nous avons, toujours soutenu
le principe de rendre réelle l'indépendance de la Porte, et
nous sommes d'avis que l'Angleterre a tout à gagner à la Ces-
sation des querelles d'ambassades qui ont été si longtemps les
principaux événements de Constantinople. Si ce que nous ap-
prenons est exact, l'Angleterre n'a aucune raison pour être
mécontente des dispositions actuelles du Cabinet turc. Il est
vrai que nous n'avons à Constantinople qu'un chargé d'af-
faires, et que jamais, autant que dans ce moment, les ambas-
sadeurs êxpérimentés n'ont cherché à remporter des points.
Mais , par des moyens de douceur, et en s'efforçant de ne pas
blesser la susceptibilité des Turcs, le représentant de l'am-
bassade anglaise peut encore soutenir les intérêts de son pays
aussi bien que s'il avait trois ou quatre entrevues par semaine
avec le Sultan. En effet, cette attitude-respectueuse et conci-
liatrice doit remplacer les brusques manières de l'ancien
temps; et le fait est qu'immédiatement après le départ de lord
Strattford, la Porte a mis un terme à cette manière de discu-
ter les affaires avec le Sultan. -
Mais il y a encore une autre raison pour voir avec satisfac-
tion la nouvelle détermination des Turcs : c'est que nos inté-
rêts sont intimement liés à la prospérité et à la stabilité de
l'Empire turc et que les Turcs le savent bien. Voilà le secret
de l'influence anglaise; et si notre diplomatie est dirigée avec
une habileté modérée, on posera ainsi les bases d'une alliance
forte et durable. L'initiative et les capitaux anglais peuvent
faire beaucoup pour la prospérité du pays , et si les difficultés
politiques sont aplanies, nous pourrons espérer de voir en-
core l'agriculture et le commerce fleurir de nouveau dans les
vastes Etats du Sultan. Chaque année verra l'énergie anglaise
se diriger de plus en plus vers l'Orient, et le peuple anglais
mis en relation plus fréquente avec ses populations. Cela nous
donnera la meilleure et la plus réelle influence; et [en compa-
raison, les triomphes purement diplomatiques ne sont que
vanité.
Si l'ambassade anglaise reste en termes d'amitié et de res-
pect mutuels avec les autorités turques, nous n'avons rien à
craindre pour nos relations futures avec cet empire.
Nous aurions bien quelques réserves à faire sur plus-
d'un point ; mais nous préférons applaudir à la pensée
générale de cet.article, qui nous semble très-juste.
Nous pourrions aussi développer nos propres argu-
ments à l'appui de cette thèse; mais nous nous bornons
à citer l'article suivant que nous trouvons dans le Moni-
teur de la flotte, et qui rend fidèlement notre propre
pensée.
LE « TIMES » ET LA TURQUIE. -
Le jour même où nous présentions quelques réflexions sur
l'attitude que la Turquie devait prendre dans la question du
canal de Suez, le Times présentait de son côté des réflexions
fort analogues, quoique plus générales. Le journal anglais ne
s'occupait pas spécialement comme nous de la question que
M. Ferdinand de Lesseps est allé résoudre à Constantinople ;
mais, embrassant un point de vue plus vaste, il montrait com-
bien il importe, dans l'intérêt commun de l'équilibre européeot
que la Porte Ottomane jouisse d'une pleine indépendance et
ne soit pas sans cesse exposée à la pression des ambassadeurs
étrangers.
Selon le Times, il y va de la dignité et de la force de l'Em-
pire ottoman; et si l'on veut qu'il reprenne toute l'énergie
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