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£ 8 1 L'ISTHME DE SUEZ, MERCREDI 10 FÉVRIER.
siter. Après avoir traversé les cours où se trouvent les ca-
sernes et le parc d'artillerie, nous nous dirigeâmes vers la
tour de la Pagode, monument carré qui s'élève au milieu de
la forteresse, à une hauteur d'pne trentaine de mètres.
Parvenus au faite, nos premiers regards furent pour Can-
ton, qui déployait à fleur d'eau devant nous les longues lignes
de ses faubourgs. Au-dessus de ce front de maisons s'éten-
daient, en vaste plateau, les toitures de la portion de la ville
qui est interdite aux Européens. De distance en distance
s'élèvent des édifices monumentaux, que surmonte encore la
haute tour de la pagode principale. Tout semblait calme dans
cette immense cité, qui compte, dit-on, jusqu'à 1,200,000
âmes.
La ville de Canton est dominée vers le N.-O. par deux ou
trois hauteurs escarpées dont la crête est couronnée par d'im-
portantes fortifications. La première est comprise dans l'inté-
rieur de la ville ; la deuxième, situéé à l'extérieur, à 400 mètres
environ du mur d'enceinte, parait la plus considérable. Cette
citadelle a été prise en 1841 par le général Gough. La haute
muraille d'enceinte qui contourne la ville et l'isole des fau-
bourgs formés par l'agglomération de 96 villages, se compose
d'une sorte de chaussée de 6 à 7 mètres encaissée entre deux
massifs de pierres terminés par des créneaux.
Une distance de 4 kilomètres environ sépare les hauteurs
qui commandent la ville, des fortifications qui défendent le
cours du fleuve dans la portion qui baigne la ville. Les arbres
qui couvrent la pointe de l'île d'Honan, enfermée entre les
deux bras de la rivière, nous empêchèrent de plonger sur les
ouvrages de défense qui sont semés sur les bords de la bran-
che septentrionale et sur le Cours supérieur qui contourne la
ville. La tour du fort Macao n'offre pas assez d'élévation pour
permettre cet examen.
Partout, dans les campagnes, se fait remarquer une culture
des plus avancées. Les champs présentent de tous côtés l'ap-
parence de véritables jardins. Les cultivateurs, courbés sous
leurs moissons, ne semblent attacher à la présence des forces
britanniques aucune idée de perturbation et d'hostilité. Les
officiers du fort descendent chaque jour dans les environs
pour s'y livrer aux distractions de la chasse et vont se repo-
ser dans les villages voisins. Accueillis partout par une popu-
lation plus préoccupée de l'amour du gain que de l'orgueil
national, ils n'ont jamais, disent-ils, rencontré dans leur eon-
tact habituel avec les campagnards chinois aucun symptôme
de malveillance ou d'animosité. En un mot, toutes ces ré-
gions, essentiellement agricoles, semblent disposées à laisser
exclusivement aux autorités militaires le soin de demander
compte aux étrangers de leur présence sur le territoire chinois.
Nous descendîmes visiter les salles d'armes et les trophées
enlevés sur les Chinois dans différentes affaires. Là, on nous
montra d'énormes pièces de canon grossièrement calquées,
dans les fonderies chinoises, sur les modèles européens ; des
quantités de fusils à mèche, de boucliers, de piques enver-
millonnéss et surmontées de fers de lance, de fourches, des
tridents et de couperets. Malgré l'usage qu'ils font, pour la
plupart du temps, des armes européennes, les Chinois con-
servent encore religieusement dans leurs rangs ces armes
bizarres, par respect pour leurs traditions et la mémoire de
leurs ancêtres.
Cependant la journée était avancée et nous dûmes songer
au retour. Nous reprîmes la même route, et regagnâmes, sans
autre incident remarquable, le mouillage de l'île du Tigre, où
nous passâmes la nuit; le lendemain nous rentrions à Macao.
ERNEST DESPLACES.
.FAITS DIVERS.
Les dernières nouvelles de Bombay sont du 9 janvier.
La situation, sans être pire, ne s'améliore pas, et la guerre
d'Oude paraît devoir être plus sérieuse qu'on ne le croyait
d'abord.
— Nous avons, dit le Pays, des nouvelles particulières de
Pondichéry du 28 décembre. Depuis trois jours il était arrivé
des courriers de Karikal, de Mahé, de Yanon, de Chanderna-
gor, qui présentaient comme étant toujours très-bonne la si-
tuation de nos établissements de l'Inde. Un fait digne de re-
marque, c'est que, depuis les troubles survenus dans les
possessions anglaises, la valeur des propriétés situées sur le
territoire français a augmenté d'une manière très-appréciable.
Cela tient à la confiance qu'inspire notre administration et au
grand nombre d'étrangers qui sont venus habiter notre colo-
nie. Le brick le Nisus, commandant Thierry, de la marine
impériale, était toujours au mouillage.
— Le lancement du Léviathan, qui a commencé voilà plus
de deux mois, est maintenant tout à fait terminé. Mardi et mer-
credi 26 et 27 janvier, les presses hydrauliques l'ont poussé au
delà des rails, dans une situation où il n'avait plus qu'à at-
tendre la grande marée, qui devait le mettre à flot le 31. On
a été obligé, jusque-là, d'exercer une surveillance très-active;
car il suffisait que les vents du nord soufflassent un peu fort
pendant une heure pour que l'eau atteignît un niveau ca-
pable de faire flotter le colosse. En ce cas, il aurait fallu être
tout prêt à profiter de l'occasion pour conduire de suite le
Léviathan en lieu de sûreté. - -'
La force de pression exercée sur le colosse par les machines
hydrauliques n'a été, le dernier jour, que de 3 quintaux - par
-pouce carré, au lieu de 29 quintaux qu'il avait été nécessaire
d'employer primitivement.
La marée du 31 janvier ayant mis en effet le Léviathan à
flot, on l'a conduit à Deptford, où le fleuve offre assez de
profondeur, même à marée basse.
Maintenant que le Léviathan est à l'eau, il faut achever de
le gréer et d'en disposer tous les aménagements intérieurs;
puis, quand l'armement sera fini, restera la navigation pro-
prement dite de ce navire extraordinaire de plus de 600 pieds
de long. C'est là un problème aussi difficile qu'aucun de ceux
qu'on a résolus jusqu'à présent, et qui doit être le résultat
dernier de tous les autres. -
- On s'est plaint très-souvent, en Angleterre, des retards
fréquents qu'éprouve la transmission des dépêches de l'Inde. Le
Times du 28 janvier revient sur ce sujet, et voici l'extrait
d'une correspondance qu'il donne d'Alexandrie, 18 janvier :
« Le vapeur Candie, de la Compagnie Péninsulaire et
Orientale, ayant à bord les malles de Calcutta et de Chine,
est arrivé à Suez le 14 au soir, environ de trois jours en
avance sur le jour fixé, et par conséquent deux jours entiers
ont été perdus en Égypte en attendant le vapeur qui devait
porter les malles en Angleterre. Ce n'est ni le premier ni le
plus grave accident de cette nature ; mais il mérite d'être
mentionné, parce qu'il démontre clairement la nécessité de ré-
formes propres à faire éviter tout retard inutile. Nous convenons
qu'il est absolument impossible de prendre des mesures qui
fassent que les arrivées des bateaux d'Angleterre ou de l'Inde
soient toujours exactement simultanées. Le seul moyen pour
éviter des retards, c'est d'établir à Suez et à Alexandrie des va-
peurs qui attendent l'arrivée des malles. Le lendemain de
l'arrivée du Candie, le vapeur Penjab , de la Compagnie de
l'Inde, est entré dans le port de Suez pour prendre à bord le
71e highlandcrs, en route pour Calcutta. «
£ 8 1 L'ISTHME DE SUEZ, MERCREDI 10 FÉVRIER.
siter. Après avoir traversé les cours où se trouvent les ca-
sernes et le parc d'artillerie, nous nous dirigeâmes vers la
tour de la Pagode, monument carré qui s'élève au milieu de
la forteresse, à une hauteur d'pne trentaine de mètres.
Parvenus au faite, nos premiers regards furent pour Can-
ton, qui déployait à fleur d'eau devant nous les longues lignes
de ses faubourgs. Au-dessus de ce front de maisons s'éten-
daient, en vaste plateau, les toitures de la portion de la ville
qui est interdite aux Européens. De distance en distance
s'élèvent des édifices monumentaux, que surmonte encore la
haute tour de la pagode principale. Tout semblait calme dans
cette immense cité, qui compte, dit-on, jusqu'à 1,200,000
âmes.
La ville de Canton est dominée vers le N.-O. par deux ou
trois hauteurs escarpées dont la crête est couronnée par d'im-
portantes fortifications. La première est comprise dans l'inté-
rieur de la ville ; la deuxième, situéé à l'extérieur, à 400 mètres
environ du mur d'enceinte, parait la plus considérable. Cette
citadelle a été prise en 1841 par le général Gough. La haute
muraille d'enceinte qui contourne la ville et l'isole des fau-
bourgs formés par l'agglomération de 96 villages, se compose
d'une sorte de chaussée de 6 à 7 mètres encaissée entre deux
massifs de pierres terminés par des créneaux.
Une distance de 4 kilomètres environ sépare les hauteurs
qui commandent la ville, des fortifications qui défendent le
cours du fleuve dans la portion qui baigne la ville. Les arbres
qui couvrent la pointe de l'île d'Honan, enfermée entre les
deux bras de la rivière, nous empêchèrent de plonger sur les
ouvrages de défense qui sont semés sur les bords de la bran-
che septentrionale et sur le Cours supérieur qui contourne la
ville. La tour du fort Macao n'offre pas assez d'élévation pour
permettre cet examen.
Partout, dans les campagnes, se fait remarquer une culture
des plus avancées. Les champs présentent de tous côtés l'ap-
parence de véritables jardins. Les cultivateurs, courbés sous
leurs moissons, ne semblent attacher à la présence des forces
britanniques aucune idée de perturbation et d'hostilité. Les
officiers du fort descendent chaque jour dans les environs
pour s'y livrer aux distractions de la chasse et vont se repo-
ser dans les villages voisins. Accueillis partout par une popu-
lation plus préoccupée de l'amour du gain que de l'orgueil
national, ils n'ont jamais, disent-ils, rencontré dans leur eon-
tact habituel avec les campagnards chinois aucun symptôme
de malveillance ou d'animosité. En un mot, toutes ces ré-
gions, essentiellement agricoles, semblent disposées à laisser
exclusivement aux autorités militaires le soin de demander
compte aux étrangers de leur présence sur le territoire chinois.
Nous descendîmes visiter les salles d'armes et les trophées
enlevés sur les Chinois dans différentes affaires. Là, on nous
montra d'énormes pièces de canon grossièrement calquées,
dans les fonderies chinoises, sur les modèles européens ; des
quantités de fusils à mèche, de boucliers, de piques enver-
millonnéss et surmontées de fers de lance, de fourches, des
tridents et de couperets. Malgré l'usage qu'ils font, pour la
plupart du temps, des armes européennes, les Chinois con-
servent encore religieusement dans leurs rangs ces armes
bizarres, par respect pour leurs traditions et la mémoire de
leurs ancêtres.
Cependant la journée était avancée et nous dûmes songer
au retour. Nous reprîmes la même route, et regagnâmes, sans
autre incident remarquable, le mouillage de l'île du Tigre, où
nous passâmes la nuit; le lendemain nous rentrions à Macao.
ERNEST DESPLACES.
.FAITS DIVERS.
Les dernières nouvelles de Bombay sont du 9 janvier.
La situation, sans être pire, ne s'améliore pas, et la guerre
d'Oude paraît devoir être plus sérieuse qu'on ne le croyait
d'abord.
— Nous avons, dit le Pays, des nouvelles particulières de
Pondichéry du 28 décembre. Depuis trois jours il était arrivé
des courriers de Karikal, de Mahé, de Yanon, de Chanderna-
gor, qui présentaient comme étant toujours très-bonne la si-
tuation de nos établissements de l'Inde. Un fait digne de re-
marque, c'est que, depuis les troubles survenus dans les
possessions anglaises, la valeur des propriétés situées sur le
territoire français a augmenté d'une manière très-appréciable.
Cela tient à la confiance qu'inspire notre administration et au
grand nombre d'étrangers qui sont venus habiter notre colo-
nie. Le brick le Nisus, commandant Thierry, de la marine
impériale, était toujours au mouillage.
— Le lancement du Léviathan, qui a commencé voilà plus
de deux mois, est maintenant tout à fait terminé. Mardi et mer-
credi 26 et 27 janvier, les presses hydrauliques l'ont poussé au
delà des rails, dans une situation où il n'avait plus qu'à at-
tendre la grande marée, qui devait le mettre à flot le 31. On
a été obligé, jusque-là, d'exercer une surveillance très-active;
car il suffisait que les vents du nord soufflassent un peu fort
pendant une heure pour que l'eau atteignît un niveau ca-
pable de faire flotter le colosse. En ce cas, il aurait fallu être
tout prêt à profiter de l'occasion pour conduire de suite le
Léviathan en lieu de sûreté. - -'
La force de pression exercée sur le colosse par les machines
hydrauliques n'a été, le dernier jour, que de 3 quintaux - par
-pouce carré, au lieu de 29 quintaux qu'il avait été nécessaire
d'employer primitivement.
La marée du 31 janvier ayant mis en effet le Léviathan à
flot, on l'a conduit à Deptford, où le fleuve offre assez de
profondeur, même à marée basse.
Maintenant que le Léviathan est à l'eau, il faut achever de
le gréer et d'en disposer tous les aménagements intérieurs;
puis, quand l'armement sera fini, restera la navigation pro-
prement dite de ce navire extraordinaire de plus de 600 pieds
de long. C'est là un problème aussi difficile qu'aucun de ceux
qu'on a résolus jusqu'à présent, et qui doit être le résultat
dernier de tous les autres. -
- On s'est plaint très-souvent, en Angleterre, des retards
fréquents qu'éprouve la transmission des dépêches de l'Inde. Le
Times du 28 janvier revient sur ce sujet, et voici l'extrait
d'une correspondance qu'il donne d'Alexandrie, 18 janvier :
« Le vapeur Candie, de la Compagnie Péninsulaire et
Orientale, ayant à bord les malles de Calcutta et de Chine,
est arrivé à Suez le 14 au soir, environ de trois jours en
avance sur le jour fixé, et par conséquent deux jours entiers
ont été perdus en Égypte en attendant le vapeur qui devait
porter les malles en Angleterre. Ce n'est ni le premier ni le
plus grave accident de cette nature ; mais il mérite d'être
mentionné, parce qu'il démontre clairement la nécessité de ré-
formes propres à faire éviter tout retard inutile. Nous convenons
qu'il est absolument impossible de prendre des mesures qui
fassent que les arrivées des bateaux d'Angleterre ou de l'Inde
soient toujours exactement simultanées. Le seul moyen pour
éviter des retards, c'est d'établir à Suez et à Alexandrie des va-
peurs qui attendent l'arrivée des malles. Le lendemain de
l'arrivée du Candie, le vapeur Penjab , de la Compagnie de
l'Inde, est entré dans le port de Suez pour prendre à bord le
71e highlandcrs, en route pour Calcutta. «
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