La collection des documents et objets

Les collections patrimoniales de l’École des Ponts ParisTech représentent l’ensemble des documents conservés par l’École et produits avant les années 1970. Le site Héritage des ponts et chaussées donne à voir une partie seulement de ces collections, celles numérisées. Les magasins et réserves renferment bien d’autres richesses, que permettent de découvrir les catalogues en ligne

Particularité des collections patrimoniales de l’École des ponts et chaussées

Les collections de l'École des ponts et chaussées reflètent la diversité de ses moyens d'enseignement depuis sa création : en plus des ouvrages, des manuscrits et des périodiques, de très importantes collections de dessins et de photographies, mais également des maquettes, des tableaux et des instruments scientifiques furent utilisées pour former les ingénieurs, mais également pour servir à l'ensemble du corps des ponts et chaussées.

Les collections sont présentées ci-dessous par typologie.

Les imprimés

Plus de 50 000 titres d’imprimés publiés de 1490 à 1969 sont référencés dans les catalogues. La plupart d’entre eux traitent des thématiques maitresses de l’École des ponts et chaussées, ouvrages théoriques et pratiques utilisés pour l'enseignement ou pour servir de documentation aux ingénieurs en poste.

On y retrouve des traités signés des scientifiques les plus renommés dans leurs disciplines, de l'Antiquité au XXe siècle :
Pour les mathématiques et la physique, on peut lire Euclide, Copernic, Newton, Lagrange, Sadi Carnot, Einstein, sur l'architecture, Vitruve, Jacques-François Blondel, Claude-Nicolas Ledoux ou Léonce Reynaud. Sont également conservés les principaux traités portant sur l'Hydraulique (en particulier des ouvrages italiens du XVIIIe et XIXe siècles). 
De nombreuses monographies, œuvres d'ingénieurs des Ponts et Chaussées, sont bien évidemment consacrées à la construction des ponts et leur description : les Œuvres de Jean-Rodolphe Perronet en premier lieu, mais aussi des traités d'Émiland Gauthey, Romain Morandière et de Paul Séjourné, ou les études de Ferdinand de Dartein.
On y trouve également les auteurs et ouvrages emblématiques des bibliothèques savantes de la Renaissance, des Lumières : Voyage autour du monde de La Pérouse, De Architectura de Vitruve (édition de 1524), ouvrages de Montesquieu, Descartes, Euclide, Fénelon, Rousseau, etc. (consulter ici le catalogue de la bibliothèque). 

Aux côtés de ces ouvrages prestigieux, il faut noter qu'une part importante du fonds est constitué par ce qu'on peut appeler de la littérature grise, ouvrages techniques liés souvent à des projets d'aménagement en cours et publiés notamment, pour le XIXe siècle, par l'éditeur-libraire Carilian-Gœury, libraire officiel du corps des ponts et chaussées, mais également une importante collection de rapports et comptes-rendus de congrès et expositions universelles.

Une autre particularité de la collection des imprimés tient au fait qu'un bon nombre d'entre eux a été produit au sein même des locaux de l’École, grâce à une presse lithographique. Destiné au départ, au début du XIXe siècle, à la reproduction de documents utilisés pour les cours d’architecture, ce procédé est rapidement utilisé pour produire l’ensemble des ressources pédagogiques de l’École, et même de la documentation technique à destination ou en provenance des ingénieurs du corps des ponts et chaussées. Il est utilisé massivement jusqu’à la fin du XIXe siècle, en particulier pour les manuels de cours. Le corpus des livres et manuels de cours, qui compte plus de 2500 titres, est d’ailleurs une des collections majeures du fonds, regroupant évidemment la quasi-totalité des documents produits pour les cours de l’École, mais également des cours de l’École polytechnique et d’autres écoles d’ingénieurs françaises et étrangères.

Par ailleurs, le fonds témoigne de l’ouverture internationale de l’École avec plus de trente langues représentées dans les ouvrages (en particulier l’anglais et l’allemand - 2500 titres pour chacune de ces langues, l’italien - un millier de titres, latin – 500 titres).

Les manuscrits

De l'acte de concession du canal de Briare signé de la main de Louis XIII en 1638, aux travaux d'aménagement du port de Bordeaux en 1924, c'est un fonds extrêmement riche, notamment en hydraulique, sur les applications à la navigation intérieure du pays (construction des canaux) comme à l'étranger (Hollande au XVIIIe siècle, Italie au début du XIXe et États-Unis au milieu du XIXe siècle). Il est aussi constitué de nombreux documents sur la construction des ponts en pierre, des ponts métalliques, des chemins de fer et sur la possibilité d'accroître la densité des voies de communication.

Ces documents étaient déposés par les ingénieurs des ponts et chaussées, mais de nombreux dons et legs (en particulier ceux des premiers directeurs de l’École, Perronet, Lesage ou encore Prony) ont enrichi ce fonds, qui comporte également des manuscrits issus des archives, relatifs au corps des ponts et chaussées, à la scolarité et à la vie de l’École.
En effet, la richesse de ce fonds repose sur les travaux d’élèves et d’ingénieurs, notamment les concours et les journaux de mission du XIXe siècle, ainsi que par les documents émanant de professeurs, ceux de Charles-François Mandar ou Quinette de Rochemont ou d’ingénieurs, comme la documentation amassée par Louis Bruyère (33 volumes reliés), les nombreux écrits de Prony (dont ses mémoires de mission en Italie), etc.

Les périodiques

La collection des périodiques comprend près de 500 titres. Certains titres de la bibliothèque commencent au XVIIIe ou au XIXe siècles, et poursuivent même jusqu'à nos jours leur parution. 271 titres de périodiques anciens sont en langue française, 98 sont en langue anglaise et 43 en langue allemande. L'ensemble reflète l’image des travaux scientifiques et techniques développés au cours des siècles en Europe et dans le monde. Les principaux titres de périodiques, utiles aux ingénieurs autant lieux de publication de leurs travaux, sont conservés, Le Génie civil (1880-1977), La Revue générale des chemins de fer (1878-1924), le Journal de mathématiques pures et appliquées (1836-1945) et bien sûr Les Annales des Ponts et Chaussées, créées par l'École en 1831.

Les dessins

Le fonds de dessins (plus de 3 500 dessins, dont une sélection est numérisée) comprend les dessins des concours et les dessins modèles, s'étend sur la période 1747- 1830 environ, et couvre les thèmes suivants : architecture (civile, hydraulique, militaire, religieuse), cartes et plans, construction, machines, ponts, ports et routes. Ce fonds, exceptionnel tant par sa richesse que par la diversité de ses compositions, rassemble notamment les meilleurs dessins réalisés pour les concours d'ingénieurs et d’élèves au XVIIIe siècle. Il existait alors une quinzaine de concours en architecture, ponts, routes, écluses, fortifications, dessin de la carte, nivellement, ports. Ce sont surtout les dessins primés (1er et 2e prix, 1er et 2e accessits) qui ont été conservés, et principalement pour les concours d'architecture hydraulique, les ponts et ouvrages d'art.
Tous ces dessins nous montrent que les ingénieurs des ponts et chaussées, non contents d’être de solides techniciens voire des savants, étaient aussi souvent de véritables artistes.

Les photographies

À la fin des années 1850 se constitue une collection de photographies réalisées pour documenter la construction des ouvrages d’art. Les collections photographiques comprennent près de 700 numéros de cotes, se répartissant en albums montés d'origine et photographies isolées, pour environ 10 000 tirages.
Certains clichés sont réalisés par l'atelier photographique de l'École, créé en 1857, ou par les ingénieurs sur le terrain. En parallèle, la collection s’élargit avec des clichés envoyés de toute l’Europe ou d’Amérique, par le biais d’un système d’échanges. 
Il faut également noter la production émanant de photographes dûment mandatés par l’administration des ponts et chaussées ou par les compagnies de chemins de fer, par exemple le travail d’Édouard-Denis Baldus pour la Compagnie de chemin de fer Paris- Lyon- Méditerranée, d’Auguste Collard, photographe des ponts et chaussées de la Ville de Paris, ou d’Alphonse Terpereau dans la région de Bordeaux.
Si la construction des chemins de fer est le thème le plus fréquent de ces photographies, sont également représentés la construction du métro de Paris, les ponts routiers, les travaux maritimes et portuaires et les expositions universelles.

Les cartes

Il existe également un ensemble de cartes anciennes imprimées et souvent rehaussées d’aquarelle de près de 1 500 cotes, depuis le plan des 3 chemins de Paris à Versailles par la plaine de Grenelle du XVIIIe siècle aux cartes de Charles-Joseph Minard (1781-1870).

Les archives de l'École

Si certains documents liés à l’organisation du corps, à la scolarité et à l’enseignement ont été enregistrés comme des manuscrits de la bibliothèque, car utiles aux élèves et aux ingénieurs, bien d’autres dossiers ou fonds d’archives renseignent sur l’histoire de l’École des ponts et chaussées et des ingénieurs qui en sont issus : 

  • Les archives de la direction comprennent notamment la correspondance de la Direction depuis le XVIIIe siècle, les Procès-verbaux des conseils de l’École (1804-Seconde Guerre mondiale), les plans des bâtiments occupés par l’École (10 localisations de 1747 à 1845).
  • La scolarité des élèves est documentée par les registres des élèves du corps des ponts et chaussées depuis 1748, les registres des élèves externes (civils) à partir de 1851, les dossiers individuels des élèves à partir de 1924 et les photos de promotion de 1857 aux années 1960.
  • À côté des corpus des cours et des travaux d’élèves, on trouve également les programmes et réformes de l’enseignement.

Ces documents sont en cours de publication sur Calames, le catalogue en ligne des archives et manuscrits de l’enseignement supérieur.

Parmi les fonds, les archives privées occupent une place particulière.
Données à l’École depuis le XVIIIe siècle, elles proviennent majoritairement d’anciens élèves, ingénieurs du corps ou de leur entourage.
Au moins jusqu’à la première moitié du XXe siècle, il s'agit d'une volonté manifeste de servir à l’enseignement des nouvelles générations d’élèves, intégrant une dimension affective et corporative qui conduit cette démarche.

Chaque année, de nouveaux fonds entrent dans les collections, de plus en plus via une démarche familiale de transmission patrimoniale. Parmi les principaux fonds d'archives, on peut citer : 

  • Octave Fradet
  • Société Pelnard Considère Caquot
  • Henri Maux
  • Société Barbier Benard Turenne
  • Eugène Mayer
  • Roger Pelnard-Considère
  • Henri Lang
  • Albert Boris et Paul Alexandre
  • Louis Noël Bertin et François Jacqmin

Certains instruments de recherche sont publiés sur Calames. La liste à jour des fonds privés est consultable dans le plan de classement des archives.

Collection des bustes

L’École détient une vingtaine de bustes de grands ingénieurs du XVIIIe au XXe siècle provenant de dons et legs, d’acquisitions ou de commandes auprès de l’administration des Beaux-Arts.
Ces bustes, de taille respectable, constituaient un hommage à l’égard d’ingénieurs et savants illustres. Installés dans la grande salle des pas perdus de l’adresse historique de l’École, rue des Saints-Pères, depuis le milieu du XIXe siècle, ils étaient visibles par tous.
Ils sont conservés depuis 2008 dans les locaux de l’École à Champs sur Marne où ils retrouvent peu à peu une place plus discrète.
Réalisés par des sculpteurs connus depuis le XVIIIe jusqu’au milieu du XXe siècle, ils sont pour leur grande majorité en marbre (XVIIIe-XIXe) ou en pierre de Lens (XXe).

Collection des tableaux

Comme toutes les administrations d’autrefois d’un certain prestige, l’École détient une collection de tableaux de tous ses directeurs depuis le XVIIIe siècle, à deux exceptions près, celles des 14e, Philippe Lagrange (1886-1889), et 19e directeurs, Auguste Kleine (1906-1920).
Interrompue après le 23e directeur, André Brunot (1958-1967), cette tradition a repris depuis les années 2000 sous la forme de photographies en noir et blanc.
Les provenances de ces tableaux sont variées : certains résultent de dons ou legs, comme le portrait de Jean-Rodolphe Perronet, par Louis Michel Van Loo (1764), ou l’un des deux portraits de Camille Onfroy de Bréville, par Édouard Dubufe (2e moitié du XIXe siècle). La plupart sont des commandes de la Direction de l’École à des peintres reconnus. Jules Lefebvre notamment, grand prix de Rome 1861 et membre de l’Institut, a réalisé une petite dizaine de portraits entre 1874 et 1901 environ. D’autres sont des « œuvres de famille », comme le portrait de Chaumont de la Millière, peint pas sa fille, Angélique Joséphine Louise Héron de Villefosse (1781) ou celui de Louis Bruyère, peint par son épouse, née Élise Le Barbier (ca 1809-1815). Le dernier portrait, celui d’André Brunot, est une œuvre de Nina Vidrovitch, professeur de dessin à l’École dans les années 1960 et fille de l’ingénieur du corps, Rémy Vidrovitch.
Autrefois exposés dans les salons ou les escaliers de l’École à Paris, ces tableaux sont maintenant conservés en réserve pour leur protection et leur bonne conservation. Ils sont toutefois régulièrement prêtés pour des expositions et ont fait l'objet d'une campagne photographique.
 

Collection des instruments, des maquettes et des machines

Dès leur création au milieu du XVIIIe siècle, le bureau des dessinateurs du Roi puis l’École se confondent avec le dépôt des ponts et chaussées, d’autant qu’ils ont tous le même directeur, Jean-Rodolphe Perronet.
Dès lors, la frontière entre les fonds et objets appartenant aux uns et aux autres devient difficile à fixer.
Des instruments scientifiques et de dessins, des machines et des modèles (maquettes) sont mis à disposition pour l’instruction des élèves, ensembles importants que les élèves eux-mêmes contribuent à enrichir lorsqu’ils sont envoyés en mission.
 
Même après le décret de 1804 qui sépare l’École de l’administration des Travaux publics, une bonne partie de ces collections reste à l’École, formant ce qui devient plus tard les dépôts des instruments, des machines et des maquettes. Elles s’enrichissent d’ailleurs très tôt de dons puis de dépôts du ministère.
Le service des dépôts apparait dans les organigrammes de l’École dès 1859.
Les maquettes sont conservées dans la galerie des modèles, construction typique de verre et métal, sise 26, rue des Saints-Pères jusqu’à la démolition de celle-ci fin 1954. Une partie d’entre elles parmi lesquelles celles de Perronet ou Lesage sont alors dispersées et déposées dans des musées ou des services de l’Équipement. D’autres, jugées sans valeur ou en très mauvais état, sont détruites.
 
Le dépôt des instruments et celui des machines a pour mission de conserver une collection utile aux ingénieurs et à leur en fournir si nécessaire. Un suivi des envois et retours est scrupuleusement effectué.
Peu à peu, dans le dernier tiers du XXe siècle, ces instruments perdent de leur utilité et le service finit par disparaître ; les instruments aussi. Ce qui subsiste de la collection aujourd’hui fait actuellement l’objet d’un inventaire.