Titre : L'Isthme de Suez : journal de l'union des deux mers / gérant Ernest Desplaces
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1864-02-15
Contributeur : Desplaces, Ernest (1828-1893?). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34430392j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4673 Nombre total de vues : 4673
Description : 15 février 1864 15 février 1864
Description : 1864/02/15 (A9,N184). 1864/02/15 (A9,N184).
Description : Collection numérique : Bibliothèques d'Orient Collection numérique : Bibliothèques d'Orient
Description : Collection numérique : Collections de l’École... Collection numérique : Collections de l’École nationale des ponts et chaussées
Description : Collection numérique : Thématique : ingénierie,... Collection numérique : Thématique : ingénierie, génie civil
Description : Collection numérique : Corpus : canaux, écluses,... Collection numérique : Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure
Description : Collection numérique : Corpus : ports et travaux... Collection numérique : Corpus : ports et travaux maritimes
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k62033153
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-O3b-240
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 21/05/2012
JOURNAL DE L'UNION DES DEUX MERS. - 107
la corvée ne sera pas abolie en Egypte; elle ne le sera
pas de sitôt. On ne vous donnera plus 20,000 travailleurs,
on vous en donnera 6,000, et puis ces 6,000 'on vous les
supprimera.
Croyez-vous que la corvée sera abolie pour cela en Egypte?
Point du tout, messieurs, elle sera abolie pour la Compagnie;
mais elle ne le sera pas pour les terres à coton et à sucre
du vice-roi et de messieurs les gros pachas. (Applaudisse-
ments.) Elle ne sera pas abolie, elle sera maintenue pour
les malheureux fellahs forcés d'aller cultiver le coton et le
sucre. Ne vous laissez donc pas séduire par des mots, par
des grimaces. Ce sont de mauvaises plaisanteries. On abolira
la corvée pour le canal, on ne l'abolira pas en Egypte; 'on
la conservera et on la conservera soigneusement au profit
de messieurs les pachas. (Très-bien! très-bien!)
Messieurs, ce que je trouve très-mauvais, car je suis de
mon temps, et si je suis sans intérêt personnel dans votre
affaire, je prends grand intérêt à la question politique-et
d'humanité, ce que je trouve très-mauvais et ce qui arri-
vera, c'est ceci : on abolira la corvée pour vous, et on ne
l'abolira pas en Egypte. (Très-bien ! très-bien !)
Cependant, en cherchant bien, le remède est près du
mal. Je me suis demandé : N'est-il pas possible d'abolir
cette fâcheuse institution de la corvée pour le canal? Et
alors, recherchant les exemples qui ressemblent à cette vi-
laine institution, je me suis rappelé le fait bien plus mau-
vais, bien plus détestable, bien plus exécrable de l'esclavage ;
je me suis demandé comment avaient fait les peuples qui
avaient voulu abolir l'esclavage, et je me suis rappelé l'exem-
ple de notre Convention, de l'Angleterre, de la seconde répu-
blique de 1848, qui a eu le grand, l'insigne honneur d'abo-
lir l'esclavage. Je me suis demandé : Comment ont-ils fait,
ces grands pouvoirs qu'on n'accusera pas d'être réaction-
naires? Comment ont-ils aboli l'esclavage? Ils l'ont aboli
moyennant indemnité, c'est-à-dire en respectant jusqu'à un
certain point le droit exagéré de la propriété humaine.
Je veux vous raconter une anecdote : je me souviens
que, dans une réunion, lors de l'agitation anglaise pour
l'abolition de l'esclavage, je me souviens d'un argument qui
m'est resté dans la mémoire. Un orateur, avec des paroles
plus éloquentes assurément que celles que j'ose prononcer
devant vous, disait, au sujet du rachat des esclaves : « Oui,
l'indemnité, pour les esclaves doit être comme une amende
que la société doit s'infliger à elle-même, pour avoir si long-
temps permis l'esclavage, cette mauvaise, cette détestable
institution : ce n'est pas un rachat, c'est une amende
qu'elle se doit à elle-même de payer, et qu'elle doit re-
mettre entre les mains des propriétaires d'esclaves. »
La corvée est une institution bien moins odieuse; elle vous
blesse cependant; elle me blesse plus que vous : faisons-
en justice, et voici ma solution. Si le gouvernement égyptien
est si patriotique, si amoureux du progrès, ah ! je ne de-
mande pas mieux; il va au devant de mes vœux les plus
ardents, qu'il soit béni! je l'admire et je le remercie.
(Bravo 1 bravo!) Votre Compagnie a des traités avec le
gouvernement égyptien, basés sur des devis qui établissen.
le chiffre des dépenses qu'elle avait à faire. Le mètre cube
revient à tant, à la condition qu'on fournisse une corvée de
20,000 individus. Le mètre cube, si je ne me trompe,
revient, l'un dans l'autre, à 70 ou 80 centimes. Eh bien,
si le vice-roi veut revenir sur ces traités, rien de plus
facile, il n'a qu'à faire la différence entre le prix du mètre
cube fait par les corvées et le mètre cube fait par des tra-
vailleurs libres ou des machines. Je crois que le travail
libre coûte à peu près le double; eh bien, il n'y a qu'à
demander au vice-roi la différence entre le mètre cube
exécuté par la corvée et le mètre cube exécuté par le tra-
vail libre; car enfin, la Compagnie ne doit pas payer les
frais de l'émancipation en Egypte, quelque louable qu'elle
soit.
La Compagnie peut dire au vice-roi : La corvée existait
chez vous, ce n'est pas moi qui l'ai créée, j'en ai profité
parce que tel a été votre bon plaisir. Vous me demandez
de l'abandonner, je le veux bien, mais je ne suis pas
obligée de faire de la philanthropie en Egypte à mes frais.
Que l'Egypte ne cherche pas à faire de l'humanité sur le dos
de la Compagnie. Nous, patriotes français, payons notre
gloire ; mais payer la gloire et la philanthropie musul-
manes, ce serait folie, insanité d'esprit. Si votre Conseil
avait accepté cette condition sans compensation, il mérite-
rait, messieurs, d'être conduit aux Petites-Maisons, ou en
police correctionnelle. (Très-bien ! très-bien !)
Que le vice-roi d'Egypte vienne vous demander un acte
de patriotisme, qu'il vienne vous demander, à vous, d'éman-
ciper ses fellahs; non, cela n'est pas possible, cela n'est
pas raisonnable, cela ne soutient pas l'examen; il n'y a pas
un homme sérieux, pas un homme de bonne foi qui puisse
le demander.
Ce que doit faire la Compagnie, ce qu'elle fera, c'est de
se montrer conciliante, parce qu'après tout, la politique
c'est souvent l'art de concilier les principes avec les inté-
rêts.
Assurément, vous pouvez vous retrancher derrière vos
contrats authentiques avec le gouvernement égyptien ; mais,
y a-t-il pour vous un bien grand avantage? Après avoir
constaté, avec toute la conviction dont je suis capable, vos
droits, la bonne direction que vous avez imprimée à vos
travaux, l'excellente conduite que vous avez tenue jusqu'à
présent ; eh bien, je vous dirai (de ma part rien ne vous
sera suspect, c'est un ami désintéressé, dévoué qui vous
parle), je vous dirai : soyez conciliants. Oui, il le faut, il
le faut dans l'intérêt de tout le monde, il le faut dans
l'intérêt de l'Egypte, qui est liée vis-à-vis de vous, et qui
ne peut rien faire sans vous. Il le faut dans l'intérêt de
la Compagnie, car la Compagnie doit être appuyée par le
vice-roi; elle a tout à gagner à la conciliation. Les efforts
réunis du vice-roi et de la Compagnie ne sont pas de trop,
croyez-moi. Pour cette œuvre du canal de Suez, n'aban-
donnez aucune de vos forces, si vous voulez réussir, mais
soyez conciliants et adoptez ce que je considère comme juste,
la corvée ne sera pas abolie en Egypte; elle ne le sera
pas de sitôt. On ne vous donnera plus 20,000 travailleurs,
on vous en donnera 6,000, et puis ces 6,000 'on vous les
supprimera.
Croyez-vous que la corvée sera abolie pour cela en Egypte?
Point du tout, messieurs, elle sera abolie pour la Compagnie;
mais elle ne le sera pas pour les terres à coton et à sucre
du vice-roi et de messieurs les gros pachas. (Applaudisse-
ments.) Elle ne sera pas abolie, elle sera maintenue pour
les malheureux fellahs forcés d'aller cultiver le coton et le
sucre. Ne vous laissez donc pas séduire par des mots, par
des grimaces. Ce sont de mauvaises plaisanteries. On abolira
la corvée pour le canal, on ne l'abolira pas en Egypte; 'on
la conservera et on la conservera soigneusement au profit
de messieurs les pachas. (Très-bien! très-bien!)
Messieurs, ce que je trouve très-mauvais, car je suis de
mon temps, et si je suis sans intérêt personnel dans votre
affaire, je prends grand intérêt à la question politique-et
d'humanité, ce que je trouve très-mauvais et ce qui arri-
vera, c'est ceci : on abolira la corvée pour vous, et on ne
l'abolira pas en Egypte. (Très-bien ! très-bien !)
Cependant, en cherchant bien, le remède est près du
mal. Je me suis demandé : N'est-il pas possible d'abolir
cette fâcheuse institution de la corvée pour le canal? Et
alors, recherchant les exemples qui ressemblent à cette vi-
laine institution, je me suis rappelé le fait bien plus mau-
vais, bien plus détestable, bien plus exécrable de l'esclavage ;
je me suis demandé comment avaient fait les peuples qui
avaient voulu abolir l'esclavage, et je me suis rappelé l'exem-
ple de notre Convention, de l'Angleterre, de la seconde répu-
blique de 1848, qui a eu le grand, l'insigne honneur d'abo-
lir l'esclavage. Je me suis demandé : Comment ont-ils fait,
ces grands pouvoirs qu'on n'accusera pas d'être réaction-
naires? Comment ont-ils aboli l'esclavage? Ils l'ont aboli
moyennant indemnité, c'est-à-dire en respectant jusqu'à un
certain point le droit exagéré de la propriété humaine.
Je veux vous raconter une anecdote : je me souviens
que, dans une réunion, lors de l'agitation anglaise pour
l'abolition de l'esclavage, je me souviens d'un argument qui
m'est resté dans la mémoire. Un orateur, avec des paroles
plus éloquentes assurément que celles que j'ose prononcer
devant vous, disait, au sujet du rachat des esclaves : « Oui,
l'indemnité, pour les esclaves doit être comme une amende
que la société doit s'infliger à elle-même, pour avoir si long-
temps permis l'esclavage, cette mauvaise, cette détestable
institution : ce n'est pas un rachat, c'est une amende
qu'elle se doit à elle-même de payer, et qu'elle doit re-
mettre entre les mains des propriétaires d'esclaves. »
La corvée est une institution bien moins odieuse; elle vous
blesse cependant; elle me blesse plus que vous : faisons-
en justice, et voici ma solution. Si le gouvernement égyptien
est si patriotique, si amoureux du progrès, ah ! je ne de-
mande pas mieux; il va au devant de mes vœux les plus
ardents, qu'il soit béni! je l'admire et je le remercie.
(Bravo 1 bravo!) Votre Compagnie a des traités avec le
gouvernement égyptien, basés sur des devis qui établissen.
le chiffre des dépenses qu'elle avait à faire. Le mètre cube
revient à tant, à la condition qu'on fournisse une corvée de
20,000 individus. Le mètre cube, si je ne me trompe,
revient, l'un dans l'autre, à 70 ou 80 centimes. Eh bien,
si le vice-roi veut revenir sur ces traités, rien de plus
facile, il n'a qu'à faire la différence entre le prix du mètre
cube fait par les corvées et le mètre cube fait par des tra-
vailleurs libres ou des machines. Je crois que le travail
libre coûte à peu près le double; eh bien, il n'y a qu'à
demander au vice-roi la différence entre le mètre cube
exécuté par la corvée et le mètre cube exécuté par le tra-
vail libre; car enfin, la Compagnie ne doit pas payer les
frais de l'émancipation en Egypte, quelque louable qu'elle
soit.
La Compagnie peut dire au vice-roi : La corvée existait
chez vous, ce n'est pas moi qui l'ai créée, j'en ai profité
parce que tel a été votre bon plaisir. Vous me demandez
de l'abandonner, je le veux bien, mais je ne suis pas
obligée de faire de la philanthropie en Egypte à mes frais.
Que l'Egypte ne cherche pas à faire de l'humanité sur le dos
de la Compagnie. Nous, patriotes français, payons notre
gloire ; mais payer la gloire et la philanthropie musul-
manes, ce serait folie, insanité d'esprit. Si votre Conseil
avait accepté cette condition sans compensation, il mérite-
rait, messieurs, d'être conduit aux Petites-Maisons, ou en
police correctionnelle. (Très-bien ! très-bien !)
Que le vice-roi d'Egypte vienne vous demander un acte
de patriotisme, qu'il vienne vous demander, à vous, d'éman-
ciper ses fellahs; non, cela n'est pas possible, cela n'est
pas raisonnable, cela ne soutient pas l'examen; il n'y a pas
un homme sérieux, pas un homme de bonne foi qui puisse
le demander.
Ce que doit faire la Compagnie, ce qu'elle fera, c'est de
se montrer conciliante, parce qu'après tout, la politique
c'est souvent l'art de concilier les principes avec les inté-
rêts.
Assurément, vous pouvez vous retrancher derrière vos
contrats authentiques avec le gouvernement égyptien ; mais,
y a-t-il pour vous un bien grand avantage? Après avoir
constaté, avec toute la conviction dont je suis capable, vos
droits, la bonne direction que vous avez imprimée à vos
travaux, l'excellente conduite que vous avez tenue jusqu'à
présent ; eh bien, je vous dirai (de ma part rien ne vous
sera suspect, c'est un ami désintéressé, dévoué qui vous
parle), je vous dirai : soyez conciliants. Oui, il le faut, il
le faut dans l'intérêt de tout le monde, il le faut dans
l'intérêt de l'Egypte, qui est liée vis-à-vis de vous, et qui
ne peut rien faire sans vous. Il le faut dans l'intérêt de
la Compagnie, car la Compagnie doit être appuyée par le
vice-roi; elle a tout à gagner à la conciliation. Les efforts
réunis du vice-roi et de la Compagnie ne sont pas de trop,
croyez-moi. Pour cette œuvre du canal de Suez, n'aban-
donnez aucune de vos forces, si vous voulez réussir, mais
soyez conciliants et adoptez ce que je considère comme juste,
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.82%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.82%.
- Collections numériques similaires Thématique : ingénierie, génie civil Thématique : ingénierie, génie civil /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPCthèm02"Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure Corpus : canaux, écluses, navigation intérieure /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPCcorp11" Corpus : ports et travaux maritimes Corpus : ports et travaux maritimes /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPCcorp16"
- Auteurs similaires Desplaces Ernest Desplaces Ernest /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Desplaces Ernest" or dc.contributor adj "Desplaces Ernest")
-
-
Page
chiffre de pagination vue 11/48
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k62033153/f11.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k62033153/f11.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k62033153/f11.image
- Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k62033153
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://heritage.ecoledesponts.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k62033153
Facebook
Twitter